Louis XVII
681 RÉACTION THERMIDORIENNE [24 avril 1795]
murmures. Le bon ordre a régné dans les halles et marchés ; ils étaient très bien approvisionnés. Les ports sont couverts de vin; malgré cette abondance ; on le vend 800 livres le muid.
Bois, — Dans différents ports et chantiers la livraison s^est faite avec ordre.
Surveillance. — Cinquante et un prisonniers se sont évadés de Bicétre en désarmant les factionnaires et se servant de leurs armes contre eux. Trente-quatre de ces fugitifs ont été arrêtés dans les communes circonvoisines ; un a été tué d'un coup de feu ; on est à
a poursuite des autres
Barbarin, Duchauffour.
(Arch. nat., F « « III, Seine, 16.)
Rapport du 6 floréal.
Esprit publie. Groupes. «— Les groupes dans différents lieux publics et ]es rassemblements aux portes des boulangers ont été très considérables et très agités. La petite quantité de pain revenant à chaque citoyen et la privation entière des subsistances promises en remplacement y portent le peuple au désespoir. Les promesses qui lui sont faites de la cessation de la disette, au moyen des arrivages dans les ports, ne le tranquillisent plus. Il paraît douter de tout, ne voyant pas s'effectuer ce que ses besoins Tobligent à demander.
Le tableau de la misère publique est effrayant, et, loin de porter dans les médiocres distributions le caractère de douceur et d'encouragement dont tout bon citoyen doit être pénétré pour contenir les esprits, quelques commissaires, chargés par leurs concitoyens de cette distribution, pénible à la vérité, semblent insulter à la misère publique par les sarcasmes qu'ils débitent en remplissant cette fonction ; notamment hier, rue des Boucheries - Honoré , un commissaire & la distribution du pain eut Timprudence de dire aux femmes qui attendaient leur modique portion de pain, et qui se plaignaient de leur triste situation, que, si elles n'en trouvaient pas assez d'un quarteron (en leur montrant ironiquement un menuisier en face de ladite boutique), elles n'avaient qu'à manger des planches. Ce propos insultant a pensé causer les suites les plus funestes, s'il ne fût rentré
VïX^ir-
à rinslant, et si des citoyens paisibles^ ainsi que des inspecteurs qui se trouvèrent dans le moment, n'eussent ramené le calme en invitant les citoyens à ne pas se faire justice eux-mêmes. Après la distribution, ce commissaire a été conduit au Comité de sûreté générale.
Pour aigrir les esprits et propager le trouble, des malveillants avaient fait circuler hier le bruit perfide que, dans différentes sections, on avait proclamé une invitation aux citoyens qui auraient de vieilles croûtes de pain de les aller déposer au Comité civil de leur section pour le soulagement des indigents.
Cafés. — Dans quelques cafés, on s'entretenait avec satisfaction du rapport fait à la Convention, de la paix conclue avec les Chouans *. On la regarde comme le présage heureux d'une paix bientôt générale.
Spectacles. — Les spectacles ne présentent aucun fait particulier contre la tranquillité.
Pain. — ...Bernard rapporte qu'un nommé Gallapain, boulanger rue Denis, au coin de celle Perrin-Gasselin, a eu l'audace de se flatter d'avoir c. . dans son pain ; il ajoute que les commissaires distributeurs ont vérifié plusieurs, dans lesquels ils ont, dit-on, trouvé de la m Ce boulanger ainsi que son garçon sont arrêtés • Le commissaire a écrit au commissaire de police pour connaître la suite de cette affaire.
A la porte du citoyen Lavaut, boulanger, rue Martin, vis-à-vis celle aux Ours, Launay a vu une afliche portant ces mots : « J'ai reçu un petit sac de farine de 217 livres ; j'ai mil sept cent cinquante bouches ; la distribution se fera à onze heures. »
[Surveillance. — Arrestation de deux personnes ayant crié : Vive Louis XVII l]
Fauconnier, Champenois.
(Arch. nat., F*« III, Seine, 16.)
Journaux.
