DE LA MINORITÉ DE LA COMMUNE
Les membres appartenant à la minorité de la Commune avaient résolu de lire à la séance qui devait avoir lieu régulièrement le lundi 15 mai, une déclaration qui aurait sans doute fait disparaître les malentendus politiques existant dans rassemblée.
L’absence de presque tous les membres de la majorité n’a pas permis l’ouverture de la séance.
Il est donc de notre devoir d’éclairer l’opinion publique sur notre attitude et de lui faire connaître les points qui nous séparent de nos collègues.
Déclaration.
Par un vote spécial et précis, la Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut public.
La majorité de la Commune s’est déclarée irresponsable par son vote et a abandonné à ce Comité toutes les responsabilités de notre situation.
La minorité, à laquelle nous appartenons, affirme, au contraire, cette idée, que la Commune doit au mouvement révolutionnaire, politique et social, d’accepter toutes les responsabilités et de n’en décliner aucune, quelque dignes que soient les mains à qui on voudrait les abandonner.
Quant à nous, nous voulons, comme la majorité, l’accomplissement des rénovations politiques et sociales ; mais contrairement à sa pensée, nous revendiquons, au nom des suffrages que nous représentons, le droit de répondre seuls de nos actes devant nos électeurs, sans nous abriter derrière une suprême dictature que notre mandat ne nous permet d’accepter ni de reconnaître.
Nous ne nous présenterons donc plus à l’Assem-
blée que le jour où elle se constituerait en cour de justice pour juger un de ses membres.
Dévoués à notre grande cause communale, pour laquelle tant de citoyens meurent tous les jours, nous nous retirons dans nos arrondissements, trop négligés peut-être. Convaincus d’ailleurs que la question de la guerre prime en ce moment toutes les autres, le temps que nos fonctions municipales nous laisseront, nous irons le passer au milieu de nos frères de la garde nationale, et nous prendrons notre part de cette lutte décisive, soutenue au nom des droits du peuple.
Là encore nous servirons utilement nos convictions et nous éviterons de créer dans la Commune des déchirements que nous réprouvons tous, persuadés que, majorité ou minorité, malgré nos divergences politiques, nous poursuivons tous un même but :
La liberté politique,
L’émancipation des travailleurs.
Vive la République sociale !
Vive la Commune!
Ch. Beslay, Jourde, Theisz, Lefrançais, Eug. Gérardin, Vermorel, Clémence, Andrieu, Serrailler, Longuet, Arthur Arnould, Victor Clément, Avrial, Ostyn, Frænkel (qui motiva au bas son adhésion à ce programme), Pindy, Arnold, Jules Vallès, Tridon, Varlin, Courbet. — Malon, qui n’avait pu assister à la séance du 15 mai, envoya le lendemain sa signature et son approbation entière.
Cette déclaration n’était pas une démission véritable comme on a voulu le faire croire. Légitime ou non, son effet fut désastreux dans un moment
où la réaction saisissait avec avidité tous les prétextes pour écraser la Commune à l’intérieur, en attendant que ses soldats la massacrent en détail. — Du reste, les journaux de la majorité montrèrent à cet égard l’exemple de la violence, témoin le Père Duchêne , qui ne parlait de rien moins que de fusiller les 22 signataires !
En même temps que le Comité de Salut public avait été renouvelé, Delescluze avait été nommé délégué civil à la guerre. Nous avons vu comment il s’efforçait d’éloigner dans la Commune les éléments de discorde ; la proclamation qu’il lança aux citoyens de Paris témoigne de la foi ardente qu’avait cet homme dans la Justice, fût-elle réduite à combattre derrière les barricades. L’énergie indomptable qu’il déploya jusqu’à la dernière heure de sa vie fait de Delescluze, qui avait déjà tant souffert pour la cause populaire à Cayenne et dans les prisons de l’Empire, la plus belle figure de la Commune. Voici cette proclamation :
Citoyens,
La Commune m’a délégué au ministère de la guerre ; elle a pensé que son représentant dans l’administration militaire devait appartenir à l’élément civil. Si je ne consultais que mes forces, j’aurais décliné cette fonction périlleuse ; mais j’ai compté sur votre patriotisme pour m’en rendre l'accomplissement plus facile.
