MAD4ME PIF ARDENT
Alors, monsieur le président^ je n'ai plus rien à dire... En m'endormant, j'étais jolie; quand je me réveillai^ j'étais grêlée !
LE PRÉSIDENT
Quelle fut votre première impression ?
MADAME PIF ARDENT^ vivement.
La souffrance !
LE PRÉSIDENT
Je le crois aisément! Le liquide qui vous a été jeté à la figure était de l'acide sulfurique, et l'on sait son action pernicieuse sur les tissus organiques. Madame Pifardent^ connaissez*vous le pré* venu.^
MADAME PIFARDENT
Moi ! fi rhorreurî
Le procès BelenfanUdes-Dames i33
LE PRÉSIDENT
Belenfant, reconnaissez-vous votre victime?'
BELENFANT
Faudrait qu'elle ôtât sa dentelle, pour que je visse son portrait.
LE PRÉSIDENT
Madame Piiardent^ veuillez, je vous prie, retirer votre voile.
(Madame Pifardent lève son voile et montre un visage, horriblement défiguré.]
Eh bien! Belenfant. reconnaissez-vous votre vietime?
BELENFANT
Oh! là, là!... Ma victime^ ça?... c'est ma tante!
LE PRÉSIDENT
Messieurs les jurés apprécieront cette plaisanterie de mauvais goût!... Madame Pifardent, vous pouvez vous retirer!
(Madame Pifardent sort en faisant des salutations.) MAITRE JULES FAVRE
Madame Pi&rdent s'est constituée partie civile; nous prenons acte de la déclaration de Taccusé. — Si évidemment la mutilation de la figure d'une étrangère est regardée comme un acte blâmable et répréhensible^ combien doit être regardée comme
plus blâmable et plus répréhensible encore la mutilation d'une parente, qui devrait être adorée^ d'une beauté remarquable... d'une tante, en un mot, cette sœur d'une mère qu'on devrait éternellement respecter.
LE PRÉSIDENT
Maître Favre, je vous prie, les moments de la Cour sont comptés.