‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 124 sur 138 · Même séance de la Convention, ibid,^ p · texte numérisé non relu

Même séance de la Convention, ibid,^ p

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le défaut d'ouvrage, et ajoute qu'il serait très dangereux que le public fût instruit de ce départ, qui pourrait encore augmenter la crainte où il est de manquer de pain et occasionner beaucoup de fermentation dans les esprits. La Commission écrit aux commissaires de police des sections pour rappeler que ces garçons sont en réquisition parla loi du 15 floréal an II*. Suivant le rapport de Loctave, un particulier sortait à neuf heures de chez la veuve Monin, boulangère; un citoyen se présente à lui pour savoir s'il n'avait pas de pain dans ses poches (cette boulangère est soupçonnée de vendre furtivement) ; au même instant ce citoyen reçoit un coup de sabre sur la tète. Procès-verbal a été dressé par le commissaire de police de la section, auquel la Commission a demandé compte de la suite de cette affairer

Viande et autres comestibles, — La tranquillité a régné aux portes des bouchers, et la distribution de la viande a été faite légalement.

Les halles et marchés ont été assez bien approvisionnés. Les regrattiers, qui veulent s'emparer de toutes les pommes de terre pour béné** ficier dessus, occasionnent toujours beaucoup de fermentation dans les répartitions de cette denrée

Bois. — Dans différents ports et chantiers, la livraison du bois s'est faite avec beaucoup d'ordre et de tranquillité.

Surveillance* — Suivant Pernet, dans la section de la République, les boulangers excitaient eux-mêmes les femmes à s'obstiner à leurs portes pour avoir du pain, et leur ont dit que celles qui se présenteraient avec de nouvelles cartes n'en auraient pas. Ce fait a été constaté chez le commissaire de police. Le citoyen Valet rapporte que, dans la section des Piques, des femmes disaient qu'il faudrait pendre quelques boulangers et quelques commissaires pour faire peur aux autres, puisqu'il ne s'établissait pas une juste police à leur égard. Un nommé Salomon, juif, prévenu d'avoir émis un faux assignat de 400 livres, a été arrêté par Baude. Marais a entendu dire que la garde nationale parisienne qu'on va organiser n'est autre chose que l'ancienne armée de La Fayette, qui ne sera composée aujourd'hui que des soldats de Fréron, et qu'il ne fallait pas le souffrir. . .

GossET, Beurlier.

(Arch. nat.» F» «III, Seine, 16.)

1. C'est la loi qui mettait en réquisition « tous ceux qui contribuent à la manipulation, aux transport et débit des marchandises de première nécessité*.

677 RÉACTION THERMIDORIENNE [22 avril i795J

Rapport du 4 floréal.

Esprit public. Groupes, — Hier, la fermentation a été plus forte que les jours précédents. Le retard de l'arrivage des farines chez les boulangers a occasionné des rassemblements considérables de femmes, qui se sont propagés pendant la plus grande partie de la journée. Plusieurs de bes femmes, dont le but n'est que de provoquer le désordre, parcouraient les différents rassemblements et excitaient les autres femmes à aller en masse, tant à TAgence des subsistances qu'aux Comités de salut public et de sûreté générale ; elles insinuaient aux autres hautement de refuser la portion de pain qui leur était offerte, comme étant trop modique, et cherchaient à entraîner avec elles celles tranquilles, soit dans leurs boutiques, soit dans leurs ménages, en faisant des propositions de monter dans les maisons pour les forcer de marcher ; elles ont même obligé les commissaires distributeurs d*ôtre à la tête de leurs rassemblements ; les menaces et les propos les plus outrageants ont été entendus dans le cours de leur marche tumultueuse. Plusieurs ont annoncé à leur retour quelques signes de mécontentement.

Mailly rapporte que, dans la section de TUnité, six compagnies furent convoquées pour Tinscription de la nouvelle garde nationale, qu'il ne s'en est pas trouvé un quart, et que^ dans les différents propos qu'il a recueillis, les uns disaient que Ton leur donne du pain, d'autres qu'ils avaient monté leurs gardes depuis la Révolution et qu'ils continueraient leur service comme ils l'avaient fait, d'autres enfin qu'ils n'avaient pas le moyen de dépenser mille livres pour leur uniforme ; rien n'a pu être décidé.

Spectacles. -^ Rien de particulier contre l'ordre et la tranquillité publique.

