Chaîllot, localité annexée à Paris depuis un siècle déjà
3. Saint- Denis avait été pris par les Français le 25 août précédent, mais il ne fut pas occupé définitivement, car le comte de Vendôme, que Charles VII y avait laissé après son mouvement de retraite, fut bientôt contraint de l'abandonner.
FABS wmmâmr la [i439,ocl
1429. Octobre. Pteû.
Rémiiôoii accordée psr Henri VI à Pîem Thoroudey maçoD, qui «Tait été coadamné à la prison pour un temps indéterminé ainsi qu'an pilori, pour avoir drmandé ironiquement à maître Oudard le Fer le motif qui amenait le duc de Bo urg ogne le 10 jiâllet et ai ce prince ttatt nntBotion de s'opposer an sacr& du Dauphin.
(il. 174, n* 336.)
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d^Angleterre, savoir bisons à tous presens et avenir nous avoir reœu Pumble supplicadon de Pierre Thoroude, maçon, chargié de femme et de trois petiz enfuis, contenant que le x* jour de juillet derrenierement passé icelui suppliant estant à Puis de Jehan Thomas, cordouennîer, avec maistie Oudart le Fer et ledit Jehan Thomas, demourans à Paris, icelui suppliant demanda par esbatement oudit maistre Oudart pour quoy il n^estoit aie au devant du duc de Bourgongne son maistre^, lequel maistre Oudart lui respondi qu^il y avoit eu assez de gens sans lui, et aussi qu^il avoit esté occupé. Et ledit suppliant lui dist que s^il savoit que Pevesque de Paris, duquel il est voyer, venist de dehors en ceste ville de Paris, il seroit courroucié s^il n'aloit au devant de lui; et après demanda audit maistre Oudart que venoit faire le duc de Bourgongne à Paris, et s^il vouloit empeschier que le Daulphin ne feust sacré*. Pour occasion desqueles paroles ledit suppliant a esté prins et mis en noz prisons du Chasteletde Paris où il est encores, et a esté interrogué par serement s*il avoit dit lesdictes paroles, c'est assavoir que venoit foire le duc de Bourgongne à Paris et s^il vouloit empeschier que le Daulphin ne feust sacré; lequel a dénié avoir dit lesdiaes paroles, non remembrant les avoir dites. Et après s^en est rapporté en la deposicion desdiz maistre Oudart et Jehan Thomas, lesquelz l'ont chargié d^avoir dictes iceles paroles, et pour ce a esté condampné icelui suppliant par le prevost de Paris ou son lieutenant à estre tourné au pilori et à tenir prison
1. On lit dans le Journal parisien que le duc de Bourgogne arriva à Paris le dimanche 10 juillet 1429, vers six heures du soir; il en repartît le samedi 16.
2. Chartes Vil devait être, en effet, sacré à Reims sept jours plus tard, le 17 juillet 1429.
14^9, Oa.] DOMIMATION ANGLAISE. 3oi
jusques au bon plaisir de nous ou dudit prevost; de laquele sentence ou condampnacion il a appelé en nostre court de Parlement. Pour laquele chose il est encores détenu es diaes prisons à grant povreté et misère, en voye de y iiner misérablement ses jours, se sur ce ne lui est impartie nostre grâce et miséricorde, si comme il dity en nous humblement suppliant que ce considéré, et que ledit suppliant en autres cas a tousjours esté de bonne vie, renommée et honesteconversacion, sans avoir esté reprins ne convaincu d'autre vilain blasme ou reprouche, et attendu la longue detencion de prison qu'il a soufiene et la grant charge qu'il a de femme et de petiz enfans qu'il ne pourroit nourrir s^il ne povoit ouvrer de son mestier, nous sur ce lui vueillions nostre dicte grâce
impartir. Pour ce est-il que nous ces choses considérées à
icelui suppliant oudit cas, par l'advis et deliberacion de nostre très chier et très amé oncle le duc de Bourgogne, nostre lieutenant es marches de France, avons quitté, remis et pardonné.... le fait et cas dessusdit
Si donnons en mandement à noz amez et feaulx conseillers les gens de nostre Parlement^ au prevost de Paris
Donné à Paris, au mois d^oaobre, l'an de grâce mil cccc et vint neuf et de nostre règne le septiesme. *
Ainsi signé : Par le roy, à la relacion de monseigneur le duc de Bourgongne, lieutenant,
J. MlLET.
1430. 5 avril. Paris.
