‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 111 sur 138 · Voir le Moniteur^ réimpression, t. XXIV, p · texte numérisé non relu

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très prétendirent qu'il était inconséquent de s'occuper de si peu de chose que d'un comédien.

Spectacles. — Au théâtre ci-devant de la Montansier, Haison-Ëgalité, Ton observe qu'au foyer l'agiotage sur toutes les marchandises s'y fait comme le matin au Jardin-Ëgalité

Commerce. Pain, — Loctave, Massard et autres rapportent que^ dans les lieux qu'ils ont surveillés, les rassemblements sont toujours nombreux aux portes des boulangers. L'on a été obligé de requérir la force armée pour maintenir le bon ordre chez plusieurs de ces derniers, attendu que, depuis une heure du matin, il y avait plusieurs perspnnes qui attendaient pour avoir leur pain, et qui murmuraient sur la diminution que l'on a faite à chaque individu. Différents commissaires ont annoncé au public qu'on ne délivrerait point de pain à ceux qui viendraient pour former les queues. Oury observe qu'aux portes des boulangers de la section du Finistère, on tient des propos très sédi* tieux. D'ailleurs rien de contraire au bon ordre.

Loctave dit qu'une voiture chargée de pain pour la Maison de Santé a été arrêtée à la barrière d'Enfer, faute de visa de l'Agence. 11 observe que, dans le courant de la journée, l'on a saisi sur différents particuliers, à cette même barrière, onze pains de 4 à 5 livres ; le tout porté au Comité de la section du Théâtre-Français.

Dupont rapporte que le public se plaint de ce que sur chaque pain manquent 6 à 8 onces .

Viande et autres comestibles. — Massard, Martin, ofQciers de paix, et autres rapportent qu'il y avait beaucoup de monde aux portes des bouchers et charcutiers qu'ils ont surveillées, qu'en général la distribution de la viande s'est faite légalement, et qu'aucune plainte n'est parvenue à leur connaissance. Selon le rapport de Dessault, officier de paix, il est arrivé au carreau de la Halle 23,348 livres de beurre, et ce du 25 au 29; ensemble 264,200 douzaines d'œufs et 1000 douzaines de fromages de Brie.

Massard, officier de paix, Loctave et autres disent dans leurs rapports que les halles et marchés étaient assez bien approvisionnés, excepté en légumes qui étaient en déficite {sic) quantité; qu'il en était de même de la halle à la viande. Us ajoutent que toutes les denrées se vendent un prix exorbitant, qu'au surplus la tranquillité a régné dans tous ces lieux.

Bois et charbons, — Suivant Murât, Gruet et autres, la distribution du bois s'est faite dans différents chantiers et ports avec beaucoup d'ordre. Mais Lassiot et autres observent qu'ils ont été obligés de faire fermer à une heure après-midi le chantier de la Juiverie, où l'on

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583 RÉACTION THERMIDORIENNE [19 mars 1795]

distribue des bourrées, vu l'impossibilité de faire ranger le public en ordre. La livraison du charbon n'a eu lieu sur aucun port.

Surveillance. — Cheruel rapporte qu'une bande de jeunes gens, passant rue de T Arbre -Sec, crièrent à une patrouille qu'ils rencontrèrent : A bas les piques ! Le public a murmuré de ce manque d'égard et de respect envers la force armée.

Suivant le rapport de Boyer, le peuple est convaincu qu'il doit vivre en bonne union pour recueillir les fruits de la Révolution, qu'en pillant on détruirait en un jour ce qui pourrait faire vivre pendant six mois. Mais il demande aussi qu'étant réduit à une livre de pain, on la lui donne chaque jour, et qu'il ne soit pas tenu d'attendre deux ou trois heures à la porte d'un boulanger pour Tavoir.

Bocquet rapporte que la tranquillité régnait dans les faubourgs Marceau, Antoine, Denis et Martin. Il assure aussi qu'il n'y avait pas de groupes dans le Jardin-Égalité, et que le calme et la tranquillité y régnaient. Suivant le rapport de Charnel, on a chassé d'un groupe près la Convention, une femme qui disait qu'on n'avait pas assez d'une livre de pain ; on voulait la conduire au Comité de sûreté générale, mais le public s'est contenté de la chasser du groupe.

