‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 138 sur 138 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

autres au nommé Duvaudin, qui tient la buvette du Pavillon National au Cours, que les soldats du camp militaire vendaient leur pain 10 et 12 francs la livre.

Yandervelle, sur la section de la République, a surpris une citoyenne, porteuse d'une carte de sept bouches, quoique seule ; elle a été conduite au Comité civil.

Viande, — Dix inspecteurs déclarent qu'il y a toujours quelques bouchers qui ne peuvent pas fournir leurs pratiques, faute d*une quantité suffisante de viande, mais ils ajoutent que les citoyens remis au lendemain sont servis les premiers sans difficulté

Bourse, — Vibert et Drouin déclarent qu'elle ne s'est pas ouverte à cause de la cérémonie funèbre qui a eu lieu hier, mais ils ajoutent que les marchands se sont réunis k la place du Louvre.

Surveillance, — Lecoq, inspecteur, rapporte qu'hier un particulier demeurant rue Chapon, section des Gravilliers, craignant d'avoir été dénoncé à la section, s'est tiré un coup de pistolet. Le commissaire de police s'y est transporté le soir ; on le disait mort.

Meurgat, officier de paix, déclare qu'à onze heures de ce jour, le représentant du peuple Maure s'est brûlé la cervelle; il est mort un instant après. Le commissaire de police de la section des Tuileries a dressé procès-verbal et fait les opérations nécessaires.

DUCHAUFFOUR, HoRNIN.

Rapport du 16 prairial.

Esprit public, — Pendant la journée d*hier, la tranquillité des habitants de Paris n'a été troublée par aucun événement marquant ; cessation absolue de groupes et rassemblements ; reprise des travaux ; aucune invective, sinon des plaintes et gémissements occasionnés par la modique ration de pain et la progression malheureusement trop frappante du prix de toutes choses, dont il sera parlé plus en détail à l'article du commerce.

Telle est l'idée que nous nous sommes faite, d'après les rapports de ce jour, de la position de cette grande cité, dont le calme peut

7» RÉACTION TBGRHIDORIENNB [3 njm IT

être regardé comme parrait ; maïs, s'il est difficile de saisir l'e semble de l'esprit public et d'en faire pour ainsi dire un faisceau, les différences d'opinions et plus encore l'opposition d'intérêts en toutes les classes de la société, un peu agitée dans ce moment-ci ; le mode du gouvernement qui va être donné à la France, nous pi vons néanmoins assurer que la masse des vrais et bons citoyens pure, que son vœu se prononce tous lesjoura pour l'affermissement la République basée sur un gouvernement ferme, juste, protecteur la liberté et de l'égalité, et en même temps conservateur des p' sonnes et des propriétés. Nous pouvons encore sans flatterie met sous les yeuK du gouvernement que le public honnête, en applaud sant sans cesse la Convention, qui vient de sauver la patrie par : mesures énergiques et sages, abjure pour jamais toutes espèces tyrannies sous tels noms que ce soit, et voue à l'exécration préseï et & venir les principes et les actes du terrorisme, dont il espère è entièrement délivré. On disait hier, & cet égard, que le représenti Maure s'était fait justice lui-même; on ajoutait qu'il serait hier souhaiter que tous les cbefs de cette faction scélérate disparaissi absolument de toute terre habitable.

Legrand, inspecteur, rapporte, entre autres choses, que les spéc lateurs et quantité de négociants, ne sachant plus trop À quoi s tenir et craignant les événements, paraissent vouloir conserver lei marchandises et ne plus recevoir d'assignats en échange.

Cafés. -— Sainl-Rémy déclare que, dans le café Valois, il y a vu entendu des citoyens qu'il ne pense pas être bons républicaii qu'un deux, que l'on appelait du nom de citoyen, répondit : Je ne suis pas, et avec ironie : Je n'ai pas cet hotinevr-td. Le même Saï Rémy croit que toutes les personnes qui étaient dans ce café avait été détenues pendant le temps de la tyrannie de Robespierre.

Spectacles. — L'ordre et la tranquillité y ont régné pendant U le temps de la durée du spectacle.

