VJ INTRODUCTION
examinerons successivement en les classant selon leur importance numérique.
La série des donations faites par le roi d^ Angleterre, Henri V, au nom de Charles VI, ou par le duc de Bedford au nom de son neveu le roi Henri VI, est de beaucoup la plus importante au point de vue matériel ; elle est aussi d'une importance incontestable au point de vue du contingent de renseignements qu^elle fournit sur Pentourage des princes anglais. Grâce aux 66 lettres de don que comprend notre recueil, on pourra dire désormais la part que bon nombre des favoris de Henri V ou de Bedford reçurent dans les dépouilles des Parisiens restés fidèles à la cause de la dynastie nationale, celle même de Bedford, celle d'Isabeau, Pindigne souveraine qui n^avait pas craint de souscrire à Pexhérédation du seul des fils qui lui restât. On saura exaaement quelles propriétés, quels revenus parisiens ont été assignés aux partisans, aux serviteurs du puissant duc de Bourgogne, de ce prince du sang royal que le meurtre de Montereau avait jeté fatalement dans Palliance anglaise; c'est-à-dire à Jean de Luxembourg, cette sorte de vice-roi de Picardie qui tint Jeanne d'Arc prisonnière durant six mois dans le château de Beaurevoir ; à Guy Guillebault, trésorier du duc Philippe; à Jean de Courcelles, chevalier; à Jean de Puligny, seigneur de la Motte-Tilly ; à Guillaume de Châtillon, capitaine de Reims ; à Pécuyer bourguignon Hugues de Saubertier; à Roland de Dunkerque, devenu grand panetier de France; à Guy le Bouteiller, seigneur de la Roche-Guyon, que le roi Henri V lui avait donné après en avoir dépouillé ses légitimes propriétaires; à Jean Bezille, seigneur de Maye et de Buflfières, comme à Jacques de Montberon, qu'on voulait dédommager
en 1783 dans le Recueil des Ordonnances des rois de France; notre pièce CXLV publiée en 186 1 à Londres par M. Stevenson/ et notre pièce XIV publiée en 1864 par M. Oou£t d*Arcq.
INTRODUCTION. Vlj
ainsi de Toccupation de leurs biens patrimoniaux par le parti dauphinois ; à Guy, bâtard de Jean Sans-Peur, le prince bour« guignon de sinistre mémoire ; à Bérard de Montferrand, chevalier ; à Guy, le beau sire de Bar, qui avait occupé par deux fois en 141 8 le poste si peu assuré alors de garde de la prévôté de Paris ; à Roger de Bréauté, chevalier normand, auquel on assigna à Paris un revenu annuel de 400 Uvres tournois, en dédomma* gement de ses biens confisqués au temps oh le parti de Bourgogne combattait encore les Anglais; à Guillaume, seigneur de Chft« teauvillain; au maréchal de TIsle^Adam, ce Français dont le regard trop fier avait blessé le roi Henri V, et à Jean de Chaulnes, dit Borgnet, chevalier. On trouvera aussi la part du grand clergé anglo-bourguignon dans les lettres de don accordées à Jean de Thoisy, évéque de Tournai, à Charles de Poitiers, évéque de Langres, à Jean de la Rochetaillée, archevêque de Rouen, et à Louis de Luxembourg, évéque de Thérouanne et chancelier de France*.
Henri V nbublia pas de récompenser les principaux cheb de la fiEurtion cabochienne de 141 3 ou leurs parents, comme Jean de Saint-Yon, Jean le Gois, Gamier de Saint-Yon et Jean de Beloy, en assignant aux deux premiers une rente annuelle de 3 00 livres, aux deux autres un revenu de 200 livres parisis assis sur les biens confisqués des émigrés parisiens; ce qui, plus tard, n'empêcha pas Jean de Saint-Yon, devenu conseiller du roi Henri VI et trésorier gouverneur général de ses finances, de rece* voir par trois fois, au moins, des témoignages de la libéralité de Bedfbrd. Le roi d'Angleterre donnait aussi en 1422, au nom de Charies VI, 200 livres parisis de rente annuelle à neuf des principaux auteurs de la fiimeuse conjuration qui, en mai 141 8, avait livré Paris aux Bourguignons.
