‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 113 sur 138 · CCXXXVII · texte numérisé non relu

CCXXXVII

Rapport du 2 germinal.

Esprit public. Groupes et cafés. — Hier les groupes ont été très nombreux et très agités dans les maison et jardin Egalité et National. Les divers mouvements prirent un caractère capable de donner de rinquiétude ; une quantité de citoyens, costumés en ouvriers, s'é talent rendus au Jardin National ; Ton présume qu'ils étaient excités ou avaient parmi eux des individus travestis, dont le dessein était de fomenter le désordre.

Ils commencèrent par tenir des propos contre le gouvernement; des jeunes gens, en ce moment en petit nombre, indignés d*entendre ces propos séditieux, les pérorèrent avec vivacité; alors quelquesuns des ouvriers, composant les groupes, fondirent avec fureur sur les jeunes gens et en jetèrent plusieurs dans un des bassins, en disant de crier Vive la République l Après cette première scène, les groupes se déchaînèrent contre les jeunes gens, qu'ils maltraitèrent, et les apostrophèrent des épithètes de muscadins et de jeunes gens de Fréron. Plusieurs alors arrivèrent pour secourir leurs camarades et s'élancèrent avec impétuosité dans Tun de ses groupes, frappant et attaquant indistinctement. Il se livra entre les deux partis un combat, dont les jeunes gens furent victimes. Plusieurs furent traînés par les cheveux et frappés à coups de canne, et d'autres conduits au corps de garde.

Dans un autre groupe, sur la terrasse des Feuillants, un des ouïe Nous ne donnons que le conmiencement de cette affiche, que la Gazette française du 4 germinal attribue à Châles. Le Courrier républicain dit que c'est par ironie que l'auteur anonyme avait pris le nom de Guffroy.

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vrîers, ou costumés de cette manière, dans la chaleur des propos perfides qui s*y débitaient, déclama hautement contre la Convention, et dit qu'elle n*était composée que de scélérats, et qu*il fallait tirer à mitraille sur la salle. Un jeune homme et un inspecteur se saisirent de ce perturbateur ; mais, n*étant pas en force, ils pensèrent être assassinés. Au bruit de cette catastrophe, les jeunes gens arrivèrent en foule, mais le proclamateur de ces principes contre-révolutionnaires était parvenu à s'échapper. La force armée est cependant arrivée, qui a mis fin à ces mouvements séditieux. L'on a remarqué dans les groupes beaucoup de femmes instigatrices, provoquant les citoyens à la révolte ; plusieurs ont été chassées avec mépris.

Dans quelques groupes, Ton disait que le mode adoptée par les jeunes gens, de retrousser leurs cheveux nattés avec un peigne, semblait un signe de ralliement qui peut devenir nuisible à la chose publique.

Dans le courant de la soirée, les attroupements dans tous les quartiers et la marche précipitée de nombre de citoyens, tant ouvriers que jeunes gens, qui semblaient se menacer mutuellement, firent craindre que les tentatives de la journée n'amenassent une crise sanglante. Tous les marchands s'empressèrent de fermer leurs boutiques; mais les ordres donnés à temps et une force armée respectable ramenèrent bientôt le calme, et la nuit a été parfaitement paisible.

Spectacles. — Au théâtre de la République, un événement tumultueux a obligé le public de se retirer avant la fin du spectacle, par suite des mouvements qu'y occasionnèrent des jeunes gens sous le titre de qualification {sic) de terroriste et de Jacobin ; ils voulurent que Gaillard et Dugazon parussent sur la scène; mais, comme on vint dire qu'ils n'y étaient pas, plusieurs s'élancèrent sur le théâtre, pour faire perquisition. Alors une quantité de jeunes gens forcèrent l'entrée du spectacle, se répandirent dans la salle, et demandèrent que ces deux artistes ne parussent plus sur aucun théâtre, mais qu'ils parussent à l'instant pour leur signifier l'ordre du peuple. On a annoncé alors qu'ils étaient à leur section. L'on nomma à l'instant une députation pour aller instruire la section de la moralité de ces citoyens. Le spectacle a fini au milieu de ce bruit.

Tous les autres théâtres ont été tranquilles.

[Commerce, — Rassemblements aux portes des boulangers el des bouchers. Sauf à la place des Piques, la distribution s'est faite tranquillement.]

Surveillance. — D'après divers rapports, il parait que beaucoup de citovens crient avec affectation : Vive la Convention nationale I et ne crient point : Vive la République! et que le refus de le faire a été la

cause que trois ou quatre ont été jetés dans un bassin au Jardin National des Tuileries.

Suivant Desseulle, officier de paix, plusieurs des personnes qui formaient un groupe à la porte Martin, sur les dix heures du soir, s'invitaient à aller au faubourg; d^ autres, plus sages, ont dit: « Retirons-nous; il est prudent que tous les honnêtes citoyens se retirent chez eux. » Le groupe s'est dissipé.

Selon Sadous et autres, les amis de Tordre et de la tranquillité voient avec peine que les jeunes gens taxent indistinctement de Jacobins ceux qui diffèrent d'opinion avec eux ; ils disent que la manière dont ces jeunes gens s'arrangent, en retroussant leurs cheveux nattés avec un peigne, ressemble fort à un signe de ralliement, qui peut devenir nuisible à la chose publique.

