‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 137 sur 138 · H faut évidemment lire avant-hier · texte numérisé non relu

H faut évidemment lire avant-hier

ceux qu'on leur avait fait regarder comme leurs ennemis. Beaucoup d*entre eux portaient encore sur leurs chapeaux écrit avec de la craie : Du pain et la Constitution de 4193 Au surplus, cette journée avait une couleur terrible, et ce n'est pas sans raison ; à sept heures ou environ, des sections des faubourgs voulaient arriver jusqu'à la Convention nationale, et les autres, qui occupaient les premiers postes, étaient décidées à s'y opposer. Aussitôt il s'est fait un mouvement militaire; la cavalerie s'est jetée sur les ailes. Il s'est fait le plus grand silence ; la mèche touchait la lumière du canon et soixante mille hommes peut-être allaient s'égorger les uns les autres sans savoir pourquoi. »

Rapport du 3 prairial.

Esprit public. — Nous désirerions n'avoir à. présenter qu'un tableau satisfaisant ; mais, comme la vérité doit l'emporter sur toute autre considération, que d'ailleurs notre devoir est d'éclairer le gouvernement, nous devons dire, suivant les rapports de ce jour, que les inspecteurs de police, après avoir rendu compte des événements de la journée d'hier, dont les principes et le résultat sont bien connus, annoncent que, toujours sous prétexte de subsistances et du prix excessif de toute chose, les agitateurs entretiennent sans cesse le peuple dans son égarement et cherchent à le pousser aux mesures les plus violentes contre la représentation nationale, dont ces éternels ennemis du bien public, qui soufflent de toutes parts le feu de la discorde, critiquent sans aucun ménagement les opérations et veulent qu'elle soit responsable de tous les malheurs, dont elle seule, disentils, est coupable.

Cafés. — Cette assertion générale se trouve fortement énoncée dans le rapport du citoyen Compère, inspecteur, lequel dit qu'aux Tuileries et dans les cafés environnant la Convention, une multitude de citoyens armés y tenaient les propos les plus séditieux contre la Convention et paraissaient très entêtés à la faire expliquer sans désemparer sur les moyens qu'elle pouvait avoir de sauver la chose publique.

Les agents de la police ont remarqué qu'hier très tard, et ce matin même, il se forme dans plusieurs quartiers des groupes dans lesquels les esprits parciissent très échauffés.

Au surplus, des rapports ultérieurs paraissent démentir ceux qui

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[21 haï 1795]

pourraient inquiéter et annoncent que la majorité des citoyens semble aujourd'hui disposée à la tranquillité et au calme. — Nota. Copie «le ce rapporta été envoyée ce jourd*hui, heure de midi, à la Convention nationale.

Commerce. Pain. — Dix inspecteurs annoncent qu'aux portes des boulangers les esprits étaient moins échauffés; chacun a reçu sans difficulté sa ration, qui était d'un quarteron de pain avec du riz. Dans la section des Gravilliers cependant, on tenait des propos très incendiaires contre la Convention, en disant qu'il fallait couper le col à tous les coquins qui voulaient faire mourir le peuple de faim; la réunion des bons citoyens déjouera les projets des malveillants.

Viande et autres comestibles. — La tranquiUité a régné aux portes des bouchers, et tous les citoyens ont été servis ; les bouchers des sections de Bondy et du Nord se plaignent de la mauvaise qualité de la viande qu'on leur distribue, ce qui leur attire une inBnité de reproches de la part du public; la Commission a écrit aux Comités civils et aux commissaires de police de ces sections pour les inviter à vérifier si ces plaintes sont fondées, à constater les faits, et à rendre compte.

Les halles et marchés ont été assez bien approvisionnés ; les denrées sont hors de prix, ce qui occasionne beaucoup de murmures contre la cupidité des marchands et débitants, qui, dit-on, profitent de la misère publique pour s'enrichir, et qui^ pour la plupart, accaparent les comestibles et denrées de première nécessité pour les vendre au prix qu'ils veulent.

Bois. — La distribution du bois au raccueillage s'est faite avec calme.

' Surveillance. — Le citoyen Dugenne, député du département du Cher, a été arrêté hier sur les six heures du soir, près le Pont-Neuf, par plusieurs citoyens des sections de Montreuil, Quinze-Vingts et Bagnolet. Il a été désarmé d'un sabre et d'une canne à épée, et conduit à la section de Montreuil, ce qui a occasionné un grand rassemblement et tumulte; quand il a été dissipé, le commissaire de police a reconduit le représentant au Comité de sûreté générale.

Hier, à cinq heures du soir, rue Martin, une femme a arrêté le représentant du peuple Bernard (de Seine-et-Marne). Il a été conduit au Comité de la section de Gravilliers ; un capitaine de cette section, qui demeure rue Neuve-Martin, Ta maltraité. Quand le tumulte a été dissipé, le représentant a été reconduit au Comité de sûreté générale.

Fargues, inspecteur, annonce que le représentant du peuple Boursault haranguait hier dans un groupe, rue Helvétius; les auditeurs,

ToMR T. 47

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[22 MAI i795] RÉACTION THERMIDORIENNE 738

peu contents de ses discours, ont couru après lui pour Tarréter, ainsi que deux personnes qui l'accompagnaient. Il s'est dégagé d*enlre leurs mains en se faisant faire place avec son sabre, et est entré au Comité de sûreté générale.

Murât rapporte qu'un nommé Genty, ex-membre du Comité civil de la section du Contrat-Social, a cherché hier à compromettre la chose publique, en engageant, par un faux rapport qu'il leur fit, les canonniers de la section du Finistère à pointer leurs pièces contre celles de la section du Contrat-Social. Il a été arrêté et conduit au Comité de sûreté générale.

Le Roy, Alletz.

(Arch. nat., F ' « III, Seine, 16.)

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Rapport du 4 prairial.