Rémission accordée par Henri VI à Jean de Calais, prisonnier au Châtelet de Paris, que Jacquet Perdriel avait affilié à une conjuration dauphinoise, en lui rappelant qu'il avait été jadis emprisonné pour s'être montré désireux de la paix et avoir médit des conseillers du souverain anglais. Un religieux carme, qui se montrait aux conjurés parisiens en habit de travailleur, était employé par Perdriel comme messager auprès du roi légitime. Plusieurs moyens avaient été proposés pour fi&ciliter l'entrée des Dauphinois dans Paris : i* la lecture de lettres d'abolition accordées par Charles VII aux Parisiens, lecture qui, fiaite un jour de dimanche sur la place Baudojer, devait soulever la populace qui, alors^ irait ouvrir la porte Saint-Antoine aux adversaires du roi anglais; 2« l'embuscade d'un certain nombre de gens du parti dauphinois dans les maisons voisines de la porte Bordelles; 3* l'entrée de 80 à 100 Écossais qui, divisés en petits groupes et travestis en Anglais, viendraient par le chemin de Saint*Denis conduisant de la marée et du bétail et qui, une
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réuni là tolfrig» des cooiurés, panDÎ leiqoeU on dte, — en ddiofs de Jean
de Calais, de Pefdriel et du religieux carme, — Guillaume du Loir, orftvre;
nerre Morvnt, proc or c ur au Cbâtelet; Jean de la Chapdle et Rcgnanld
Sarini*
(JJ. 174, n» 353 et JJ. lyS, n» i.)
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'An^eterre,
I. Cette curieuse pièce a été publiée, mais avec quelques fiiutes de lecture, par M. Stevenson, dans le tome I* (p. 34'3o) àe* Letters amd papen Oitatrathe o/themarsoftke English in Framee during the rdgnofHatrytkeSixOL
Lt Journal parisien et une autre chronique contemporaine enooce inédite, mais citée par M. Wallon {Histoire de Jeanne ^Arc, 3* éd., t II, p. 44S), ajoutent quelques renseignements précieux à ceux qu'elle nous foomit. La conspiration lut découverte dans la lemaine qui suivit la Fassîon (cette ffiie tombait en 1430 le 2 avril) par suite de la capture d*un religieux de Tordre des Carmes qui servait d'intermédiaire entre les conjurés du dehors et ceux du dedans et qui fiit mis à la question. On rapportait que c quarante dixaines de ladicte ville [de Paris | s'estoient conclus et avoient traictié signé de livrer cette ville aux gens du roy Charies 1. Toujoun est-îl qu'on arrêta plus de 1 5o personnes, dont six furent décapitées aux Halles de Paris le 8 avril, tandis que d'autres étaient noyées ou périssaient dans les tortures; certains s'en tirèrent par argent (finerent par ehevance, dit le Journal parisien) et sans doute Jean de Calais doit être classé parmi ceux-ci ; quelquesuns, aussi, parvinrent à s'enfuir et Jacques Perdrid fut de ce nombre.
Le Journal parisien ne fait connaître que le nom d'un seul des oonîuiés, le carme Pierre d'Allée, qu'un document transcrit dans les rostres de la chancellerie française de Henri VI nous apprend avoir été prieur des carmes de Melun en 1426 (Archives nationales, JJ 173, n* 453); mats Qément de Fauquembergues, grefiBer du Parlement, a noté, dans quelques lignes que nous croyons utile de reproduire ici, l'exécution et les noms des six conjurés qui payèrent de leur vie leur participation au complot : c Ou viii* jour d'avril M CCGC xxix, ce jour furent décapitez ex halles de Paris maistre Jehan de la Chapelle, clerc des comptes; Regnault Savin, Pierre Morant, procureurs au Chastelet; Jehan le François dit Baudran, Guillaume Perdriau, cousturien, et Jehan le Rigueux, boulanger, pour cause de certaine conspiration fiûcte entra eulx et autres, de baillier aux gens messire Charles de Valois entrée et obéissance en la ville de Paris, dont les deux d'iceux, c'est assavoir lesditz de la Chapelle et Baudran, furent escartelez. Quorum et omnium fldelium defimctorum animabus Deus sit misericors et propithts (Registres du Parlement, Conseil, X^*, 1481). » A ces noms de suppliciés, il faut ajouter celui de Jean de Montfort qui, au dira du compte des confiscations pour 1427-1434, fut ff exécuté comme coupable de ladite trahison » et dont les héritsges situés dans la rue de la PlAtrière furent saisis au profit du domaine (Sauvai, p. 586 ; cf. p. 588). Le même document mentionne aussi un certain Michel Piau, c. banni comme coupable de ladite trahison •, et dont les biens, situés à Puteaux, furent paiement confisqués (Ibid.).