Commerce. Pain. — Vingt-six, tant officiers de paix qu'inspt leurs, disent que de toutes parts l'on réclame la ration d'une den livre ; ils ajoutent qu'& cette époque le public supporterait avec pi de résignation les maux résultant du prix excessif des autres denré et, lorsqu'il verra les législateurs s'occuper plus efficacement de ! besoins, il donnera toute confiance aux vues de la Convention sur mode de gouvernement annoncé

Bourse et agiotage. — Vîbert et Drouin ont remarqué qu'au Pala Egalité on y rencontre toujours des attroupements formés par ! marchands de montres, que l'on se plaignait que plusieurs pet

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coquins volaient leurs pères et mère» pour y trafiquer, qu'on y vend des draps et des étoffes de toutes espèces à la Bourse; Tordre et la tranquillité y régnent.

Surveillance, — Lecoq [dit qu'] hier il y a eu un soulèvement dans la prison des Madelonnettes ; le commissaire de police de la section des Gravitliers s*y est transporté; le calme s^est aussitôt rétabli

Le Roux, RoucHAS jeune.

(Arch. nat., F » c \\\^ Seine, 16.)

Rapport du 17 prairial.

Esprit public. — Le calme le plus parfait a régné pendant la journée d'hier à Paris ; tous les inspecteurs s'accordent parfaitement sur ce point. Il résulte de notre examen de chaque rapport en particulier que le public, en différents quartiers , s'occupe beaucoup de la journée du 25 et des événements qui doivent en résulter; que le prix excessif des denrées commence à paraître très fatigant et bien long. On commence aussi à apercevoir quelques nuances de jalousie de la part des compagnies du centre de la garde nationale contre celles des grenadiers et des chasseurs.

Cultes. — Les officiers de paix et quelques inspecteurs rapportent que beaucoup de boutiques ont été fermées hier à cause de la fête ', et que, dans les oratoires, il ne s'y est rien passé contre les principes du gouvernement ; ils annoncent encore avoir entendu dire à plusieurs personnes, comme par forme de regret: « Où est le temps où l'on voyait des tapisseries et des processions? »

Pour la plus grande instruction du gouvernement, nous allons citer les remarques faites par quelques agents. Bouillon dit que le bruit se répand que les droits d'entrée vont être rétablis, ainsi que les maîtrises; il ajoute que cette dernière mesure était bien vue du public, qui en augurait la destruction de l'agiotage. Mailly annonce que le bruit court aussi, sans cependant être encore répandu, qu'il se prépare un grand mouvement pour le 25 courant.

Cafés. — Saint-Rémy annonce que, dans le café de Valois, où il est resté depuis deux jours très assidûment, il n'y a entendu rien dire

i. La Fête-Dieu.

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767 RÉACTION THERMIDORIENNE [4 juin 4795]

qui 6oit relatif aux Chouans, mais que, pendant le temps qu'il y a passé, témoin de la conversation entre les citoyens, elle avait pour objet la Constitution de 1793, qui paraissait n'être pas de leur goût; il ajoute qu'on y discutait les droits du peuple ainsi que sa conduite; d'où Ton inférait la nécessité, même pour son propre bonheur, de ne lui laisser aucune autorité.

Compère rapporte que, dans les cafés de la Régence et rue Honoré, les citoyens, en s'entrelenant de l'établissement de la Commission militaire, y disaient qu'elle avait été sagement établie pour faire punir promptement les militaires traîtres et assassins, mais qu'aujourd'hui il serait à propos de renvoyer les autres accusés devant les tribunaux ordinaires, où les formes et la connaissance des lois sont mieux connues.

Spectacles, — Aucun événement particulier contre la tranquillité. L'esprit public qui règne dans les spectacles est très bon.

Commerce. Pain, — Vingt-deux inspecteurs rapportent que les plaintes et les murmures que Ton entend encore ne proviennent que de l'inégalité dans la distribution; que des citoyens sont mécontents de ne recevoir qu'un quarteron, tandis qu'il y en a d'autres qui ont six onces.