D'après le rapport de Jeanson et autres, de leur surveillance, dans différents quartiers plusieurs personnes se sont plaintes d'avoir été volées de leur poKefeuille, d'autres de leur mouchoir dans le Jardin National, lorsque les jeunes gens y ont afflué, ce qui prouve que, parmi ces jeunes gens, il se glisse des filoux, qui profitent de la foule*

Suivant le rapport de Boyer et autres, de la surveillance d'hier, il parait que le public commence à se lasser de la conduite des jeunes gens dans le Jardin National ; il lui semble que c'est une manière de provoquer le peuple ; il s'étonne que le gouvernement paraisse approuver ces jeunes gens; il ajoute. « Lorsque ces factieux (c'est ainsi qu'il les désigne) sont arrêtés et conduits au Comité de sâreté générale, ils entrent par une porte et sortent par l'autre, tandis que, lorsque un patriote y est conduit par eux, on le retient pour mettre la terreur à l'ordre du jour ......

Faits divers. — Suivant le rapport de Dubois, des jeunes gens sont entrés dans un café de la rue faubourg Antoine, à dix heures et demie du soir; la conversation s'est entamée sur la députation du jour à la Convention * ; trois de ces jeunes gens ont avancé que les bons citoyens étaient induits en erreur; les citoyens qui se sont trouvés dans le café ont répondu fermement qu'on n'était pas là au Jardin Royal, et ils ont mis les jeunes gens dans le cas de se retirer.

Lefèvre, inspecteur, rapporte que, ce matin, il circulait dans le Jardin National une. patrouille composée de cinquante personnes vêtues de différents uniformes, tous officiers de différents corps, tant

i. Dans la séance de la Convention du 1*' germinal an III, une députation des sections des Quinze-Vingts et de Montreuil était venue demander la mise en activité de la Constitution de 1793. Voirie Moniteur, réimpression, t. XXIV, p. 29-30.

infanterie que cavalerie, laquelle s'est dispersée, après avoir parcouru le jardin.

Bocquet, inspecteur, rapporte que des individus, au nombre d'environ trois cents, se sont portés au café Chrétien, en disant qu'il fallait chercher les Jacobins et leur couper les reins ; d'autres disaient qu'il fallait les poignarder ; ils ont regardé les citoyens sous le nez^ ont brûlé le Journal des hommes libres. Il paraît qu'ils ont vexé la sœur d'un limonadier, qu'ils ont mis le sabre nu à la main, ont monté sur les tables, proposé de briser les glaces. Un particulier leur a représenté qu'il fallait respecter les propriétés ; ils se sont retirés pour aller au café des Bains-Chinois, d'où ils se sont rendus au Jardin- Égalité.

Au Marché-Neuf, des malveillants ont engagé les femmes qui attendaient à la porte d'un boulanger à ôter leurs cocardes^ en leur disant : « Citoyennes, si vous ne voulez pas passer pour Jacobines et être insultées, 6tez vos cocardes. » Plusieurs de ces citoyennes ont été entendues, mais ne peuvent désigner les individus qui leur avaient tenu ces propos ; on est à la recherche.

Valquier rapporte que, ce matin, plusieurs jeunes gens ont jeté l'alarme dans la section de Bondy, vers la Porte-Martin ; ils se sont saisis d'un vieillard, en disant qu'il était Jacobin^ et voulaient le conduire au Jardin-Égalité ; mais en chemin, ce citoyen criant : A l'assassin/ fut débarrassé par les citoyens de garde aux Petits-Pères.

Pigache rapporte qu'il s'est transporté aujourd'hui, vers les midi, au faubourg Jacques, où il a appris que les ouvriers se rendraient à cinq heures, avec les citoyens du faubourg Marcel, à la Convention

Bëurlier, Hornin le jeune

Journaux.

Républicain français du 3 germinal : a Du 2 germinal. Tandis que les jeunes patriotes, réunis en armes, parcouraient les rues de Paris, en chassant devant eux les hordes sanguinaires des Jacobins, quelques héros de coulisse se sont répandus dans les théâtres pour y exciter du trouble. A celui de la République, ils ont interrompu la pièce et demandé que Talma fût chassé comme terroriste. Ils voulaient que le directeur Gaillard leur en fit la promesse ; et ce Gaillard, qu'on traitait si favorablement, a servi de caution à Hébert huit jours avant son supplice. Dans les premiers mouvements de Tindignation publique contre ceux des satellites de nos derniers tyrans qui osaient encore affronter les regards sur la scène, Talma a été couvert des applaudisse-

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ments qu'on devait à une victime résignée. On s'est rappelé ses titres à réchafaud, Tamitié qui Tunissait à des hommes dont la postérité inscrira les noms sur la colonne de la liberté, à Vergniaud, à Ducos, à Fonfrède... Il est secrètement accusé, dit-on, d'avoir provoqué l'arrestation des comédiens français. C'est à Larivc, à Fleury, à Contât, d'écarter une pareille inculpation ; un artiste d'un talent aussi distingué que Talma, ne doit point avoir besoin de se défendre d'une bassesse. » — Gazette française du 5 germinal : « Pans, le 4 germinaL Dans la journée du primidi, on a rencontré beaucoup de gens ivres dans les rues ; c'est une marque à laquelle on peut reconnaître les projets des séditieux. Toutes les fois qu'il est question d'agiter le peuple pour faire triompher une faction, on voit Vivresse bachique se mettre de la partie : ces hommes noyés dans le vin, qui tombent au coin des bornes à la fin d'une journée révolutionnaire, sont comme ces insectes qui tombent des nuages dans une journée orageuse. »

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