LES PRIX MONTYON
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Le pauvre, TinconBU qui la nuit se Iburvois, Il le faut secourir; c*est Dieu qui uous Tenvoie. Qu'il n'éprouve de nous ni refus ni mépris ; Souvent un faible don est pour lui d'un grand priai.
Autoiiie-Jean-Baptiste-RobeFt Auget dç Montyon, était né à Paris, le aS décembre 17 33; il y est mort le 29 décembre cSaa.
C'est bien de lui qu'on peut dire : Il a passé
sur la terre , en y répandant les bienfaits ; tran-
sivit benèfaciendo.
Tantôt ce sont des villes, ce sont des provinces qui se sont ressenties de sa bienfaisance dirigée par de grandes lumières, car il fut un sage et habile administrateur ; tantôt il répandit ses libéralités sur des particuliers , et presque toujours en se couvrant du voile de l'anonyme , prenant plus de peine pour cacher ses actions louables 2 que d'autres n'en prennent pour dérober à la publicité des actes répréhensibles.
En 1768, il fut appelé à l'intendance d'Auvergne; il y obtint la reconnaissance, le respecf et l'amour de tous les habitants de la province, particulièrement des pauvres; il sauva l'Auvergne des malheurs d'une disette affreuse; il procura de l'ouvrage et des subsistances à la classe laborieuse; pour lui fournir du travail, il embellit les deux villes d'Aurillac et de Mauriac, de promenades auxquelles on donna son nom ; dans ces deux villes, le corps municipal lui fit ériger un monument; il aimait son intendance, parce qu'il y faisait du bien ; mais il plut à un ministre de mettre une de ses créatures à la place de M. de Monty on ; celui-ci fut révoqué au grand regret et malgré les réclamations de la province entière; le ministre fit semblant de croire que l'intendance d'Auvergne était au-dessous des talents et de la
capacité d'un si bon administrateur, et qu'il convenait de l'employer sur un plus grand théâtre; l'intendant répondit qu'il connaissait la province où il était placé, qu'il y était utile ; qu'il craignait de ne pas l'être autant dans quelque autre; on ne l'écouta pas; c'était sa place qu'on voulait; on la lui ôta, et on le promena ensuite d'intendance en intendance, d'abord à Marseille, ensuite à la Rochelle ; fatigué de ces mauvais et injustes procédés, il fit parvenir, en 1774? au roi, par M. de Malesherbes, un mémoire dont voici quelques phrases :
(c Depuis que j'ai l'honneur d'être revêtu de a ce titre (celui d'intendant de province), j'ai « été dépouillé trois fois de mon état ; sort inouï « jusqu'à moi. Il faut que je sois ou le plus mécc chant des hommes, ou le plus malheureux »
Il expose en abrégé sa conduite dans les provinces confiées à sa gestion, et il termine en ces mots :
a Je ne crois devoir ajouter à cet exposé au- « cune réflexion , aucune demande , aucune a plainte. Du reste, si dans les trois départements a où j'ai servi, il est une seule personne qui puisse ce articuler la moindre injustice qui procède de « moi; si, dans ce mémoire, il est un seul fait « qui soit contraire à la vérité, je consens à « perdre la vie^ mes biens ^ et V honneur. »
Signé : A. de Montyon.
y4 LES PKïS.
Le roi fut ttès-frappé dece mémoitfe ;il donbà otdre qu'on écrivît à M. de Montyon une lettre remplie de témoignages de satisfaction ; la lettre Fut écrite; mais lé magistrat ne^fut point replacé dé nouveau dans une intendance; àans doute parce qu'il avait prouvé que personne n'était plus propre que lui à ce difficile emploi.
Dès avant la révolution de 1 7 89, il avait fohdé, sans se faire connaître, un prix de vertu, et un prix pour l'ouvrage le plus utile aux mœurs, en chargeant l'Académie fratiçaise de les décerner.
Les suites de la révolution entraînèrent la suppression de l'Académie et celle des fondations*
M. de Montybh émigra ; sa grande fortune , les places qu'il avait occupées l'auraient exposé à une mort presque Certaine dans les jours désastreux de 1 793.
Il se réfugia d'abord à Genève, puisàLondrés; et dans cette capitale de la Grande-Bretagne , il . ne cessa de partager sa fortutie avec ses compatriotes émigrés ou prisonniers en Angleterre ; car la difïéretice des opinions tae lui faisait mettre aucune distinction dans l'exercice de là bienfaisance.
Lorsqu'il fut de retour en France , il s'occupa de renouveler les fondations de prix qu'il avait faites autrefois ; il y en ajouta de nouvelles.
Dirigeant toujours ses pensées Tèrt les pauvres et les malheureux, il employait, dans les dernières années de sa vie, quinze mille francs par an à retirer du Mont-de-Kété les effets sur lesquels il avait été fait des prêts au-dessous de cinq francs; des effets d'une si mince valeur lie pouvant avoir été mis en gage que par des persondeis réduites au plus extrême besoin.
Il ^^adressa à Tun deà tnaires de Paris, pour Faire proposer ( toujours sans se nommer ni se faire connaître au public) une prime de cinq mille francs à une association charitable qui se formerait pour prêter, sans auvun intérêt y à des artisans ou à des laboureurs. Malheureusetnent on h'a point répondu à cet appel de M. de Montyoïi , et ^association ne s'est point formée.