Pépin dit que les malveillants ont couvert de boue une affiche rédigée et placardée par la section de l'Arsenal dans d^s principes sages, qui rappelait les citoyens à l'amour de l'ordre, à l'obéissance aux lois, à l'exercice des vertus, leur représentant la nécessité de fréquenter les assemblées générales, de s'y réunir contre les ennemis de la liberté, cherchant à ranimer en faveur de la chose publique l'indifférence et l'égoYsme, enfin appelant tous les citoyens bien intentionnés aux délibérations et aux nominations.

A l'aide des recherches qu'on a faites à l'occasion de l'affiche incendiaire ci-dessus désignée, on a découvert, par le moyen d'un des afficheurs, que ces affiches sortaient d'une imprimerie faubourg Germain, chez le propriétaire de laquelle on est allé en perquisition.

Caron rapporte qu'étant de surveillance dans les rues de Paris, entre minuit et deux heures, il a été surpris de ce que plusieurs patrouilles qu'il a rencontrées l'ont laisser passer sans lui faire exhiber sa carte de sûreté, mais qu'en passant devant les postes, les factionnaires l'ont requis d'entrer au corps de garde. On vient d'écrire au commandant temporaire de la force armée pour qu'il se plaigne dans l'ordre de ce manque essentiel dans le service de la garde, et qu'il recommande aux commandants de bataillons de veiller à ce que cela n'arrive pins.

Le commissaire de police de la section de Mutius Scœvola rap-

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porte qu'il existe, rue de Vaugirard, des écrits contre-révolutionnaires qu'il a constatés. Sur un mur était écrit : Point de rot, point de pain, et sur les murs des Carmes : Vive le R. , , Ce canton est mis à la surveillance.

THEROUEIfNE, HORNIN.

(Arch. nat., F > « III, Seine, 15.)

Journaux.

Républicain français du 30 ventôse : « Paris. ...On sait que quelques femmes exécrables se rendent assidûment aux séances de la Convention nationale, dans Tespérance d*y porter du trouble. Elles y restent depuis quelque temps dans une sorte d'inertie, parce qu'elles sont contenues par la présence des bons citoyens qui remplissent aussi les tribunes ; elles s'en dédommagent en se répandant, au sortir de la séance, dans le Jardin National, sur la terrasse. Là, elles engagent la conversation avec quelques bommes à figure sinistre. Des plaintes, des gémissements ouvrent la conversation. On attire quelques oisifs qui veulent connaître Vétat de Vopinion. Le groupe se forme ; on raconte la séance avec d'effroyables commentaires ; on expose les maux du jour et les alarmes du lendemain. Des femmes et des hommes, qui n'ont d'autre métier que celui d'orateurs de groupes, se plaignent de ne pouvoir trouver à vivre. Le plus souvent, un bon citoyen qui se trouve là entreprend d( répondre à leurs raisonnements ; il est assailli, menacé, et forcé de se retirer. Si la soirée est belle, les groupes deviennent plus nombreux, et alors tous ne raisonnent pas dans le même sens. Il est impossible de se faire ridée du délire et de l'incohérence de ce genre de conversation. Ici, Ton fait sentir que le peuple était plus heureux avant le 9 thermidor ; là, on remonte un peu plus haut, et Ton prouve que tout était mieux sous l'ancien régime, et, ce qui est assez remarquable, c'est qu'on soutient souvent ces deux opinions. Le désir du pillage se fait vivement sentir, mais pas toujours avec la même audace; on prouve que tous les massacres révolutionnaires étaient nécessaires ; on annonce que peut-être on sera bientôt obligé de recommencer ; quelquefois on se dispute sur le nombre d'hommes à proscrire. Le jour où l'on régla, à la Convention, la distribution du pain à Paris, les groupes étaient beaucoup plus agités que de coutume. Une foule de citoyens se promenaient dans le jardin, satisfaits du décret, et ne se doutant pas qu'il excitât des murmures. Il me semblait qu'on jouissait du plaisir de fêter encore le vieux dimanche. Cependant une centaine de bandits provoquaient dans les groupes l'insurrection, et l'insurrection, pour eux, c'est le pillage et le massacre. Tout à coup on entend retentir d'assez loin un air qui porte l'épouvante dans l'âme des scélérats apostés. C'était le Réveil du peuple, chanté par une.foule de bons citoyens, qui s'avançaient avec ordre. Les orateurs s'inquiètent ; les membres des Comités révolutionnaires s'évadent sans bruit ; les oisifs qui les écoutaient, et les approuvaient par peur, cèdent à une autre peur. Tout s'est dissipé en un instant devant ce nouveau bataillon. On n'entend plus que les cris : A bas les Jacobins, à bas les buveurs de sang ! et ces cris sont répétés par des Jacobins et des buveurs de sang. Le lendemain a vu recommencer la

