‹ Paris inconnu. Avec une étude sur la vie de l'auteurChapitre 24 sur 77 · UN AMI TROP BON ENFANT · texte numérisé non relu

UN AMI TROP BON ENFANT

J'ai un ami, hélas! Tout le monde en a eu au moins un! Ne faut-il pas que chacun porte sa croix ici-bas?

Le mien est complaisant, ventru, riche, bien mis; il n'a, à vrai dire, pas de défauts, mais il est insupportable. Cependant il n'est pas conseiller, il ne vous lit jamais de tragédies, il ne fait pas de vers, il n'emprunte pas vos livres, il est prescjue spirituel, il n'est point conteur, et il ne commet oncques de calembours. Eh bien ! avec toutes ces qualités et malgré ses qualités, c'est un être impossible, un gluau, une manière de tunique de Nessus attachée à ma chair, dont je ne pourrais me débarrasser que par un événement tragique. Je le déteste, je ne puis le voir, et cependant nous sommes des amis intimes, inséparables.

Son vice rédhibitoire, ce qui me fera pardonner toutes mes violences, c'est qu'il a trop bon cœur.

11 s'est institué la Providence de tous les chiens galeux et de tous les chats errants de son quartier; il en a toujours à sa suite, il en dépose chez tous ses amis et connaissances, il en fournit à tous ses locataires. Quant à lui, hélas! il ne peut garder aucune de ces pauvres bêtes; elles seraient trop malheureuses chez lui! lui qui, malheureusement, hélas! et toujours hélas ! sort tous les jours le matin et pour ne rentrer que fort tard. Aussi préfère-t-il, dans l'intérêt de ces misérables créatures, les confier à de bonnes âmes, qu'il sait

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devoir en prendre soin. D'ailleurs, sa femme ne peut pas souffrir les animaux.

Ses poches sont toujours pleines de billets de loteries philanthropiques, de cartes de concerts donnés dans quelques cabarets de la barrière, au bénéfice des familles malheureuses; c'est le placeur le plus intrépide qu'il y ait de loges au théâtre Saint-Marcel. Il vous prend au collet et déboutonne votre habit; il vous harangue les larmes aux yeux; il dépeint avec une vérité saisissante le grabat du pauNre, les pauvres petits enfants presque nus, couchés sur la paille, n'ayant ni pain ni feu; il parle pendant une heure sans broncher pour placer deux ou trois de ses billets à cinquante centimes. Si vous saviez combien il regrette de ne pouvoir assister à cette solennité musicale avec toute sa famille! mais ses nombreuses occupations, quelques billets de loterie qu'il aura le bonheur de placer dans le monde à une soirée où il est invité, l'en empêchent véritablement. Il est horriblement malheureux d'être si occupé, tout son temps est pris.

Lorsqu'on le voit arriver, tout le monde s'esquive, on le fuit ; on détourne la rue de peur d'être attaqué à la charité. Si du moins il avait la vue basse ; mais le gaillard est doté d'yeux de lynx; il avise sa victime à cent pas; il l'assassine à coup sur. Pour ma part, il m'a coûté plus de dix paires de gants, quoiqu'il n'en porte jamais ; il m'a forcé de marchander des bijoux, des bracelets, des chapeaux de femmes; de demander les œuvres philosophiques de M. Cousin chez les libraires. Il m'a causé tous les désagréments possibles, jusqu'à prendre des glaces, a entendre des opéras pour échapper à ces guets-apens philanthropiques.

La nuit, il rencontre un pauvre homme sur le boulevard, (jui lui demande dix sous pour son garni : « Est-ce que vous plaisantez? Ah! jamais je ne soulTrirai qu'un honnête homme aille coucher dans de pareils bouges, au milieu des vagabonds, des voleurs et des assassins. Cette idée seule me révolte.

— Hélas, Monsieur, dit le mendiant en ne lui voyant faire aucun geste vers sa poche; aimez-vous mieux que je couche dans la rue ?