A côté des donations faites aux révolutionnaires et aux conjurés
I. Ce n'est pas personnellement à l'évâque de Thérouanne qu'est faite la donation dont nous publions les lettres sous le n* CLII, mais bien à Jacotin k Juré, c familier et serviteur i de ce prélat.
Viij INTRODUCTION.
du parti bourguignon, on trouvera dans notre recueil celles dont furent Pobjet Philippe de Morvilliers, premier président du Parlement de Paris, dont Tauteur du Journal parisien, anglo-bourguignon lui-même, mais fort quinteuz à la vérité, parled'une manière bien peu élogieuse; Hugues le Coq, prévôt des marchands, à qui Pon donna les biens de son frère émigré, et Simon Morbier, prévôt de Paris, c^est-à-dire trois des plus importants fonctionnaires de la capitale. On y trouvera également les dons faits à Jean Sauvage, lieutenant civil de la prévôté de Paris, et à Jean de Fleury, contrôleur de l'audience de la chancellerie de France.
Les secrétaires du roi anglais Henri VI ont aussi quelque part aux libéralités du régent; tels sont Jean Milet, qu'on dédommage par 25o livres de revenu annuel de la perte de ses propriétés champenoises; Jean de Risnel, dont on veut récompenser les services exceptionnels rendus à Henri V, mais qui, en échange des lettres qui lui accordent un revenu annuel de 200 livres assez mal assuré, est forcé de donner quittance de 1 5oo livres dont le trésor royal est redevable à ses enfents; Raoul Parker, un Anglais, auquel Bedford donna plusieurs maisons confisquées ; Etienne Bruneau, qui, à i^office de secrétaire du roi Henri VI, joignait celui de contrôleur de la dépense de la reine Isabeau, et Laurent Calot, neveu de Jean de Troyes, le fameux orateur de 141 3.
Treize des lettres de don que contient notre recueil, et ce ne sont pas les moins curieuses, sont accordées à des hommes de guerre anglais : à Robert de Wideville, écuyer et chambellan du duc de Bedford ; à Jean de Haveford, chevaUer ; à Robert de Willoughby, que Bedford fit successivement comte de Vendôme et de Beaumont-sur-Oise ; à Richard de Beauchamp, comte de Warwick; à Walter de Hungerford, chevalier, grand-maître d'hôtel du roi Henri VI ; à Thomas de Montagu, comte de Salisbury ; à Thomas Blount, chevalier, chambellan du duc de Bedford; à Robert Brit, écuyer; à Jean Harbotel, maître des ordonnances de Partillerie du roi anglais ; à Jean Chetwood, chevalier, « serviteur » du régent ; à Jean Popeham , chevalier,
iNTRODucnoM. iz
son chambellan ; et à Guillaume Cotismor, son bouteiiler et aussi son chambellan. Il est à remarquer qu'aucune de ces lettres n^est antérieure à la domination nominale du roi d^ Angleterre à Paris : h plus ancienne est en date de juin 1423.
Quatre autres lettres de don, dont nous n^avons point encore parlé et qui appartiennent aux derniers jours de la vie du roi Charles VI, ont un caractère différent. Comme les précédentes
elles appauvrissent sans doute le trésor et le domaine royal, mais elles constituent des actes de justice ou de réparation, non des actes de faveur; ici, ce n'est plus Padhésion sans réserve au néfiiste traité de Troyes, ce ne sont pas les services rendus à la cause anglaise qu'on récompense; le roi paie simplement ses créanciers et ceux des victimes de la révolution de 141 8. Lorsque le théologien Guillaume le Cesne, secrétaire de Charles VI, reçoit de son maître une maison confisquée sur Miles Baillet, il donne ainsi quittance d'une somme de 514 francs qu'il réclamait pour une mission auprès du souverain pontife; le banquier lombard Augustin Ysbarre est payé d'une royale créance de 3, 000 livres tournois au moyen des biens confisqués sur un membre de la Êunille lucquoise des Spifame, et le roi donne à ce même finander rhôtel du chancelier de Marie en paiement d'une somme de près de 2,000 livres tournois que lui devait ce personnage, l'une des viaimes les plus marquantes de la dernière révolution parisienne. De même, un conseiller royal, Jean Sac, préteur de race italienne sans doute, se voit attribuer quelques-uns des biens de ses créanciers, maître Pierre PEsclat, également tué par les Bourguignons en 141 89 et Alexandre le Boursier, l'un des nombreux Parisiens que la déâiite du parti armagnac avait jetés en exil.