La situation est grave, vous le savez ; l’horrible
guerre que vous font les féodaux conjurés avec les débris des régimes monarchiques, vous a déjà coûté bien du sang généreux, et cependant, tout en déplorant ces pertes douloureuses, quand j’envisage le sublime avenir qui s’ouvrira pour nos enfants, et lors même qu’il ne nous serait pas donné de récolter ce que nous avons semé, je saluerais encore avec enthousiasme la Révolution du 18 mars, qui a ouvert à la France et à l’Europe des perspectives que nul de nous n’osait espérer il y a trois mois. Donc, à vos rangs, citoyens, et tenez ferme devant Fennemi.
Nos remparts sont solides comme vos bras, comme vos cœurs ; vous n’ignorez pas d’ailleurs que vous combattez pour votre liberté et pour l’égalité sociale, cette promesse qui vous a si longtemps échappé ; que si vos poitrines sont exposées aux balles et aux obus des Versaillais, le prix qui vous est assuré, c’est l’affranchissement de la France et du monde, la sécurité de votre foyer et la vie de vos femmes et de vos enfants.
Vous vaincrez donc ; le monde qui vous contemple, et applaudit à vos magnanimes efforts, s’apprête à célébrer votre triomphe, qui sera le salut pour tous les peuples.
Vive la République universelle !
Vive la Commune !
Paris, le 10 mai 1871.
Le délégué civil à la guerre , Delescluze.
Delescluze activa singulièrement la défense, rétablissement des barricades dans Paris ; il réforma l’artillerie, le génie, et prit cent autres mesures de détail. Des mesures énergiques furent aussi prises, sinon de fait, au moins d’intention, par le Comité
de Salut public, qui déployait une louable activité. Il reconstitua la cour martiale nommée parla Commission militaire. Il nomma des Commissaires civils auprès des généraux, savoir :
1° Auprès du général Dombrowski, le citoyen Dereure ;
2° Auprès du général La Cécilia, le citoyen Jo~ hannard ;
3° Auprès du général Wroblewski, le citoyen Léo Melliet.
Cet arrêté était précédé des considérants suivants :
« Que, pour sauvegarder les intérêts de la Révolution, il est indispensable d’associer l’élément civil à l’élément militaire ;
» Que nos pères avaient parfaitement compris que cette mesure pouvait seule préserver le pays de la dictature militaire, laquelle tôt ou tard aboutit invariablement à l’établissement d’une dynastie. »
C’était logique et de bonne ordonnance, quoique nos généraux fussent profondément dévoués à la Révolution.
Par décret du 21 floréal, (10 mai), l’hôtel de M. Thiers, place Saint-Georges, devait être rasé. Ne pouvant atteindre dans sa personne le bombardeur
de Paris, Paris l'atteignait dans ses biens. Son linge fat remis aux ambulances, ses objets d’art et ses livres aux musées et bibliothèques ; le mobilier et les matériaux furent vendus après exposition, aux enchères, et le produit de la vente fut affecté aux pensions des veuves et des orphelins. L’arrêté du citoyen Fontaine (16 mai) annonçait que sur le terrain de l’hôtel serait établi « un square public. »
Ce qui n’eut pas lieu. Chacun peut voir aujourd’hui l’hôtel Thiers découronné, mais avec un étage intact ; la vaste pelouse, légèrement accidentée, couverte comme autrefois de massifs de fleurs; la large allée historique où M. Thiers donnait souvent ses audiences. Enfin devant la maison, où quelques monceaux de débris sont encore entassés, — la grille, sur laquelle flotte le drapeau tricolore, celui qui, à l’inverse de celui calomnié par Lamartine, a fait le tour de Paris (et non plus seulement du Champ de Mars) traîné dans le sang du peuple !....
Le 16 mai, la colonne Vendôme tombait sur la litière préparée pour la recevoir, elle et César. Sciée, disloquée, déboulonnée, elle s’abîma au milieu d’un nuage de poussière.... et ce fut tout : le drapeau rouge triomphant flottait en face, sur le faîte de l’Opéra !
Voici le récit que donne de ce mémorable épisode le Journal Officiel.
Renversement de la colonne Vendôme.