Courrier républicain du 7 floréal : <( Du 6 floréal. Il y a eu hier soi r, dans plusieurs quartiers de Paris, une légère fermentation occasionnée par un e cause assez singulière. Des hommes envoyés, on ne sait trop par qui, on ne peut pas croire que ce soit par une autorité raisonnable, ont fait inviter, au
1. Dans la séance de la Convention du 5 floréal, Lesage, au nom du Comité de salut public, avait donné lecture d'une lettre des représentants en mission, datée de Rennes le 1" floréal, et annonçant que la « pacification » venait d*ètre signée avec les chefs des Chouans, « qui ont souscrit leur déclaration solennelle de se soumettre aux lois de la République une et indivisible, et de ne jamais porter les armes contre elle ». (Moniteur^ réimpression, t. XXIV, p. 288).
[25 AVRIL 179b]
son de la caisse, les bons citoyens à déposer leurs croûtes, ou ce qu*ils pourraient avoir de surabondant en pain, pour les subsistances des pauvres de THôtel-Dieu. « Après nous avoir réduits à un état qui n'est guère loin de la 3» famine, prétend-on encore, disait-on, ajouter la dérision à la misère qui nous » dévore? On nous demande des croûtes, et on nous délivre à peine un quarteron » de pain, et même une quantité considérable de citoyens n'en reçoit point du y> tout; avec quoi peut-on penser que nous ferions des croûtes?» La demande des croûtes n'est pas une des moins curieuses de toutes celles qu'on a faites pendant le cours de la Révolution ; nous ne pouvons nous empêcher de croire que ce ne soit encore là quelque tour de Jacobin, pour exciter l'indignation publique, et amener un bouleversement général, et plonger la France dans un chaos qni l'engloutirait tout entière, et établirait sur les ruines de Paris, sur celles de la France, la suprématie de l'Angleterre et de Londres, qui, malgré le génie de Pitt, doivent finir bientôt. » — Sur cette affaire des « croûtes », voir aussi les Annales patriotiques du 8 floréal, p. 618.
ccLxxni
Rapport du 7 floréal.
Esprit public. Groupes. — Il résulte des différents rapports sur la journée d'hier que les groupes dans les places, rues et endroits publics, ainsi que les rassemblements aux portes des boulangers, ont été aussi nombreux que tumultueux et fort agités ; les femmes surtout paraissaient y jouer le rôle principal ; elles narguaient les hommes, les traitaient de lâches et paraissaient ne pas vouloir se contenter de la portion qui leur était offerte. Un grand nombre d'entre elles voulaient se porter à Tinsurrection ; la plupart même semblaient décidées à attaquer les autorités constituées, et notamment les Comités de gouvernement, ce qui aurait eu lieu sans la prudence et la fermeté de la force armée ; il est aisé de se convaincre de ce qui vient d'être dit en jetant un œil attentif et impartial sur plusieurs rapports qui en font foi.
1* Sur celui signé Marceau, qui rapporte avoir entendu dire : « Gela fera une guerre civile; on ne demande que cela; est-il possible aussi de vivre avec deux onces de pain? N'est-ce pas un fait exprès? » Il ajoute que dans d'autres rassemblements on disait : « La Convention devrait bien mettre ordre à tout cela; il est bien temps »> disaient-ils tous. Il se résume par dire que les esprits étaient dan« gereusement échauffés.
2^ Sur celui signé Bouillon, dont Toici les expressions littérales : « Hier une multitude de femmes de la section des Piques, après avoir refusé la portion de pain qu'on leur offrait, se sont portées au Comité de la section et, de là, à la Convention ; elles arrêtaient, sur leur passage, toutes les femmes qu'elles rencontraient, et les forçaient à se joindre à elles. »
3^ Le citoyen Compère, dans son rapport, confirme les assertions ci-dessus et y ajoute des circonstances plus alarmantes.
4^ Le citoyen Dubout termine son rapport par déclarer que « l'on paraissait craindre que les assignats tombassent comme les billets de banque, et que Ton disait que la Convention, à force de misère, voulait nous faire demander un roi ». On disait encore que, si, sous peu de jours, on ne donnait du pain« il y aurait à craindre de grands malheurs ; enfin, la patience du peuple est poussée à bout.
5<» Enfin, le citoyen Henry, dans son rapport, dit absolument la même chose ; il ajoute cependant que le peuple dit que les députés le font exprès, pour qu il demande un roi, mais que la majeure partie ne le veut pas.
