GRAVURE
Grands prix 7
Médailles d'or 18
— argent * 21
— bronze 26
Mentions 21
72 médailles.
21 mentions.
Total : 93 récompenses.
Total des récompenses ..... 1543
Médailles 1037
Mentions 506
Et maintenant, si l'on consulte la liste des membres du jury, on est davantage confondu en lisant les noms suivants : Meissonier, Carolus-Buran, Cazin, Duezj Fantin-Latour, Gervex, Puvis de Chavannes, Roll, Galland, etc., et la stupéfaction ne connait plus de bornes quand ces messieurs crient au favoritisme et qu'ils fondent la Société nationale des Beaux-Arts, qui elle, n'en fera jamais, malgré qu'ils soient à sa tête!
Quel est donc le prophète puissant qui les a convertis, et leur fait faire amende honorable?
Quel est donc la clef de ce mystère.
Le vieux proverbe dit qu'il ne faut jamais parler de corde dans la maison d'un pendu ; ne parlez donc pas de favoritisme, messieurs, de coteries , d'églises, de camaderie, vous crachez en l'air et ça vous retombe sur le nez.
Les voici, les preuves éclatantes de votre favoritisme :
Nils Forsberg exposait au Salon de 1888, sous le n° 1014, son admirable toile : la fin d'un héros, souvenir du siège de Paris.
Ce tableau magistral, à la presque unanimité d'un jury français, composé de peintres éminents, lui valut une première médaille.
La presse entière rendit justice à l'artiste et ratifia la décision du jury.
Un an ou deux auparavant, un peintre Suédois, Richard Bergh, possesseur d'une médaille d'argent de troisième classe, qui lui avait été décernée en 18833 avait exposé au Salon du Palais de l'Industrie, le portrait de sa femme , pour lequel le jury ne lui décerna pas même une mention honorable.
Ce tableau médiocre passa inaperçu, la critique ne s'en occupa même pas.
A l'Exposition universelle, au champ de Mars. Nils Forsberg exposa la fin d'un héros, qui lui avait valu une première médaille.
Richard Bergh exposa le portrait de sa femme.
Voici la conséquence de l'impartialité de MM. les membres du jury :
Richard Bergh obtint le premier prix.
Nils Forsberg obtint la médaille d'argent.
Etrange phénomène ! Ce tableau de Nils Forsberg avait perdu les qualités maîtresses qui lui avaient valu du premier coup une grande distinction de la part des maîtres français dans le trajet du Palais de
l'Industrie au Champ de Mars, tandis que le contraire s'était produit pour le tableau de Richard Bergli, lequel, dans ce même trajet, était devenu un chef-d'œuvre.
Mais les dissidents, qui se plaignent de ce que les artistes qui composent la Société des A?^tistes français aient voulu casser leur verdict, ont donné l'exemple en accordant une simple médaille d'argent à un artiste, honoré pour la même toile, d'une première médaille ; ils ont cassé le verdict des membres du jury du Salon de 1888 !
On pourrait répondre : le jury était composé de trentetrois membres étrangers et seulement de vingt-six français ; l'élément étranger l'a emporté sur l'élément français.
Cette raison serait plus que mauvaise, car alors les membres du jury français pouvaient prévoir les conséquences de leur verdict et donner leur démission, en en expliquant les motifs au public ; ne l'ayant pas fait, ils sont solidaires !
Continuons l'examen instructif des récompenses de l'Exposition universelle par ceux qui ne veulent plus du favoritisme.
Clielmonslii, peintre Russe, qui, jusque-là n'avait pu obtenir qu'une mention JionoraUe aux exposition précédentes, était fait d'emblée grand prix.
Franz Courtens, honoré d'une médaille de 3e classe en 1884, était fait grand prix dans la section Belge.
Comme chez le fameux Nicolet, de plus en plus fort !
