GALLAND
M. Ad. Yvon. — Une bonne lettre. — Réponse de M, Antonin Proust. — M. Benjamin Constant. — M. D. Laugée. — M. .Iules Garnier. — M. Léon Gomerre. — M. Maillard. — Lettre d'un artiste. — Une lettre de Courbet. — Castagnary. — Manet. — Gomme tout le monde.
out naturellement, à la suite de la distribution des récompenses, décernées comme nous venons de le voir dans le chapitre qui précède, des réclamations devaient se produire; ils s'en produisit en effet.
M. Ad. Yvon écrivit à M. Antonin Proust la lettre suivante :
12 juillet 1880
« Monsieur le Commissaire spécial,
» J'apprends à l'instant que le jury des Beaux- Arts m'a décerné une médaille de 8e classe.
» Je ne suis pas d'humeur à me prêter à une comédie
d'aussi mauvais goût, et je m'empresse de vous prier de vouloir bien faire savoir au jury que je refuse cette récompense.
» Agréez, monsieur le Commissaire spécial, l'expression de mes sentiments distingués.
» AD. y von. »
M. Antonin Proust s'empressa d'écrire ceci à M. Ad. Yvon,en réponse à sa lettre :
17 juillet 1889.
« Monsieur,
» J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du 12 juillet.
» M. le président du jury, à qui j'ai communiqué votre refus, m'a fait observer qu'il reposait sur une erreur de faits ; il n'est effectivement pas exact que le jury vous ait attribué une médaille de troisième classe.
» M. Meissonier, dont je ne fais ici que vous transmettre les paroles, vous expliquera, si vous voulez bien vous adresser à lui, comment, la haute récompense pour laquelle votre nom avait été proposé tout d'abord n'ayant pas réuni la majorité, il avait cru devoir, par respect pour votre situation artistique, vous considérer dès lors comme hors concours, et de s'abstenir de vous mettre en avant pour des récompenses inférieures.
» Je transmettrai néanmoins votre protestation au
jury de groupe si, les faits ainsi rétablis, vous le croyez encore nécessaire.
» Agréez, monsieur, l'expression, etc.
» Le Député, Commissaire spécial des Beaux-Arts, » ANTONIN PROUST. ))
Que signifiait cette lettre nébuleuse, rédigée en termes alambiqués qui ne disaient rien du tout ?
Pas grand'chose. Elle décelait l'embarras de son auteur pour faire une réponse plausible à M. Ad. Yvon, dont voici la situation artistique :
Médaille Ire classe 1848, 2* classe 1855, chevalier de la Légion d'honneur même année, médaille d'honneur 1857, médaille 2* classe 1807, officier de la Légion d'honneur môme année.
M. Ad. Yvon répondit à M. Antonin Proust par cette lettre qui n'admettait pas de réplique :
18 juillet 1889.
« Monsieur le Commissaire spécial,
» Ma situation artistique (ainsi que vous avez bien voulu me le dire) me place sur un terrain d'où j'ai pu, non sans soutire, assister aux ébats du jury des Beaux- Arts à l'Exposition universelle.
» Mon seul souci a été de me préserver des éclations sur es.
» Vous m'affirmez que je n'ai pas été atteint ; je m'en
félicite et vous prie, monsieur le Commissaire spécial délégué, d'agréer l'expression, etc.
» AD. y von. »
C'est laconique, mais pas tendre pour ceux qui ont reçu les éclaboussures du jury.
M. Benjamin Constant, lui, au moins, ne dépense pas des flots d'encre, il adresse à M. Meissonier la lettre suivante :
19 juillet.
« Monsieur le Président,
« Je refuse la première médaille qui m'a été votée. (( Veuillez agréer, monsieur le Président, l'assurance de ma respectueuse considération.