Si nous rappelons maintenant le nom de Jacques Bernardini, autre lombard de Lucques, auquel Bedford abandonna le legs que le fameux financier Jacques Raspondi avait fait au roi Henri VI; celui de Simonnette de la Jesse, damoiselle de la duchesse de Bedford, que la reine douairière Isabeau gratifia des biens de Jean le Blanc, son argentier; nous aurons énuméré
X INTRODUCnON.
toutes les personnes que notre recueil fait connaître, en qualité de donataires de biens confisqués sur les propriétaires parisiens qui suivaient le parti dauphinois.
Le nombre de ces derniers est un peu supérieur, dans notre recueil, à celui des donataires anglo-bourguignons. A côté de deux princes du sang, le duc d'Orléans, neveu de Charles VI, et Pierre de Bourbon, seigneur de Préaux, nous rencontrons dans leurs rangs les héritiers de Regnaud d^Angennes; Jean Bezille, seigneur de Maye et de Buffières, qui avait abandonné la cause du roi d'Angleterre où il avait gagné ses propriétés parisiennes ; Guillaume le Bouteiller, chevalier ; Tanneguy du Châtel et Robert Louvel, deux des hommes les plus compromis dans le meurtre de Jean Sans- Peur; Martin Gouge, révéque de Clermont ; Guichard Dauphin, chevalier ; Maurice d'Esne ; Cordelier de Giresme ; Regnaud et Noudet de Jagny ; la vicomtesse Brunissent de Lautrec; Philippe de Lévis; les héritiers de Henri de Marie, chancelier de France ; Jean de Monti* gny, dit Sainte-Frise ; Pierre de Nantouillet ; le comte de Penthièvre ; Charles de la Rivière ; le seigneur de la Rochefoucauld ; Regnaud de Saint-Jean ; le seigneur de Thorigny ; celui de la Tour en Auvergne; Charles et Milet de Vaudetar; puis une quarantaine de bourgeois parisiens, comme Jean de la Croix, M* Pierre de PEsclat, Oudard Gentien, Jean Taranne, tous quatre victimes des massacres de Tannée 1418 ; Simon Aismé ; Jeannin Anchier, neveu du prévôt des marchands Hugues le Coq; M* Jean d'Ay; les héritiers de Miles Baillet; Jean le Blanc, argentier de la reine Isabeau ; Etienne de Bonpuits, ancien échevin ; M' Pierre et M* Bureau Bouchier ; sire Alexandre le Boursier, maître des comptes du roi Charles VI ; Milet de Breuil (ou Bruiel) ; M* Miles Chaligault ; Jean de la Chapelle, maître des comptes, exécuté en 1430 pour participation à un complot; M" Jean Chastenier, secrétaire du Dauphin; Jean Congnet; Pierre le Coq, frère du prévôt des marchands ; Michel Cordier ; M^ Guillaume Cousinot, chancelier du duc d^Orléans ; M^ Guy Coustd,
IMTRODOCnON. XJ
officiai de Meaux; M* Charles Cul-d^Oue; les héritiers de M« Guy de Dammardn ; Jacques TEmpereur, échanson et conseiller du roi Charles VI ; M* Pierre Féron ; Godefroy le Fèvre ; les en&nts de M* Jean Filleul, avocat au Parlement ; M« Jean Gentien, conseiller du roi Charles YI ; Jeanne Gentien ; Jacquet de Laillier ; Richard de Méreville; M« Pierre d'Oger; M' Jean le Picard, secrétaire du Dauphin ; Jean de la Haye, dit Picquet, trésorier général des guerres; Regnaud Pis^l^Oue, changeur et ancien échevin ; Hémon Raguier, trésorier de la reine Isabeau ; Raymond Raguier, maître des comptes ; les héritiers de Michel du SaUon; Barthélémy Spifome, banquier lombard; M* Robert de Tuili^es; Marguerite de Tuilières; M« Guillaume le Tur; M« Jean Virgile et M* Mathurin Warrout.