— Non, mille fois non; suivez-moi, vous serez bien couché. »

A deux heures du matin, il frappe à ma porte; j'ouvre, c'est mon ami qui entre, suivi de son mendiant.

« Croirais-tu, mon cher, s'écrie-t-il, que de notre temps il y a encore des gens qui sont réduits à coucher dans la rue, qui sont exposés à être ramassés comme des vagabonds par la |)olice? O siècle d'égoïsme! Tiens, voilà monsieur que je viens de rencontrer, il est dans ce cas. Je connais ton cœur, je sais (jue, tant (|ue tu vivras, tu ne souilriras jamais qu'un de tes semblables soit exposé à un pareil malheur; aussi je te l'ai amené pour que tu le couches, cette nuit seulement.

— Mais tu sais bien que je n'ai qu'une chambre, et que...

— Bah! bah! bah! un lit est bientôt fait; un matelas par terre. A la guerre comme à la guerre. Ah ! si j'étais garçon ! mais, malheureusement je ne puis mener personne chez moi, je suis marié; ces femmes, ça ne comprend rien. Adieu, il est tard, à demain ! »

Il se sauve, ferme la porte, rentre chez lui tout rayonnant, se disant à lui-même :

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a Encore une bonne action à enregistrer! >>

Si vous êtes un homme faible, vous attendrissant facilement, vous ne jetez pas votre hôte de hasard à la porte, et vous êtes condamné à passer une nuit blanche en écoutant l'histoire lamentable du vagabond, ou vous suivez le conseil de l'excellent cœur, vous jetez un matelas par terre. Votre homme profite de votre premier sommeil, vous dévalise et déguerpit sans bruit. Ce fut ce qui m'arriva.

La vue des haillons le navre; son cœur ne peut supporter qu'un de ses semblables marche nu-pieds; il se révolte rien qu'à l'idée d'un homme sans linge. Il en rencontre un jour un qui s'était drapé dans ses loques les plus picaresques; il sent son âme émue, il s'en empare, il le choie, il le caresse de paroles, s'en fait accompagner chez son meilleur ami, absent pour le moment, lui donne des bottes, des vêtements bien chauds, qui se trouvent sous sa main, une chemise, un chapeau qu'il voit sur un meuble, exige que l'homme s'habille séance tenante, et le renvoie. Il a bien souffert, ce jour-la, de céder ainsi une partie de sa belle action à autrui ! Mais, hélas! il était trop petit; ses vêtements n'auraient pu servir à cet intéressant va-nu-pieds, et ses souliers lui auraient fait mal. L'ami était sorti en pantoufles, en veste du matin, nutête; il rentre pour s'habiller, quelques instants après que ses vêtements d'hiver, les seuls qu'il possédât, étaient partis sur le dos de son obligé inconnu. Il fait du bruit, il crie, il finit par se fâcher tout de bon : il ne pouvait plus aller à ses affaires.

'( Aussi, pourquoi diable un homme comme toi n'a-t-il qu'un vêtement d'hiver? répond avec calme ce cœur d'or. Mon cher, on en a toujours plusieurs en cas d'accidents.

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— Pourquoi? mais parce que je suis pauvre, et que je ne puis avoir une garde-robe tic millionnaire.

— Bah ! bah ! (c'est son mot' tu ne me feras jamais croire ça. »

Et il va raconter ce haut fait à tous ses amis les philanthropes.

Il ne faut pas croire que mon ami ne fasse rien; non, il adore le travail ; malgré sa grande fortune, il soutient qu'un homme est indigne de vivre s'il ne s'occupe; il dit encore :

« L'oisiveté est la mère de tous les vices. Dieu nous a envo)'és sur cette terre pour travailler; celui qui ne travaille pas ne doit pas manger. )>

Il aborde tous ses clients en leur disant :

Travaillez, prenez de la peine.

C'est le fonds qui manque le moins.