Esprit public, — Les rapports de ce jour, en nous annonçant que dans la journée d'hier il n'y a eu aucun mouvement caractérisé, à la réserve de ce qui s'est passé à la place de Gr^ve, dont il sera fait mention, nous présentent toujourâ la position de Paris comme aussi fâcheuse qu'inquiétante. De fait, la cherté des marchandises, la rareté du pain, sont toujours le prétexte dont la malveillance cherche à tirer parti ; c'est principalement les femmes que Ton agite, lesquelles, à leur tour, faisant passer toute leur frénésie dans l'esprit des hommes, les échauffent par leurs propos séditieux et excitent la plus violente effervescence.

Groupes. — Hier, de toutes parts, et surtout pendant la soirée, les groupes étalent très nombreux, et ils étaient composés d^ouvriers ; l'agitation y était extrême; les murmures éclataient de tous côtés; les menaces étaient terribles contre les marchands, les autorités constituées et la Convention ; l'on y jurait guerre à mort aux jeunes gens, qualifiés de muscadins, et regardés comme les soutiens de la représentation nationale.

Les inspecteurs de police rapportent encore que la classe ouvrière avait paru très satisfaite de ce que l'assassin du représents^nt du peuple Féraud avait été soustrait au supplice. Mais ils observent que cet acte de violence avait fait la phis grande sensation sur Tesprit

1Z% RÉACTION THERMIDORIENNE [22 mai 4795]

des vrais patriotes, les seuls amis de la chose publique, et que la

plupart à cet égard avaient manifesté hautement leurs opinions et ;|

s*élaient écriés : « Nous sommes perdus, si nous souffrons que les lois

soient méprisées et que la Convention continue à rester en proie à la

fureur d^une multitude effrénée; nous devons, ajoutaient ces bons

citoyens, lui faire un rempart de notre corps et la sauver au péril de

notre vie, autant pour le salut public que pour le nôtre et celui de

nos familles. »

Cafés. — Le citoyen Compère dit que, dans les cafés du Palais- Égalité, les citoyens y disaient : // est bien étonnant que quelques députés qui ont été désignés par leur nom ne soient pas arrêtés comme les autres * ; et qu'on ajoutait : Tant que la Convention ne prendra que des mesures partielles^ et qu'elle ne se purgera pas tout à fait de ce qu*elle renferme d*impur dans son sein, elle sera toujours entravée dans sa marche et ne parviendra pas à son véritable but.

Spectacles, — Tout y a été parfaitement tranquille. Au théâtre de l'Ambigu-Comique le Réveil du peuple a été chanté, très applaudi, et on a fait répéter le couplet des représentants. A celui de TOpéra Comique, lorsqu'on est venu annoncer que l'assassin du représentant Féraud avait été enlevé et porté en triomphe dans le faubourg Antoine, tous les spectateurs se sont levés et ont crié : Aux armes l en disant : « Il faut vaincre ou mourir pour venger la Convention. » En effet, la pièce n'a pas été achevée, et tout le monde s'est retiré.

Commerce, Pain. — Vingt-trois inspecteurs rapportent que les esprits paraissent moins agités, vu que la ration du pain a été un peu plus forte que de coutume. Néanmoins on ne cesse de se plaindre,

1. Le 1*' prairial an III, la Convention avait décrété d'arrestation treize de ses membres, à savoir : Duquesnoy, Du Roy, Bourbotte, Prieur (de la Marne), Homme, Soubrany, Goujon, Albitle aîné, Peyssard, Le Carpentier (de la Manche), Borie, Fayau et Rûhl (Procès-verbal, t. LXII, p. 26). Le 2 prairial, elle les décréta d'accusation, ainsi que Ruamps, Thuriot, Cambon, Maribon-Montaut, Duhem, Amar, Choudieu, Châles, Foussedoire, Huguet, L. Bourdon, Granet, Levasseur ^de la Sarthe) et Le Cointre, déjà décrétés d'arrestation dans les séances des 12 et 16 germinal {Ibid.y p. 42, 43). Il y a à remarquer que dans le texte du décret du 2 prairial, tel que le procès-verbal le donne, le nom de Rûhl se trouve remplacé par celui de Pinet aîné. Le 5 prairial. Forestier et Esnûe de la Vallée furent décrétés d'accusation, et la ConvenUon, rapportant le décret par lequel elle avait ordonné de déporter Barére, Billaud-Varenne, CoUot d'IIerbois et Vadier (voir plus haut, p. 630, note 2), décréta que ces quatre représentants seraient traduits devant le tribunal criminel de la Charente Inférieure. Enfin, le même jour, elle traduisit devant le tribunal criminel d'Eure-et-Loir les citoyens Pache, Audouin, Bouchotte, Daubigny, Clémence, Marchand, Héron, Ilassenfratz et Rossignol [Procès-verbal, t. LXII, p. 83, 86, 87).

RÉACTION THERMibOHIENNB

tant de Tinégalité dans la distribution du pain que des autorités constituées, en disant qu*elles ne sont composées que de coquins et de scélérats. L'on dit de plus que les deux, premiers jours de ce mois ne sont qu*un prélude, attendu que Ton est toujours debout. Le peuple demande au moins une demi-livre de pain par bouche, la diminution de toutes les denrées, et que celles qui sont sur terre soient fixées à Tancien prix; que Ton espère, à n*en pas douter, que la Convention prendra des mesures à cet égard. Les inspecteurs ajoutent que plusieurs individus, ennemis du repos public, qui ne cherchent qu*à égarer les bons citoyens par des conseils perfides, ont été arrêtés et traduits devant les autorités constituées. D'autres, amis de Tordre, ne cherchent qu'à engager leurs concitoyens à prendre patience, et à avoir la plus grande confiance dans la représentation nationale, ce qui peut seulement nous ramener l'abondance.

Des gendarmes disent qu'on doit s'étonner qu'il n'y ait pas plus de pain, quoiqu'ils amènent beaucoup de farine; on se plaint de ce que les boulangers ne sont pas servis également en raison des bouches qu'ils avaient à nourrir. On se plaint aussi de ce que les subsis* tances s'accaparent.

Viande et autres comestibles. — Quatorze inspecteurs annoncent que la distribution de la viande s'est faite légalement; aucune plainte n'est parvenue à leur connaissance. Trois autres disent que les halles et marchés étaient assez bien approvisionnés, et que la tranquillité a régné dans ces lieux.