Lefèvre a vu, à la porte de plusieurs boulangers de la section Le Peletier, un arrêté, signé des membres du Comité civil de ladite section, qui enjoint auxdits boulangers de ne faire payer le pain que trois sols la livre, et le riz un sol l'once ; il ajoute que ceux-ci sont embarrassés pour savoir ce qu'ils doivent exiger pour une once de pain en en donnant cinq.

Viande. — Il résulte des rapports de treize inspecteurs que, dans quelques sections, il ne s'est pas trouvé assez de viande, et que, dans d'autres, il y en avait au delà des besoins ; ils observent que cette inégalité a excité du bruit.

Voisin, passant au marché des Enfants-Rouges, a remarqué une assez grande quantité de personnes à la porte des boucheries, tenant des vases pour recueillir le sang des animaux que l'on y tuait; il ajoute qu'il lui a été répondu, sur la demande par lui faite à pki-

sieurs citoyens, que c'était pour se nourrir

DuRET, Fauconnier.

Messager du soir du 18 prairial : « Paris, le il prairial. Ce n'est pas seulement le dimanche que les catholiques de Paris ferment leurs boutiques; ils

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chôment aussi les jours de fête, et chacun hier était endimanché en Thonneur de la fête du Saint-Sacrement. Toute la journée, les édifices consacrés au culte catholique ont regorgé de pieux fidèles, qui pleuraient de joie au spectacle édifiant des antiques cérémonies de TEglise. Rœderer n'aurait pas pu faire un pas sans se boucher le nez ; car, dans presque toutes les rues, on voyait s'élever la vapeur de Tencens que les chrétiens brûlaient sur leurs autels. . . »

i7 PRAIRIAL AN III (5 JUIN 1795).

Rapport du 18 prairial.

Esprit public. — Suivant le rapport de ce jour, Paris a présenté pendant la journée d*hier, ainsi que les jours précédents, le tableau du calme, sinon réel, au moins le plus apparent.

La soumission des rebelles de Toulon intéresse particulièrement les bons citoyens; les grands événements, ou prétendus tels, de la journée du âS occupent beaucoup les esprits ; chacun en raisonne plus ou moins et en tire des conjectures bien ou mal fondées ; les uns disent : « Nous aurons enfin à cette époque des lois stables et fixes. » D'autres : « L'abondance renaîtra, la vie sera beaucoup moins chère. » Plusieurs pensent encore que Ton proclamera ce jour-là une pacification presque générale. Quelques inquiétudes se sont manifestées hier sur la grande quantité de troupes qui sont à Paris et aux environs ; les bons citoyens regardent cette mesure comme très salutaire, et faite uniquement pour s'opposer à de nouveaux mouvements.

En dernière analyse, si Ton excepte les plaintes et murmures légers que Ton peut encore entendre aux portes des bouchers et dans les chantiers, dont les causes sont expliquées à l'article du commerce, on ne pourrait jamais se figurer que, dans les premiers jours de prairial, les troubles, le désordre et l'esprit de révolte ont été portés au point de menacer la représentation nationale et la société entière d'une anarchie capable d'entraîner avec elle la dissolution entière du gouvernement. De grandes et sages mesures ont été prises pour comprimer les factieux, des exemples sévères en ont imposé à la multitude. Quoi qu'il en soit, nous pensons qu'il n'est pas encore temps de rester dans la sécurité, et, malgré la réticence des inspecteurs, nous sommes en état d'assurer, d'après des renseignements particuliers, que le crime veille toujours, et que les principaux

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terroristes^ tatit ceux qui se sont soustraits aux décrets d'arrestation, que ceux qui ont échappé à la recherche des sections, tiennent encore des conciliabules très secrets hors les murs de Paris, dans les faubourgs et les quartiers les plus retirés de cette grande commune.

Les Comités de gouvernement ont déjà eu les oreilles frappées de ces bruits ; nous allons de nouveau recommander à la surveillance de suivre avec une patience sans relâche les traces de ces horribles complots pour en découvrir les chefs et reconnaître les lieux de rassemblement, sur lesquels nous n'avons malheureusement pas de notions assez précises.

Compère annonce que, vers les deux heures, hier, se trouvant sur la place du Carrousel, il a vu plusieurs personnes rassemblées autour de trois étrangers^ lesquels trouvaient fort mauvais qu'on leur eût refusé Feutrée à la Convention, attendu, disaient-ils, que leur mission pourrait être importante.