Les faits que je viens d'exposer sont extraits d'une j^ie de M. de MontjOHy laquelle a été publiée en iSîèq; mais il fout la lire tout en^ tière, si Ton veut bien connaître cet homme respectable; en Vérité, on ne peut s'empêcher de petiser que, si tous les riches faisaient un aussi bon usage que lui de leur fortune, à peine resterait-il des pauvres; ou du moins il n'en resterait point qui ne fussent soulagés et consolée.
Quelle reconnaissance ne lui devons-nous paà, riches et pauvres, pour le bien qu'il â fait, pour
celui qu'il a voulu faire, pour celui qu'il fera
encore bien long-temps !
Son testament est venu clore dignement cette suite non interrompue de bonnes actions qui ont duré plus de soixante années.
La première phrase de cet acte solennel, est remarquable et touchante :
« Je demande pardon à Dieu de n'avoir pas «rempli exactement mes devoirs religieux; ye « demande pardon aux hommes de ne leur avoir m pas fait tout le bien que je pouvais ^ et que y isipar conséquent j je devais leur faire. »
De quoi s'accuse-t-il? de quoi demande-t-il pardon? Ce n'est pas d'avoir fait du mal; il n'en a jamais fait à personne ; c'est de n'avoir pas fait assez de bien. Entendez cela, riches et puissants de la terre ; et souvenez-vous que vous êtes coupables , si vous ne faites pas aux hommes tout le bien que vous pouvez y et que par conséquent vous devez leur faire. Examinez votre conscience; jugez vos actions et vos pensées d'après cette règle; vous occupez -vous souvent de remplir cette noble et sainte obligation? Vos divertissements, vos jouissances de luxe et de vanité, vos projets d'ambition , de fortune , de plaisirs, vous laissent-ils un moment pour songer aux hommes, vos semblables, qui souffrent, qui pleurent et qui meurent d'inanition?
M. de Montyon songeait à eux; il a cherché les moyens de secourir, d'araéliorer celte classe pauvre et laborieuse qui est toujours à la veille de tomber dans un dénûment absolu ; il s'est aussi proposé de soulager les indigents; les prix qu'il a fondés sont autant de preuves de sa disposition constante à faire du bien aux hommes ^
Les deux Académies ont reçu de M. de Montyon une mission bien honorable.
Encourager et récompenser des travaux utiles à l'humanité; rechercher et honorer la vertu dans la classe la plus humble et la plus obscure de la société; contribuer ainsi à servir les hommes et à les améliorer; qu'y a-t-il de plus satisfaisant
« Un prix à celui qui découvrira des moyens de rendre un art méeaniyue moins malsain. Un prix à celui qui aura trouvé, dans Tannée, un mojren de perfectionnement de la science médicale ou de l'art chirurgical. II avait fait particulièrement les fonds d'«« prix annuel de statistique ; il n'en est pas question dans son testament; mais le prix subsiste. Un prix en faveur d*K« Français pauvre qui aura fait, dans Vannée, l'action la plus 'vertueuse. Un prix en faveur du Français qui aura composé et fait paraître le livre le plus utile aux mœurs. Ces prix sont annuels ; les trois premiers sont décernés , d'après la volonté du fondateur, par l'Académie des Sciences ; les deux derniers , par l'Académie française. De plus il a laissé à chacun des hospices des douze arrondissements de Paris, un re^ venu annuel , pour être distribué en gratification ou secours à donner aux pauvres qui sortiront de ces hospices , et qui auront le plus besoin de secours. ^
Pabis. m. 7
pour des cœurs honnêtes, pour des âmes élevées?
Mais ce n'est pas seulement un honneur que M. de Montyon a légué aux Académies; ce sont aussi des fonctions , et des fonctions souvent difficiles et pénibles; l'Académie française ne néglige rien pour s*en acquitter dignement, et pour accomplir les intentions bienfaisantes du vertueux testateur.
Chaque année, elle reçoit de tous les points de la France des récits de différents actes de vertu qui lui sont présentés comme dignes de participer aux distinctions et aux récompenses promises; ils sont attestés par les autorités locale» , et par des citoyens notables qui en ont été les témoins; mais les libéralités de M. de Montyon, bien quelles soient abondantes, ont des bornes; il faut choisir entre cent concurrents présentés; il faut peser avec scrupule et lés actions et leurs motifs; il faut, pour ainsi dire^ descendre dans les consciences ; quelle tâche! Dieu seul est le véritable et infaillible juge de la vertu ; car lui seul lit dans les cœurs; aussi lui seul donne-t-il à la vertu sa meilleure récompense.
Dans la séance publique annuelle de l'Académie , le directeur proclame les noms de ceux qui ont mérité des prix ou des médailles ; il célèbre dans son discours les actions vertueuses
qui ont été placées au premier rang ; et chaque année l'Académie publie un livret contenant le récit de tous les traits de vertu qui ont été distingués et récompensés. Ce livrât est envoyé à tous les préfets, avec prière de le répandre dans leurs départements. Les bons exemples doivent à leur tour produire les bonnes actions.
Il y a , quoi qu'en disent et en pensent certaines personnes, bien de la vertu dans cette classe que les sots et les orgueilleux méprisent faute de la connaître ; les pauvres sont peut-être plus disposés que les riches à la bienfaisance; pour soulager ceux qui souffrent comme eux, ils retranchent plus volontiers de leur nécessaire que les gens opulents ne se priveraient de la moindre partie de leur superflu.