Les dénombrements qui précèdent montrent suffisamment rintérét qui s^attache aux lettres de don publiées par nous : ces pièces ne sont pas seulement précieuses au point de vue de Thistoire proprement dite, elles seront utilement consultées par les biographes et les généalogistes ; mais elles offriront surtout une riche moisson à ceux de nos confirèresqui étudient la topographie du vieux Paris ^
I. U est on ne peut plus intéressant de comparer cette série de pièces aux extraits des comptes de confiscation de la ville de Paris pendant l'époque anglaise, qui figurent dans le tome III de VHistoire et recherche des antiquités de la ville de Paris, de Sauvai. Cet énidit paraît avoir eu à sa disposition quatre de ces comptes : le premier, rendu pour un an finissant au 24 juin 1421, se composait au moins de 216 feuillets (Sauvai, t. lU, p. 283-297 et 653) ; le second, dont quelques articles seulement sont imprimés dans le livre de Sauvai {ibid., p. 653-654) avec la date de 1423, faisait sans doute immédiatement suite au précédent ; le troisième conduisait du 20 décembre 1423 au 24 juin 1427 et se composait de 60 cahiers {ibid., p. 298-334) ; le quatrième se rapportait au temps écoulé entre le 24 juin 1424 et le 25 décembre 1434 {ibid., p. 564-591}. Cest à ces extraits, et par conséquent au tome III de Touvrage de Sau^, que se rapportent tous les renvois à Sauvai, sans indication de tome, qu'on trouvera dans notre volume.
xiî iiri AUDUcnoN.
Les lettres de rémission, étant plus nombreuses dans notre recueil que les lettres de don, nous auraient occupé tout d'abord, si nous n'avions jugé indispensable de les distinguer en deux sections, comprenant Tune les rémissions pour délits politiques, Tautre les rémissions pour délits de droit commun. Le présent paragraphe sera exclusivement consacré aux premières, qui sont au nombre de 40 ^
Il est presque inutile de rappeler à nos leaeurs le caractère des lettres de rémission ou lettres de grâce. Elles étaient accordées sur une requête adressée par Paccuséou ses amis, qui y relataient toutes les circonstances du délit pour lequel on implorait la commisération du prince. Le récit, ordinairement détaillé, fait par le « suppliant », était reproduit dans les lettres de grâce dont il constitue le principal intérêt ; on comprend qu'il ne faille pas toujours y ajouter une foi complète, car le coupable, porté à laisser dans l'ombre les circonstances défavorables à sa cause, altérait souvent la vérité ou ne la disait pas entièrement. Malgré ce défaut, il est toutefois peu de documents aussi réellement curieux pour Phistoire des mœurs.
Parmi les rémissions de délits politiques, nous mentionnerons en premier lieu celles qui se rapportent aux cas les plus graves, c^est-à-dire à des complots contre le gouvernement de Fétranger : telles sont les rémissions accordées en 1480 à Jean de Calais, riche bourgeois du quartier de Grève, en 1484 au cordonnier Jean Simon, dit d'Arras, et en 1435 à l'orfèvre Gossouin du Luet. Ces trois pièces, les plus précieuses peut-être de notre
I. On peut rapprocher de ces pièces les lettres par lesquelles le roi anglais abandonne aui deux frères Chanteprime et à Jean de Fleury, moyennant certaines conditions, les biens de leur pupille Henri du Vivier, qu'on croyait mort à Tétranger, car ces lettres impliquent la réhabilitation de Henri dont les biens avaient été confisqués pour cause de rébellion.
DITKOBUGTIOIV. XUJ
fecaeil, nous initient à i'enfiuiteinent et aux secrets de la qua* trième et de la huitième des conjurations ourdies de 1432 à 1433 contre la domination anglaise^ ; les notes que nous y avons jointes feront connaître au lecteur ce que les autres documents contemporains nous apprennent au sujet de ces complots et de leurs auteurs.