i430| ayril] domination anglaise. 3o3
iftYoir faisons à tous presens et avenir, nous avoir reccu Ihimble supplication de Jehan de Calais \ prisonnier en nostre Chastellet de Paris, contenant que comme depuis un mois ou environ, avant ce présent temps de quaresme, Jaquet Perdriel^ se feust trait devers ledit suppliant par plusieurs ioiz et diverses instances,
1. Dix années plus tard, c'est-à-dire quatre ans après la reddition de Paris an roi Charles VII, Jean de Calais devint l'un des quatre échevios de la ▼îlle. n demeurait vrsisemblablement dès lors dans le quartier de Grève où Pierre Morant, l'un des conjurés, le rencontra un jour; aussi bien le retrouvons-nous, en 1453, comme marguillier de l'église de Saint-Jean -en-Grève, où il reçut la sépulture postérieurement à 1461, date à laquelle Villon le met en scène d'une façon plaisante, lui donnant plein pouvoir de remanier ce fiacétieux testament qui assure au turbulent écolier le premier rang parmi les poètes du xv* siècle (Longnon, Étude biographique sur Frati' çois Villon, p. ii2-ii3). Ce que l'on sait de la vie de Jean de Calais après l'abandon de Paris par les Anglais, ce que les lettres de rémission nous apprennent de ses antécédents (il avait déjà été emprisonné une fois pour avoir désiré la fin de la guerre, — au profit du parti national s'entend, — et pour avoir médit des conseillers du roi Henri VI) et surtout la lecture attentive du document que nous publions, suffisent, croyons-nous, à laver le futur échevin de Paris du soupçon que feu Vallet de Viriville a ainsi formulé à l'égard de ce personnage : c Jean de Calais, révélateur (et probablement anglais), pour prix de sa délation, obtint l'impunité. » {Histoire de Charles VII, t. U, p. 141.) Le surnom de l'ami de Jacques Perdriel indique, il est vrai, son origine calésienne, mais l'occupation de Calais par les Anglais depuis 1347 n'est pas un argument suffisant pour permettre de croire à l'origine anglaise de ce personnage. Quant à la manière dont Jean de Calais parvint à se tirer des mains de ses ennemis, elle ne peut être l'objet d'aucun doute : Jean doit être classé parmi ceux des conjurés qui, suivant le Journal parisien, c fiaerent par chevance i, c'est-à-dire rachetèrent leur vie au moyen de grosses sommes d'argent.
2. Jacques appartenait à la famille parisienne, bien connue aux xiv*, xv* et XVI* riècles, des Perdriel ou Perdrier. U est mentionné, ainsi que son père Simon, dans le compte des confiscations de 1423 à 1427, cAnme héritier par bénéfice d'inventaire de feue Gillette, sœur de Gaucher Chanteprime (Sauvai, p. 329). Plus heureux que beaucoup de ses complices, Jacquet parvint à échapper à la justice anglaise et quitta Paris; aussi le bannissement fut-il prononcé contre lui, et ses biens confisqués, donnés, le 3 mai 14.30, au bâtard de Clarence, à l'exception de c l'hostel de Paris i, réservé pour Messieurs des Comptes (Ihid., p. 586); ce dernier était situé dans la rue de la Verrerie, ainsi qu'on l'apprend d'une sentence du Châtelet, en date du 6 septembre 1430, ordonnant qu'on fera c ouverture du coffire estant en l'ostel Jaques Perdriel, assis à Paris en la rue de la Voirrerie, pour savoir se en icelui seront trouvez aucuns tiltres ou lettres faisant mencion de certaines rentes que feu M* Guillaume Perdriel donna audit hospital {Saint- Jacques] 1 (Arch, nat., Y $229).