Moyron et Murât annoncent que le peuple est très satisfait du décret que la Convention a rapporté, qui déclarait l'argent et Tor marchandises ^

Bois. — Sept inspecteurs rapportent que .la livraison du bois et des fagots s'est faite dans différents chantiers et ports avec beaucoup d'ordre ; l'Agence des subsistances a mis tout le bois qui est à Plie Louviers, ainsi qu'au raccueillage, en réquisition pour les boulangers, ce qui a occasionné quelques petits murmures de la part des citoyens et garçons cordeurs ; les marchands de bois ont dit qu'ils n'en feraient plus descendre; les charretiers exigent 45 à 50 livres pour le transport d'une voie de bois.

Surveillance. — L'événement d'hier, relativement à l'enlèvement fait du nommé Tinel, pour l'arracher au supplice, auquel il était

i. En effet, dans la séance du 2 prairial an III, la Convention avait « rapporté son dernier décret, qui a déclaré marchandises l'or et l'argent monnayés •, et a ordonné l'exécution des lois antérieures, qui prohibent le commerce des monnaies métalliques ».

741 REACTION THERMIDORIENNE [23 mai 17951

condamné, est connu, ainsi que ses circonstances; il ne sera pas détaillé.

La surveillance sur les faits du jour et des précédents n*a pas permis de s'occuper de la recherche des voleurs

RoucuAS jeune, Beurlier.

(Ârch. nat., F > « III, Seine, 16.)

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Rapport du 5 prairial.

Esprit public. Groupes, — Suivant les rapports faits dans la journée d'hier, tant de bouche que par écrit, d'heure en heure, les groupes, dans tous les quartiers de Paris, ont été très nombreux et fort tumultueux jusqu'à sept heures du soir ; un grand nombre de malveillants s'y étaient mêlés, et toujours sous le prétexte de la rareté du pain et des inquiétudes que faisaient naître les promesses illusoires de la Convention, ils provoquaient les citoyens aux plus vives mesures; les femmes, comme des furies, excitaient les hommes et s'écriaient : « Il faut soutenir nos frères du faubourg Antoine, avoir raison des représentants, et ne faire aucune grâce aux marchands et aux muscadins. »

Cet aspect était vraiment effrayant ; il paraissait devoir entraîner une dissolution entière, ainsi que la destruction des choses et des personnes ; mais, d'après les rapports de ce jour, il parait constant qu'hier entre sept et huit heures du soir, le courage des véritables patriotes qui ont volé au secours de la Convention, autant pour faire respecter la loi que pour seconder la fermeté et l'énergie des représentants^ a conjuré l'orage qui menaçait cette grande cité. En effet, les décrets préparatoires rendus contre les factieux de toute espèce, et notamment contre ceux du faubourg Antoine, de concert avec la contenance ferme et assurée de la troupe de ligne, et l'armée parisienne qui se sont présentées devant les rebelles, les ont forcés de se rendre, ce qui s'est effectué sans verser une goutte de sang.

Au moment où cette heureuse nouvelle s'est répandue dans tous les quartiers de Paris, la gaieté s'est peinte sur toutes les figures ; la sérénité et le calme ont succédé à la terreur ; tous les citoyens parais-

[23 if AI 1795]

Baient comblés de satisfaction, et tous, d*une voix unanime^ faisaient retentir les airs des cris de Vive la République/ Vive la Convention ! A bas pour jamais les hommes féroces! La soirée a même présenté rimage d'une fête; dans quelques endroits on a vu la façade des croisées illuminée. Les inspecteurs ajoutent que, passant dans quelques rues, ils ont entendu dire à des citoyens : « Si Ton nous donne du pain, tout ira bien^ et les agitateurs n'auront plus de prétexte. » Quelques agents de «police rapportent aussi qu'hier, dans plusieurs endroits, on disait qu'il avait été distribué des assignats dans le faubourg Antoine pour fomenter la rébellion.

Un fait particulier, contenu dans le rapport collectif des citoyens Chatou, Leroy jeune et Dufresnoy, nous a paru devoir être inséré dans cette feuille. Ces inspecteurs déclarent que, passant sur le pont Notre-Dame, ils ont vu des canonniers, pris de vin, pérorer dans un groupe, y exciter les femmes à continuer le tumulte, et, après avoir de rage arraché leurs épaulettes, ils s'écrièrent : a On nous a pris nos canons, mais il fera jour demain, et nous verrons ! »

Cafés. — Suivant le rapport du citoyen Compère, dans les cafés de la Régence et du Palais-Ëgalité^ la majorité des citoyens s'y est prononcée pour la Convention.

Spectacles. — Ont été fermés.

Commerce. Pain. — Des inspecteurs annoncent que la distribution du pain s'est faite dans tous les lieux qu'ils ont surveillés, avec la plus grande tranquillité, à raison d'un quarteron par bouche avec du riz. La conversation ne roule que sur les circonstances actuelles ; chacun désire qu'il n'y ait point de sang répandu, et que les coupables soient livrés à la justice. L'on demande de toute part la diminution de toutes les denrées, ainsi que la réunion de tous les bons citoyens, afm de déjouer tous les projets liberticides des factieux.

D'après Dejarrière, le public se plaint de la malversation des commissaires distributeurs chez les boulangers et de la manière dure dont ils parlent à leurs concitoyens ; il ajoute qu'on désire trouver un moyen de supprimer ces tyrans, qui semblent narguer la peine commune.

Lecordier déclare qu'il a appris que le nommé Chabot, boulanger, section des Piques, avait été fouillé et conduit à la section avec 40 livres de pain, 370 livres de farine, deux sacs de biscuits et un de riz ; qu'on avait trouvé dans sa cave quantité de pain moisi, et qu'on l'a mis en prison ; il ajoute qu'avant-hier, dans la rue Mont-Blanc, on a fait donner quatre fournées de pains qui étaient destinés à être vendus 18 livres la livre, avec trois ou quatre sacs de farine, qui ont

été délivrés au public, au prix qu'il a taxé lui-même, sur le pied de 25 sols le litron, et le pain 10 sols la livre.

