PROLOGUE
Le théâtre représente le boulevard des Italiens
M. PRUDHOMME s'avance d'un air -contrit
Mesdames^ — Messieurs! — La Revue que nous allions avoir l'honneur de jouer devant vous ne pourra être représentée, — ce soir du moins. — Je viens de voir l'auteur entre deux gendarmes ! — Je ne vous cache pas que, pour ma part, je suis fort contrarié! — Vous comprenez, un homme qu'on a vu dans le monde, et qu'on retrouve ensuite entre deux gendarmes^ — ça donne à penser. Je sais bien que c'est pour une affaire de censure théâtrale, mais
Les indiscret iov.s parisiennes 2 33
c'est égalj voyez-vous ! on peut croire^u'il tenait la caisse du théâtre. Quand, dans une affaire, on voit passer la gendarmerie, il en reste toujours une trace... Pourtant, je vous assure — car j'ai vu les répétitions de cette pièce, — il n'y a rien de compromettant dans ce petit libretto; — ce n'est pas fort, mais c'est sans prétention.
Avouez cependant avec moi qu'on a tort de faire ainsi légèrement connaissance avec les gens. — Cet homme qui a écrit cette revue va me compromettre. Désormais je verrai toujours les gendarmes à ses côtés I
Tenez, — Thiver dernier je fus présenté dans un salon du meilleur monde. — Il y avait là les représentants les plus remarquables de la musique, de la littérature et de la peinture : Tartempion, Passe- Partout^ Trois- Sous-la-ligne^ Ut-Diè^e et Chaudeton, — L'élite, enfin I On recevait tous les mardis. — C'était charmant I — Un mercredi, un provincial me tombe sur les bras et m'emmène au café-concert. — Qu'est-ce que je vois sur les planches.'^ — Je vous le donne en mille... — La dame du monde chez laquelle j'avais été présenté : — Thérésa, — Thérésa elle-même! Vous comprenez ma stupéfaction. — Enfin, je ne vais pas chez Thérésa, moi ! Je la fais venir chez moi. — Aussi, méfiez-vous. — Maintenant que notre auteur est entre les mains des gendarmes, je ne donnerais pas deux sous de lui.
VOIX A l'intérieur
M. Prudhomme! — Place au théâtre, on va commencer la Revue.
M. PRUDHOMME
Ah ! il paraît qu'on l'a relâché. — C'est du reste un charmant garçon, plein d esprit et de talent, et dont je suis fier d'être l'ami î
VOIX A l'intérieur Place au théâtre ! place au théâtre !
M. PRUDHOMME
Je vais prudemment dans la salle. — Un mot avant de vous rejoindre. — Encourageons ce brave garçon ; je l'ai vu entre deux gendarmes, c'est vrai, mais puisqu'ils l'ont relâché, c'est qu'il est doublement innocent. — Je me hâte d'aller dans la salle.
(Il sort.)
Nota. Le décor reste le même, contrairement à l'ordre ha bituel des Revues.
PREMIER TABLEAU