304 PAR» PENDANT LA [l43o,avril
et, entre autres choses, lui eust requis et demandé s'il vouldroit estre de i^aliance de lui et plusieurs autres qui avoient entencion de bouter et mettre dedens ceste nostre bonne ville de Paris celui qui se dit Daulphin et ses gens, noz ennemis et adversaires. Et, pour esmouvoir ledit suppliant à ce, lui ramena et mist au devant comment il avoit esté mis en prison pour ce seulement quUl avoit parlé de la paix et dit autres paroles de noz amez et feaulx les gens de nostre grant conseil en France, et oultre que ledit Daulphin, que icelui Perdriel nommoit roy, vouloit faire abolition générale, de quoy plusieurs de Faliance dudit Perdriel et autres estoiênt bien contens. Et, après ce^ ledit suppliant lui demanda la manière comment on pourroit faire et baillier ladicte entrée à noz diz ennemis. Lequel Perdriel lui dist qu'il avoit beaucoup de gens de son aliance, et qu^ilz feroient publier par les carrefours de ceste dite ville icelle abolition à son de trompe especialement à un jour de dimenche, à la porte Baudet, à heure quUl y auroit grant foison laboureurs et il ne &isoit nulle doubte que le peuple ne se tournast avecques eulx; et, ce fait, ilz yroient gangnier la porte Saint-Anthoine et par icele mettroient dedens la ville nos diz ennemis. Alors ledit suppliant respondi audit Perdriel que c'estoit dit de commère et qu'il ne se povoit ainsi faire ; car, quant ilz se cuideroient trouver vint ensemble, ilz ne y seroient pas six. Lequel Perdriel lui dit que ce n^estoit que un advis, ja soit ce que plusieurs feussent de celle opinion, et icelui suppliant lui respondi que, à faire et baillier ladite entrée par la manière cy devant touchée, il ne seroit point avecques eulx. Adoncques Jehan Perdriel, qui paravant avoit dit audit suppliant que ledit Dauphin et nostre très cher et très amé oncle le duc de Bourgogne dévoient assembler à Laon, devers deux legas que nostre Saint Père le Pape y devoit envoyer pour les mettre d'accord, et que celui d'eulx deux qui seroit refusant de faire paix seroit excommenié de la bouche de nostre dit Saint Père, dist à icelui suppliant que on attendroit encore que on eust réponse de ce qui seroit fait par lesdiz legas ; et à tant se départirent l'un de l'autre. Mais quinze jours ou environ après ce, ledit Perdriel ah devers icelui suppliant en son hostel, disant que un messagier dont autres foiz lui avoit parlé estoit retourné pour trouver manière de faire l'entrée devant dicte, et lui demanda ledit Perdriel se avecques lui et plusieurs autres il en vouloit estre consentent, et alors ledit suppliant respondi que oyl, se ainsi estoit toutesvoies
i43o, avril] domination anglaise. 3o5
qu'il y eust gens notables qui s'en entremeissent. Lequel Perdriel lui dist que plusieturs personnes de pratique et d^autres estas de bonne et grande auctorité, dont il lui nomma aucuns, s'en mesleroient. Et à tant icelui suppliant se feust accordé et condescendu à aidier à faire et à bailler icelle entrée avecques ledit Perdriel et les autres qui s^en entremettroient, ausquelz ledit message avoit parlé si comme disoit icelui Perdriel afin que ledit suppliant feust plus seur de sa besongne. Et pour adviser la manière de faire icelle entrée, ledit Perdriel voult que icelui message parlast audit suppliant, sur quoy ilz demourerent d'accord que il yroit à Saint-Merry, auquel lieu ledit Perdriel feroit aller icelui message et dllec iroient en Tostel d^icelui suppliant, ce quUlz eussent &it comme dit est. Et quant ledit message, qui estoit très bien et proprement habillé en estât de laboureur, fu en Tostd d'icelui suppliant il lui dist qu^il estoit religieux des Gu'mes, et Penvoioit devers lui ledit Perdriel, et que icelui Daulphin que il nommoit roy, ne ceulx de son conseil, ne le vouloient croire de Tambaxade quUl avoit faite de par icelui Perdriel et autres touchant rentrée devant dicte, se ilz ne avoient lettre de chacun d'eulx, en requérant audit suppliant qu'il en voulsist faire lettre ; et il lui- respondi que quant à lui il n^en feroit ja lettre et se rapportoit audit Perdriel de ce qu^il en feroit, mais il tendroit tel chemin que lui. Et atant se pani dudit suppliant ledit carme, disant quMl retourneroit devers ledit Perdriel, et, par