Depuis douze ans , ces distributions de récompenses ont eu lieu régulièrement; et il est permis de croire qu'elles ont produit quelque bien, et contribué au perfectionnement moral de la société.
Qui ne serait en effet touché de traits tels que ceux dont je vais rappeler le souvenir!
Voici un récit qui fnt envoyé à l'Académie en 1823, par M. le curé de Saint-Jean-Saint-François, à Paris'.
' Feu M. l'abbé Charpentier, mort curé de Saint-É tienne du Mont.
loo LES PHIX
Je ne fais que transcrire.
La femme du nommé Jacquemin, porteur d'eau, père de trois enfants, dont un muet et impotent, ne gagnant que trenle-cinq à quarante sous par jour, vint, il y a quelques jours, solliciter des secours pour une femme indigente, infirme, privée de deux doigts, et hors d'état de gagner sa vie.
— Où demeure cette femme? lui dis-je.
— Chez nous.
— Depuis quand?
— Depuis dix mois ; le onzième commence.
— Que vous paie-t-elle par mois ou par jour?
— Rien.
' — Comment, rien?
— Pas de quoi mettre dans l'œil.
— Elle est au comité ^ ?
^ — Oui; et moi, j'y suis aussi, et j'ai le pain de mes enfants. Depuis qu'elle est avec nous, j'allonge la soupe, et elle la mange avec nous.
— Vous n'avez pas le moyen de faire ce sacrifice ; au moins elle vous a promis qu'un jour ou l'autre elle vous dédommagerait?
— Elle ne m'a promis , et ne me promet que ses prières.
I Cest-à-dire, inscrite au comilé ou bureau de charité de Tarrondissementy où Ton délivre aux indigents, qui sont enregistrés, un secours mensuel , lequel malheureusement est bien faible.
MONTYON. iOT
— Votre mari ne murmure-t-il pas?
— Mon mari parie peu ; il ne dit rien ; il est si bon !
— Ne va-t-il pas au cabaret?
— Jamais. Il travaille, et se tue po^r ses enfants.
— Il est porteur d'eau au tonneau?
— Non, monsieur; à la brasse.
— Depuis dix mois ! c'est bien long.
— Elle était dans la rue, m'avait demandé asyle pour deux ou trois jours;, et Jacquemin et moi , nous n'aurions pas le cœur de la mettre à la porte. Il dit d'ailleurs qu'il faut faire aux autres comme à nous.
— Mais, ma bonne femme, de quoi est composé votre logement?
— De deux chambres.
— Combien les payez-vous?
— Je les payais cent vingt francs; on m'a augmentée de vingt francs; ce qui fait huit sous par jour.
— Mais il me semble que c'est pour vous que vous devriez demander des secours?
— Je vous ai déjà dit, monsieur le curé, que j'ai le pain de mes enfants; je ne demande rien, grâce à Dieu ; aussi long-temps que mon mari et moi pourrons travailler, je rougirais d'importuner personne pour nous.
^.«Ai.
loa LES PRIX
— Eh bien ! mk bonne femme , voici dix francs pour...
— Que la pauvre madame Pétrel va être heureuse !
Des larmes de joie coulent de^ yeux dé cette femme charitable ; c'est à elle que je voulais donner ces dix francs; je la laissai dans Terreur; elle lui était si honorable *.
Atttoifte-RochMartîn s'était engagé, fort jeune, pour remplacer un conscrit. Après avoir porté les armes, et avoir été libéré du service militaire, il se maria en i8i5; la famille de la femme à laquelle il s'unit était dans l'indigence. On n'en accusera que le malheur, quand on saura qu'elle se composait d'une mère infirme, et de trois enfants aveugles.
Le jeune soldat, devenu le fils adoptif de l'une, et le frère des autres, se regarda comme chargé, désormais et pour toujours, de pourvoir à tous leurs besoins. Il était riche, et se trouvait heureux de leur consacrer une somme de six mille francs, prix du service fait pour le conscrit rétnplacé. Une partie de ce petit pé-
» Extrait du discours prononcé par M. Févêque d'Hermopolis , directeur, dans la séance publique annuelle de i8!i3.
MONTYON. io3
cule fut employée à leur acheter une chaumière; mais la naissance de trois enfants, et surtout la disette des années 1 8 1 7 et 1 8 1 8 , eurent bientôt absorbé le reste. Les soins qu'exigeaient une mère infirme , trois enfants en bas âge , et trois frères aveugles , ne laissaient pas à la femme Martin le temps de se livrer à des occupations dont elle pût tirer un salaire, de sorte que le travail manuel du mari devint Tunique moyen de subsistance pour neuf personnes.
Il ne gagnait que vingt sous par jour; mais, par délicatesse, par noblesse d'âme, peut-être par un reste de la fierté de son ancien état , il ne voulut jamais permettre que ses beaux-firères aveugles allassent implorer la pitié publique. Dans cette extrême disette, il aurait cru mérita: des reproches, si sa famille eût reçu des secours étrangers. Il aimait mieux lui distribuer tout le pain qu'il gagnait si péniblement, et s'exposer à tomber d'inanition, comme cela lui est arrivé plusieurs fois , au milieu de son travail.
