SCÈNE VIII
Les HAhrs, LELIO, Coortisshs.
UÜ.IO, dans le fond, te débattant au milieu des eourtitans.
Je veui justice du maître... L'iniulle était llagrante, le duel bien légitime... et je veux raconter...
GALéss, éiwant la voix.
Laisseï entrer cet homme...
Léuo.
Voua l'entendei, messieurs : quand le maître commande, toujours les serrileurs et se taisent et font place. (£ntrant en scéns. ) Qu’Apollon, monseigneur, vous flatte et voua complaise...
Il SC pose gracieusement la main sur son épée et demeura
immobile: il est rétu d'nu costume coquet et jeune,
loogs cheveux bouclés pendant aur ses épaules, ses
moustaches fines et retroussées.
gaiIas , aprit l'avoir examiné.
Et c’est l'injure à la bouche que je te vois entrer dans un palais que tu dois égayer'.
lAlio.
En voulant m’arracher la vie on m’a pris ma gaieté ; mais le nuage se dissipe, et voici toute l’histoire... J’attendais, impatient, votre auguste réponse, quand quelques jeunes hommes vinrent me l’apporter d’une façon insultante et moqueuse;
MAGASIN THËATRAL;
IA
l’un d'eux me frappant l'ëpaole de son épée nue, fit qQ-iovolontairrraent la mirane lortit de ton fourreau. Alors arec un grand bourra de raillerie plaisante on m’offrit un combat dont chaeun vou* lait dire. Le duel m’était offert, à moi, l’enfant de toutes les fêles, l’ami de tous les jeui; j’acceptai joyeusement, et nos épées venaient de so croi> ser à peine, que Tun de nous déjà tomba; ce ne fut pas moi, seigneur, car je pris aussitôt le cbe min du palais, poursuivi, empêché par les rieurs ne riant plus, mais du moins j’eus vengeance. En- ! fin, je suis entré, car vous l'avez permis, et je me dis mainienaoi: Pour arriver au maître le chemin est périlleux, iMaut y jouer sa vie; mais quand | on y parvient, ta récompense est belle; et je remercie lesdieui qui periiieitem qu’aprés traverses et dangers, je puisse m'iiicliner devant votre grandeur.
11 se courbe et salue,
CiALÉAS.
Et quel homme te provoquait?
Léuo.
Il se nommait, je crois. Michaelli.
GALÉAS
Rude jouteur!... Tu sais donc bien manier l’épée?
Ulio.
Passablement; et je tiens la mienne au service de votre altesse comme mon luth et ma guitare. (5*udressanr rapidement aux courtisans qui sont restés au /bnd. } Approchez-vous, messieurs... venez; son altesse vous invite, vous blême et m’absout.
GALBAS.
Comment? je o’ai pas dit...
Létlo, vivemmt.
Non, monseigneur; mais j’ai deviné.
GALBAS.
Tu es bien hardi.
Léuo.
Jusqu'au moment où, fatigué de lui, on le jette à la porte, le capilan Lélio, toujours, est auda* cieui et pardonné.
gaUas.
Mais pour justifier tant d’audace, quel est donc ton mérite? voyons; pour égayqr une âme inquiète et fatiguée, pour distraire, occuper la pensée sombre, absorbée, dis-oous:que sais-tu faire ?
Léuo.
Un peu de tout, monseigneur! [ici les cour/f* sons Ventourent.) Nous autres comédiens, noos savons rire de toutes les folies, sentir toutes les paaions, essayer tous les vices et chanter toutes les gloires; nous dévorons ce chemin qu’on appelle l eiistence en apprenant par cœur les émotions et les hasards qui le traversent, et nous savons les raconter. Nous savons dire, nous autres raconteurs, l'orgie pâle, échevelée, qui chante et qui déborde, où les hommes insensés s’agitent en des transports inouïs, quand Satan les préside et les couvre, vainqueur, de ses grandes ailes de
feu. Nous savons peindre aussi les paysages Iranquilles où l’oiseau qui s’effraye se balance et s'envole quand passe une jeune fille. Nous savons raconter les superbes batailles où les légions s’attaquent, où les armures se brisent, où tes hommes qui pêle-mêle se battaient au malin, combattent et s’entr’égorgent encore la nuit au flambeau; nous savons décrire aussi la ville silencieuse quand l'orage qui s’approche s'étend et l’obscurdt, et ses cris déchirants, tumultueux quand l’incendie qui s'allume, l'embrase et la dévore. Puis là-bas, tout là-bas, au lointain dans la plaine, nous connaissons les chants du laboureur, du soldat insoucieux et du pèlerin qui salue le monastère. Nous savons jouer les roueries d’un valet, les terreurs d'un poltron, les joyeuseiés d’un écolier dans l’ivresse, ou les tourments affreux de l’esclave empoisonné qui se débat et meurt. Enfin, miroir actif où tout sc reflète, écho vivant où tout résonne, nous allons sans repos, sans relâche, jusqu'au jour où l'écho fatigué se tait, où le miroir terni s’efface; heureux si nous laissons après nous le soupçon d’un regret ou l’ombre d’un souvenir ; voilà ce que nous savons, et voilà ce que nous sommes, ÿour votre bon plaisir, monseigneur : choisissez...
GALBAS.
Je veux le drame et la folie : je veux voir ipourir l’esclave empoisonné, et je veux entendre chanter joyeusement l'écolier dans l’ivresse.
LKLIO.
Moi et quelques-uns de mes compagnons qui sont logés à l’iiôtcllerie de Saint-Pierre, nous pouvons vous donner, monseigneur, après la tragédie, un brillant tintamarc.
Qu’on les fasse venir ; il est l'heure du repos et des divertissements. Venez, messieurs; le capitan Lélio et scs compagnons sauront peut-être TOUS arracher à votre indolent sommeil et vous faire oublier vos interminables disputes au jeu. Nous t'altendons tà-bas dans la chambre ducale, où nous voulons des récits et des chants.
LÉUO.
Déjà pour vous, monseigneur, je rêve, je compose, et bientôt vous serez satisfait.
GALÉAS, aux Courtisans,
Venez, messieurs, venez.
Il tort par la droite; les Courli<iaBS l’arcompagneDt. Lélio , resté sur le premier plan , les suit des yeuz , jusc|u'à ce qu'ils soient tous sortis.