Au total, on se plaignait encore beaucoup dans les rassemblements de ce que les pâtissiers trouvent bien de la farine, tandis que les boulangers en manquent. Dans plusieurs sections, les premiers ont été tellement menacés que plusieurs ont fermé leurs portes. On répandait encore le bruit que Tagent national de la Commission des subsistances était en fuite. 11 est important d*observcr que la fureur des femmes ne tendait à rien moins, dans quelques quartiers, qu*à arrêter les voitures de farine ; mais cela n'a eu que peu ou point de suite. Il parait enfin que Tordre prétendu de porter les croûtes aux hôpitaux était aussi faux que ridicule, qu'il n'a pu être que l'effet de la malveillance, et que ce bruit ne peut être attribué qu'aux agitateurs systématiques qui se répandent de quartier en quartier pour tourmenter le peuple et le provoquer au désordre.
On a aussi raisonné, dans quelques groupes, sur le décret rendu hier, qui range le numéraire dans la classe des marchandises et en permet Texportation * ; il était approuvé par les uns et critiqué par les autres.
Cafés. — Dans les cafés de la rue Honoré et Palais-Egalité seulement, plusieurs citoyens assez honnêtes prétendaient que la pénurie des subsistances ne pouvait être attribuée qu'à l'impéritie ou à la
1. Ce décret du 6 floréal an III autorisait en outre la réouTerture des diverses Bourses.
685 RÉACTION THERMIDORIENNE [25 avril 1795]
friponnerie de ceux qui sont à la tète du gouvernement, qui, disaiton, font vendre publiquement du riz, de la cassonnade et autres denrées qui ont été accaparées et achetées à bas prix, et qu'ils revendent au peuple à un prix exorbitant.
Spectacles. — Les spectacles n'ont offert rien qui puisse compromettre la tranquillité publique, sinon quelques légères rixes^ aussitôt apaisées qu'élevées ; le Réveil du peuple a continué d'être demandé, chanté et couvert d'applaudissements, et tout ce qui tend à attaquer et à démasquer les fureurs du terrorisme a été reçu avec enthousiasme.
Commerce. Pain^ viande^ etc. — Les rapports de dix-sept inspecteurs offrent les mêmes résultats que ceux dont nous avons ci-dessus donné extrait; les murmures, suivant ces rapports, vont en augmentant au lieu de diminuer
Surveillance. — ...BeUier rapporte qu'au marché des juments, hier soir, des femmes disaient qu'il fallait aller en masse à la Convention demander un roi, pour avoir du pain ; le même rapporte qu'à neuf heures du soir, près le pont Notre-Dame, il y avait un groupe de deux cents personnes qui tenaient le même langage. Cet inspecteur a été mandé à la Commission pour être réprimandé sur son inertie ou son insouciance de n'avoir pas suivi les particuliers qui tenaient ces propos. Une surveillance particulière est établie
à cet effet
Beurlier, Duret.
Journaux.
Courrier républicain du 9 floréal : « Du 9 floréal. Avant-hier, quelques femmes ayant enlevé et fait porter chez le boulanger de leur section les farines destinées pour un autre, les trois Comités de gouvernement, pour empocher que pareils désordres ne se renouvellent, ont fait venir à Paris un régiment de chasseurs qui était cantonné à Gonesse, pour être à la disposition du Comité militaire. Cette mesure, affichée aujourd'hui dans tous les lieux accoutumés, a fait beaucoup causer. Tout est extrêmement tranquille, au milieu des murmures fugitifs d'un peuple qui ne mange que la moitié de ce qu'il lui faut, mais sent très bien qu'en se portant à des excès, il périrait réellement par la plus cruelle famine. »
Rapport du 8 floréal.
Esprit public. Groupes. — Le résumé des rapports faits par les inspecteurs de police sur la journée d'hier présente des détails peu satisfaisants dans les groupes et dans les rassemblement aux portes des boulangers. La pénurie des subsistances et la médiocre portion de pain offerte aux citoyens excitent les plus grands mécontentements. Les esprits paraissaient vivement agités ; les femmes surtout se répandaient en propos et menaces les plus absurdes ; elles allaient jusqu'à s'écrier qu'il fallait s'opposer à la force armée et même la désarmer. En général tous, tant hommes que femmes, raisonnaient diversement sur les événements présents; les uns attribuaient la disette à l'incurie des Comités de gouvernement ; d^autres, au brigandage des Commissions des subsistances; plusieurs voulaient que tout cela ne fût occasionné que pour forcer le peuple à prendre un parti extrême ; ils fondaient leur opinion sur l'abondance qui règne chez les pâtissiers ; par conséquent, disaient-ils, il ne peut y avoir que les riches qui ne s'aperçoivent pas de la misère par la facilité qu'ils auront & se procurer des subsistances. Les propos sur le rétablisse^ ment de la royauté se sont renouvelés ; il y eut beaucoup de clameurs contre la Convention et les gens fortunés. On se plaignait encore, dans plusieurs endroits, de ce que les environs de Paris sont garnis de troupes. Suivant quelques rapports, des citoyens, sans doute mal intentionnés, se sont répandus dans les groupes et y disaient, avec une sorte d'affectation, que cette précaution était absolument la même que [celle que] le gouvernement monarchique avait prise avant le 14 juillet 1789.