Mailly rapporte que les prisonniers des Madelonneltes ont cherché hier, pour la seconde fois, à s'évader, mais que, le concierge s*en étant aperçu à temps, leur tentative a encore été infructueuse.

Cafés. — Saint- Rémy déclare qu'il est resté hier toute la journée au café, de Yalois, où il n'a entendu aucun propos sur les Chouans ou les rebelles de la Vendée.

Spectacles, — Rien de contraire au bon ordre et à la tranquillité publique. Il arrive quelquefois aux actrices de paraître sans cocarde ; mais aussitôt on leur fait remarquer cette inadvertance ; elles s'empressent de la réparer.

Commerce. Pain. — Il ne paraît, par aucun des rapports de vingt inspecteurs^ qu'il se soit fait du bruit ni tenu aucun mauvais propos à la porte des boulangers ; il y a plus : les attroupements sont tellement dissipés que les commissaires se plaignent, à leur tour, de la

lenteur des citoyens à venir prendre leur pain

GossET, Fauconnier.

(Arch. nat., F > « III, Seine, 16.)

Rapport du 19 prairial.

Esprit public, — Suivant les rapports de ce jour, le calme le plus parfait a régné hier dans Paris. Quoi qu'il en soit, nous pensons

ToOT I. 49

LIS 1795] REACTION THEBMIDORIENNE 770

oir rendre compte aux Comil^s de gouvernement d'objels reillis dans des conversations de citoyens dont l'opinion commence t prononcer assez généralement sur les faits qui suivent. In ne peut pas douter que Paris ne soit rempli dans ce moment-ci ne roule d'individus agents de Pîlt; ils sont presque tous Anglais, ir donner le change, ils se rendent en France avec des passeports

les signalent comme citoyens de l'Amérique septentrionale. Pour soustraire aux regards de la police, ils ne logent pas dans des els garnis; ils habitent des appartements dans des maisons partières, sur les sections qui environnent le Palais-National et celui ilité. On assure que ces ennemis éternels de la France s'y enlent et se concertent avec les terroristes, dont ils Tavurisenl les s criminelles par une prorusiun d'argent pour leur donner le ^en d'exciter la multitude, qui devient en quelque sorte la milice doyée de ces scélérats. Ces assertions ne sont que trop prouvées

les derniers mouvements qui ont éulalé, et, malgré que leurs iplots aient élé déjoués dans les premiers jours de prairial, on est vaincu qu'ils ne se rebutent pas, et qu'ils entretiennent tous les rs des intelligences sourdes par le moyen des conciliabules secrets c les principaux chefs de la faction des anarchistes. On ne pçonne pas que leurs projets soient liés avec ceux des royalistes.

vues de ces étrangers sont, dit-on, bien différentes; elles sont irminées par la crainte que les Anglais conservent de la préponance que la France républicaine pourra obtenir. Leur objet est de iriver de toutes ses ressources, en cherchant les moyens de prouer la guerre civile au milieu de nous; leur but, en un mot, est li de notre désorganisation abî^olue, qui deviendrait telle, d'après ressorts qu'ils font jouer, qu'en vingt-quatre heures il se ferait un jvement contre-révolutionnaire si furieux, sur tous les points de lépublique, qu'apri^s le spectacle affreux du meurtre, de l'incendie u pillage, nous serions dans l'impossibilité de nous relever d'une eille catastrophe, dont résulterait nécessairement le déchirement il de notre patrie, dont chaque lambeau deviendrait successiveit la proie des usurpateurs les plus hardis. Ce projet n'est pas très veau, et, à cet égard, on ne peut pas se dissimuler que, depuis commencements de la Révolution, toutes les factions liberticides se sont rapidement succédé les unes aux autres ont été plus ou ns stipendiées par l'or corrupteur de l'Angleterre. es gens sensés qui raisonnent sur tout ceci font une réDexion bien icieusc, à laquelle il semble qu'il n'y a pas de réplique : « Comit est-il possible , disent-ils, que sous des vues criminelles les

