SCENE II
Les mêmes, UN DOMESTIQ.Ufc:, puis DUMAS fils, tenant
en main une poupée.
LE DOMESTIQUE, annonçant.
Monsieur Alexandre Dumas fils.
M. PRUDHOMME
Qu'il entre ! — (A sa fille.) Un prétendant dangereux! Tiens ton cœur à deux mains, de peur qu'il ne s'échappe !
DUMAS FILS, saluant.
Monsieur Prudhomme, — Mademoiselle...
i88 Paris pantin
M. PRUDHOMME, à 8a fille :
Tu vas voir I — C'est un emporte-pièce ! — Ne pense pas I — Ah ! tu as pensé. — Malheureuse, il connaît déjà le fond de ton cœur.
VÉNUSKA
Mais, papa, c'est un beau garçon? voilà ce que
j'ai pensé.
M. PRUDHOMME
O femme ? Et c'est comme cela qu'elles choisissent leurs époux. (A Dumas fils.) Vous ne dites rien, cher monsieur.
DUMAS FILS
Je cherche le mot sur lequel je sortirai.
M. PRUDHOMME
Je vais vous le dire, moi ! — Je vais vous lé dire. Vous sortirez sur le mot : Au revoir !
DUMAS FILS
Non ! Je dirai adieu!
M. PRUDHOMME, à Yênuska.
Tu as entendu. — Adieu I ce qui veut dire qu'il te ravira à nos caresses, et t'emportera dans son antre comme un lion ravisseur.
VÉNUSKA
C'est un beau garçon, mon père!
Le mariage de Vénuska 189
Pardon, cher monsieur, mais que tenez-vous ainsi à la main ?
DUMAS FILS
Une femme î
M. PRUDHOMME
Une poupée, voulez-vous dire ?
DUMAS FILS
Non pas ! Mettez-y un cœur, des nerfs, des passions, c'est une femme; elle en a la fraîcheur et le costume. C'est mon modèle. J^étudie les femmes et elles m'en apprennent long, allez ! Mais dès que je crois les connaître, je m'aperçois que je n'en sais pas le premier mot. Si bien qu'au lieu d'étudier Tensemble, je les étudie en détail. — Elles y perdent... et moi j'y gagne.
M. PRUDHOMME, à Véuuska.
Tu entends! — Tu serais pour lui un sujet d'étude I O ma fille, tu n'es pas née pour être modèle... (A Dumas fils.) Comment la trouvez-vous, entre nous }
DUMAS FILS
Une perle, cher monsieur ! Gardez-la précieusement. Adieu, cher monsieur Prudhomme... Mademoiselle !
(11 salue et sort.)