Viande et autres comestibles, — Huit inspecteurs rapportent que plusieurs bouchers de différentes sections n*on pu satisfaire toutes leurs pratiques ; néanmoins, Tordre n'a point été troublé pendant la distribution.

Cinq inspecteurs disent que les halles et marchés étaient assez bien approvisionnés, que les haricots blancs se sont vendus 15 à 1,600 livres le setier; les rouges, 14 à. 1,500 livres, et les lentilles même prix ; que le peuple ne cesse de se plaindre de la cherté de toutes les denrées ; il dit qu'il aimerait mieux mourir que de souffrir de la sorte. Il est arrivé 613 voitures de différentes denrées.

Nota, — On a recommandé aux inspecteurs de dire à leurs concitoyens que c'est par leur calme qu'ils engageront les citoyens des départements à les approvisionner.

Bois, — La livraison s'en est faite dans différents chantiers et ports avec beaucoup d'ordre.

Pilfer dit qu'hier 4 du mois, sur les huit heures du soir, on a crié aux armes dans Ja section du Finistère, que les femmes provoquèrent les hommes à secourir le faubourg Antoine ; mais que les citoyens ne l'ont pas voulu, attendu que la loi leur défend de battre la générale sans les ordres des autorités supérieures

Beurlieb, Alletz.

(Arch. nat., F*« III, Seine, 16.)

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Journaux.

On ne trouve aucun détail notable, dans les journaux, sur Tesprit public pendant la journée du 4 prairial an III. Ou ils se bornent, comme le Journal de Perlety à rendre compte de la séance de la Convention, ou il donnent, comme la Gazette française du 5 prairial, des récits de l'insurrection très confus, très incomplets, vraiment inutiles à reproduire.

Rapport du 6 prairial.

Esprit public. Groupes. — Suivant les rapports de ce jour, la distribution du pain s'est faite hier paisiblement et avec ordre; le calme

(24 MAI n951 RÉACTION THERMIDORIENNE 744

a régné partout ; les entretiens dans les groupes ne respiraient plus ni menaces ni chaleur^ à quelques murmures près sur Tinégalité dans la répartition du pain et autres objets, qui ont échappé à plusieurs malveillants et à des femmes inconsidérées; mais, pour les bons patriotes, cette journée a paru réunir tous les caractères de Tallégresse. Chacun, en applaudissant aux mesures énergiques prises par la Convention pour extirper jusqu'aux germes de la rébellion , ne tarissait pas sur les éloges que la fermeté juste et sévère des représentants a si bien mérités de la nation entière. La bravoure des troupes, la prudence des chefs ont été pareillement appréciées, et tous les honnêtes citoyens^ en se félicitant d*étre échappés aux horreurs de la guerre civile, se disaient entre eux : « C'est à compter de ce jour seulement que nous pouvons être assurés du respect que Ton aura pour les personnes et les propriétés ; c'est à compter de ce jour que les étrangers et nos ennemis même seront forcés de respecter la République et de reconnaître la loyauté de la nation française; enfin c'est à compter de ce jour que la justice ne sera plus un vain nom, et qu'elle va recouvrer tous ses droits, tant méconnus jusqu^à présent. »

A cet égard, nous devons compte au gouvernement d'une opinion qui circule et se propage dans le public : il faut, dit-on, que la Convention, en suivant la marche qu'elle vient de prescrire aux sections pour qu'elles aient à se purger des mauvais citoyens, n'hésite pas ellemême un seul instant à s'épurer de tous ses membres dont les principes sont cause de tous nos maux.

Les inspecteurs de police rapportent que l'exécution du [décret relatif aux] canonniers' a été approuvée généralement, et que le désarmement s'est opéré assez tranquillement, malgré les plaintes des complices et adhérents des terroristes.

Le citoyen Compère rapporte que l'on disait hier dans les groupes sur le Pont-au-Change, le Pont-Neuf, la rue Honoré et les Halles, que les habitants du faubourg Antoine avaient encore vingt pièces de canon cachées dans des endroits inconnus, dont ils feraient usage en temps et lieu; ce bruit a bien l'air d'être répandu de dessein prémédité, et en mauvaise vue, par des agitateurs.

L'inspecteur Rollin dit qu'à la section du Théâtre*Français on a trouvé à la porte d'un boulanger une affiche conçue en ces termes : La Constitution de 1789 donnerait de bonnes lois et du pain. 0 Peuple l nes'tu pas souverain ?

1. C'est le décret du 4 prairial, qui ordonnait aux habitants du faubourg Saint- Antoine de remettre leurs canons au commandant de la force armée, sous peine d'être privés de toute distribution de subsistances.

745 RÉACTION THERMIDORIENNE [24 mai 179%]

Cafés. — Le citoyen [Compère dit qu'hier dans les cafés de la Régence, rue Honoré, et vers le Pont-Neuf, les bons citoyens s'y entretenaient du désarmement, et disaient que cette mesure devait s'exécuter avec autant d'activité que de rigueur, qn'il devenait même nécessaire de mettre en arrestation lés principaux terroristes et d'employer tous les moyens que le gouvernement peut mettre en usage pour les empêcher de communiquer avec qui que ce soit.

Spectacles. — lis ont été presque tous fermés.

Commerce. Pain. — Dix-sept inspecteurs rapportent que l'inégalité dans la distribution du pain occasionne toujours des murmures contre l'Agence des subsistances. Ils ajoutent que le peuple est satisfait des mesures énergiques que la Convention nationale prend contre les ennemis de la patrie et du repos public, et qu'il espère, à n'en pas douter, qu'elle en prendra aussi envers quantité d'individus agioteurs, qui accaparent secrètement et cachent les denrées de première nécessité pour les vendre à un prix exorbitant, ce qui fait que quantité de pères et mères de famille sont obligés de vendre leurs efiets pour exister. Ils disent que, si cela continue, ils seront réduits à la misère la plus affreuse, et qu'il est urgent que la Convention mette un frein à la voracité de ces sangsues du peuple, qui agiotent sur les subsistances de l'homme et s'enrichissent de la misère publique.

Oury annonce que l'on murmure beaucoup contre le citoyen Lesage, pâtissier, rue de La Harpe, qui cuit une très grande quantité de pain. Il a été écrit au Comité civil de la section de ce pâtissier.