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étrangers cherchent à se réunir à Paris ? Cette vaste cité ne peut leur offrir ni intérêts honnêtes, ni agréments ; nous ne connaissons plus de cour, nous n'avons plus de princes ; les sciences ne présentent aucune ressource; les talents sont enfouis; les plaisirs sont nuls; on ne peut y vivre qu'avec la plus grande difficulté. Les denrées, les marchandises, tout ce qui tient au luxe, à la commodité même, sont hors de prix. A chaque instant on y appréhende des mouvements séditieux. Il faut donc, d'après ces considérations, disent-ils, que l'Angleterre ait formé le plus horrible projet d'armer tous les Français les uns contre les autres et, après avoir fait couler le sang à flots, de ne faire de toutes nos cités qu'un monceau de cendres et de ruines. »

La dépense que font ici les Anglais est un moyen de plus pour nous précipiter dans Tablme. En effet, en supposant que, sans préjudice de l'argent qu'ils distribuent à leurs complices, chacun ait un louis à dépenser par jour en numéraire, cette pièce échangée leur produit 400 livres en assignats au cours actuel du brigandage; il leur devient dès lors très facile d'opérer le discrédit total de notre papier, et de porter toutes choses à un si haut prix que les citoyens honnêtes ne peuvent plus y atteindre.

Nota. — Ces réflexions vont être communiquées à la surveillance, afin que, par Tactivité dont cette division est susceptible, elle puisse en tirer tout le parti que les circonstances exigent.

Cafés, — Saint-Rémy rapporte que les habitués du café de Valois ne lui ont pas paru avoir des sentiments très républicains, qu'ils affectent une adulation outrée pour la Convention nationale, et que les expressions du Siècle d'Or les ont fait beaucoup rire*.

Spectacles. — La tranquillité y règne. Au théâtre des Arts, un mouvement très léger y a été apaisé sur-le-champ.

Commerce. Pain, — Vingt-quatre inspecteurs annoncent qu'on se repose avec calme sur l'époque du 26 prairial, dont une des suites heureuses sera, suivant un commun espoir, de faire baisser le prix de toutes choses en coupant la racine de l'agiotage, qui se montre avec moins de pudeur que jamais. On se plaint de ce que le pain se distribue trop tard, en observant que la portion qu'on délivre chaque jour n'est pas assez considérable pour qu'il en puisse rester le lendemain matin.

i. Dans la séance de la Convention du 17 prairial an III, un "des ambassadeurs de la République des Provinces-Unies des Pays-Bas, admis à la séance, avait prédit « une félicité non connue, lorsque chaque génération des Français et des Bataves, fraternisant de nouveau, présentera à l'Europe étonnée le spectacle frappant, mais enchanteur, du siècle d'or, Jusqu'alors fabuleux ». {Moniteur^ réimpression, t. XXIV, p. 628).

Bichet dil qa*il a vu chez une citoyenne nommée Blondeau, rue des Fossés-Bernard, n^ 12 et 19, vendre 12 francs la livre de pain, qui au rapport d'un autre citoyen nommé Dubois, quai Bernard, n^ 32, est fait avec de la farine de marrons et de chenevis; des personnes qui avaient acheté Pont rapporté à cause du mauvais goût qu'elles y trouvaient....

Bois DE LOURY, ALLETZ.

(Arch. nat., F > « III, Seine, 16.)

Journaux.