Jamais on ne l'a entendu se plaindre , encore moins se vanter ; et après une si énergique persévérance, on ignorerait peut-être encore soa dévouement, hors de l'étroite enceinte de son village, si l'ampur de Fhumanité n'eût amené dans cette chaumière un chirurgien recommandable , qui entreprit de rendre la vue aux trois
ro4 LES PRIX
aveugles. Malheureusement ses efforts n'ont pas été récompensés par le succès ; mais , témoin de ceux que fait, depuis dix ans, l'infatigable père de cette nombreuse famille , il en a révélé les besoins, le malheur, les nobles dettes, et cette heureuse indiscrétion a fait parvenir jusqu'à l'Académie la connaissance non pas d'un trait de vertu , mais d'une vie entière qu'elle s'est félicitée d'avoir à publier et à récompenser,
L'Académie a décerné à Roch Martin un prix de dix mille francs '.
Catherin^Félicité Gurgy avait, dans sa jeunesse , donné des soins à une petite orpheline ; celle-ci en fut reconnaissante; elle était honnête; mais elle eut le malheur ^ de rencontrer un homme sans principes , un de ces égoïstes qui , pour satisfaire un caprice , une fantaisie , ne se font pas scrupule de condamner un être faible au repentir, à la honte, à la misère.
La pauvre victime avait, depuis quelque temps, perdu de vue son amie, la demoiselle Gurgy, devenue femme Laverdin , dont peut-être les conseils l'auraient sauvée; celle-ci apprit indi-
' Extrait du discours prononcé par M. Daru , directeur» dans la séance publique annuelle de iSaS.
MONTYON. io5
rectement ce qui était arrivé à la jeune Marie- Louise Raymond; elle courut la chercher, et lui offrit les secours et les consolations de l'amitié.
Il était trop tard; elle la trouva malade, souffrante , abattue ; son séducteur était un homme marié, ce qu'il s'était bien gardé de lui dire; elle ne l'avait su que depuis qu'elle avait fait ses couches, et après qu'il l'avait abandonnée, elle et son enfant; elle ne put survivre à son infortune; après avoir langui deux ou trois mois , elle mourut de douleur dans les bras de la dame Laverdin , en recommandant à son amitié l'innocente créature qu'elle laissait au monde, sans protecteur, sans appui.
La dame Laverdin promit à la mourante de servir de mère à son fils; on va voir comment elle a tenu parole.
Elle alla d'abord au bureau des nourrices payer trois mois qui étaient dus, et déclarer qu'elle se chargeait des paiements à venir.
Lorsque l'enfant eut atteint son onzième mois, elle le fit venir à Paris avec sa nourrice ; lorsqu'il eut dix-sept mois, elle le retira tout-à-fait de nourrice et le prit chez elle.
Son mari consentit volontiers à être de moitié dans cette bopne action , malgré la dépense dont elle devait les charger tous deux ; ils n'étaient que de simples portiers. Laverdin travail-
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lait de son état de tailleur ; sa femme faisait de la broderie; ils avaient de Tordre, une bonne conduite; et tous les propriétaires chez lesquels ils ont demeuré ont rendu, des mœurs et de la pix)bité de ces deux époux, les meilleurs témoignages.
Us ont élevé l'orphelin comme leur fils; et, dans son enfance,' il a toujours cru Tétre; ils Font envoyé à l'école à leurs frais , l'ont fait instruire , ont voulu enfin lui donner une éducation qui le mît en état de se passer d'eux et de se faire un sort indépendant.
Il répondit aux soins qu'on prenait de lui ; il entra d'abord au Conservatoire de Musique où il apprit à jouer du violon et de la flûte ; mais ses maîtres ne trouvant pas en lui des dispositions décidées pour ce genre de talent, conseillèrent à la dame Laverdin de lui donner un autre état; ses père et mère firent alors un grand sacrifice ; car ils payèrent cinq cents francs à un graveur qui , moyennant cette somme , et quatre ans de travail dans son atelier, s'obligea de le former dans son art; ce qu'il a fait.
Sorti d'apprentissage , il est entré chez un autre graveur ; il a gagné de quoi vivre , a cessé d'être à charge aux sieur et dame Laverdin , mais n'a pas cessé de les respecter et de les chérir.
Il y a^eu , dans la vie de ce jeune homme , une
époque bien douloureuse;^ lorsqu'il fut arrivé à sa douzième ann4e, et qu'il fit sa première corn* muni'on , les sieur et dame Laverdin crurent devoir lui apprendre qu'il n'était que leur fils d'adoption; cette révélation inattendue fit sur ce bon jeune homme une impression si profonde , qu'il en tomba malade , et fut assez long-temps à se rétablir.
Malheureusemenj: le père Laverdin , à l'âge de soixante-deux ans , a été frappé d'une attaque qui l'a beaucoup affaibli; le mal a depuis augmenté au point de l'empêcher de vaquer à ses occupations; sa femme, obligée de le remplacer et de lui donner des soins, tire moins de ressources de ses ouvrages de broderie, en même temps que son mari ne gagne plus rien dans son métier de tailleur.
Le tour de Raymond est venu d'être utile à ses bienfaiteurs , à ceux qui se sont imposé pendant vingt-cinq ans toutes sortes de privations pour lui donner un bon état.