Cafés. — On s'est encore entretenu dans plusieurs groupes^ ainsi que dans les cafés, sur le décret qui permet l'exportation du numéraire et qui le regarde commme marchandise. L'opinion la plus générale à cet égard était que cette mesure parviendrait à discréditer les assignats et à donner aux denrées et marchandises une augmentation rapide et si haute que les citoyens mal aisés ne pourraient plus y atteindre.
L( F quatre officiers de paix, dans leurs rapports sur l'esprit pu-
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blic, présentent à peu près les mêmes faits que ceux exprimés dans les rapports des inspecteurs, mais ils ajoutent un trait isolé, c^est qu'au Jardin-Égalité on a voulu vendre un louis double neuf cents livres. Les bons citoyens et les vrais patriotes ne manquent pas d'employer tous les moyens propres à ramener les esprits égarés par les malveillants. Leurs rapports portent encore qu'hier, vers les trois heures, un homme s'est jeté par la fenêtre d'un cinquième étage, rue de la Petite-Truanderie ; cet homme laisse une femme enceinte. Ce malheureux événement a donné lieu hier à beaucoup de propos relatifs aux circonstances présentes.
Au reste, en se fondant sur Tesprit et même sur la lettre des différents rapports ci-dessus analysés, on peut hardiment se permettre de croire et même déclarer que les malveillants et les factieux dans tous les genres profitent des circonstances et mettent en usage tous les ressorts possibles pour agiter le peuple et entraver la marche du gouvernement.
Spectacles. — Les spectacles, dans la journée d'hier, n'ont présenté aucun fait particulier, sinon au théâtre de l'Ambigu-Gomique ; mais ce n'était, d'après le rapport du citoyen Louis, inspecteur, qu'un bruit excité par trois mal intentionnés qui étaient aux troisièmes loges et qui criaient en bas : « Le Béveil du peuple I du pain! du pain/ » On les a fait sortir aussitôt; le calme s'est rétabli, et le Béveil du peuple a été chanté, ainsi que des couplets contre les Jacobins, qui ont été très applaudis. Le détail ci-dessus est conforme au rapport fourni par le citoyen Clément, officier de paix.
Commerce. Pain. — Il résulte de plusieurs rapports qu'aux portes des boulangers les esprits sont plus échauffés que jamais. Les femmes tiennent les propos les plus incendiaires contre les autorités constituées et disent que les hommes sont des lâches, s'ils ne se montrent pas. Les malveillants se plaisent â dire que, dans trois jours, il n'y aura pas un morceau de pain â Paris. Heureusement que les bons citoyens n'ajoutent pas foi â ces bruits ridicules. Plusieurs boulangers des sections des Thermes, de l'Indivisibilité et de THomme-Armé n'ont pu satisfaire quantité de leurs pratiques, ce qui met la consternation dans les esprits. Dans les sections de Popincourt et du Jardin-des-Plantes on a refusé le quarteron de pain. Environ cent cinquante femmes de la première section se sont réunies pour se transporter â la Convention en forçant les commissaires à marcher â leur tête. L'inspecteur ignore si cette démarche a eu lieu ; il a été requis en ce moment par la section des Droits-de-l'Homme pour empêcher la dilapidation d'une voiture de farine que les femmes
ont arrêtée; elles ont forcé le commissaire à délivrer au citoyen Bourgeois, boulanger, rue des Rosiers, un sac de farine qui n*était pas destiné pour lui. La Commission recherche les délinquants. A cinq heures et demie du matin des femmes ont jeté par leurs fenêtres des trines [sic) sur la force armée. La Commission a écrit au commissaire de police pour savoir si elle [sic] a donné suite à celte affaire.