Commerce. Pain. — Les mêmes plaintes sur l'arrivée tardive des farines, sur la modicité des rations de pain, quoique on en eût promis de plus fortes pour le premier de ce mois, tel est le résultat commun des rapports de vingt-trois inspecteurs.' Le changement des cartes fait aussi bien des mécontents, surtout parmi les ouvriers qui avaient du crédit chez leurs anciens boulangers. Le peuple se désole,

et la pénurie échauffe tellement les esprits qu'elle fait redouter un mouvement dangereux^ par les propos séditieux qu'on entend de toutes parts contre la Convention nationale et les autorités constituées. Le peuple les accuse d'être cause s'il meurt de faim; il dit I aussi que l'on veut la guerre civile, mais qu'elle n'aura pas lieu, attendu qu'il connaît ses ennemis. Tous les bons citoyens souffrent avec patience, dans l'espoir que cette disette ne se fera pas sentir longtemps. Plusieurs boulangers n'ont pu satisfaire toutes leurs pratiques. Il n'est cependant arrivé aucun événement contraire à la tranquillité publique.

Baron rapporte que les femmes ont occasionné un graad désordre à la porte d^un boulanger, rue de Bercy, section des Quinze-Vingts ; elles ont conduit ce boulanger au Comité civil, et ont eu Tinhumanité de traîner sa femme dans le ruisseau. La Commission a écrit au commissaire de police pour connaître la suite de cette affaire.

Viande et autres comestibles. — La tranquillité a régné chez les bouchers, et aucunes plaintes ne sont parvenues à la connaissance des inspecteurs. Les halles et marchés étaient très bien approvisionnés; les légumes augmentent de prix, en raison de ce que le beurre est diminué. Tous les marchés ont été tranquilles.

Bois et charbons. — Dans différents ports et chantiers, la livraison du bois s'est faite avec beaucoup d'ordre ; il est arrivé à l'Ile Louviers trois bateaux de charbon de bois.

Surveillance. — Une femme, marchande de cannes, au coin d'une maison abattue vis-À-vis la police générale, tenant un enfant dans ses bras disait hier, en apercevant le représentant Isnard, qui causait avec un citoyen près d'un traiteur vis-à-vis le Comité de sûreté générale : « Voyez ce scélérat dlsnard; on n'a qu'à lui donner un quarteron de pain pour voir s'il pourra vivre avec ; c'est un fier scélérat. > Copie de ce rapport a été envoyé au Comité de sûreté générale, et mandat d'amener a été décerné contre cette femme

Fait divers. — Dans la section des Arcis, fort agitée hier, plusieurs citoyens ont fermé leurs boutiques dans la crainte du pillage ; cependant, en définitif, le calme s'est rétabli, et il n'est arrivé rien de fâcheux.

Un homme s'est noyé de désespoir de n'avoir pas de nourriture. Ce fait a été constaté par le commissaire de police de la section de la Fontaine-Grenelle. • • • •

Hannocque-Guérin, Barbarin.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 16.)

679 RÉACTION THERMIDORIENNE [23 avril 1795]

Journaux.

