VÉNUSKA, M. PRUDHOMME, M. DE GIRARDIN
M. PRUDHOMME
Voici monsieur de Girardin. — Attention ! Vénuska ! Un journaliste célèbre ! Tu serais la femme d'un... Ah! cœur de père, sois prudent !
M. DE GIRARDIN
Monsieur Prudhomme!..,
Le mariage de Vénuska 191
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M. PRUDHOMME
Monsieur de Girardin ! Si vous saviez combien votre visite m'honore et combien je suis fier de recevoir chez moi un homme qui a élevé le journalisme à un degré que... qui... dont...
M. DE GIRARDIN
Que parlez -vous de journalisme? Voilà bien, par exemple^ le cadet de mes soucis! C'est le théâtre que je veux régénérer, qui m'occupe.
M. PRUDHOMME
Le théâtre ! L'école des mœurs ! — Castigat ridendo..,
M. DE GIRARDIN
Ridendo, si vous voulez, que m'importe! Le théâtre^ c'est la nature prise sur le fait et placée sur les planches.
M. PRUDHOMME
Parfait ! Le réalisme !
M. DE GIRARDIN
Non pas !
M. PRUDHOMME
Alors, l'idéal !
M. DE GIRARDIN
Du tout ! l'idéal, le rêve, la fantaisie, je n'en veux pas ! Ce que je veux, c'est le vrai, le vrai qui
est simple et complexe en même temps ; qui est inimitable et que je cherche à imiter.
Car le vrai est double. — Il y a le vrai absolu et le vrai relatif!
M. PRUDHOMME Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable!
M. DE GIRARDIN
Je l'ai dit.
M. PRUDHOMME
Pardon^ cher monsieur, c'est Boileau.
M. DE GIRARDIN
C^st Boileau, peut-être, — à coup sûr c'est moi ! Il y a vrai et vrai, comme il y a fagots et fagots. Mademoiselle votre fille, par exemple, est dans le vrai en se faisant valoir avant son mariage. Mais après, quand ses qualités et ses défauts se montreront librement, elle sera bien plus dans le vrai ! — Le vrai, c'est le faux, et réciproquement. De là : — un vrai vrai et un faux vrai. — Un vrai absolu et un vrai relatif. — Un demi vrai et un double vrai. Tout le théâtre est là-dedans. C'est une réforme à f£Îre.
M. PRUDHOMME, scandant ses mots.
Réforme à faire... Vous me rendez pensif !
Le mariage de Vénuska 193
M. DE GIRARDIN
Réforme à faire aussi dans le mariage^ car il y a le mariage tel qu'il est et le mariage tel qu'il devrait être.
A ce propos. Je vous ferai observer que ma fille est là...
M. DE GIRARDIN
Mademoiselle est charmante.
M. PRUDHOMME
Elle est dans le vrai ! J'ose le dire.
M. DE GIRARDIN
Quand elle sera d*âge à marier, consultez-moi, je connais les hommes, et mes conseils ne sont pas à dédaigner. Adieu, cher monsieur, adieu.
M. PRUDHOMME, le reconduisant.
Vous pouvez ajouter : cher abonné. (Revenant.) Saperlotte, Vénuska, il faut te dégourdir un peu, mon enfant, on t'a prise pour une pensionnaire. Du reste , ce parti-là ne te convenait nullement. C'est un théoricien, et dans le mariage, les théories sont insuffisantes... insuffisantes. Les artistes dramatiques sont plus comme il faut. D'abord ils sont mieux vêtus, ensuite... Mais, voici M. Félix, l'éminent pensionnaire du Vaudeville; c'est une autre paire de manches, tu vas voir.