‹ Paris pendant la domination anglaise (1420-1436): documents extraits desChapitre 45 sur 98 · I. C'est le Pont-au-Change · texte numérisé non relu

I. C'est le Pont-au-Change

1435, juia] DOMINATION ANGLAISE. 167

fusques à grant effusion de sang. Et^ ce fait, ledit Jehan du Ponceau s'en ala en Postel d'un barbier pour soy faire guérir et, le lendemain, vint en sa forge sur ledit Gntnt Pont pour ouvrer et faire sa besoingoe, ainsi qu'il avoit fiiit par avant, et continua tousleurs sur ledit pont en âdsant sadicte besoingne par l'espace de six jours ou environ, pendant lequel temps, ledit suppliant s*en ala par devers lui, en la compaignie de plusieurs personnes, et firent tant Tun avec l'autre qu'ils beurent ensemble et que ledit feu Jehan du Ponceau lui quicta et pardonna la noise et débat qu'ils avoient eu l'un avec l'autre, et tout ce qui s'en pourroit ensuir, par le moien de certaines sommes de deniers que ledit suppliant lui devoit paier pour toutes choses quelsconques, tant pour navreure que pour les frais et mises dudit barbier ou cirurgien qui le gouvernoit, et de ce ledit du Ponceau lui passa lettre de quictance par devant deux notaires de la court de l'evesque de Paris. Neantmoins ledit du Ponceau, tant par ce qu'il aloit tous les jours boire à la taverne, comme parce qu'il ouvroît et besongnoit de sondict mestier, et qu'il n'ot pas bon gouvernement en soy-meisme, que ses voisins prochains luy disoient qu'il se gastoit, et que, s'il ne prenoit garde en soy, ils faisoient doubte qu'il ne se tuast^ ausquels il respondit qu'il n'avoit pas paour, au bout de douze jours ou environ par sondit petit gouvernement, et aussy qu'il avoit tousjours couchié avec sa femme, combien que sondit barbier ou surgien luy eust deffendu qu'il n'y couchast point, ala de vie à trespassement. Pour lequel cas, ledit suppliant, doubtant rigueur de justice, se absenta dès lors du pays, ouquel ne en nostre royaume de France il n'oseroit jamais seurement demourer, repairier ne converser, se nostre grâce çt miséricorde ne lui estoit sur ce impartie. En nous requérant humblement que considéré ce que dit est, et que ledit suppliant en tous ses autres £ais a esté et est homme de bonne vie, renommée et hoaeste conversation, sans oncques mais avoir esté reprins, Pour ce estil que nous, ces cho&es considérées, audit Pierre Curet quittons, remeuons et pardonnons le fait et das dessusdiz... parmi ce que le dit Pierre ^ra pugny civillement à la discrétion de justice.

Si donnons en mandement au prevost de Paris

Donné à Paris, ou mois de juing, Tan de grâce mil iiri^ et vintcinq, et de nostre règne le tiers.

Ainsi signé : Par le roy, à la relation du Conseil.

Ajdam.

l68 PAR» PENDANT LA [l425,}aia

1425. Jtiin. Paris.

Rémission accordée à Jean Guérard, qui vient de jurer robsenration du traité de Troyes. Dans sa supplique, Guérard rapporte avoir quitté Paris, où il n*est pas rentré depuis lors, en 141 9, pour échapper à Blanot Maunoury, qui le menaçait de faire saisir une fois de plus, pour dettes, le peu de bien qu*il possédait. Son intention était d'aller avec sa femme à Orléans et à Bourges, mais fait prisonnier par les Dauphinois qui occupaient Massy, il dut payer une rançon de 20 moutons d'or. Il demeura ensuite trois mois durant à Montlhéiy ; de là il alla s'établir à Etampes, où il fut pris deux jours après son arrivée, pendant le marché, par les gens de la garnison dauphinoise de GaudrevîUe, qui le rançonnèrent de nouveau à 20 moutons d'or. Après Pâques 1420, il abandonna Etampes pour FarcheviUe où, pour subvenir aux besoins d'une femme malade, il s'engagea dans la garnison de ce lieu qu'occupaient les partisans du Dauphin, et y demeura deux années. Il résida ensuite à Milly jusqu'au temps où le comte de Salisbury vint assiéger cette forteresse et il retourna ensuite à FarcheviUe. Le i5 mai 1425, il fut pris par lesgensdeBagneux etde Vanves qui suivaient le parti anglais et contraint de payer une vingtaine d'écus pour sa rançon. — La rémission est fondée sur ce que Guérard, dans les courses auxquelles il a pris part, n'a commis ni meurtre, ni viol, soit de femme, soit d'église.

(JJ. 173, n- 186.)

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, savoir faisons à tous presens et avenir, nous avoir reçeu Pumble supplication de Jehan Gueran, povre homme aagié de xxxirii ans ou environ, chargié de femme et d'un petit enfant, contenant que en Tan mil cccc xix environ^ xv jours après la Toussains, ledit suppliant estant et demourant en ceste nostre ville de Paris, ensemble sadicte femme , considérant que un nommé Blanot Maunorry, aussi demourant à Paris, le menaçoit de faire prendre et bouter en prison, comme il avoit ja fait par plusieurs fois, et de faire prendre et lui oster ses biens pour certaine somme d'argent que icellui Blanot disoit lui estre deue par ledia suppliant, se parti de nostre dicte ville de Paris et emmena sadicte femme avec lui, qui estoît lors grosse d'enfant, en entention d'aler à Orléans et à Bourges pour ylec gangnier leur povre vie et substantation, pour ce qu'ilz n'osoient plus demourer en nostre dicte ville de Paris pour doubte dudit Blanot qui faisoit quérir ledict suppliant par tout où il esperoît le trouver pour le mettre en prison, comme dict est. Et alerent jusques à Massy^, auquel

I . Massy (Seine-et-Oise, arr. de Corbeil, cant. de Longjumeau).