Le décret de la Commune de Paris qui ordonnait la démolition de la colonne Vendôme, a été exécuté hier, aux acclamations d’une foule compacte, assistant sérieuse et réfléchie à la chute d’un monument odieux, élevé à la fausse gloire d’un monstre d’ambition.
La date du 26 floréal sera glorieuse dans l’histoire* car elle consacre notre rupture avec le militarisme, cette sanglante négation de tous les droits de l’homme.
Le premier Bonaparte a immolé des millions d’enfants à sa soif insatiable de domination ; il a égorgé la République après avoir juré de la défendre ; fils de la révolution, il s’est entouré des privilèges et des pompes grotesques de la royauté ; il a poursuivi de sa vengeance toux ceux qui voulaient penser encore ou qui aspiraient à être libres ; il a voulu river un collier de servitude au cou des peuples afin de trôner seul dans sa vanité, au milieu de la bassesse universelle : voilà son œuvre pendant quinze ans.
Elle a débuté, le 18 brumaire, par le parjure, s’est soutenue par le carnage, a été couronnée par deux invasions, il n’en est resté que des ruines, un long abaissement moral, l’amoindrissement de la France, le legs du second empire commençant au 2 décembre pour aboutir à la honte de Sédan.
La Commune de Paris avait pour devoir d’abattre ce symbole du despotisme : elle l’a rempli. Elle prouve ainsi qu’elle place le droit au-dessus de la force, et qu’elle préfère la justice au meurtre, même quand il est triomphant.
Que le monde en soit bien convaincu : les colon-
nés qu'elle pourra ériger ne célébreront jamais quelque brigand de l’histoire, mais elles perpétueront le souvenir de quelque conquête glorieuse dans le champ de la science, du travail et de la Liberté .
... La place Vendôme s’appelle dès à présent: Place Internationale .
Le Salut public du 18 mai écrivait de son côté :
Un Empereur sur un fumier . v
« Il est là, sous trois pas, un enfant le mesure. » Le colosse aux pieds d’argile, est tombé aux applaudissements frénétiques de trente mille spectateurs.
)) Il est tombé sur un lit d’immondices et les ramasseurs d’obus recueillent précieusement les débris de ce bronze immonde.
» Avec lui s’est écroulé le culte des grands hommes, de ces bandits fameux dont l’image fut pétrie avec le sang des malheureux.
Avec lui s’est écroulé l’arnour de la gloire, c’està-dire de l’assassinat sur une grande échelle.
Avec lui disparaît le signe sensible de notre honte et de notre asservissement.
La chute de ce gigantesque urinoir, c’est la condamnation de la guerre, des horreurs et des infamies qu’elle fait commettre ; c’est une grandeleçon de morale donnée par la France aux peuples qui songeraient encore à fondre des colonnes avec ce dur métal encore teint de sang humain.
C’est implicitement la proclamation tardive du respect dû à la vie humaine. *
Au fumier donc les conquérants, les empereurs et les prêtres.
Au fumier, tous les assassins et les apôtres de l’obscurantisme ;
Au fumier, la vieille défroque des temps passés ;
C’est l’aurore du nouveau monde, du monde des travailleurs, affranchis de la misère et de l’ignorance.
Si Paris, sous le bas-empire, a pu être appelé le cabaret de l’Europe, il se relève aujourd’hui de son abaissement.
C’est toujours la cité des mâles hôroïsmes et des vertus républicaines. Il est ce qu’il était il y a quatre-vingts ans, prêt à s’ensevelir sous ses propres ruines pour le triomphe de la justice et de la liberté !
Le décret ordonnant la démolition de la Chapelle dite expiatoire de Louis XVI avait été rendu le 5 mai avec ce considérant : « que l’immeuble connu sous le nom de Chapelle expiatoire de Louis XVI est une insulte permanente à la première Révolution et une protestation perpétuelle de la réaction contre la justice du peuple. »
On sait que cet arrêté n’eut pas le temps d’être exécuté (1). Question de sentiment à part, la démo-
(1) Mot cC Ordre du 8 mai :
On va décidément jeter bas cette sorte de hangar où l’on prétendait qu’avaient été remisés les restes du gros Capet et de sa famille.
