‹ Paris PantinChapitre 74 sur 122 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

M. PRUDHOMME, VÉNUSKA, FÉLIX.

M. PRUDHOMME

Eh! Monsieur Félix, soyez le bienvenu!

FELIX

Le bienvenu ! cher monsieur Prudhomme, voilà de ces mots que la société vous jette à la facc^ croyant effacer par une aménité banale tout le mal qu'elle vous a fait... Je sais ce que vous allez me dire : Ce mot est parti de votre cœur! Ah! le cœur! quel abîme, et qui pourrait en sonder la profondeur!

M. PRUDHOMME

Pardon ! mon cher monsieur^ jamais je ne vous ai, ce me semble, fait le moindre mal et jamais je n'en eus le désir.

FÉLIX

Ah! cher, bon et excellent M, Prudhomme!

Toujours le même, je vous reconnais bien là.

Tenez, vous me rappelez un vieux pion du collège qui m'a donné mes premières leçons de latin et m'a fait conjuguer un nombre infini de fois le verbe amOy j'aime. Quand j'avais mal conjugué, il

Le mariage de Vénuska iqS

me disait : Mon cher élève," si c'est un effet de votre bontéj veuillez me tendre la main pour que je vous donne de la férule !

M. PRUDHOMME

Mais je ne vois pas en quoi...

FÉLIX

Comment, vous ne voyez pas? Sapristi! Mais moi je vois parfaitement cette charmante enfant qui ne dit rien, et qui, j'en suis certain, grille d'être mariée. Et vous, son père, vous avez compté sur moi pour accomplir le vœu de cette adorable jeune fille! Ah! M, Prudhomme, que vous êtes enfant! A votre âge! Ce n'est pas pardonnable! Nous autres artistes dramatiques, nous sommes libres comme le nuage, le sable ou la plume! Nous allons oti le vent de la fantaisie nous emporte! L'arbre arrête la plume , le rocher le sable, la montagne le nuage! — C'est la femme qui nous arrête nous autres fantaisistes ! — Quant à moi, libre je suis, libre je resterai! Sans rancune, cher Monsieur. . — Un conseil, si vous le permettez : ouvrez la cage ! Toiseau saura bien tout seul trouver son nid.

(Il sort.)

igù Paris pantin

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