Pour être plus en droit de leur témoigner sa reconnaissance , il a eu la délicatesse de vouloir y être autorisé d'une manière légale; il a conjuré les sieur et dame Laverdin de permettre qu'il pût prendre et porter leur nom ; il a voulu être adopté par eux dans les formes , et devenir ainsi tout-à-fait leur fils ; ils s'y sont refusés d'abord ,
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lui ont remontré que cela n'ajouterait rien à leur tendresse réciproque , que les formalités de l'adoption p9urraient être fort coûteuses, et que cette dépense serait sans utilité pour lui , puisqu'ils n'ont aucune fortune, aucun héritage à lui laisser; le fils a insisté, et cette adoption, d'un genre bien rare (car elle est entièrement désintéressée), a été prononcée par un arrêt de la cour royale de Paris, du 24 juillet 1827.
On assure que la procédure faite pour parvenir à cet arrêt , n'a pas coûté à Rayitiond moins de cinq cents francs; il n'a pu subvenir qu'avec peine à cette dépense ; car il n'est pas riche , et ne peut faire encore par son travail que des gains très-bornés; on se demande pourquoi un acte que la loi autorise , un acte qui peut être inspiré, comme dans le cas présent, par les motifs les plus purs et les plus respectables, pourquoi cet acte entraîne avec lui de si grands frais? A-t-on voulu l'interdire aux pauvres ? Eh ! c'est à eux qu'il fallait le rendre facile; car il n'est pas ordinairement chez eux, comme chez les riches, une affaire de calcul et d'argent, où le cœur n'entre pour rien ^
Ces exemples non choisis, mais pris entre
' Extrait du Livret Monty-on pour 1829.
beaucoup d'autres, suffiront pour donner une idée de la manière dont l'Académie exécute le testament de M. de Montyon ; en général , elle croit devoir récompenser une conduite constamment vertueuse, plutôt qu'un seul acte de vertu, surtout s'il se trouvait être le fait d'une personne dont les mœurs et les habitudes seraient d'ailleurs peu honorables.
Après les grandes journées de juillet i83o, FAcadémie se trouvant avoir des fonds disponibles , demanda et obtint du ministre l'autorisation nécessaire pour consacrer au soulagement des veuves, des orphelins, et des blessés, une somme de 1 5,ooo francs.
M. Alexandre de La Borde , alors préfet de Paris, écrivit à l'Académie une lettre de remercîment , aussi spirituelle qu'obligeante. « On «aime à reconnaître, disait-il ^ dans cette réso- « lution spontanée- des membres de l'Académie «française, les sentiments patriotiques qui se (c sont toujours si bien alliés , dans les nobles « âmes , avec l'amour des lettres et les lumières ce de la philosophie. »
Le respectable testateur a confié à l'Académie française une autre mission plus difficile encore peut-être que celle de récompenser les actions vertueuses; il a voulu qu'elle décernât, chaque année , un prix au Français qui aurait composé
iio IJS PRIX
et fait paraître Youi^rage le plus utile aux mœurs.
Cette expression a beaucoup d'étendue; il est assez difficile d'en bien déterminer le sens précis ; on comprend bien ce que c'est qu'un livre utile; tout livre dans lequel nous trouvons une instruction, une leçon profitable présentée de manière à se fixer dans notre mémoire , à faire sur nous une impression vive et durable , a certainement de l'utilité; et l'on ne devrait jamais faire un livre que lorsqu'on a quelque cbose d'utile et de neuf à publier; mais qu'est-ce qu'un ouvrage utile. ^ aux mœurs? ce serait celui qui améliorerait toute une génération , ou du moins un grand nombre de particuliers; celui dont la publication aurait pour suite infaillible de répandre le goût du beau, du bon , de l'honnête, d'inspirer la probité, la franchise, la bonté, toutes les vertus! mais comment s'assurer qu'un livre aura produit de si excellents effets? comment les produirait-il dans notre pays où les deux tiers au moins de la population ne savent pas lire ?
Ce qui ajoute à la difficulté du jugement, c'est que le prix est annuel; peut -on espérer que, chaque année, on aura un ouvrage utile aux mœurs à récompenser ! N'y a-t-il pas lieu de s'attendre, au contraire, que plusieurs années s'écouleront sans qu'il paraisse un livre digne de cette dénomination et du prix qui devrait s'y attacher?
MONTYON. m
Horace dit que les poètes veulent ou servir, ou plaire, ou réunissant ces deux mérites ensemble , dire des choses agréables qui présentent en même temps des règles de morale et de conduite.
La plupart de nos poètes modernes n'ont guère songé qu'à plaire aux lecteurs, à les amuser, à les toucher, à obtenir ainsi leurs suffrages, à exciter leur admiration.
Je ne sais si je me trompe, mais il me sém- We qu'en général, la philosophie morale était plus en honneur chez les écrivains anciens que de notre temps. Les OEui^res morales de Plutarque, la Cyropédie^ les Économiques de Xénophon , le traité des Devoirs de Cicéron , divers traités de Sénèque et ses lettres , etc. , sont assurément des ouvrages utiles aux moeurs; mais aussi ce sont là des ouvrages rares et qui ne paraissent que de loin à loin ; à des époques plus rapprochées de nous, on pourrait citer les Essais moraux de Bacon , ceux de Montaigne , dans lesquels, par malheur, il y a tel chapitre où la décence et la pudeur ne sont pas assez respectées; le Traité de V Éducation de Locke, \ Emile de Jean- Jacques Rousseau, les dernières parties de la Noui^elle Héloise^ quelques opuscules de B. Franklin , etc. ; mais il faut encore remarquer ici que ce n'est pas tous les ans, à beau-
coup près , qu'on peut espérer des publications d'un si grand mérite.