A côté des lettres de grftce accordées à trois de ces conjurés» il est bon de signaler celles qui concernent Jean du Bois, dit Bouquet, cordonnier, convaincu d'avoir favorisé la fiiite de Jean d'Arras, à la fois son cousin-germain et son confirère, Tun des conjurés de 1433. Les lettres de rémission octroyées à un pauvre père de fatmille, le maçon Thoroude, qu'une parole imprudente et ironique, prononcée devant un serviteur du duc de Bourgogne, avait désigné aux rigueurs de la justice anglaise, nous révèlent évidemment les sentiments d'une panie de la population parisienne au moment où Jeanne d'Arc conduisait le Dauphin à Reims pour le faire sacrer.
Quatre autres pièces montrent les dangers auxquels étaient exposés les Parisiens soupçonnés d'avoir quelque communication avec tes. pays obéissant encolle au parti dauphinois. Ainsi Jeannette Bonfils fut bannie de France pour avoir reçu du maître des monnaies du Puy en Velay une lettre, paraît-il, d'un earaeière purement intime. Un honnête bourgeois, Jean de la Fontaine, est menacé de la prison perpétuelle pour avoir eu, presque malgré lui, si l'on en croit sa supplique, quelques rapports avec un religieux de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, qui servait de messager au Dauphin et pour lequel il avait payé une part de rançon à la garnison anglaise de Chevreuse, afin d'éviter que ce compromettant personnage parût devant la justice parisienne. Un septuagénaire, d'origine tourangelle, Jean Michault, c»t poursuivi pour avoir donné l'hospitalité,
I. Vallet de Viriyille compte de 1422 à 1484 huit conspirations contre la domination anglaise à Paris et deux en Normandie {Histoire de Charles VJ2, t. II, p. 332-334).
Xiv tNTRODUCnOK.
durant une nuit, à un homme venu de Tours, et pour ne pas avoir livré à la justice les lettres de son frère que cet homme lui avait apportées. Enfin, une malheureuse veuve, demeurant à Longchamps, est jetée dans les prisons du Louvre pour avoir demandé, sans Taveu de Tadministration anglaise, un sauf'Con* duit à la garnison dauphinoise de Saint-Denis à Vtffét de ven« danger ses vignes de Chaillot.
Les autres lettres de rémission pour délits politiques sont octroyées à des émigrés parisiens, dont le plus grand nombre avaient quitté la capitale en suite de rentrée des Bourguignons et de la ruine du parti armagnac, en 1418^ ; cependant le départ de quelque^uns était antérieur de plusieurs années à cette date. Mais quel que fût Tàge des émigrés à Tépoque où ils avaient quitté Paris, — certains étaient alors de jeunes enfants que leurs parents avaient naturellement emmenés avec eux ^, — ils ne pouvaient rentrer dans leur ville natale qu'après avoir obtenu des lettres de rémission de l'autorité anglaise. Un habitant de Paris voyait-il frapper à sa porte un individu venant des pays obéissant encore au Dauphin, il était tenu de le livrer à la justice, cet individu fût-il son parent, son frère^ son fils, son père même*. Ne le faisait-il pas, alléguant que le malheureux auquel il n^avait pas voulu refuser un asile n'aurait pu, à moitié mort de fit>id et de misère, supporter la prison ^, il était emprisonné en même temps que son hôte, et ne pouvait échapper à la vengeance du gouver-
1. C'était du moins le cas pour Perrin Baudaire ; M* Pierre l'Orfèvre, maître des comptes ; Henri du Vivier ; Marguerite, femme de Philippe de Paris, clerc des comptes ; Laurence, femme de Jean d^Orlëans ; Thévenin Guyard, clerc servant les fermiers des impositions de la halle au poisson ; Perrette Brunel ; Jacqueline Couraud, femme de Jean Gentien, conseiller au Parlement, et Jeanne, femme de M* Jean Castel.
2. Telles sont Perrette Brunel, emmenée de Paris à Page de dix ans par une femme qui mourut en exil, et Catherine de Crouy, qui avait seulement cinq ans lorsque sa fiamille quitta la capitale vers 14 16.
3. Voyez à ce sujet les lettres accordées à Porrin Baudaire, Perrette Brunel, André Boesseau et Jean du Pré.