Messager du soir du 5 floréal : « Paris. 4 floréal. Il n'y a guère de jours que Paris ne soit le théâtre d'émeutes partielles auxquelles la disette donne lieu. Hier à huit heures du soir, le pain n'était pas encore distribué chez un très grand nombre de boulangers. La pluie, le vent et le mauvais temps ajoutent encore aux souffrances des malheureuses femmes qui, après avoir passé la journée presque entière sur leurs jambes, n'ont pu obtenir qu'un quarteron de pain; encore beaucoup s'en sont-elles passées... » — Même journal, n^ du 8 floréal : « C'est un spectacle bien affligeant que celui qu'offre en ce moment cette immense cité. On ne rencontre dans les rues que des figures pâles et décharnées, sur lesquelles sont peintes la douleur, la fatigue, la faim et la misère. Jamais les maladies ne furent si nombreuses ; on voit à ses côtés des malheureux tomber de faiblesse et d'inanition ; plusieurs personnes sont mortes de besoin. Chaque jour les rations diminuent au lieu d'augmenter ; on trouve, il est vrai, chez certains traiteurs du pain pour les habitués, mais on en donne si peu, et le prix en est si exorbitamment cher, que c'est un bien faible secours. Cependant on remarque dans les places un grand nombre de ces chanteurs en plein vent, qui font profession de galté ; les joueurs de gobelets, les charlatans et les lanternes magiques se multiplient avec plus d'insolence que si jamais le grand Chaumette n'eût fait de réquisitoire pour les proscrire. Les uns disent que ce sont des clubistes qui, ne pouvant vivre qu'aux dépens de leurs dupes, font commerce de leurs eaux et de leurs poudres, comme ils trafiquaient naguère de leur patriotisme ; c'est ainsi que Marat avait plusieurs cordes à son arc. D'autres soutiennent qu'ils sont payés par le gouvernement pour endormir le peuple, parce que qui dorty dîne. Quoi qu'il en soit, chacun se réjouit de ce que les chaleurs ne se font pas encore sentir ; car déjà les flux de sang sont très nombreux, et on pourrait craindre peut-être une épidémie, si la disette de farine était toujours la même. Un autre danger, sur lequel le gouvernement et la police auront sans doute les yeux ouverts, c'est cette multitude innombrable de malheureux chiens que leurs maîtres ont chassés, ne pouvant les nourrir, et dont les squelettes transparents rôdent jour et nuit dans les rues et principalement sur les quais. Il n'est pas douteux qu'aux premières chaleurs la rage pourrait s'emparer d'un grand nombre de ces malheureux animaux, sans refuge et sans pâture, et les plus grands malheurs résulteraient de cette Nouvelle calamité ; il faut la prévenir, car nous avons assez des maux qui nous assiègent. Loin de nous, cependant, l'idée de proposer, comme le général Santerre, de tuer tous les chiens. •• »

Rapport du 5 floréal.

Esprit public. Groupes. — Les groupes hier, dans diflTérents en-

':■ j- ^ Tv^^^??*»%^r^if^'^.!?^r^7I^^^

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^^^ xj,/witfoniLl, étaient moins nom-

t notst^"'^^ ^ep^^'^ de Tambassadear de Suéde

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frai^roe ^ ^ différents traités qu'ils nous condui-

^'^l'/j »*a'^^ "' ,^ de ces ^ lâtttf *' ^^ '^'^naii générale et prochaine, dont les effets

^, mfâilli^^"'^^ j «/.p efl rendant au commerce son activité.

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pain et la cherté exorbitante de

£^^-/>/j/fl'^ ***' ^geontinuent. Les femmes, plus exaltées par

tout^ ^^^ ' rkainenr de ne pouvoir fournir aux besoins de leurs

At crsiat^ e j'* . entraîner à toute la chaleur de leur imagina-

ffiénMges^ " ^gni en propos les plus incendiaires, provoquent

i/tvf ; « ^^ /'/usurrection, et, voyant dans leur moment de fureur

'*^ * . ^5 (jes commerçants garnies de marchandises auxquelles

^ ^^nvent atteindre, elles annoncent hautement la coupable

intenUoD de s'en venger ; plusieurs d'entre elles, aux portes des

boulangers, disent, en traitant les hommes de lâches, que pour avoir

du pain H faut prendre le n** 17 *. La formation d'une nouvelle garde

nationale, d'après le rapport de Bétrémieux, l'un de nos officiers de

paix, fait dire aux ouvriers que la Convention a dessein de les faire

désarmer, mais que cela ne les empêchera pas d'exterminer les

jnarchands et leurs soutiens ; que, depuis le 9 thermidor, les

sans-culottes ont élé sacrifiés à la plus affreuse cupidité.

Spectacles. — Les spectacles ont joui de la plus parfaite tranquillité.

Commerce. Pain, — Les mêmes plaintes sur la modicité des rations de pain et sur l'arrivée tardive des farines se font toujours entendre; les inspecteurs rapportent (au nombre de dix-huit) qu'ils ont entendu dire que la patience était à bout, et qu'on n'y pouvait plus tenir; les esprits néanmoins leur ont paru moins échauffés que ces jours derniers, et les distributions ont été plus tranquilles. Rémy ajoute que les royalistes ont l'audace de dire que, du temps du feu roi, on n*a pas manqué de pain ; que les députés à la Convention nationale, ou quelques-uns d'entre eux, sont les auteurs et instigateurs du malheur public. Le peuple, heureusement, n'écoute pas ces perfides insinuations.

Viande et autres comestibles, — Chez les bouchers et les charcutiers, la distribution de la viande s'est faite légalement et sans

1. C'est dans la séance de la Convention du 4 floréal an III qu'eut lieu cette réception de M. de Staël, ambassadeur de Suéde. Voir le Moniteur ^ réimpression, t. XXIV, p. 293.

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