Courrier républicain du 20 prairial : u Du 19 prairial. Le prix des matières d*or et d*argent, qui avait baissé avant-hier au soir de quelque chose, a repris sa hausse progressive, le lendemain, avec le même désordre. Il parait que la baisse dont nous avons parlé avait été produite par la nouvelle de la prise de Luxembourg, qu*on avait jetée dans le public, mais qui ne s'est point confirmée. » — Gazette française du 20 prairial : « De Paris, le 49 prairial : K La force armée s'est encore portée hier soir au Palais-Royal ; elle a cerné cette maison, où les agioteurs, les escrocs, les agitateurs et les agents des puissances étrangères continuent à se rassembler. Plusieurs d'entre eux ont été arrêtés et conduits en lieu de sûreté. Cette opération a duré jusqu'à une heure et demie du matin. Il n'y a que des circonstances aussi pénibles que celles où nous nous trouvons qui puissent autoriser des mesures aussi violentes. Elles ont été, d'ailleurs, assez inutiles, car le prix des matières d'or et d'argent a encore augmenté aujourd'hui, et ce matin, le louis d'or se vendait 585 livres. » — Joui*nal de Perlet du 19 prairial : « Rien ne prouve mieux l'absurdité des bruits que l'on fait courir sur les prétendus complots qui doivent éclater dans Paris, le 25 de ce mois, que la contradiction qui règne parmi ceux qui en parlent. Suivant les uns, le tumulte doit être de la façon des terroristes; suivant les autres, il sera de la façon des Chouans, qui ont, dit-on, des partisans dans Paris. Les uns affirment que le signal de ralliement est un collet de telle ou telle couleur. Les autres assurent qu'on a essayé des moyens de séduction auprès des troupes qui sont à Paris, et que leur patriotisme et leur attachement à la Convention leur ont fait rejeter avec dédain les offres perfides faites par les anarchistes. De tous les contes dont on nous a bercés, celui-ci est assurément le moins vraisemblable, tant la tranquillité parait grande en ce moment dans Paris. Au reste, puisque les Comités de gouvernement sont avertis, ils seront en mesure contre les malveillants qui oseraient par hasard se montrer. Mais ils sauront aussi se défier du zèle peutêtre intéressé de quelques agents de police qui, dans l'intention de se rendre importants, pourraient bien imaginer des dangers pour se faire honneur d'avoir déjoué de nouveau une des mille et une conspirations dont nous avons déjà été sauvés*.» — Le même journal, n» du 21 prairial, annonce l'apparition du 7c numéro (posthume) du Vieux^ CordeUer, de Camille Desmoulins.

i. Dans son numéro du 18 prairial an III, le même journal avait dit : « Il est difficile de deviner dans quelle intention certaines personnes affectent de répandre qull éclatera encore dans Paris un mouvement le 25 de ce mois. Ce bruit, sans

773 RÉACTION THERMIDORIENNE [7 juin 1795]

•ri

Rapport du 20 prairial.

Esprit public. — Aucun événement n'a troublé hier la tranquillité des habitants de Paris. Nous pouvons, diaprés la plus grande partie des rapports, annoncer qu'on ne voit plus dans cette grande cité ces rassemblements tumultueux, et, à quelques murmures près, qu'on n*y entend plus ces menaces scandaleuses, ces cris séditieux et les clameurs forcenées de ces furies de guillotine.

Presque toutes les boutiques ont été fermées hier, à cause du dimanche ; les promenades ont été très fréquentées ; tout y était pai* sible.

Les esprits sont toujours fort occupés de la journée du 25.

Dubout annonce que le bruit court qu'il est à craindre, s'il y a un coup monté pour le 25, que beaucoup de malheureux, poussés par la nécessité, ne se joignent aux malveillants.

Cafés. — Chatou expose que lés entretiens dans les cafés où il s'est trouvé avaient pour base le détail des nouvelles entreprises des Chouans, que l'on y disait qu'il était bien important de se tenir sur ses gardes contre les intrigants de tous les genres, et que l'on pensait que l'Anglais, notre plus cruel ennemi^ se mettait avec eux.

Saint-Rémy déclare qu'hier au matin, au café de Chartres, on y fulminait contre l'opération du cemement qui a eu lieu avant-hier. L'un disait : « L'arbitraire n'a fait que changer de main. » Un second : a J'ai été retenu jusqu'à deux heures du matin. » Un troisième annonçait qu'il lui était venu dans la tête de demander à la barre de la Convention l'arrestation des membres des Comités de gouvernement qui avaient ordonné une mesure si vcxatoire; il a ajouté que tous ^

ces parleurs qui avaient des épaulettes rouges manifestaient l'intention de ne plus marcher, quand on battrait la générale, puisqu'on avait pour eux aussi peu de considération.