Il faut relire la séance de la Chambre (décembre 1816) où fut votée l’érection de cette masure, pour avoir une idée de l’exagération de douleur déployée à ce sujet. Jamais Jules Favre, Thierset Simon n’ont versé tant de pleurs !
Un député alla jusqu’à s’écrier que « tous les Français étaient des monstres pour avoir laissé commettre de pareils attentats et avoir pu y survivre ! »
lition cia monument de la rue d’Anjou eût été une perte assez mince pour l’art.
Un dernier décret de démolition fut rendu par la Commune le 17 mai à l’égard de l’Eglise Bréa. L’emplacement de l’Eglise (avenue iï Italie , 7 6) fut appelé Place de Juin. La Commune amnistia en outre le citoyen Nourri, détenu depuis 22 ans à Cayenne, à la suite de l’exécution du traître Bréa, et promit de le faire mettre en liberté le plus tôt possible. — On sait que le général Bréa avait fait fusiller 80 insurgés à qui il avait promis la vie en Juin 1848, et que sa mort fut une vengeance de ces calomniés qui se levèrent au cri de du pain ou du plomb !
La Commune réhabilitait ainsi publiquement ce que l’histoire appelle avec raison l'Insurrection de la faim.
Ce décret ne fut pas non plus exécuté.
Je parlerai dans la troisième partie de cet ouvrage de la fameuse conspiration des Brassards. Il suffit de dire ici qu’elle échoua dans son but immédiat, mais qu’elle ne devait que trop contribuer au massacre des gardes nationaux dans Paris, lorsque la trahison aura livré les murs. Il est bon d’ajouter que l’inquiétude qu’elle jetait dans Paris provoqua cette mesure un peu singulière que le Père Duchêne lui, prônait tant, et que le Comité de Salut public arrêta : la carte de civisme (autrement dit
d’identité) obligatoire pour chaque citoyen. — Ce remède ne fut pas efficace ; Ferré (1) aurait pu, ce nous semble, user d’autres moyens pour dépister les agents de Versailles répandus en grand nombre dans Paris.
Le 17 mai avait lieu l’explosion de la cartoucherie Ptapp. Tout Paris fut ébranlé par la formidable détonation. De tous côtés, dans le quartier des Invalides, on voyait s’enfuir des femmes et des enfants affolés et sanglants. Le nombre des victimes, déjà considérable, l’eût été bien davantage si la catastrophe avait eu lieu une heure plus vite, alors que la fabrique était pleine d’innombrables ouvrières...
La Commune adopta les survivants des victimes, leur accordant les droits aux pensions allouées par le décret du 10 avril aux parents des gardes nationaux tués pour la défense de la Commune.
Le Comité de Salut public lança la déclaration suivante :
« Le gouvernement de Versailles vient de se souiller d’un nouveau crime, le plus épouvantable et le plus lâche de tous.
Ses agents ont mis le feu à la cartoucherie de l’avenue Rapp et provoqué une explosion efïroya-
(1) Ferré avait été nommé à la Sûreté générale en remplacement de Cournet, accusé de mollesse. Cournet lui-même avait remplacé Raoul Rigault, évincé par la minorité à la fin d’avril, et nommé procureur de la Commune.
ble. — On évalue à plus de cent le nombre des victimes.
Des femmes, un enfant à la mamelle, ont été mis en lambeaux.
Quatre des coupables sont entre les mains de la Sûreté générale. »
ce L’enquête ne put être achevée, mais il est à peu près certain que Versailles en effet dirigea cette odieuse manoeuvre, spéculant sur le dégoût des Parisiens. Voici les pièces que j’ai pu recueillir et qui établissent carrément la complicité versaillaise.
Elles furent imprimées dans le journal le Salut Public du lundi 22 mai, ainsi que l’article de Gustave Maroteau qui suivra :
Cette lettre a été envoyée il y a trois jours à la préfecture de police par une femme. Elle l’a trouvée entre Versailles et Paris dans un wagon de première classe. Un monsieur était assis en face d’elle agité, pâle, anxieux. Aux fortifications, quand il entendit donner près des portières la crosse des fusils fédérés, il se troubla et roula un paquet de papiers sous la banquette. Cette lettre resta.