Il a gardé la maison de commerce de son père, parce que la plaie de la société ce sont les fainéants. Il veut prêcher d'exemple, etc., etc. ; il possède à fond une infinité de phrases semblables. Il va même, dans ses grands moments, jusqu'à s'écrier que le travail plaît à Dieu, et que le travail c'est la liberté. Si on le poussait un peu dans ces graves circonstanceslà, il chanterait volontiers :

Travaillons, travaillons, mes l'rères.. .

Mais, — il y a toujours des mais dans l'existence de mon ami, — mais il ne se lève qu'à dix heures pour déjeuner; ses nombreuses occupations, les fréquentes séances des innom-

brables sociétés de bienfaisance dont il fait partie, l'obligent a rentrer fort tard; puis, ne faut-il pas qu'il lise les journaux? Autant qu'il en prenne connaissance avant déjeuner. Sa femme et le garçon de peine suffisent au magasin le matin. Il n'aime pas à prendre son café à la maison, madame n'en prend jamais. Pourquoi embarrasser sa cuisine d'ustensiles inutiles?

D'ailleurs, on a plus tôt fait d'aller au café. C'est une distraction pour un homme très occupé; il y apprend les nouvelles, il y voit du monde, il ne peut cependant pas vivre comme un ours derrière son comptoir. Il fait sa partie de domino, il juge les coups de picjuet, il regarde jouer au besigue. Arrive une heure; oh! pour le coup, il rentre à la maison pour s'habiller; il est très pressé, il faut voir les clients, prendre un air de Bourse, savoir où en sont les affaires. Si vous croyez que tout est rose dans la vie, vous vous trompez joliment! Il sort, regarde d'où vient le vent; avant de visiter ses clients, il va voir si les bâtisses et les démolitions marchent bien; il pousse jusqu'aux Champs-Elysées. Ne faut-il pas prendre l'air? On ne peut pas toujours rester enfermé, que diable! Cinq heures sonnent, il reprend le chemin de la maison; il dîne, il gourmande tout le monde : rien n'est à son idée, rien ne marche quand il n'est pas là, personne ne travaille, il faut qu'il fasse tout. Oh! il est bien malheureux! Il s'habille et sort pour aller à une de ses soirées philanthropiques.

« Ah! on joue ce soir une pièce nouvelle, dit-il; si j'y allais? J'ai bien le droit de me donner un peu de distraction; je travaille assez pour cela. Ma foi ! oui, les pauvres se

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passeront de moi ce soir ; mais, demain, j'irai au cercle des protecteurs de pigeons. "

Tous les jours se passent ainsi. Madame fait ouvrir la boutique, vend, reçoit les courtiers, choisit les marchandises, achète, -fait fermer la maison à la nuit. Après avoir passé douze heures devant son comptoir, elle vérifie encore les livres du caissier avant de monter à son appartement. Mon ami a des principes arrêtés, il dit :

« Il faut qu'une femme travaille; l'oisiveté engendre les mauvaises pensées,- les mauvaises pensées engendrent les mauvaises actions, et les mauvaises actions font les mauvais ménages. Une femme doit aider son mari; certes, je ne suis pas assez ridicule pour exiger que ma femme se donne autant de mal que moi ; mais je veux du moins qu'elle s'occupe, qu'elle surveille un peu mes intérêts, qui sont les siens. »

Mon ami a toutes les qualités du cœur, il se sacrifie pour sa famille; lui sera-t-elle reconnaissante? Que lui importe! il fait le bien pour sa satisfaction personnelle. Voyez plutôt : il avait dans son pays une tante, une sœur de sa mère; elle est morte en laissant deux filles qui ne savaient rien faire de leurs dix doigts, et un grand dadais de fils qui est bête, mais bête a couper au couteau. Mon ami les a recueillis, il les a fait venir à Paris; il avait une cuisinière, il l'a renvoyée; vous concevez, cela faisait trop de femmes dans la maison. Et puis il faut bien ((ue la petite apprenne cjuelque chose; quant à l'autre, elle est si bornée cju'il n'en savait que faire, lorsqu'il lui trouva un emploi digne de son intelligence.