Viande et autres comestibles. — La tranquillité a régné aux portes des bouchers^ attendu que les agitateurs ont disparu. Aucune plainte n'est parvenue à la connaissance des inspecteurs.

Les halles et marchés ont été paisibles ; ils n'étaient pas très bien approvisionnés, attendu le ci-devant dimanche.

Surveillance. — Hier, à six heures et demie du soir, Jean Tinel, celui qui avait été condamné à mort pour avoir promené la tête du représentant Péraud au bout d'une pique, et qui avait été arraché au supplice, a été arrêté rue de Charonne, faubourg Antoine, dans la maison dite le Passage du bois de Boulogne. Il s'y était réfugié chez saillie; il s'était sauvé dans les combles de cette maison. Voyant qu'on venait pour l'arrêter, il a tenté de se couper la gorge avec un morceau de verre, mais il ne s'est qu'égratigné. A l'instant où on allait le saisir, il s'est précipité et est tombé du cinquième étage dans la cour d'une maison voisine ; il ne s'est point tué ; cette chute terrible lui a seulement fracturé la jambe à Tendroit de l'embolture du

[25 MAI 17î«5] REACTION THERMIDORIENNE 746

pied. Il a été de suite conduit à la Conciergerie sans aucune espèce de résistance de la part des habitants du faubourg. . .

Pasté, Fauconnier.

(Arch. nat., F* «III, Seine, 16.)

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Rapport du 7 prairial.

Esprit public. — Les rapports de ce jour présentent la position de Paris, pendant la journée d'hier dans Tétat le plus calme; non seulement le pain n'a pas été refusé, comme ces jours derniers, mais môme la distribution s'en est faite avec beaucoup d'ordre. Les grands coupables ont subi le supplice dû à leurs forfaits sans opposition; les sections rentrent toutes dans leur devoir; la remise des piques n'éprouve aucune difficulté; l'arrestation, l'incarcération des terroristes et autres particuliers suspects se font sans réclamations; personne ne contredit; les hommes regardent, les femmes se taisent; la mesure du licenciement de la gendarmerie tant à pied qu'à cheval a été approuvée généralement.

Si toutes ces mesures de justice et de sévérité, si nécessaires dans des circonstances où la chose publique n'a jamais été en plus grand péril, en Imposent aux agitateurs et autres gens, les uns simplement égarés, les autres partisans outrés du pillage et du désordre, sur la figure desquels on remarque facilement les caractères d'une stupeur très prononcée, elles réjouissent au contraire les vrais républic€Ûns et portent dans leur àme la sérénité la plus parfaite. Les événements présents font la base de tous les entretiens généraux et particuliers; chacun respire librement, s'applaudit et répète : « Que de grâces n'avons-nous pas à rendre à nos représentants I Dirigés par l'esprit d'ordre et de justice, ils compriment les factieux, étouffent la rébellion, et, d'une main hardie, ils brisent et renversent l'idole de la licence pour relever la statue de la Liberté^ qui n'était plus connue que par des abus criminels. » En un mot, la journée du 4 prairial est regardée comme le complément de celle du 9 thermidor, et le ralliement autour de la représentation nationale devient le cri générai de tous les bons citoyeA6.

Le citoyen Compère dit,' dans son rapport, que, sur les places du Pont- Neuf et du Pont-au-Change , ayant vu et entendu quelques femmes qui tenaient de mauvais propos, il les a engagées à se retirer, ce qu'elles ont fait.

Cafés. — Suivant le rapport du même inspecteur, dans les cafés du Palais-Égalité et surtout au Caveau, les citoyens s'entretenaient de nos traités avec les puissances voisines, sur lesquels quelques malveillants cherchaient à faire naitre des doutes.

Spectacles. — Le plus grand ordre y a régné; à quelques théâtres, Je Réveil du peuple^ demandé, a été chanté et couvert d'applaudisser ments, surtout le couplet des représentants, que le public a fait ré* péter aux cris de mille bravos*

Les officiers de paix, dans leur rapport particulier, annoncent que des mères dé famille regrettent d'être privées de leurs maris arrêtés et enferniés conformément à la loi, mais qu'elles se contentent de verser des larmes sans murmurer; ils ajoutent qu'une des causes principales du rassembletnent des citoyens dans les carrefours provient de Taudace des filles de joie, qu'il en résulte souvent des rixes qui troublent l'ordre public et des disputes particulières, dont les suites peuvent devenir très funestes.

Commerce. Pain. — Dix-huit inspecteurs se réunissent à dire que la distribution du pain, qui s'est trouvée être d'un quarteron par bouche, avec plus ou moins de riz, s'est faite avec ordre et tran-r quillité, qu'on n'entend plus, comme ci-devant ni murmures particuliers, ni invectives contre les autorités constituées. Cependant, dans les sections du Théâtre-Français et du Pont-Neuf, on s'est plaint de l'inexécution de l'arrêté du Comité de salut public, en disant que les boulangers n'avaient pas reçu la quantité de farine qui, d'après cet arrêté, aurait dû leur être distribuée. On s'est plaint aussi de voir encore des brioches étalées dans différents endroits; la Commission fait surveiller cette contravention.

Meunier rapporte que, chez un boulanger de la section de Bonne- Nouvelle, des citoyennes ont dit que le commissaire se chargeait de sept à huit cartes à la fois, et se sont plaintes amèrement de cette protection marquée de sa part. Ce boulanger est surveillé.

Chez quelques boulangers de la section de Guillaume-Tell, la distribution, suivant le rapport d'OIlivier, n'a été que de trois onces de pain et de riz à l'ordinaire, dans d'autres arrondissements, elle a été de cinq et même de six onces de pain, et une petite mesure de riz par bouche. Gilbert rapporte que les citoyens désirent que les autorités s'occupent de faire exécuter l'arrêté relatif à l'ailiche à l'égard des

boulangers qui ont du pain de reste. La Commission s'occupe de cet objet.

Viande et autres comestibles. — Dans le pins grand nombre des sections, la distribution de la viande s*est faite légalement et avec calme; dans d'autres, il ne s'en est pas trouvé assez pour toutes les cartes du jour, ce qui a occasionné des propos scandaleux contre le boucher et le commissaire, notamment chez le citoyen Becquet, Montagne-Geneviève; mais Tordre a été bientôt rétabli.

