PROFESSEURS I
MM. H. GERVEX et P. MATHEY Directrice : Mademoiselle Valentino
Valentino ! Voilà un nom qui rappelle le souvenir d'un bal célèbre, cela est engageant pour les dames ! Il me semble qu'apiès ces prospectus édifiants, vous êtes bien mal fondé, monsieur Gervex, à parler des écoles de femmes, et que vous faites votre possible pour les attirer; votre mauvaise humeur m'a tout l'air d'une rancune d'épicier, qui crie à la pratique : N'allez pas chez l'épicier d'en face, il met de la cendre dans son poivre, du plâtre dans sa farine et vend de la margarine pour du beurre !
Mauvais moyen, monsieur Gervex ; comme vous n'auriez jamais été élu par vos élèves, membre du jury, vous avez bien fait d'aller à la maison d'à côté.
opinion de m. gérôme
Il a été un des plus fermes soutiens de M. Bouguereau dans la discussion qui a amené la démission de M. Meissonier,
D'après lui, les récompenses ont été mal distribuées, et le jury s'est attiré la réprobation générale. Dans les Salons annuels, le jury tient sa force du suffrage universel; dans les expositions générales, c'est un jury administratif.
« M. Antonin Proust est le grand coupable. Il a composé un jury à son image et a obtenu une coterie, au lieu de le faire éclectique et composé de talents divers.
» Les récompenses données par le jury à l'Exposition universelle ne doivent compter en rien vis-à-vis de la Société des Artistes français, association privée, et par conséquent ne doivent pas donner accès aux expositions de cette Société.
» Nous n'annulerons pas les médailles, mais nous croyons devoir en restreindre les inconvénients. Voyezvous, ajoute-t-il, je suis à la fin de ma carrière, je juge les choses de haut, sans parti pris; je ne suis pas suspect, je n'exposais même pas. Je crois toute exposition impossible si les peintres exempts sont au nombre de de 1422; c'est alors la porte fermée aux jeunes.»
M. Antonin Proust est le grand coupable. Il a composé un jury à son image et a obtenu une coterie ; au lieu de le faire éclectique et composé de talents divers, dit M. Gérôme. M. J.-P. Laurens dit : Il y a des dessous...
Ah! oui, il y a des dessous, et qui ne sont pas propres !
Car la scission des artistes n'est pas venue, comme on pourrait le croire, sur la [question des médaillés,
des hors concours, et sur le roulement du jury. Ces questions n'ont été que le prétexte.
M. Gérôme a raison; il y avait dessous un intéressé à brouiller les cartes, un intéressé à ce qu'elle se produisît; dans la coulisse, il tirait les ficelles qui faisaient mouvoir MM. Meissonier, Roll, Gervex et consorts.
Pourquoi ne pas le nommer ?
C'est M. Antonin Proust, ancien ministre des Beaux- Arts, le roi des gaffeurs :
Mission Thomassin, gaffe!
Loterie des Arts décoratifs, gaffe !
If Angélus, de Millet, gaffe!
A ce propos, on se rappelle tout le tapage qui se fit dans la presse au sujet de ce tableau, un des plus mauvais du maître, de l'avis unanime des amateurs sincères; on se souvient que M. Antonin Proust disait qu'il avait la coopération d'amateurs riches pour acheter ce tableau à la vente Secrétan. Il monta au chiffre de plus de cinq cent mille francs, et M. Antonin Proust avait en caisse, pour solder ce chiffre formidable, un peu plus de sept mille francs !
On se rappelle que ce fut M. de Rothschild qui avança la somme pour retirer le tableau des mains du commissaire-priseur.
L'affaire de Y Angélus n'est pas plus claire que la Loterie des Arts décoratifs ; elle était préparée de longue main, c'est tout simplement un coup de Bourse.
Dans une feuille que je ne veux pas nommer, en 1869, on lisait ceci dans le compte-rendu du Salon-:
« ... Oui, saluons aussi, en passant, le peintre Millet, un des meilleurs. »
Dans le même journal, en 1870 :
« ... J'ai pensé qu'il était tout à fait inutile d'écrire de longs articles pour dire que la peinture filandreuse de M. Bouguereau, si chère aux amateurs, m'agace au delà de toute expression; que M. Millet a été quelquefois un grand peintre, mais qu'il n'est plus qu'une grande ruine, quelque chose comme le Château d'HeideWerg, du Salon de 1870. »
Dans le même journal, en 1889, lors de la vente du tableau V Angélus, on faisait de cette vente une question d'amour-propre national. Il ne fallait, à aucun prix, laisser ce chef-d'œuvre aller à l'étranger; bref, deux colonnes d'un lyrisme achevé.
Est-ce que, par hasard, l'auteur de ces appréciations, à vingt ans de distance, n'aurait pas eu quelques bons petits tableaux de Millet à écouler, qu'il avait achetés lors du débinage de 1869 ?
Quel rôle a joué M. Antonin Proust dans ce petit tripotage ?
Celui d'un gaffeur !
Il rêve d'être un jour le Nieuwerkerke républicain, le surintendant des Beaux-Arts, comme il aura été, à l'Exposition universelle, le président des présidents. Il est déjà le ministre occulte des Beaux- Arts ; ce n'est pas assez, le panache n'est pas assez grand.
Il avait espéré que le ministre des Beaux-Arts, devant la scission des artistes, reprendrait la direction du Salon, qui deviendrait officiel, et qu'il en aurait la
direction ; ce fait ressort plus qu'évidemment du langage des journaux qui sont à sa dévotion, le Figaro, la République française, le Temps, son moniteur officiel, sans compter ceux de moindre valeur.
Il a été déçu dans son ambition; mais le mal n'en est pas moins fait.
Il ne lui reste plus qu'une gaffe à commettre : faire recevoir Olympia au Louvre.