Depuis un temps immémorial, une vieille femme tenait un coin, une sorte de renfoncement à côté de la porte de sa mai-

son : elle lui payait ce trou vingt-quatre francs de loyer par an; elle vendait des gâteaux rassis aux petits enfants de ce cjuartier populeux. Mon ami, qui se saigne pour sa famille, a renvoyé la vieille pour donner la place à sa cousine et l'établir. Cela rapporte de cinq à sept francs par jour, c'est toujours de l'argent qui rentre à la maison. Comme on dit, on préfère sa peau à sa chemise. Son homme de peine était chez lui depuis dix ans; il l'a remplacé par son grand dadais de cousin. Certes, ce n'est pas pour quarante-cinq sous qu'il lui donnait par jour, il est au-dessus de cela, mais il avait des défauts.

Il ne paye pas sa famille! Oh! non, ce ne sont pas des domestiques; elle mange avec lui, à sa table, il la couche, il l'habille; elle lui coûte les yeux de la tète, quoi! Mais il a le cœur content, il a fait son devoir : cela lui suffit. Il faut bien nous aider entre nous; sans quoi, que deviendrions-nous, grand Dieu !

Il m'a toujours dit d'user de son crédit; il se plaint sans cesse de ce que je ne lui ai rien demandé, il me fait des reproches; dernièrement, enfin, une occasion se présenta, j'eus besoin de ce cher ami ; j'allai le trouver, il était au lit.

« Je viens te demander un service.

— Ah! enfin!... Quel bonheur! je pourrai donc une fois en ma vie être utile à mon vieux camarade. Te souviens-tu du collège Henri IV? Nous étions copains. Je suis encore ce que j'étais dans ce temps-là. Ah! mon vieil ami, va, je suis tout à toi, je t'écoute; je n'ai pas changé, je suis toujours le même.

— Tu sais ma position, tu me connais.

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— Parbleu! si je te connais, voila plus de vingt ans. Nous sortions ensemble, j'allais passer les vacances chez tes parents, à la campagne ; et quelles bonnes parties nous faisions dans la rivière! Ah! nous nous amusions bien, t'en souviens-tu ?

— Oui, oui, je viens te prier de me prêter cent francs; avec cela, je...

— Ah! mon petit, je l'arrête ici; ce n'est pas pour te refuser, parbleu! Qii'est-ce que ça me peut faire, cent francs? Je suis très riche, tu le sais bien; mais c'est un principe, je ne prête jamais d'argent. Je ne dis pas cela pour toi, sois-en persuadé, au moins; cherche, demande à tous mes amis, tu ne me trouveras pas en défaut : je ne prête jamais d'argent. Tiens, tu connais bien le père Cottin ? tu sais qu'il a été trente ans commis et teneur de livres dans notre maison ; tu sais combien mon père l'aimait; il nous a fait gagner plus de deux cent mille francs ; il vient dîner ici deux fois par semaine. Dernièrement, son fils avait trouvé un emploi très lucratif; le père vint : il fallait six mille francs. Ce n'était pas même un emprunt, c'était pour faire un cautionnement placé sur l'Etat ; eh bien! je lui ai refusé : le jeune homme n'a pas eu sa place, c'est un avenir manqué ; mais, que veux-tu? c'est un principe, je ne prête jamais d'argent. Pour tout au monde je ne dévierais pas de ma ligne de conduite. J'ai du caractère, et je comprends Robespierre disant : « Périssent les colonies plutôt «qu'un principe! » Il faut être comme cela. Le monde appartient aux esprits fermes, a dit je ne sais qui ; il avait raison.

— Ah ! c'est diflérent, je ne savais pas; je vais chercher ailleurs un esprit moins arrêté.