Le marché aux légumes était assez complètement garni ; celui k la viande Tétait peu. Les fromages de Meaux ont été enlevés pour la plupart dès Tarrivage par les regrattiers. Les particuliers se sont récriés sur ces abus, et demandaient qu'il soit fait des lois relatives aux différents carreaux. La Commission s'occupe aussi de cet objet. Il est arrivé 483 voitures de légumes, fromages et marée.

Bois, — La livraison du bois pour les boulangers se continue toujours avec tranquillité à Tîle Louviers. On voit venir grand nombre de trains, tant à la Râpée qu'au port Bernard, et les chantiers se remplissent de ceux déjà arrivés.

Surveillance. — Hier, à quatre heures le désarmement de la division de gendarmerie, dite des tribunaux^ a eu lieu sur la place de la Révolution. Ce corps est licencié.

Tous les citoyens s'empressent d'obéir au décret qui ordonne la remise des piques.

Hier soir, une marchande bijoutière et mercière, qui avait la plus grande prépondérance dans tous les clubs de femmes jacobites, a été arrêtée dans sa maison, rue Basse-du-Rempart, n^ 193; section de la Butte-des-Moulins.

11 a été fait cette nuit une visite générale dans toutes les chambres garnies et chez tous les logeurs du faubourg Antoine

Barbarin, Hornin.

(Arch. nat., F > <= m^ Seine, 16.)

Rapport du 8 prairial.

Esprit public. — La position de Paris dans la journée d'hier a été très calme, si Ton ne veut faire qu'une faible attention à quelques

VUI.I,». '",')" J - '1 l.'^^P^^P^ J.l,«l" .!

749 RÉACTION THERMIDORIENNE [26 mai i795

plaintes et à des légers mécontentements qui^ dans les circonstances où nous nous trouvons, échappent à certains esprits plus inconsidérés que méchants, notamment à cause du prix exorbitant de toutes choses. Si Ton veut encore excepter de la masse générale des bons citoyens ces femmes forcenées, instruments des factieux et de toutes les passions, les agitateurs, dont le désespoir n*est pas équivoque, ces hommes féroces réunis dans cette grande cité, où ils ont été appelés par la faction décemvirale, et tous ces scélérats qui ne trouvent de jouissance que dans le désordre et le pillage, on peut assurer que Tesprit public est très bon, bien disposé, et totalement dévoué à la représentation nationale. Au surplus, d'après les rapports de ce jour, nous pouvons dire avec certitude que la distribution du pain s*est faite avec le plus grand ordre, et qu'il n'y a eu que très peu de rassemblements.

Quelques inspecteurs annoncent que les agioteurs se réunissent encore au Jardin-Ëgalité, y font toujours leur infâme commerce. Us ajoutent que la remise des piques s'opère avec célérité, que la loi concernant les terroristes s'exécute sans contradiction, et enfin que toutes les mesures reçoivent un assentiment général.

Cafés. — Aux propos près de quelques malintentionnés, qui, feignant d'approuver les moyens répressifs qu'emploie la Convention, paraissaient cependant vouloir faire naître des doutes sur la pureté des intentions des Comités du gouvernement, tous les entretiens ont été paisibles dans les cafés (Extrait du rapport du citoyen Compère).

Spectacles. — La tranquillité publique n'y a point été troublée; nous sommes même autorisés à faire part au gouvernement de la joie la plus vraie qui animait tous les spectateurs, surtout en écoutant le Réveil du peuple et le couplet des représentants, qui ont été couverts d'applaudissements universels. Le public faisait chorus.

Commerce. Pain. -— Quatorze inspecteurs rapportent que le calme et la tranquillité se maintiennent dans les distributions ; que, si quelques murmures se font entendre, c'est encore sur l'inexécution de l'arrêté du Comité de salut public qui enjoint aux commissaires d'afficher à la porte du boulanger, dont ils sont chargés de surveiller la distribution, la quantité de farine envoyée audit boulanger et combien il doit en résulter de pains. Suivant le rapport de Loctave, cet arrêté est généralement exécuté dans les sections avoisinant la Convention et le Palais-Égalité. Même réclamation que ci-devant sur les brioches ; il s'en vendait encore hier sept dans une boutique Palais- Ëgalité, Tarcade à droite en entrant par la rue Honoré, a« 129, à l'enseigne de la Mère de famille.

t2C MAI 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 750

Deux inspecteurs rapportent que, depuis plusieurs jours, on se porte en foule à la porte du boulanger, demeurant rue Martin, n** 82, parce que chaque fois il se trouve une vingtaine de personnes sans pain. La Commission a écrit au Comité civil de Tarrondissement pour connaître les causes de ce déficit, et elle fera surveiller ce boulanger.

Viande et autres comestibles. — Dans plusieurs sections, la distribution de la viande s'est faite avec ordre et tranquillité ; dans la section du Panthéon le calme a été troublé, attendu le peu d*ordre qu'il parait y avoir à Tégard (sic) des citoyens qui n*ont pas été servis la veille.

Dans la section de Mutius-Scœvola, Desbourdelles a trouvé aux portes des bouchers de longs rassemblements commencés dès la veille par ceux qui n'avaient pas eu de viande à la précédente distribution. Le Commissaire, à qui il s'est adressé, a dit qu'il s'occupait des moyens de les dissiper à l'avenir.

Marchés. — Suivant le rapport de cinq inspecteurs, le beurre, les ceufs, le fromage et les légumes y abondent sans diminuer de prix ; une laitue romaine un peu fournie se vend 20 sols ; on y voit quelques pommes de terre ; les rouges ont été vendues 34 livres le boisseau. Drouin a appris au Palais-Égalité que les assignats à face ne perdent plus dix pour cent, qu'à la Bourse il se fait toutes sortes de commerce ; il s'y vend des montres ; mais les courtiers paraissent ne pas vouloir le souffrir et chassent ceux qu'ils y surprennent. Le défaut de règlement à la Bourse fait souffrir le commerce.