585 RÉACTION THERMIDORIENNE [20 mars 1795]

même scène. Il règne sans doute beaucoup moins de malveillance dans les queues qui se forment à la porte des boulangers ; mais là, vous entendez tout ce que la pétulance peut faire dire à des femmes inquiètes. Les systèmes politiques se traitent avec un commérage qu'on n'imite que trop dans certaines assemblées. » — « Dans les faubourgs on prépare le trouble par d'autres moyens. On enivre quelques ouvriers ; on répand auprès d'autres des moyens de séduction plus puissants ; on placarde des affiches incendiaires ; ceux qui les ont apposées ont grand soin de les lire et de les commenter ; les mêmes hommes viennent annoncer ensuite que les faubourgs sont en mouvement, et voilà les éléments de ces révolutions qui changent la face des empires. »

Rapport du !•' germinal.

Esprit public, — Tous les rapports relatifs à Topinion publique annoncent que les citoyens qui se trouvaient hier au Jardin National ont été très mécontents de la conduite qu'ont tenue les jeunes gens à cinq heures du soir. Ils se présentèrent, comme les jours précédents, s'ouvrirent un passage à travers les différents groupes, provoquèrent les citoyens en leur marchant sur les pieds ou les coudoyant. Cette provocation excita différents tumultes, dans lesquels les provoqués furent traités de Jacobins. Une patrouille a fait cesser ce désordre en arrêtant deux ou trois particuliers, qui furent conduits au Comité de sûreté générale.

Rentrés au café de Chartres, ils eurent connaissance qu*on avait arrêté deux de leurs camarades à la section des Piques, pour avoir excité du bruit en disant leurs opinions sur les Jacobins ; ils partirent en nombre pour s'y rendre et demander leur liberté. On leur a refusé les portes, et une patrouille les a dissipés.

Les spectacles ont tous été tranquilles. '

Commerce. Pain. — Mougeat, Loctave et autres rapportent que, dans les lieux qu'ils ont surveillés, il y a toujours des rassemblements aux portes des boulangers. L'on a été obligé de requérir la force armée, afin de rétablir Tordre chez plusieurs de ces derniers. Buisson et autres observent que, dans la section des Droits de l'Homme, les citoyens Bizouard^ Patriarche et Garnier, boulangers, n'ont pu satisfaire toutes leurs pratiques/ quoique Garnier, Tun d'eux, n'ait point donné nu\ ouvriers la livre et demie de pain qui

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leur est accordée par la loi. La Commission fera part de ce fait à l'Agence des subsistances. En général la distribution s'est faite avec tranquillité. L'ordre a été troublé dans la Vieille rue du Temple, mais il a été rétabli par une patrouille qui passait.

Viande el autres comcitibtes. — Didier et Pipelard ont trouvé des rassemblements aux portes des bouchers et des charcutiers qu'ils ont surveillées. La distribution de la viande s'y est faite légalement et aucune plainte n'est parvenue à leur connaissaDce- Les halles n'étaient pas très bien approvisionnées, surtout en légumes ; celle à la viande était dans la même situation. Plantin, l'un des inspecteurs, observe que plusieurs bouchers disent qu'il n'apporteront plus de viande à la Halle, attendu qu'elle leur revient h. 3 livres S s. la livre ; les pommes de terre se vendent 9 liv. 10 s. le boisseau.

Du 30 ventôse au 1" germinal, il est arrivé sur le carreau des halles 385 voitures de différentes denrées, 4 de marée et 2 d'huUres.

Surveillance. — Suivant le rapport de Boyer, le public se plaint d'être vexé par les jeunes gens du café des CanonnJers qui vont au Jardin National, lesquels troublent les citoyens en les poussant à coups de coude, les traitant de Jacobins, les arrachant des compagnies où ils sont et les traînant au Comité de sûreté générale. Celte conduite aurait hier occasionné une dispute générale, si la garde n'était survenue, n'avait arrélé plusieurs de ces jeunes gens, qu'on a conduits au Comité de sâreté générale.