14^5, juin] DOMINATION ANGLAISE. 169

lieu de Massy leur fut esté tout ce qu^ilz portoient, et fut ledit suppliant prins et mené prisonnier au chastel dudit Massy et là raençonné par nos ennemis et adversaires, qui lors estoient dedans ledit chastel, à la somme de xx moutons d'or lesquelz il paia. Et de là s^en alerent à Montlehery \ où ils furent bien trois mois ou environ vivans de leur labour et peine, et eulx considerans qu^ilz n'estoient pas bien audit Montlehery pour noz gens d^armes et subgiez qui y couroient bien souvent, s'en alerent à Estampes et, là, louèrent une maison pour y cuidier estre seurement et gangnier leur vie en marchandise ou autrement. Et le second jour après leur venue audict Estampes^ fut prins ledict suppliant en ladicte ville d'Estampes à un jour de marché par les gens de la garnison de Gaudreville ^j noz ennemis et adversaires, et mené prisonnier audia Gaudreville soubz ombre de ce que on disoit ledit suppliant tenir nostre parti, et là fut mis à raençon àxx moutons d'or, lesquelz il paia. Et de là s'en retourna audit Estampes ou estoit sadicte femme, laquelle estoit accouchée d'enfant, où ilz furent tout le karesme ensemble, vivans de leur labour et paine, sans riens prendre ne avoir de Fautruy. Et, après ledit temps de karesme, vint audict Estampes un appelle Pierre Q)mbanin, lequel dist audit suppliant que il s^en alast avecques lui à Farcheville ', et qu'il lui aideroit du mieulx qu^il pourroit ; lequel suppliant y ala et mena sadicte femme avecques lui, et tantost après qu'ilz ylz furent, ladicte femme dudit suppliant acoucha malade au lit, laquelle maladie lui dura bien xvni mois ou environ, et aussi fiit ledit suppliant malade par Fespace de sept sepmaines ou environ. Lequel suppliant, considérant qu'il n'avoit de quoy vivre ne de quoy gouverner sadicte femme qui estoit ainsi malade, comme dit est, par l'induction dudit Combertin qui ainsi Pavoit fait venir audit Farcheville, comme dit est, et aussi par mauvaise temptation de Pennemy, se mist avecques la garnison dudit Far-

1. Montlhéry (Sein&^t-Oîse, arr. de Corbeil, cant. d'Arpajon).

2. Gaudreville, ancienne commune réunie en 1823 à celle de Granville (Eure-et-Loir, arr. de Chartres, cant. de Janyllle), est située à i5 kilomètres sud-ouest d^Etampes.

3. Farcheville, château situé sur le finage de Bouville (Seine-et-Oise, arr. et cant. d'Etampes) à 10 kilomètres à Test d'Etampes. Cette forteresse résistait encore aux Anglais au mois de janvier 1428 (Longnon, Les limites de la France et l'étendue de la domination anglaise à l'époque de la mission de Jeanne d*Arc, p. 43).

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cheville et y demoura environ deux ans. Et, lesdis deux ans pa»* sez, s'en alerent ledict suppliant et aadicte fiçinme dudit Faxxbeville à Milly en Gastinoîs^ auquel lieu de MiUy ils furent jusques à tant que nostre amé et £eal cousin, le oonte de Salia* bury, y ala pour mectre le siège de par nous, et perdirent tous leurs biens et de là s'en retournèrent audit FarcheviUe, auquel lieu ilz ont tousjours depuis esté et demouré jusques au mardi devant TAscension ^ derrenierement passée, que ledit suppliant, qui estait venu courir avecques autres, a esté prins par les gens et compai« gnons de Baigneux ^ et de Vanves ^ ou autres tenant nostre parti, et fut mené audit Baigneux et y fut une nuit, et le landemain fut mené à Fontenoy ', et de Fontenoy à Sevré®, od il a esté mis à raençon, et a paie tant pour sadite raençon comme pour ses despens et autres choses la somme de xx escuz ou environ. Lui estant esqueUes places de Farcfaeville et de Milly, il a couru sur noz subgiez et obeîssans, prins et amené prisonnier avecques les autres desdites garnisons de Farcheville et de Milly, noz ennoniz, et iceulx noz subgiez a mis à raençon, et si a pillé et robe partout oti il a trouvé à prendre, sans ce toutesvoîes que durant ledit temps, ne en faisant lesdites courses et pilleries ou autrement, il ait murtry ne tué personne, effoicié femmes, violé églises, ne bouté feux. Pour lesquelles choses et cas dessusdits, ledit sup* pliant, qui de tout son cuer désire estre nostre bon et loyal sub* giet, résider et demourer en nostre obéissance, et y amener sa dicte femme et petit enâmt, et qui desja a £ut le serment es mains du cappitaine de Saint-Qoud, n'y oseroit bonnement retourner se par nous ne lui estoit sur ce nostre grâce impanie, requérant humblement que attendu ce que dit est, et que à cause desdictes courses par lui âûctes ne se sont en^iiz mort, boutement de feux, ravissemens de femmes, ne violemeos d'églises et que il n^avoit point feit le serement de la paix final de noz deux royaumes de France et d^Angleterre, avant lesdis crimes par lui perpétrés, ne depuis jusques à ce qu'il Ta fait es mains dudit capitaine de Saint-^^Ioud, nous pour pitié

I. Milly (Seine^et-Oise^ arr. d'Etampes, chef-lieu de caBt.)« 1. hc ib mai 1425.

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