Le même Saint-Rémy dit qu'au café de Valois ce n'était pas la

aucune apparence de fondement, est descendu de la tribune de la Convention, où un membre l*a dit par manière de mouvement oratoire, et pour faire prévaloir son opinion. » Nous n'avons pas retrouvé le discours auquel le Journal de Perlet fait allusion. Nous voyons seulement que, le 19 prairial, Sevestre parla xlam ee sens {Moniteur, réimpression, t. XXIV, p. 643).

même chose, que l'on paraissait y regretter au contraire que l'opération n'eût pas eu plus de succès contre les marchands d* argent, sur lesquels l'opinion publique se prononce tous les jours de plus en plus.

Il résulte du rapport de Compère que les citoyens rassemblés au café de la Régence et vers le Pont-Neuf s'y entretiennent des événements politiques, et que les uns disaient : a Les bruits de paix annoncés depuis longtemps sont reconnus faux; la guerre de la Vendée se rallume plus que jamais. » D'autres prétendaient que les troubles et désordres survenus depuis peu dans Paris, le déficit et l'embarras des finances, ainsi que la disette des subsistances, avaient évidemment éloigné toute proposition de paix.

Spectacles. — Aucun fait contre l'ordre et la tranquillité publique. Au théâtre de la Cité on a donné la pièce ayant pour titre Abraham ou les Anges; au rapport de l'ofïicier de paix Fior, cette pièce, bien loin d'avoir été reçue favorablement, a été huée et sifflée généralement ; elles contenait des équivoques qui ont blessé les oreilles chastes. A ce même théâtre, un particulier ayant été insulté aux quatrièmes loges, le même ofQcier de paix Ta invité de descendre au parterre, ce qu*il a fait ; le calme s'est rétabli sur-le-champ à l'endroit où la querelle avait commencé.

Commerce. Pain. — Vingt-cinq inspecteurs disent que des inquiétudes se manifestent à l'occasion d'un bruit qui se répand que le plan de gouvernement, promis pour le 25 de ce mois, ne sera prêt que pour le 8 messidor. Quoiqu'on soit disposé à Taccueillir avec le plus vif enthousiasme, les besoins et les calamités publiques font regarder ce terme comme bien éloigné.

Viande^ — Vingt inspecteurs rapportent qu'on voit d'un œil soupçonneux les bouchers fermer leurs boutiques pour découper leur viande à huis-clos, au fur à mesure qu'elle leur arrive. — Nota. Cet objet est recommandé à la surveillance.

Sections de la Fraternité et de la Fidélité, des femmes qui occasionnent journellement du trouble sont fortement présumées le faire à dessein, et pour servir quelques factions. Nota. Ces femmes sont indiquées à la surveillance de la Commission.

Bélrémieux annonce qu'un boucher, rue et place de la Liberté, a été surveillé dernièrement par un particulier qui le soupçonne de vendre à son profit la viande de l'administration. Après la distribution, ce particulier vit sortir un homme chargé d'une hotte pleine de viande; il l'arrêta et le conduisit au Comité civil, où le boucher a été appelé et convaincu. Il y a un procès-verbal sur cette affaire; il a

775 RÉACTION THERMIDORIENNE 18 juin 1795J

élé écrit au commissaire de police pour savoir si Tenvoi a été fait au tribunal de police correctionnelle.

Bourse. — Trois inspecteurs disent qu'il y a régné la plus grande tranquillité ; les inscriptions ont été vendues à 25 0/0 de bénéfice.

Drouin a cru remarquer que les agioteurs avaient une contenance moins assurée que ces jours derniers ; mais le prix des marchandises n*a point baissé ; il leur a entendu dire que leurs compagnons arrêtés au Palais-Ëgalité étaient ceux qui n'avaient point de livre timbré.

On applaudit aux mesures que la Convention vient de prendre contre les agioteurs * et Ton s'attend, et Ton paraît môme désirer voir reparaître les maîtrises. . •

Beuruer, Hornin.

(Arch. nat., F > « III, Seine, 16.)

Rapport du 21 prairial.