lui, lui feroit savoir ce dont ilz demourroient d^accord ensemble et envoieroit dire par un laboureur à icelui Perdriel le jour, Teure et la manière comment nosdiz ennemis vouldroient entreprendre de faire ladicte entrée. Avecques ce, le premier ou second samedi de cedit quaresme, ne scet ledit suppliant lequel, Guillaume de Loir, orfèvre, ala devers lui en son hostel disant que ledit Perdriel lui envoioit dire que le laboureur dont autresfoiz lui avoit parlé estoit venu. Et, pourtant que ledit suppliant ne avoit onques parlé audit Guillaume de la manière devant dite, lui dist qu^il ne savoit que c'estoit à dire, lequel Guillaume lui dist qu^il envoieroit parler ledit Perdriel à lui. Et pour tant que, le lendemain, les serviteurs d'icelui suppliant lui dirent que ledit Perdriel Tavoit demandé, il ala en son hostel et parla à lui en son comptoir, et estoit icelui Guillaume de Loir présent, et lui dist icelui Perdriel que le carme qui autresfoiz avoit parlé à lui avoit apporté une abolition dudit Daulphin nostre adversaire par
DOCUMBm I 20
3o6 PAKJS pErauBT i^ [1430, avril
laquek tout e$tott ptrdonné, et que iceiui Podriel et plusieurs autres estokot d'oppinioa que à un jour de difloenche on la leust à son de trompe à ladicte porte Baudet, prin&Lx ou mm hommes de leur société ou aliance, apièa laqude publication eulx et k peuple qui se joindroit avecques eulx croient gangnier kidicte porte Saiut^Anthoioe, pour mettre et bouter par iœle dedans ceste dicte ville nosdiz ennemis et adversaires qui seroient embuschiez près d'ilec. Les aucuns disoient que certain nombre de gens feussent ombuschiez es maisons prouchaines de la porte de Bordelles; que quatre vins ou cent escoxois, habillez comme angloiz portans la croix rouge, venissent par petiz troupeaux ou compagnies le droit chemin de Saint-Denis en ceste viUe et, en a<fanenant de la marée ou du bestail, entrassent tout courtoisement en la porte, puis feissent tant qu^ilz eussent la maistrise des portes, et alors autre partie de noz ennemis qui seroient embuschiez près d'ilec vendroîeat à puissance pour entrer dedens ceste dicte ville et avoir la maistrise dHcelle. Et après ce, ledit Perdriel demanda audit suppliant et à celui Guillaume de Loir de quelle opinion Hz estoient; lesquelz dirent qu'il leur sembloit que ce seroit le mieulx de faire ladicte entrée par icele porte Saint-Denis en la manière dessusdicte, combien que sur ce ne prindrent pour lors autre conclusion. Mais iceubc Perdriel et Guillaume moostrerent audit suppliant deux cedules qu^il avoit faites pour envoyer à nostre adversaire ou ceulx de son conseil, Tune grant escripte eoi parchemin, et l'autre petite en papier; et pour tant qu'elles ne pleurent audit suppliant, il en fist une autre petite quUl bailla aux dessuz nommez Perdriel et Guillaume lesquelz dirent qu'ilz monstreroient iceles cedules à leurs autres compaignons. pour adviser laquele seroit la meilleur. Et, le landemain bien matin, ledit Guillaume, le carme dessusdit et deux autres compaignons laboureurs ou en habits de laboureurs que ledit suppliant ne congnoissoit, alerent devers lui en son hostel et lui portèrent pour signer l'une desdictes trois cedules^ ne scet de vray laquele, mais toutesvoies il la signa le premier, puis k bailla audit Guillaume qui la promist faire signer à autres de leur aliance dont il lui nomma aucuns; et, ce fait, se départirent d^avecques lui les dessusdiz. Et, au surplus, ne scet que ledit Guillaume fist de ladicte cedule, car depuis il ne vit ledit carme; laquele cedule contenoit en effect créance sur le porteur d^icele et estoit ladite créance telle, c^est assavoir que ledit carme estoit
i43oytfyril] DoicmATioif ANGutisE. 3k>7