Est-ce que le doux bon Dieu, la sainte providence, trahiraient Thiers et Galiffet.
C’est la preuve flagrante, signée, timbrée du crime. Lisez :
Etat-Major Versailles, le 16 mai 1871.
des
Gardes Nationales.
Monsieur,
La deuxième partie du plan qui vous a été remis devra être exécutée le 19 courant, à trois heu-
res du matin. Prenez bien vos précautions de manière à ce que cette fois tout aille bien.
Pour vous seconder, nous nous sommes arrangés avec un dos chefs de la cartoucherie pour la faire sauter le 17 courant.
Revoyez bien vos instructions pour la partie qui vous concerne et que vous commanderez en chef.
Soignez surtout la Muette.
Le colonel chef d' Etat-Major, Ch. Corbin.
Le deuxième versement a été opéré à Londres à votre crédit.
(Un timbre bleu portant : Etat-Major de la garde nationale, en exergue. Le centre du timbre est vide.
Et il se trouvera encore des niais pour nous prêcher la douceur, des impudents pour blâmer nos sévérités.
La vieille séquelle monarchique, la clique impériale, les hommes de Dieu, les blancs et les noirs sont décidés à tout pour arrêter la marche du peuple. Ils défendent leurs gros monopoles, leurs grasses sinécures, leurs saints bénéfices.
La misère lâche qui vit de leur opulence ; les vices qui vivent de leurs crimes se sont rangés près d’eux. Loyola a déguisé sa bande, mis un faux nez sur le bec de ses corbeaux, et ils battent la ville, conspirant à demi-mots, cherchant des consciences à acheter.
Ne pouvant nous vaincre par la force, ils usent de trahison ; ils répondent à nos blasphèmes par des patenôtres; ils ripostent à notre plomb par de l’or.
Ah! quand je songe à tout le temps perdu, à toute la poudre tombée du sablier, à tout le beau sang rouge que nous aurions pu épargner! .
Nous pouvions étouffer l’aigle dans l’œuf ; tuer
avec un millier de coups de fusils les mauvaises pensées dans les fronts tarés.
— Non. On a fait du sentiment ; les menaces sont restées en l’air ; le couteau demeure dans la gaine. Et pendant ce temps, les faubourgs se déciment, nos soldats tombent par milliers ; la Révolution n’avance pas.
La Commune avait arrêté Darboy. comme otage.
Blanqui n’est pas revenu et Darboy vit toujours.
Le vieux, lui, est peut-être mort.
Elle a nommé un Comité de Salut public, et maintenant elle déserte, au lieu de se serrer autour de lui ; elle a institué une cour martiale, et, quand il y a tant de traîtres à punir, elle ne lui envoie que des coupables insignifiants.
Est-ce que vous allez vous laisser lier ainsi tout vivants? Est-ce que vous ne sentez pas que le filet se resserre ?
Pauvres camarades aux mains noires, vous serez donc les éternelles victimes de la lâcheté ou de la bêtise de ceux qui veulent vous gouverner. Il ne le faut pas !
Que le Comité de Salut public rende de suite des décrets implacables et les fasse de suite exécuter. Si on empêchait nos amis de châtier les traîtres, faites-vous justice, fusillez-les vous-mêmes, comme Clément Thomas et Lecomte.
Gustave Maroteau.
2 prairial an 79 (22 mai). »
Cet article fit condamner à mort Gustave Maroteau ! Il avait eu le courage, quelques heures avant l’entrée des Versaillais, de demander l’exécution des décrets de la Commune ; il avait eu celui de
publier des preuves accablantes : cela ne suffisaitil pas pour exciter la haine inflexible des vainqueurs ?
Pauvre Maroteau ! Quels abîmes entre le jour funeste où tu traças ces lignes, et aujourd’hui! Quels abîmes de rage impuissante et de désespoir immense ont dû t’étreindre ! Oh, ce que tu as dû souffrir, dans la Cage aux Lions où ils t’ont mis, sous l’orangerie de Versailles ! Combien de semaines estu resté là, dans l’obscurité profonde, adossé contre un mur suintant l’eau du palais des vieux rois, — et songeant à ces beaux jours de la Révolution où toi, jeune artiste, tu étais libre? .