‹ Paris PantinChapitre 34 sur 122 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

. MADAME BENOITON, M. PRUDHOMME entrant.

MADAME BENOITON

Ahl VOUS voilà, docteur! Venez vite! je suis à moitié morte.

M. PRUDHOMMK

Eh quoi ? chère madame^ vous souffrez? qu*éprouvcz-vous ?

MADAME BENOITON

Parbleu, cher docteur, je vous trouve plaisant; je vous fais quérir pour me trouver ma maladie, voilà que vous me la demandez !

M. PRUDHOMME

Encore, faut-il, Madame, me guider dans la recherche de votre mal! Où souffrez-vous? Est-ce de la tête, de l'estomac, de la gorge, de...

MADAME BENOITON

De de de... Ah çà! docteur^ quel genre de médecine professez- vous? Est-ce que vous vous figurez que je note sur un calepin les douleurs que je ressens? j'ai bien autre chose à faire. Je souffre^ voilà tout.

M. PRUDHOMME

Mais encore faut-il savoir...

Madame Benoiton est indisposée H i

Savoir quoi? c'est votre affaire!

M. PRUDHOMME

Au fait^ vous avez raison, Madame, et je ne vois pas pourquoi vous feriez des concessions à la Faculté.

MADAME BBNQITON

Oh! ne raillez pas, ou je vais me trouver mal,

M. PRUDHOMME

Je saurais alors vous guérir ; — mais je vois maintenant le traitement que je dois vous faire suivre. — D'abord les Eaux vous ferbnt le plus grand bien !

MADAME BENOITON

Oui, vous avez raison! Surtout les bains oti l'on joue : Bade, Ems, Wiesbaden, Spa.

M. )*RUDH0MME

Mais, non pas ; je vous conseille Vichy ou les eaux des Pyrénées.

MADAME BENOITON

Merci! on s'y ennuie à mourir ! Et il faut boire de ces eaux-là?

M. PRUDHOMME

Sans doute.

Il paraît que c'est horriblement mauvais? Trouvez-moi autre chose.

M. PRUDHOMME

Aimez-vous mieux les bains de mer?

MADAME BENOITON

Ah çà ! mais vous voulez donc ma ruine ! Pour faire figure aux bains de mer il faut au moins changer trois fois de toilette par jour et danser tous les soirs, sans compter que je déteste les hôtels et qu'il me faudra louer un chalet! Vous ne croyez pas,, par hasard, que j'irai me réfugier dans un trou où l'on ne voit que des pécheurs?

M. PRUDHOMME

Mais, Madame, il n'y a plus de pécheurs aujourd'hui! On fabrique les poissons dans des cuvettes.

MADAME BENOITON

Ah! oui, la pisciculture. M, Coste, M. Babinet! C'est encore joli! Dans quelques années, on citera les homards d'Asnières et les sardines de Passy.

M. PRUDHOMME

Si vous ne voulez pas des bains de mer, il va falloir vous droguer.

MADAME BENOITON

Ma foi, docteur, je vous croyais plus habile.

Madame Benoiton est indisposée 83

Comment) vous ne pouvez pas guérir une femme sans lui donner de remèdes ?

M. PKUDHOMME

Je vovis guérirais bien pjar le raisonnement^ mais VOUS ne voudriez pas m'écouter. D'ailleurs les femmes n'aiment pas qu'on les convainque. Je vous dirais que vous ne souffrez pas, que vous vous feriez du mal exprès pour me prouver le contraire.

MADAME BENOITON

Bien obligée ! vous êtes poli !

M. PRUDHOMME

Je suis médecin, et la politesse ri*a rien de commun avec la science.

MADAME BENOITON

A la bonne heure! voilàde la franchise î

M. PRUDHOMME

Ah! vous voulez que je sois franc? Eh bien! je vais vous dire la vérité : votre maladie c'est l'ennui, un ennui mortel. La femme est un enfant, elle a besoin de joujoux. Il vous manque un joujou, et... voilà votre maladie.

MADAME BENOITON

Et alors, docteur, vous me conseillez de...

M. PRUDHOMME

Je ne vous conseille rien, Madame, Dieu m'en

garde ! (il se lève et prend son chapeau.)

MADAME BENOITON

Vous partez déjà?

M. PRUDHOMME

J'ai une visite à faire dans votre maison,

MADAME BENOITON

Une femme qui s'ennuie ?

M. PRUDHOMME

Non^ un homme qui s'amuse.

MADAME BENOITON

Vous ne viendrez pas causer un peu en redescendant? Il pleut à verse^ je ne sortirai pas.

M. PRUDHOMME

Mais volontiers , Madame.

MADAME BENOITON

Oh I nous ne parlerons pas de ma santé i Ce ne sera pas une visite, je ne tourmenterai pas votre science !

M. PRUDHOMME, saluaut.

Madame^ je suis tout à vos ordres, (il sort )

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