Quellea donc été l'intention de M. de Montyon ? On peut en juger par l'ensemble des dispositions de son testament et des fondations qu'il a faites. Il a d'abord songé à la classe pauvre et laborieuse ; il a voulu des livres à sa portée , qui Téclairassent, qui la détournassent de ses mauvaises habitudes^ qui lui fissent comprendre l'avantage qu'il y aurait pour elle à mettre , dans sa conduite , plus d'ordre , plus d'économie, plus de prévoyance; il est évident , en même temps, que le testateur n'a pas entendu borner à cette seule classe l'utilité des ouvrages qu'il s'est proposé de récompenser ; on ne peut douter qu'il n'ait entendu que le prix pourrait et devrait être donné à l'ouvrage le plus utile aux /7iû?ttr^, c'est-à-dire à celui qui serait le pJus propre à exercer sur les mœurs publique^ et privées une utile et salutaire influence; et par le mot mœurs^ il semble qu'on doive comprendre les opinions, les actions, les habitudes.
Au milieu des incertitudes , des difficultés qui se présentaient pour décider, l'Académie a dû non pas se prescrire une règle unique , étroite , et qui n'admettrait jamais d'exception , mais chercher à se fixer sur quelques points qui servissent à diriger ses jugements.
MONTYON. ii3
Ainsi elle a pensé qu'il y avait lieu de décerner des récompenses à deux espèces d'ouvrages utiles aux mœurs: les uns d'un ordre élevé, propres à répandre des lumières, qui, partant d'en haut , descendent et $e propagent dans tous les rangs, de manière à produire des améliorations profitables à la société entière, soit en détruisant ou en changeant des opinions fausses ou funestes, depuis long-temps accréditées; soit en donnant aux gouvernants et aux hommes d'état des connaissances théoriques ou pratiques; de ce genre sont le Traité d'Économie politique pratique^ de M. Jean -Baptiste Say, ouvrage traduit dans plusieurs langues, et qui a peut-être plus de réputation encore chez les étrangers qu'il n'en a en France ; le Traité de législation , ou Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospèrent^ dépérissent j ou restent stationnaires ^ de M. Charles Comte; Du Système pénitentiaire en Europe et aux États-Unis^ par M. Charles Lucas ; etc..
Et les autres, destinés à traiter des sujets particuliers, à offrir des vues neuves et utiles sur quelque matière importante , comme les Lettres de famille , sur V Éducation , par madame Guizot ; De V Éducation^ et Conseils* aux jeunes filles , par madame Campan ; Essai sur t éducation des femmes^ pay madame de Rémusat.
Paris. IU. 8
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L'Acadévnie ne p&xt pas avoir la prétention d'être infaillible dans ses jugements; tout ce qu'on a droit d'exiger d'elle, et ce dont elle se fait un devoir f>eligieux, c'est l'impartialité, c'est V^cçpnppUssement aussi fidèle qu'il est possible dea intentipns de l'iUustre testateur.
Il se tr4^uvaf en 1827, qu'il restait des fonds qui n'avaient pu être employés en récompense à d^ ouvrages utiles aux moeurs. Une ordcmr ^ançe royale prescrit, en pareil cas, à l'Acadé* mie de proposer au ministre des moyens de faire de ces fonds un emploi conforme aux dernières volontés de M, de Montyon.
L'Académie , avec l'autorisation du ministre, annonça donc qu'elle décernerait : j® en i8a8, un prix de 6000 francs à un ombrage de morale, en Is^issant aux auteurs toute liberté pour le choix du sujet et pour la manière de le traiter;
ù!^ £n 1829, un prix de 8000 francs, au meil^ Içur ouvrage sur ce sujet : De la charité consùdéréç dans son principe^ dans ses applications , ei dans son influence sur les mœurs et sur l'économie sociale ;
3*^ En i83o, un prix de 10,000 francs, mis à un concours dont le sujet serait : De t influence d^ his sur les mœurs ^ et de lUrifluence des mœurs sur les lois.
Le prix du premier de ces trois concours
MOînrYON. ri5
n'ayant pas été ^remporté en i8a8, ce même concours fut continué à l'année suÎYante.
£d 1829 ' ^ P^^ ^ ^^ adjugé à un ouvrage qui était une suite donnée à un livre publié dix ou douTO années auparavant, sous le titre de Si^ mon de Nantua^ ou le Marchand forain.
Ce Simon de Nantua était un honnête portebaUe,qui, avec un peu d'instruction et beaucoup de boa sens, parlant un langage populaire et semé de proverbes , à la manière de Sancfao Pança, de naïve mémoire, parcourait les villes et les- campagnes , vendant sa marcbandise^ et doauant pour rieii d'exceUàits conseils.
Ce livre obtint im succès qui s'est soutenu , et qui se soutient encore.
Au risque d'affliger les nombreux ainis de ce bon Simon de Nantua, l'auteur apprend au pobtic que ce brave homme est mort, laissant quelques Bgianuscrits^
Ce sont les OEuvres posthumes de Si^nson de Nantua, que son historien a recueilles et pu-^ bliées. Elles forment un petit traité de morale pratique, sous divers chapitres, intitulés: La Sagesse, la Jurisprudence , la Médeèine, la Poli* tique, la Religion de Simon de Nantua; oti y trouvie dés pensées raisonnables , des sentiments droits, honnêtes, élevés, exprimés dans un style
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simple et naturel , à la portée des intelligences
les plus vulgaires.