Esprit public. — Le calme le plus parfait s'est soutenu pendant la journée d'hier ; les inspecteurs de police, dans leurs rapports, ne nous parlent plus de groupes ni de rassemblements ; ils sont réduits à recueillir dans les rues et les promenades, les cafés et autres lieux publics, les conversations dont ils peuvent être eux-mêmes témoins, ou simplement des ouï-dire ; il en résulte que le public paraît être inquiet des motifs du retard apporté par la Convention à la discussion des lois organiques sur le mode de gouvernement qui doit être donne à la France. Ils annoncent aussi que la pénurie des subsistances et la cherté excessive des denrées agitent toujours les têtes, ainsi que le brigandage des Chouans et le renouvellement de leurs mesures hostiles, auxquelles on désirerait beaucoup qu'il fût mis ordre le plus promptement possible.

Cafés, — Saint-Rémy [dit] qu'à Toccasion du décret du 10 de ce mois, relatif à la vente des biens nationaux, dont TefTet est suspendu, les citoyens assemblés aux cafés de Chartres et du Muséum blâmaient généralement et assez haut la Convention de rendre des décrets sans

1. Il s'agit sans doute du décret du 19 prairial an III sur la vente des biens nationaux.

179B] «ÉACTION THEKMIDORIENNE 776

révu les inconvénients qui peuvent en résulter. Ces mêmes i ajoutaient que, la Convention se trouvant obligée le plus soûles rapporter ', cette mesure devenait très nuisible su rétaentde la confiancp.

lère annonce que, dans sept ou huit cafés qu'il a parcourus, intretenait beaucoup du retard de l'organisation de la ConsUle 1793, qui pourrait, disait-on, devenir pour les malveillants reau prétexte de mouvements séditieux. Les uns disaient que titution de 1*793, ouvrage de Robespierre et de ses partisauf, vicieuse qu'il fallait des moments plus calmes et le temps né- ; pour l'examiner et la refondre; d'autres, mal intentionnés, la plus grande défaveur sur la pureté des sentiments de dos ntants les plus vertueux, auxquels ils attribuaient l'intention >Iir la royauté, et que ces bruits, qui se répandaient dans nos ne pouvaient devenir que très préjudiciables. acles. — Tout y a été tranquille. An théâtre des Arts, le du peuple a été chanté avec tout le feu possible par l'acleur on Ggoute qu'il a été pendant plue d'un quart d'heure couvert laudissements les plus vifs.

teree. Pain. — Tous les rapports de vingt-quatre inspecteurs irment dans (sic) la quantité de pain distribuée h chaque indili ne parait pas avoir élé partout la même, sans annoncer contraire à la tranquillité publique. Auvray et Lecordier sont i qui disent avoir entendu quelques murmures au sujet de la ité de la modique portion offerte aux citoyens de leur arronint. Tbion dit encore que dans la section de la Fidélité, où il itribué jusqu'à une demi-livre de pain par bouche, tout le

n'en a pas eu

nllance. — Les circonstances du moment fournissent aux nts et gens sans aveu une occasion dont ils proQtent pour se r d'abondantes aumônes, en feignant de se trouver mat de Ces scènes sont toujours des occasions de murmures contre ernement. Il a été pris des mesures pour réprimer ce nouveau 'intercession, dont les citoyens charitables se trouvent dupes,

la malveillance peut tirer beaucoup de parti

Lb Roux, Cbahpenois.

:ch. nal., F ' ■ III, Seine, 16.)

effet, les décrets des 10, 12 et 13 prairi&l, sur la vente des biens natioreot rapporté! le 19.

777 RÉACTION THERMIDORIENNE [8 juin i795]

Journaux.

Annales palrioliques da 25 prairial : « PariSy le 2i prairial. Décadi dernier, Prieur (de la Marne), échappé de sa maison d'arrêt, s*est rendu, sur les dix heures du soir, au Jardin des Plantes ; il essaya de se brûler la cervelle d'un coup de pistolet : une femme, attirée au bruit du coup, le conduisit chez elle, où il se cacha; cependant cette femme, effrayée des suites que pouvait avoir Thospitalité qu'elle venait de donner au proscrit, l'a dénoncé au Comité civil de la section, qui l'a fait conduire au Comité de salut public *. »

1. Nous n'avons trouvé nulle part la confirmation de cette anecdote sur Prieur (de la Marne).

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