‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 110 sur 138 · JOURN.AUX · texte numérisé non relu

JOURN.AUX

Courrier 7'épubiicaùi du 30 ventôse : « Paris, 29 ventôse Hier le

Jacobin Lays s'est présenté sur la scène de TOpéra pour jouer le rôle du roi (Thésée) dans l'Opéra d'Œdipe ; il a été couvert de huées et de sifflets. En vain les artistes de ce spectacle ont prié, sollicité pour leur camarade ; en vain la police a-t-elle voulu se mêler de celte affaire : le parterre est resté inexorable, et Lays a été contraint de se retirer aux sons du Réveil du peuple. Ainsi Ton voit que le public ne veut plus de terroristes, môme pour s'amuser. »

1. Voir le décret du 28 ventôse an 111, sur le service de la garde nationale de Paris.

Rapport du 30 ventôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — Les groupes aux environs de la Convention, quoique nombreux, étaient moins agités que les jours précédents; les agitateurs sur les subsistances moins fréquents, et les rassemblements aux portes des boulangers presque dissipés. En général le public parait être moins inquiet d*après le résultat de nos relations extérieures. Une seule femme a été chassée pour avoir dit : « Plutôt que de nous faire mourir de faim, on devrait nous réunir tous dans la plaine des Sablons et faire tirer sur nous à mitraille I »

Cependant la malveillance ne perd aucun instant pour former quelque soulèvement; les affiches incendiaires se multiplient; elle tâche, par toutes sortes de moyens, d'émouvoir les esprits crédules, en traçant avec des caractères de sang toutes les circonstances des calamités auxquelles elle peut avoir la plus grande part. Ce matin Ton fit rapport à la Commission qu'une affiche de ce genre, intitulée : Conseils donnés par Guffroy aux sans-culotles pour sauver la patrie^ était placardée dans toutes les rues^ et notamment dans les marchés et dans les endroits où la population est la plus considérable. A rinstant, la Commission s'est mise en devoir de la faire disparaître; elle en a chargé, par une circulaire, tous les agents de la police. L*on est sur les traces de quelques afficheurs.

A la fin de la séance, on s'entretenait dans les groupes du discours de Le Cointre (de Versailles), concernant la Constitution de 1793*. L'on parait désirer la prompte activité de cette Constitution.

Les jeunes gens du café de Chartres sont venus, selon Thabitude qu'ils ont prise depuis quelques jours, pour dissiper les groupes, et se sont retirés ensuite au lieu ordinaire de leur rassemblement. Par suite de diverses propositions^ ils ont arrêté de se rendre aujourd'hui dans leurs sections respectives, et surtout en masse à l'assemblée générale de la section des Piques, pour y comprimer les Jacobins et les terroristes.

La question s'agita ensuite si l'on souffrirait que Lays parût davantage sur la scène ; plusieurs opinèrent pour l'en empêcher; d'au-

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