L'ouvrage n'est pas long , et c'est un mérite de plus ; car les gros livres ne sont pas ce qu'il faut aux personnes qui n'ont pas beaucoup le temps de lire.
Mais un grand obstacle s'oppose à ce que ces ouvrages faits pour l'instruction du peuple puissent atteindre leur but; et cet obstacle, c'est qu'il y a encore en France plus des deux tiers de la population qui ne savent pas lire.
Un vieux Romain répétait toujours : Il faut détruire Carthage. Formons un vœu plus humain; répétons sans cesse : Il faut détruire l'ignorance ennemie ; il faut donner à tous les Français l'instruction première, qui est une dette publique.
Ce vœu étai.t celui de M. de Montyon ; il est celui des hommes éclairés et amis de leur pays; de toutes parts des efforts généreux tendent à le réaliser : espérons que nous pourrons un jour le voir accompli.
Le prix sur le sujet : De la Charité, devait être adjugé en 1829.
De vingt-sept ouvrages envoyés au concours, aucun ne parut à l'Académie avoir atteint le but et remporté le prix.
Elle en distingua trois , qu'elle mentionna honorablement.
L'un de ces trois ouvrages, lequel avait été enregistré sous le n^ 1 7, a été imprimé et publié par son auteur , M. Duchatel ; et l'Académie, qui avait regretté de ne pouvoir le couronner , a pu se féliciter du moins d'avoir donné lieu à la composition d'uii bon livre.
Le concours fut continué jusqu'en i83i.
En considération du temps, des travaux et même des voyages que les recherches à faire pourraient exiger, l'Académie éleva la valeur du prix à la somme de 10,000 fr.
L'Académie s'occupe de l'examen des ouvrages qui ont été envoyés à ce concours; son jugement sera proclamé à sa plus prochaine séance publique.
Un autre sujet de concours, celui De tinfluence respectwe des lois sur les mœurs et des mœurs sur les lois^ demanderait à être traité par un Platon , par un Tacite , ou par un Montesquieu.
Sully dit dans ses Mémoires : Si faisais un principe à établir^ ce serait que les bonnes mœurs et les bonnes, lois se forment réciproquement.
On sait que les peuples sont ce que les font les institutions auxquelles ils sont soumis, les lois qui les régissent , les actes de leurs gouver-^
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nements, et leur éducatioâ ; mais l'éducation ellemême est jusqu'à présent réglée par la législa* tioii , et par le pouvoir qui gouverne.
On sait aussi qu'il se fait des changements lenta et graduels dans les moeurs des peuples ,q'est-àdire , dans leurs opinions , dans leurs goûts , da^s leurs passions, dans leurs habitudes; et que ces changements font tomber à la longue d'anciennes lois en désuétude , et en amènent de nouvelles.
La grande science du législateur, le grand art des gouvernants , consistent à se conformer aux temps , à ne pas s'obstiner en faveur du passé ; à juger et à faire ce qui convient au présent; enfin, à préparer l'avenir.
Le désaccord entre les lois et les moeurs est une cause continuelle de malaise, de tiraillements, d'inconsistance pour la chose publique. On sent à tout moment qu^elle n'est pas bien assise ; on craint qu'elle ne penche et qu'elle ne verse d'un côté ou de l'aut^'e.
Le prix de 10,000 francs mis au concours sur ce graiid et beau sujet, devait ^re décerné en i83o.
De douze ouvrages qui ont concouru, un seul a été jugé digne d'une mention honorable.
Le concours a été continué j il est encore ouvert jusqu'au i^' mars i83a, terme de rigueur
pour l'envoi dès ouvrages qui seront destinés à concourir.
Je puis répéter ici ce que l'Académie a dit dans son programme, en proposant ce sujet;, c'est que l'ouvrage demandé, s'il était bien conçu et bien exécuté, honorerait l'auteur et la nation; qu'il serait étudié partout; et qu'il produirait à la longue^ d'une manière indirecte, mai& sûre, d'immenses améliorations dans lès lois et dans les mœurs du monde civilisé.
Enfin l'Académie française, ayant toujours^ pour but d'employer les fends provenant des^ libéralités de M. de Montyon, d'une manière qui profité à la société, et qui" soit conforme aux intentions; du testateur, a obtenu cette année, du ministre , l'autorisation de disposer d'une somme de ï 0,000 francs à prendre dans les fonds restés disponibles, de ceux qui étaient destinés à récompenser les ouvrages utiles aux mœurs, et de la consacrer à décerner un prix k la meilleure comédie ou tragédie en cinq actes et en vers, composée par un Français, représentée, imprimée et publiée en France dans les trois années spécifiées ci-après , et qui réunira au mérite littéraire le mérite non moins grand d'être Utile aux mœurs et aux progrès de la raison.
Ce concours est ouvert à partir du 9 août
i83ï ; il sera fermé à pareil jour de ratifiée ï834.
L'Académie ne s'occupera du jugement d'après lequel le prix sera décerné, qu'un an au plus tôt après la clôture du concours, dont les membres de l'Académie française sont seuls exclus.
Revenons à M. de Montyon. Quelles ont été ses intentions, quelle a été sa pensée la plus chère , celle qui l'a guidé pendant toute sa vie ? C'a été défaire du bien aux hommes.
Ses libéralités sont d'excellentes leçons pour les pauvres, pour les riches, et pour les gouvernants de tous les temps et de tous les pays.