Bois. — La distribution du bois pour les boulangers se continue toujours à Vue Louviers, quoiqu'il paraisse en arriver de jour en jour. Le bois flotté coûte généralement 160 livres la voie, prise sur la berge.

Surveillance. — Un compagnon paveur, qui, dans les journées des 2 et 3 septembre, avait été employé à charger des cadavres sur des tombereaux, avait eu depuis cette époque une aliénation d'esprit très marquée ; hier, croyant qu'on était à sa poursuite pour l'arrêter, il s'est donné un coup de couteau dans la gorge ; il n'en est pas mort ; le commissaire de police [de la section] du Jardin-des -Plantes, sur laquelle il demeure, rue des Boulangers, l'a fait conduire à riiospice de l'Humanité.

Cette nuit, dans une visite domiciliaire, faite dans le faubourg Antoine, on a frappé à la porte d'une femme prévenue d'avoir tenu des propos incendiaires. Elle demeure rue de Montreuil, au coin de celle des Boulets ; à l'instant de l'ouverture de la porte, son mari,

75i RÉACTION THERMIDORIENNE [27 mai 1795]

gendarme, s'est tiré un coup de pistolet dans la bouche ; il a été porté, vivant encore, à Thospice de THumanité.

L'assemblée générale de la section de la Réunion a arrêté hier qne la quatrième compagnie du bataillon serait désarmée tout entière

DUCHAUFFOUR, Le ROUX.

(Arch. nat., F > « III, Seine, 16.)

Rapport du 9 prairial.

Esprit public. — Point de groupes ni rassemblements, si ce n'est autour des marchands de chansons, opérateurs et autres baladins. Calme parfait aux portes des boulangers, soumission entière aux lois de la Convention, respect des hommes, silence des femmes, haine prononcée contre les terroristes, mais avec sagesse et discussion approfondie de la conduite des gens suspects : telle a été hier la position de cette grande cité, dont les habitants, quoique toujours affligés de la pénurie des subsistances et du prix exorbitant de toutes les denrées et marchandises, qui va toujours croissant, ne murmurent que faiblement.

D'où peut provenir une différence aussi sensible entre cette journée et les troubles des jours précédents, sinon que les maux réels qui pèsent encore sur la société n'étaient que le prétexte employé par les agitateurs et ces hommes encore dégoûtants du sang de leurs frères innocents, pour séduire une multitude égarée et la porter aux plus criminels excès ? La représentation nationale ne peut plus douter aujourd'hui de ces tristes vérités, et la preuve qu'elle en a eue ellemême sous les yeux, dont ses plus fermes soutiens ont été ou failli être les victimes, se trouve fortifiée par la coalition d'une partie du Midi et notamment par le tableau des scènes terribles qui viennent de se passer à Toulon. Le public, de son côté, ne se dissimule pas que le précipice creusé sous ses pas était aussi profond que périlleux. Plein de confiance dans l'énergie de la Convention, il espère tout de la sagesse de ses mesures. Il se flatte même d'être délivré à jamais de cette horde de cannibales, dont les projets ne sont plus équivoques. Ces monstres, au dire du ferme républicain, ne respi-

[27 MAI 1795] RÉACTION THERMmORIENNB 752

raient que carnage et pillage et, dans leurs fureurs délirantes, ils auraient déchiré le plus beau pays de l'Europe, qui bientôt n'eût plus été qu*un monceau de cadavres et un vaste cimetière.

Cafés. — Le citoyen Compère dit que des étrangers qui se trouvaient au café de la Régence paraissaient scandalisés de ce qu'on souffrait des colporteurs vendre et débiter toutes sortes de mauvais écrits et de voir au Jardin-Egalité des femmes y afficher hautement la prostitution.

Spectacles. — Le public y a joui de la plus grande tranquillité. Tout ce qui pouvait être appliqué aux mesures tendant à rétablir Tordre y a été applaudi avec transport

[Subsistances. — Rien de notable.]

Le Roy, Daulot.

(Arch. nat., F > « III, Seine, 16.)

Journaux.

(razette française du 9 prairial : « De Paris, le 8 prairial. Les sections ont terminé hier leurs opérations. On porte à huit et dix mille le nombre des terroristes qui ont été arrêtés. La plupart d'entre eux ont été conduits hier soir au Plessis. On en a aussi renfermé à la Bourbe. On a vu hier soir passer, dans quelques rues de Paris, trois grands chariots escortés de troupes de ligne à cheval, qui contenaient ceux des gendarmes dont l'arrestation a été ordonnée, et qui ont été répartis dans différentes maisons d'arrêt. » — « Le froid très rigoureux pour la saison, qui se fait sentir ici, nous fait craindre pour les fruits, et particulièrement pour les seigles, qui sont actuellement en fleurs. Heureusement, la terre est fort sèche, et c'est ordinairement l'humidité qui rend la gelée dangereuse. C'est sans doute le froid qui, dans ces derniers jours, a nui à l'approvisionnement de Paris. Aujourd'hui les denrées y étaient fort rares et par cela seul elles étaient fort chères. La portion de pain qu'on distribue aujourd'hui suffit, quoique modique, pour nourrir chaque citoyen ; et il paraît que l'on est parvenu à écarter une partie des entraves qui empêchaient que nos provisions n'arrivassent jusqu'ici ; car, depuis trois jours, plusieurs citoyens en ont reçu sans difficulté. » — Messager du soir

du 9 prairial : « Paris, le 8 prairial Il y a maintenant, dans les Tuileries,

une espèce de camp d'environ trois mille hommes de cavalerie, tirés des armées. Des tentes y ont été placées avant-hier. C'est ce qui empêche de pouvoir entrer dans le jardin. . . »

IIIPI 1

793 RÉACTION THERMIDORIENNE [36 mai I79S]

CCGVI

9 PRAIRUL AN Ul (38 HAl 1195).

Rapport du iO prairial.