Moore, section Anglaise, et Werensliiold, section Norvégienne, qui n'avaient pas été mentionnés dans les ex-
positions précédentes, obtinrent chacun un grand prix.
C'est extraordinaire comme l'Exposition universelle a révélé de talent ! La cause en est sans doute au soleil du Centenaire de 1889, qui a voulu faire pour l'art ce que le soleil d'Austerlitz fit jadis pour Napoléon Ier!
Poursuivons, pour les médailles d'or; c'est encore plus raide.
Ancfiet et Otto Baclie, Danemark;
Bazzaro, Carcano, Ciardi, Morbelli et Sartorio, Italie ;
Marlwwski et Szymanowski, Russie ;
RÏbarz, Autriche-Hongrie ;
Verstraete et A lexandre Struys, Belgique ;
Burne, Jones, Ladson et Leader, Angleterre, n'avaient jamais rien obtenu aux Salons antérieurs, ils furent d'emblée bombardés de la médaille d'or.
JamefeU, du Grand-Duché de Finlande, un jeune, très jeune, qui avait peine, chaque année, à être admis au Salon annuel du Palais de l'Industrie, reçut également la médaille d'or.
Mademoiselle Breslau, Suisse ;
Hynais, Autriche-Hongrie ;
Clans, Belgique;
Maris, Pays-Bas, n'ayant eu, jusque-là, qu'une mention honorable, obtinrent la médaille d'or !
J'en oublie certainement, mais ces exemples sont assez frappants pour me dispenser d'insister.
C'est égal, ils ne peuvent pas dire qu'ils n'ont pas été récompensés... républicainement !
Quant aux peintres français, ce jury, qui se montra si large pour les peintres étrangers, ne peut être accusé de favoritisme ; car il se rattrapa sur eux, en leur accordant parcimonieusement, et comme par charité, on peut le dire, des récompenses dérisoires, qui étaient plutôt une insulte !
Parmi les peintres français récompensés, je relève celles-ci :
Benjamin Constant, médaille 3e classe 1865,2e classe 1876, médaille de 3e classe 1878, même année die v alier de la Légion d'honneur, officier de la Légion d'honneur en 1884.
Libéralité du jury de l'Exposition universelle : première médaille !
Saint-Pierre, médaille en 1868, 2e classe en 1879, chevalier de la Légion d'honneur en 1881.
En 1889, au Champ de Mars : mention honorable!
Bramtot, médaille de 3e classe en 1879, prix [de Rome même année, 2e classe en 1 885 ;
Maurin, médaille de 3e classe ;
Debat-Ponsan, médaille de 2* classe 1 874, chevalier de la Légion d'honneur en 1881 ;
Rochegrosse, médaille de 3e classe 1882, 2e classe 1 883, prix du Salon, même année ;
Tous quatre se virent décerner par le jury, qui ne veut pas de favoritisme, une mention honorable!
Pour celui-ci, cela paraîtra invraisemblable comme un conte de fée.
Parmi les sculpteurs, M. Bartlett, qui n'était honoré
que d'une mention honorable, obtint la médaille d'honneur.
Il faut dire que M. Bartlett est Américain, et que M. Meissonier est plein de tendresse pour les États- Unis, qui couvrent ses toiles de dollars.
Ce fut, sans doute, pour se faire excuser une si petite part de récompenses accordées à des peintres français, d'un talent et d'une valeur indiscutables et incontestables, que le jury distingua M. Raffaëlli, qui n'était honoré que d'une mention, et qu'il lui accorda une médaille d'or, et qu'il reçut ensuite la croix de la Légion d'honneur !
Ce fut aussi, sans doute, pour la même raison que M. Meissonier fils, qui n'avait, depuis 1866, qu'une troisième médaille, se trouva vingt-trois ans plus tard, sans avoir jamais rien pu décrocher aux expositions intermédiaires, recevoir la médaille d'or et crucifier par dessus.
C'est mettre en pratique, j'espère, le fameux système des compensations.