éhtrgié de dire à nostredit adversaire et ééulu de aoiidît conseil que, pour foire ladicte entrée, ilz esleu^enf des trois voies cy devant recitées laqude qu'il leur sembleroh plus convenable et mandassent la manière, Teure et le jour commient Hz vouldroient qu'elle feust exécutée. Avecques ce iceulx Perdriel et Guillaume de Loir dirent audit suppliant que Pierre Morant, procureur en nostredit Chastellet de Paris, et Jaquet Guillaume, demouram à rOurs k ladicte porte Baudet, estoient consentans avecques eulz de faire l'entrée devant diae et avoient grant quantité gens avecques eubt d'icele porte Baudet et d'environ. Et trois on quatre jours après, icelui Morant rencontra en Grève ledit suppliant et lui parla de la matière devant dite, disant qu'il avoit parlé audit Perdriel et veu une cedule que icelui suppliant avoit signée, lequel Morant Tavoit semblablement signée comme il disoit; et lui pria que, le dimenche ensuivant, il voulsist estreà desjeunner à la Pomme de Pin, en la Cité, auquel lieu maistre Jehan delà Chapelle et Regnault Savin^, qui estoient pareillement consentans de ladicte besongne, dévoient convenir pour advoir avis sur ce que il seroit à iaire touchant icele et, pour ce qu'il lui dist qu'il n'y pourroit estre, se desf>artirent atant. Mais un jour ou deux après, icelui Morant dist audit suppliant que, oudit desjeuner, avoit esté conclu que ilz prendroient la voie advisée de faire ladicte entrée par icele porte Saint-Denis en la manière autresfoiz pourpariée entre eulx, et iroit icelui suppliant aux champs hors ladicte pone, porteroit pour enseigne un panon blanc et yroit dire à nosdiz ennemis ce qu'ilz devroient faire touchant icele entrée, et ledit Guillaume se tendroit à ladicte porte pour leur dire semblablement quant ilz y arriveroient, et ledit Morant et les gens qu'il avoit avec lui seroient es tavernes de la rue Saint-Denis, prouchaines d'icele porte, pour saillir à cop dehors et aidier à nosdiz ennemis aussi tost qu'ilz seroient entrez. De laquele chose ledit suppliant eust esté et fu d'accord, disant que dès le matin que laclicte besongne devoit estre faicte dt exécutée il yroit dehors et feroit semblant de aler veoir ses vignes à la Chapelle-Saint-Denis ; et, ja soit ce que entre eulx il n'y eust point de jour prefix ne accordé pour faire icelle entrée, toutes voies ilz se attendoient tous que le dimenche ensuivant elle feust faicte et
I. Ses biens, situés rue Michel-le-Comte, sont mentionnés au compte des confiscations de 1427 à 1434 (Sauvai, p. 586).
3o8 PARIS PENDANT LA [i43o,aYril
que ledit carme retournast ou envoiast dire la manière et ce que Dosdiz ennemis vouldroient faire. Mais obstant la prise et emprisonnement d'un autre carme qui de présent est prisonnier en ceste ville, ledit fait fu et a esté delaié ; et se il eust esté mis à exécution, comme ilz Tavoient conclu, ledit suppliant avoit voulenté et propos de prendre et porter la croix droicte, pareillement que nosdiz ennemis, eust crié la paix et aidié de son povoir à ceulx qui eussent fait ladiae entrée ainsi que les autres de son aliance. Duquel foit ledit suppliant a eu paroles à autres nommez ou procez de sa confession pour savoir se, avecques lui et les dessusdiz ilz vouldroient estre consentans de aidier à &ire l'entrée et besongne devant dicte, et se sont aucun d*iceulx par son moien consentiz à ce. Po^r raison et occasion desqueles choses, et autres plus à plain declairées oudit procès de sa confession dessusdicte, icelui suppliant a esté pris et mené prisonnier en nostredit Chastellet oti il est encore détenu de présent à grant povreté et misère de son corps, en adventure de brief finer misérablement ses jours, se par nous ne lui est sur ce pourveu de remède gracieux et convenable ; requérant humblement que, attendu que soubz confiance que ledit cas lui feust par nous remis et pardonné, il a icelui voluntairement recongneu et confessé à aucuns noz conseilliers, qui de ce le requeroient instamment et promettoient de foire leur leal devoir envers nous, ou lesdictes gens de nostre conseil, de lui faire avoir ledit pardon, et que il a tousjours esté homme de bonne vie, renommée et honneste conversation, sans avoir esté attainct ou convaincu d^aucun aultre villaia cas ou reproche, si comme il dit, nous lui vueillons sur ce nostre grâce impartir et pourveoir dudit remède
Si donnons en mandement par ces mesmes présentes à noz amez et feaulx conseillers les commissaires par nous ordonnez pour pugnir ou faire pugnir, congnoistre,jugier et déterminer du ifait de ceulx qui seroient trouvez coulpables de la conspiration ou entrée dont cy dessus est faicte mention, à nostre prevost de Paris ou son lieutenant
Donné à Paris, le cinquiesme jour d^avril, l'an de grâce mil cccc XXIX, avant Pasques et le huitiesme de nostre règne.
