SARDOU
Messieurs, la pièce qu'on vient de représenter devant vous est de moi; je regrette vivement que vous l'ayez vue. La critique demain va m'éreinter, m'accuser d'emprunts, de réminiscences, que sais-je, d'une foule de niaiseries dont je ne m'occupe guère. A l'avenir, pour la dérouter, je ferai des pièces, je les ferai recevoir et on ne les jouera pas ! — C'est la critique qu» sera jouée. — Seulement, je réclamerai les mêmes droits d'auteur que si elles avaient du succès. — Ceci dit. Messieurs, j'ai l'honneur de vous saluer et vous attends à ma première œuvre.
QUATRIEME TABLEAU
PARIS PARNASSE (i)
Le théâtre représente la grotte d'azur.
(i) ■ Il l'est formé i Paris un myEtërisui clan de jeunes adeptes de la poésie gallo-indienne, qui excluent de l'art la passion, n'y admettent guère te sentiment, en bannissent l'émotion, et pour qui l'art pur, ou ce qu'ils appellent ainsi, ne gît que dans le relief, le contour et la couleur. De là leur dénomination d'Impauibles. »
(Figaro du 8 décembre 1866.)
Voir en outre leur publication : Le Pâmant coniempo-
•-*3o Paris pantin
THÉODORE DE BANVILLE^ une lyre à la main.
Laissez chanter les Porte-Lyres î Laissez s'émousser les satires Sur leur sein bronzé par les Dieux!
Qu'ils sont beaux ! Quelles vagabondes Que ces crinières brunes, blondes, Que d'autres nomment des cheveux î
CHŒUR
• Hymen o Hymenœe, Hymenœe o Hymen^ Amen l
Car ils vont épouser la Muse.
Ce mariage n'est pas use...
...ité le long du Boulevard. '
Chacun du reste aura la sienne :
La Grecque ici, là l'Indienne ; Ailleurs^ la Muse MoufFetard?
CHŒUR
Hymen o Hymenœe^ Hymenœe o Hymen ^ Amen!
Les indiscrétions parisiennes 25 1
Evoï, Saboï, Hyès!
Sabazius ! Attès ! Attès !
Je t'aime, ô Saraçouatiî
Toi qu'on nomme Vath, — la parole.
Ou bien encor Ghi, — l'hyperbole,
Vakervani, puis Bhavatiî (i) .
CHŒUR
Hymen o Hymenœe^ Hymenœe o Hymen^ Amen I
Car rOMBkE^ c^est le Grand Mystère»
C'est I'Obscur ! — AU bout de la Terre
(i) Cette strophe est du genre de celles qu*émet dans lé Parnasse contemporain un jeune poôte blond nommé Catulle Mendès. Il fait des vers indiens en français, — on n'y comprend rien. — Quant à moi > je puis traduire ma strophe. Kvoï, Saboï (mon père, mon nourricier). Hyès (il est le feu ou la lumière). Saba:{ius! Attès! Attès! — Sabazius! tu es le feu ou la lumière! Sabasçius est le même Dieu qu*Adonis. — Saraçouati, qui est la sœur et la fille de Brahma^ est la déesse de Tharmonie^ divine; aussi lui donne*t-on les différents noms de Vath (la voix), de Gm (l'éloquence), de Va- KERVANi (rectrice de la parole), et de Bhavati (l'histoire). — Cet étalage d'érudition tend à prouver qu'on est aussi malin que d'autres... avec un dictionnaire^
Est le NoirI — Le Noir I la Clarté!
L'Harmonie incommensurable!
L'Amour puissant, doux, ineffable!
Le Noir! c'est Vénus Astarté! (i)
chœur
Hymen o Hymenœe, Hymenœe o Hymen ^ Amenl
Qu'Eros et que Zeus vous protègent Et vous donnent, — si vous assiègent Les ennuis^ — le dard d'AXiAAEYl !
Ce grand noAAZ oxrz, qu'Homère A tant exalté sur la terre^ Q.u*il en a fait l'égal de ZEY2!
chœur
Hymen o Hymenœe, Hymenœe o Hymen ^ Amen !
(i) A i*adresse des imitateurs (pardon!) pasticheurs d*Hugd.
Les indiscrétions parisiennes 2 5S
Que nos lyres restent muettes.
Maintenant! — Aimez^ â poètes! ^ Dans notre siècle perverti.
L'amour est la blanche colombe, Avec le rameau! — c'est la Tombe!
C'est VO iiyBoç âiiloi 0T£...î
CHŒUll
ffymen o Hytnenœe, Hymenœe o Hymen, Ame ni
CINQUIEME TABLEAU