Pilfer rapporte que, sur la section de TObservatoire, les femmes ont arrêté une voiture de farines et Tout fait distribuer aux boulangers de cette section. La Commission a demandé au commissaire de police de l'informer des suites de cette affaire
Surveillance. — ... Hier, à trois heures de l'après-midi, les femmes de la section de Montreuil se sont portées à la Convention nationale pour y demander du pain ; plusieurs hommes étaient à la tête de cet attroupement, qui, dans le faubourg Antoine s*était grossi des personnes qui étaient aux portes des boulangers, et qu'on avait forcées
de s'y joindre
Barbarin, Fauconnier.
(Arcb. nat., F > ^ III, Seine, 16.)
Rapport du 9 floréal.
Esprit public. — Des rapports des inspecteurs de police sur les événements de la journée d*hier, il résulte : 1** que la pénurie des subsistances occupait et agitait assez vivement les esprits ; ^^ que Ton s*est encore entretenu avec chaleur, dans quelques groupes, sur Texportation du numéraire ; 3° que le séjour des troupes cantonnées dans les environs de Paris a donné lieu à des propos^ les uns vagues, les autres indécents, violents même contre la Convention, très défavorables à la garde nationale parisienne, nuisibles même à son organisation nouvellement décrétée.
Mais si les malveillants cherchent à tirer parti des circonstances, les bons citoyens balancent leurs efforts; différents rapports annoncent que plusieurs d*entre eux s'étaient présentés dans les groupes et avaient ramené les esprits en leur préchant la patience et le respect qu'ils devaient avoir pour la Convention ; ils se sont servi pour y parvenir de la pacification faite avec les Chouans.
689 RÉACTION THERMIDORIENNE [27 avril 1795]
Au surplus, pour ne laisser échapper rien de ce qui peut intéresser le gouvernement dans les circonstances, il parait convenable de faire mention de quelques faits isolés.
Entre autres choses, le citoyen Vannier, inspecteur, dans son rapport dit avoir entendu dire à plusieurs citoyens, qui sortaient de la séance de la Convention, que les législateurs feraient beaucoup mieux de s'occuper de Tobjet des subsistances que de beaucoup d'autres.
Le citoyen Alamiou dit avoir rencontré plusieurs patrouilles et entendu dire à plusieurs citoyens qui les composaient qu'ils ne pouvaient plus tenir au service faute de subsistances, et que, parmi eux, beaucoup n'avaient pas mangé depuis vingt-quatre heures.
Cafés . — Le citoyen Compère rapporte avoir entendu dire dans les cafés de la Régence et du Palais-Egalité que vingt mille hommes de troupes réglées étaient en marche pour Paris, qu'une grande partie même était déjà arrivée pour protéger et défendre la Convention, qui, disait-on, allait encore envahir tous les pouvoirs que les anciens Comités de gouvernement avaient usurpés, avant le 9 thermidor, et comme eux nous replonger dans l'esclavage. Il ajoute que d'autres citoyens disaient que les Parisiens n'avaient pas besoin d'être organisés en garde nationale et d'être revêtus d'un uniforme inutile et dispendieux pour se garder et se défendre, et qu'on saurait bien résister à l'oppression et se venger contre des mandataires infidèles.
Spectacles, — Les spectacles ont été en général assez calmes, si Ton en excepte ce que rapporte le citoyen Vannier qui, après avoir dit que, sur le théâtre de la Montansier, la comédie de Jocrisse, pièce anti-anarchiste, ayant été donnée et applaudie avec transport par un public nombreux, il partit cependant d'une loge, dans un des passages les plus intéressants, un coup de sifQet quf a interrompu la scène un instant, mais il ajoute qu'après les cris unanimes : A bas les Jacobins/ le calme s'est rétabli, et que le Réveil du peuple y a été chanté et très applaudi.
Les quatre officiers de paix de la police, dans leur rapport particulier, disent que les esprits étaient hier plus calmes; ils confirment ce qui a été dît par plusieurs inspecteurs, que des bons citoyens, répandus dans les groupes, avaient exhorté leurs frères à la patience et au calme ; ils ont aussi parlé de la manière alarmante dont le public ] considérait le décret relatif au numéraire, et aussi de l'inquiétude que douait le cantonnement des troupes dans les environs de Paris ; ils ont joint à leur rapport le pamphlet intitulé : Du Pain, dont voici l'analyse :