Outre ce qu'il a fait en faveur des pauvres qui, au sortir des hôpitaux , sont incapables de travailler, et ont besoin de secours au moins temporaires, nVt-il pas, en fondant un prix annuel de vertu, pour la classe pauvre de la société, enseigné à cette classe à se respecter elle-même, à comprendre qu'elle acquiert, par ses bonnes mœurs, de justes droits à l'estime et à la considération publique? qu'il n'y a rien de plus honorable qu'un bon laboureur, qu'un bon ouvrier qui vit de son travail , soutien^ et élève une famille , et rend à la société au moins autant qu'il en reçoit?
Combien il est important pour l'ordre public comme pour le bonheur des individus , que cette
MONTYON. lai
classe pauvre et laborieuse ne tombe pas dans Findigence absolue, et par Tindigence dans le désespoir, quelquefois dans le crime!
M. de Montyon voyait avec douleur que le défaut d'éducation et d'instruction livre des hommes ignorants et faibles aux séductions du vice , à l'entraînement des passions, des goûts grossiers, des plaisirs brutaux , aux mauvais conseils de la faim et du besoin; que la classe ouvrière et pauvre s'abandonne à l'imprévoyance, au découragement, qu'elle vit au jour le jour, et compte trop souvent, pour le temps où elle sera assaillie par la vieillesse et les infirmités, sur la charité publique; il a voulu la relever à ses propres yeux, afin de l'améliorer. Hélas! cette classe si nombreuse n'a pour se soutenir contre les peines et les tentations qui l'assiègent , ni le secours de la réflexion éclairée, ni le désir de l'estime publique, ni l'espérance d'un meilleur sort et de cette aisance que, dans les autres conditions, on acquiert par le travail et par la bonne conduite.
Le prix de vertu qui lui est proposé l'avertit que son bonheur est à sa portée; qu'il ne tient qu'à elle de l'atteindre et d'en jouir ; cette institution doit agir sur elle par la plus persuasive de toutes les leçons, par celle de l'exemple.
D'un autre côté, M. de Montyon enseigne aux riches à ne pas mépriser le pauvre; il leur fait
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voit des vertus sous la bure , et la iHenfaisance exercée par ceux qui auraient besoin d'en être eux-mêmes les objets ; quoi de plus propre à exf citer Témulation de ceux qui jouissent d'une heureuse ai$ance.! à leur inspirer le désir de se rapprocher du pauvre, de le connaître mieu5c, de Vaider, de le secourir! Et ce ne sera pas seule* ment par des dons, par des aumônes, par de l'argent distribué dan^ la classe hunible et ob* scure de la société ^ qu'on voudra lui être utile^ On comprendra que le plus grand service à lui rendre, est de la mettre en état de se passer d'aumônes; et pour cela, qu'il faut lui donner une instruction convenable, Une éducation morale qui la tire de son état de dépression , et développe en elle les germes de tous les bons sentiments humaine.
. C'est surtout aux hommes qui, par leur posi^ tion, par les places qu'ils occupejit, peuvent contribuer à cette amélioration nécessaire , que les leçons de M. de Montyôii s'adressent; il a prêché, comme on dit, d'exemple; comme intendant de province, il a pris soin d'écarter la misère des contrées qu'il administrait, d'y assurer la subsistance de la classe pauvre et laborieuse, et de lui donner du travail; comme citoyen, il .a fait à cette même classe tout le bien qu'il a pu, ^til se reprochait, dans son testament, de ne lui
Gçogle
en avoir pas fait davantage; et il lui en demandait pardon.
, Le temps est venu où cette classe nombreuse et intéressante doit devenik* l'objet des soins par* ticuliers des administrateurs > des gouvernants; grâce au del, il s'est fait, à cet égard ^ dans l'opinion publique, une imm^se révolution; autrefois oo dédaignait une profession en raison de son utilité; on rougissait du travail, de l'industrie, du commerce ; vivre à rien Êiire, c'était vivre honorablemeot , noblement ; à peine daignait -on compter pour quelque chose les gens sans naissance, qu'on appelait gens de peu, gens de rien; on comprend aujourd'hui que la véritable dignité de chacun de nous est en lui-même, et non pas dans l'habit qui le couvre, ni dans les avantages qu'il tient du hasard; qu'il y a une égalité native, d'homme à homme, que les personnages les plus élevés dans Tordre social doivent reconnaître et admettre avec plaisir.
Lés gouvernements se convainquent de jour en jour que leur plus solide appui n'est point dans la force, mais dans l'estime et dans l'affection des peuples, et qu'ils obtiendront ces sentiments, en les méritant , en prenant sans cesse et franchement les mesures les plus propres à répandre le bien-être, l'instruction, les bonnes mœurs. C'est là le meilleur, c'est là l'unique
moyen d'assurer pour toujours la tranquillité publique.
S'il est vrai, comme le dit madame de Staël, que tout l'ordre social soit fondé sur la patience de la classe laborieuse, que deviendrait cet ordre, le jour où la patience Ipi manquerait ? Cela vaut la peine d'y penser.
Si l'on cherchait quels sont les avantages que la sagesse des gouvernements doit tendre à faire naître et à conserver, quels sont les fléaux qu'elle doit écarter kvec le plus de soin, il me semble que voici une double liste bonne à consulter, comme une règle générale et infaillible :
Causes du bonheur
Causes du malheur
des peuples.
des peuples.
AISAirCE.