Ainsi signé : Par le roy, à la relation du grand Conseil,
J. DE LUNAIN.
i43o, avril] DOMtNATiON anglaise. 309
1430. i3 ayril. Péronne.
Henri VI donne à Jean de Villiers, seigneur de l'Isle>Adam, les biens que possédait à Paris et dans la prévôté de cette ville feu maistre Jean de la Chapelle, derc des comptes, récemment exécuté pour crime de lèsemajesté.
(JJ. 174, n» 354.)
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d^ Angleterre, savoir faisons à tous presens et advenir, que nous pour consideracion des grans et notables services que nous a faiz et fait de jour en jour nostre amé et féal chevalier et conseiller Jehan de Villiers, seigneur de l'Ille-Adani^ tant à la garde, seurté et bon entretenement de nostre bonne ville de Paris, comme autrement ou Élit de noz guerres, et espérons que face ou temps advenir, à icelui par Tadvis de nostre ttçs chier et très amé oncle le duc de Bourgongne nostre lieutenant es marches de France, avons donné, ottroié, cédé, transporté et delaissié, et par la teneur de ces présentes, de grâce especial, plaine puissance et auctorité royal donnons, ottroions, cédons, transportons et délaissons les maisons^ terres, rentes, revenues, possessions et héritages qui souloient appartenir à feu maistre Jehan de la Chapelle', situez et assis en nostre ville, prevosté et viconté de Paris, lesqueles nous sont venues et escheues par confiscacion pour cause de certains crimes et délits commis et perpétrez par ledit de la Chapelle
1. Jean de Villiers, seigneur de l'Isle-Âdam et de Villiers-le-Bel, gardait Pontoise pour le duc de Bourgogne, lorsqu'à Taide de quelques Parisiens il s'empara par surprise de la ville de Paris le 29 mai 141 8. Il reçut pour récompense, le 18 juin suivant, le bftton de maréchal de France, que lui fit retirer l'influence du roi d'Angleterre, Henri V, le 22 janvier 1422. Rentré en faveur dès le début de la régence du duc de Bedford, il fit sa soumission à Charles VII après le traité d'Arras en 1435, facilita en 1436 la réduction de la capitale et fut tué dans une sédition à Bruges le 22 mai 1437 (Anselme, Hist, généal, de la maison de France ^ t. VII, p. 10- 1 1).
2. Jean de la Chapelle, clerc des comptes, avait été décapité, le 8 avril 1429, comme complice de la conjuration dont on trouve le récit eft la pièce précédente. La donation de ses biens au seigneur de l'Isle-Adam fut attaquée par Catherine, sa veuve, et par sire Michel de Laillier, conseiller et maître des comptes. Catherine, par contrat de mariage, avait été dotée d'une rente de 60 livres parisis; aussi un arrêt du Parlement, en date du 3o janvier 143 1 (n. st.)> lui adjugea-t-il les propriétés que son mari possédait à Paris, laissant le surplus au seigneur de TIsle-Adam.
3io PAïuBi PEMiMKr JLA [i43o,aTril
à rencontre de nostre majesté royal; pour joîr desdiaes maisons, rentes^ revenues, possessions et héritages par ledit seigneur de riUe^Adam et ses hoirs masles en la forme et manière que en joissoit ledit de la Chapelle, perpetuelment^ hereditablement et à tousjours, en faisant et paiant les charges, droiz et devoirs pour ce deuz et acoustumez, pourveu que ilz ne soient de nostre ancien demaine ne par nous donnez à autres paravant la date de ces présentes
Si donnons en mandement à noz amez et feaulz les gens de noz comptes et trésoriers à Paris, au prevost de Paris
Donné à Peronne, le xui* jour d^avril, Tan de grâce mil cccc vint neuf, avant Pasques, et de nostre règne le huitiesme.