Est-ce que le jury de l'Exposition universelle de 1889 aurait, pour ces deux dernières croix, procédé comme le colonel Maud'huy ?
Lors de la révolution de juin 1848, la bataille était acharnée faubourg du Temple; les insurgés, embusqués derrière les barricades formidables qui s'élevaient à l'angle de la rue Fontaine-au-Roi, de la passerelle du canal, du quai Valmy, tiraient sur les troupes qui arrivaient par le boulevard et remontaient le bas du faubourg pour les prendre d'assaut. La mitraille pleuvait,
les balles sifflaient dans le faubourg; les fantassins rasaient les maisons en attendant que les canons, braqués à l'angle du faubourg et du boulevard du Temple, aient déblayé le terrain. Le colonel Maud'huy commandait la colonne. A un moment donné, les insurgés ripostaient aux canons avec une telle énergie, que les soldats durent s'abriter sous les portes pour laisser s'apaiser l'ouragan de mitraille.
Le colonel Maud'huy entra sous la porte du numéro 17 ; il vit alors, non sans surprise, un tambour, tranquillement assis sur sa caisse, fumant sa pipe, sans avoir l'air de s'occuper de ce qui se passait dans le faubourg.
— Que fais-tu là ? lui dit le colonel.
— Mon colonel, je me repose.
— Tu devrais être à ton poste de combat.
— Mon colonel, je suis fatigué.
— Donne-moi ton nom; tu auras quinze jours de salle de police.
— Léopold Moulin, lre du 2e.
Le colonel inscrivit sur son carnet le nom du tambour. A ce moment, le faubourg était libre, le canon avait accompli son œuvre. Le tambour prit sa caisse et battit la charge comme un enragé.
Quelques jours après la bataille terminée, le colonel dut faire, pour les soldats qui s'étaient distingués, des propositions de récompenses. Il ouvrit son carnet, et, parmi les noms qu'il y avait inscrits, il lut : Léopold Moulin, lre du 2e. Il le porta pour la croix, ne se souvenant plus qu'il lui avait flanqué quinze jours de salle
de police ; il avait oublié de les mentionner sur son carnet.
Qui fut stupéfait, quand, au lieu d'aller au Uoc, on lui donna la croix ? Ce fut le tambour. Il ne 1 éclama pas !
MM. Raffaëlli et Meissonier imitèrent l'exemple du tambour : ils ne réclamèrent pas !
Il y a, dans la répartition des récompenses faites par le jury de l'Exposition universelle, un détail tout particulier qu'il est bon de signaler aux artistes. Ils y verront une nouvelle preuve flagrante de son impartialité et de sa haine du favoritisme..
Sur deux cents médailles, dix-sept seulement furent attribuées aux anciens élèves de l'atelier Julian !
Pourquoi?
C'est assez délicat à expliquer; mais, pendant que j'y suis, autant mettre les pieds dans le plat.
Parce que les élèves des ateliers Julian sont gens à éliminer, et que cette élimination était le précurseur d'un plan mûrement arrêté; après avoir été longuement médité, plan dont le premier acte a été la scission du groupe de dissidents avec la Société des Artistes français-, le deuxième acte, les attaques dont l'académie Julian a été l'objet de la part des journaux à leur solde; le troisième acte, la constitution de la Société nationale des Beaux- Arts. Le quatrième acte... c'est l'avenir qui lèvera le rideau !
Pour bien comprendre, il faut savoir que les artistes récompensés à titre d'étrangers ne sont pas admis à voter pour le jury du Salon, en vertu de l'article 12 du règlement, tandis que les peintres français, dont la plu-
part sortent des ateliers Julian, sont des électeurs dangereux pour les dissidents !
Pour compléter ce chapitre, il est bon de publier, pour l'édification des lecteurs, les noms des membres du jury de l'Exposition universelle qui ont fondé la nouvelle société :