Buslet dit que le public, les ouvriers surtout, se plaignent de la misère actuelle, en disant cependant qu'il faut prendre patience, que la Convention mettra ordre à tout, et que cela ne pouvait toujours durer.

Lecoq annonce que l'assemblée [de la section] des Amis-de-la-Patrie a été très orageuse ; plusieurs membres de la ci-devant Société populaire ont donné lieu au bruit par des épîthètes de voleurs, d'égorgeurs, de buveurs de sang, de terroristes, de scélérats et de malheureux dont ils se sont servis envers plusieurs citoyens.

Pépin rapporte que, dans la section de l'Arsenal, on s'est occupé d'une pétition à la Convention,' laquelle a été adoptée

Babbarir, Bouchas jeune.

(Arcb. nat., F ' • 111, Seine. 16.)

Journaux.

Vedette du 1«r germinal : « Hier, au théâtre de la rue Martin, le public a demandé Thymne du Réveil du peuple. Lorsque Fauteur a chanté ce couplet :

Représentants d*un peuple juste, 0 vous, législateurs humains !

un scélérat aposté a eu Taudace de crier : Qui nous font manquer de pain ! A ce cri de révolte, un mouvement général d'indignation a éclaté de toutes parts; le séditieuse a été expulsé. Un instant après, on a annoncé que la garde nationale s'en était emparée. Aussitôt les spectateurs, qui étaient venus en grand nombre pour voir le Souper des Jacobins, pièce où Ton peint assez bien leurs forfaits et leurs tours de gibecière, se sont tous levés, ont agité leurs chapeaux en Tair aux cris de Vive la Convention I Vive la République ! Le couplet en Thonneur des représentants du peuple a été recommencé et entendu avec un enthousiasme qui les a bien vengés du sifflement du reptile que Ton venait d'arrêter. » — Messager du soir du 2 germinal : « Les infâmes complices de nos derniers tyrans ne se tiennent pas pour battus; ils sentent leur fin approcher et se débattent dans les convulsions de la mort ; ils parcourent les greniers, les tavernes et les ateliers pour soulever la classe ouvrière et crédule du peuple contre ce qu'ils appellent le million doré, les muscadins, les boutiquiers et la jeunesse de Fréron ; les monstres ont eu Thorreur de répandre que les citoyens qui se réunissent au Jardin-Égalité avaient assassiné aux Tuileries trois ouvriers ; les hommes simples, les amis du travail, qui restent à leurs ateliers, ont la faiblesse d'ajouter foi à ces horribles calomnies ; de là les haines, les partis et les divisions. Les brigands espèrent se débarrasser de la vigilance importune des jeunes gens qui les harcèlent en les mettant aux prises avec les hommes estimables et laborieux, que, sous le nom de sans-culottes, ils espèrent encore tromper pour régner de nouveau sous leur nom. Il faut espérer que les jeunes gens ne souffriront pas qu'on les peigne à leurs frères sous des couleurs aussi atroces ; l'assassinat est l'arme des septembriseurs et des révolutionnaires forcenés, qui ne voulaient de la liberté que pour asservir, emprisonner, égorger et dépouiller ceux dont ils enviaient la fortune et les biens. Une adresse fraternelle de la jeunesse aux ouvriers patriotes et laborieux, dont les mains font fleurir le commerce et les arts, ferait sentir au peuple quels sont ses véritables amis, ou des monstres qui ont dévasté, dépeuplé la République, détruit les manufactures, brûlé les moissons, incendié les villes les plus florissantes, ou de ceux qui veulent qu'on rende aux manufactures et au commerce leur activité et leur splendeur. » -— « Hier matin on a placardé une affiche incendiaire ayant pour titre : Con-seils donnés par Guffroy aux sans-culottes pour sauver la patrie^. Un grand nombre d'ouvriers, attroupés par des mégères furibondes et par des orateurs apostés, en ont pris connaissance ; nous allons donner un échantillon de cet infâme écrit, que nous avons sous nos mains : « Tous les complices de la Gorday » n'ont f . . . . pas été rossés, non f . . . . , car il faut bien jurer ; ça soulage ; non »f . . • ., les complices de cette guenon n'ont pas tous été rossés comme elle ; ils

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