Ainsi signé : Par le roy, à la relacion de monseigneur le duc de Bo^rgongne, lieutenant,
J. MlLET.
1430. a3 mai. Paris.
Heori VI confinne te privil^ de la co&firirie de Satnt-Oéptn et Samt-Cré-
pinien établie ea TégUse de Notre-Dame de Paris par tes maîtres et vateU
cordonniers de cette Tille,
(JJ. 174, n» 355.)
Heiuy, par la grâce de Dieu roy de France et d^Angleterre, savoir fkisons à tous presens et avenir nous avoir receu Tumble supplicacion des mai^tres et varlets cordouenniers de nostre bonne ville de Paris, consors en ceste partie, contenant comme à Tassembleement, et par bonne et meure deliberacion fsiicte entre eulz de entérine devocion, ilz aient propos et voulenté unie de eulx mettre et estre conjoinctement adjoins en la confrarie des benois çt glorieux martirs monseigneur Saint Crespin le grant et monseigneur Saint Crespin le Petit, qui furent en leurs vivans cordouenniers, lesquelz variez dès cinquante ans et plus y ont tousjours esté fréquenté et maintenu ladiae confrarie, et d'icele fait célébrer les messes et service divin en la chapelle desdiz benois sains et glorieux martirs fondée en Peglise Nostre-Dame de Paris, comme Ten dit apparoir par certaines lettres royaulx sur ce données et ottroiées à iceulx variez par feu nostre très chier seigneur et prédécesseur Charles le Quint, en son vivant roy de France, cui Dieu pardoint, scellées en laz de soie et cire vert, laquelle chose lesdiz supplions ne vouldroient n'oseioient
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fere aucunement ne entreprendre sans avoir sur ce noc congié, octroy et licence si comme ilz dient, requerans humblement iceulx. Pour quoy nous, cet choses considérées et afin que ladicte ODnfirarie soit plus grandement et solennelment maintenue, soustenue et augmentée comme en tel cas appartient, ausdits sup^
plians ou cas dessus dis avons donné et ottroié congié,
ottroy , licence et auctorité que icelle confrarie ilz puissent d^ores en avant maintenir, ordonner, garder et soustenir en nostre dicte ville de Paris, conjoinctement et ensemble chacun an per* petuelment les jours de festes et solennitez desdiz benois sains et glorieux martirz, de faire et establir procureurs soufBsans et ydoines, appelle et présent à leurs assemblées un examinateur de nostre Chastellet qui, par nostre prevost de Paris et ses succès^ seurs, leur sera ordonné et establi pour les fieiiz dMcelle confrarie poursuir et démener bien, deuemeut et diligemment et toutes autres choses appartenant à Mt de confrarie, par la manière que acoustumé est de faire es autres confraries fondées et ordonnées en nostre diae ville de Paris
Si donnons en mandement à nostre prevost de Paris
Donné à Paris le xxm* jour de may^ Tan de grâce mil cccc et XXX et de nostre règne le vm^.
Signé : Par le roy, à la relacion du Conseil,
R. JOURDRIBR.
1430. i3 juillet. Paris.
Rémission tfccordée ptr Henri VI à deux hommes d'afmeé anglais, Nicolas Say et Richard Geppes, coupables de vols dt rubans dt soie commis au préjudice de deux marchands, et d'une escroquerie au détriment d'une marchande à laquelle ils avaient donné en gage une bourse où ils prétendaient avoir mis un certain nombre de nobles d'or, tandis qu^elle ne contenait que des jetons de cuivre et de plomb.
(JJ. 174, n» 358.)
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d^Angleterre, savoir élisons à tous presens et avenir nous avoir reçu Tumble supplicacion des parens et amis charnelz de Nicolas Say et Richart Geppes, noz subgez natifz de nostre royaume d'Angleterre, suivans les armes en nostre royaume de France, prisonniers en nostre Chastellet de Paris^ contenant que la veille * de la Saint