— Tiens, à propos, je me suis encore laissé emporter par mon cœur et mon envie cie bien faire; je me suis chargé du placement de ces billets. C'est un bal par souscription qui se donnera samedi prochain à la Villette, au bénéfice de l'œuvre du rachat des jeunes nègres du haut Congo. Tu danses, toi; moi, je ne pourrai pas y aller; lu penses bien que je ne conduirai pas ma femme dans un tel lieu. Entre nous, je crois que la société y sera très mêlée ; mais qu'est-ce que ça te fait? tu es garçon,

— Ma foi, je suis désolé de te refuser encore cette corvée ; mais je ne pourrai m'y trouver encore ce jour-là : je serai à Clichy.

— Pauvre garçon! tant pis; mais j'irai te voir; tu me feras des dessins pour nos loteries, encouragements aux éleveurs de souris blanches pour les ramoneurs. »

Tel est le caractère de ce grand cœur d'or dont j'ai l'honneur d'être l'ami. Si j'ai fait son portrait, c'est que je suis un peu comme le paysan d'Athènes, (|ui était fatigué d'entendre toujours appeler Aristide le Juste. Mon excellent ami a tant et tant dit, répété, corné aux oreilles de tout le monde, qu'il est un grand philosophe, un diminutif de saint Vincent de Paul, un Wilberforce au petit pied, un petit Manteau bleu modeste, qu'on a fini par le croire. Je ne sais pas même si, dans son quartier, on ne lui attribue pas la loi Grammont. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on ne parle jamais de lui sans ajouter cette phrase : " 11 est impitoyable pour ceux qui lui doivent ; il est si honnête, il paye si bien ses billets à échéance ! Il a fait tenir Jean deux ans à Clichy; c'est pour une de ses créances que le pauvre Pierre a été vendu; il s'est bri'ilé la

cervelle. Jacques lui a fait un billet, il n'a pas payé: il l'a fait déclarer en faillite, inalii;ré les larmes de sa femme et de ses enfants. Qiie voulez-vous? c'est un commerçant de vieille roche; il a conservé les principes de la vieille probité de nos pères. » .

Cependant, c'est un bien brave homme, un cœur d'or, qui pleure en voyant un pauvre. Il passe sa vie à visiter les prisons et les hôpitaux; personne ne s'avise jamais de demander s'il y console tous ceux qu'il y a envoyés. Il n'est pas jusqu'à sa malheureuse jeune femme, qu'il tient dans un état réel de séquestration derrière un comptoir, que cet homme vertueux, ce travailleur infatigable, ne soit parvenu à tromper. Elle croit à son mari, elle le câline, elle le prie instamment de ménager sa santé, de ne pas se donner tant de mal, de travailler un peu moins, et surtout de ne pas tant se tourmenter du sort des pauvres, qui sont bien à plaindre, mais qu'heureusement ils sont en état d'aider de leur fortune; elle le conjure, connaissant sa générosité, de ne pas se laisser trop entraîner par son bon cœur.

Quanta lui, il est de bonne foi; il accepte sérieusement ces tendres reproches; il croit que tout ce qu'il conte lui est arrivé. Il fait vendre les meubles d'un pauvre ménage qui ne peut lui payer un terme de trente francs, et il prend deux billets d'un franc à une loterie autorisée pour la fondation d'une maison de refuge pour la vieillesse. Nous-mêmc, nous ne savons pas si c'est un fourbe impudent ou si, à force de tromper les autres, il n'a pas fini par se prendre au sérieux et se croire philanthrope, obligeant et travailleur. C'est encore une énigme pour nous. Il est peut-être comme ces gens qui, à

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force de répéter le même mensonge, se persuadent qu'ils disent la vérité; sans cela, ce serait le monstre le plus hideux qui ait été. Tartufe ne serait (lu'un polisson auprès de lui.

En tout cas, je lui souhaite un j)rix Montyon, il l'accepterait, et ce serait peut-être une excellente occasion pour lui faire prouver son excellent cœur.

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