Eiprit public. Groupe». — Il résulte des rapports de ce jour que nous n'avons qu'un tableau satisraisant & présenter sur la situation de cette grande cité pendant la journée d'hier ; nous sommes même en état d'assurer que le calme est parfaitement rétabli. Dans le fait, il n'y a eu hier que peu ou point de groupes sur les places ; point de mauvais propos, aucune chaleur. Lee ouvriers ont repris leurs travaux, les femmes sont rentrées dans le sein de leur ménage ; elles sont devenues muettes sur les événements politiques. La distribution du pain s'est faite avec la plus grande tranquillité. Ce nouvel ordre des choses ranime les bons esprits et ramène en même temps la consolation dans l'Ame des patriotes, qui ne cessent de bénir la représentation nationale de ses travaux et des bienfaits qu'elle vient de répandre sur la société en la garantissant pour l'avenir de toutes les atteintes contraires aux véritables principes de la justice. En un mot, le public, en applaudissant aux mesures justes que la Convention vient de prendre, se plaît à penser que, si des animosités particulières ont déterminé dans les sections quelques arrestations hasardées, les Comités de gouvernement s'empresseront de faire droit aux réclamalions fondées.

Au surplus, désirant mettre le gouvernement à portée de savoir tout ce qui se dit et se passe, nous pensons devoir l'instruire de quelques particularités qui ont fixé notre attention.

Plusieurs inspecteurs annoncent que le peuple remarque avec surprise et une sorte de mécontentement que les pâtissiers continuent à vendre des gâteaux, brioches et p&tés. On se plaint encore de la dureté des épiciers et traiteurs, qui font payer leurs fournitures et marchandises â un prix auquel il n'est plus possible d'atteindre. On voit aussi avec peine l'obligation o£i sont les malheureux de passer une partie du jour et môme de la nuit aux portes des bouchers. Enfin, on manifeste des inquiétudes sur la rareté du charbon, et spécialement sur ce que les chantiers de bois ne se garnissent pas dans cette saison comme de coutume ; on craint, en conséquence, la disette de cette denrée pour l'hiver, et l'on s'en prend & la cupidité des marchands.

TuHG I. 48

Cafés. — Les entretiens y ont été paisibles. Le citoyen Compère rapporte qu'aux cafés de la Régence et de Foy, des étrangers et des militaires y disaient que la démonétisation des assignats à face avait fait la plus grande sensation dans la Belgique, et que cette mesure avait considérablement contribué au discrédit des assignats républicain^:, qui, depuis cette époque, perdaient singulièrement. Il ajoute que les citoyens qui se trouvaient dans les cafés vers le Pont-Neuf y manifestaient leur surprise de ce que la Convention tardait si longtemps à se purger de quelques-uns de ses membres, connus comme chauds partisans du règne de la terreur.

Spectacles, — Us n'ont présenté aucuns faits contraires à la tranquillité publique ; la Convention y a reçu le juste tribut de la confiance du public par ses applaudissements aux couplets du Réveil du peuple.

Commerce. Pain. — Plusieurs inspecteurs rapportent que si, aux portes des boulangers, on ne voit pas des visages contents, rien d'alarmant ne s'y manifeste pour le repos public, ce qui donne à penser que les agitateurs sont comprimés de manière à n'oser se trahir. Les distributions continuent d'être le plus ordinairement d'un quarteron par bouche et d'une petite mesure de riz

Barbarin, Bois de Loury.

(Arch. nal., F * « III, Seine, 16.J

Rapport du 11 prairial.

Esprit public. — Les rapports de ce jour nous présentent la position de Paris pendant la journée d'hier dans Tétat le plus calme. Au dire des inspecteurs de police, on n'a vu que très peu de groupes, on n'a entendu ni mauvais propos, ni motions ; la distribution du pain s'est faite avec le plus grand ordre; le public, qui a paru content de la qualité, paraissait seulement désirer que la portion fût moins exiguë. On a encore remarqué que grand nombre de citoyens avaient annoncé que, d'ici à la moisson, il parait assuré que, non seulement on ne manquerait pas de cet aliment, mais même qu'on pouvait concevoir Tespérance de voir renaître l'abondance successivement, et à

755 RÉACTION THERMIDORIENNE [29 mai 1795]

cet égarai ils recommandaient à leurs frères la confiance et la pa* tience comme tes moyens les plus efficaces pour y parvenir. La rareté du bois et du charbon donne toujours lieu à quelques inquiétudes. Le rentier et le propriétaire souffrent infiniment dans les cir* constances. Ils gémissent et attendent sans murmurer un sort plus heureux. La classe ouvrière, qui n*est plus excitée aujourd'hui que par le sentiment du besoin, semble ne plus vouloir pénétrer les secrets du gouvernement; elle parait même avoir oublié les principes dangereux des agitateurs, tellement que la discussion des grands intérêts politiques est par elle abandonnée aux habitants des cafés ; mais nous pensons que Topinion de ceux-ci ne peut que très superficiellement influencer l'opinion publique.

En dernière analyse, nous observons que le bon ordre parait abso« lument rétabli et que la confiance du public dans la Convention fait tous les jours de nouveaux progrès. Nous dirons encore que les patriotes purs, en désirant que les principes de justice et de modération puissent se concilier avec les mesures de sévérité, attendent des Comités de gouvernement une continuité de surveillance propre à déjouer sans relâche les projets des scélérats qui ont tenté de plonger une seconde fois la société dans un abime sans fond.

Le citoyen Ancelle rapporte que, dans la rue du faubourg Montmartre, près celle Lazare, section du Mont-Blanc, une femme, désespérée de n'avoir pas de pain à donner à ses enfants, s'est jetée dans un puits.

Cafés. — Le citoyen Compère dit que, dans les cafés du Palaîs- Ëgalité^ de la Régence, de la rue Honoré et dans toutes les sociétés, tant les citoyens que les étrangers qui s'y sont trouvés ont témoigné leur satisfaction sur l'épuration de ses membres, à laquelle la représentation nationale s'est déterminée.

Spectacles, — Les spectacles ont été très tranquilles. De nouveaux couplets, relatifs aux circonstances, y ont été chantés et couverts d'applaudissements. Cette démonstration franche, y disait-on, donne bien la preuve de la reconnaissance de tous les bons citoyens envers les représentants.

Commerce. Pain. — Quinze inspecteurs disent que le peuple paraît consterné, mais tranquille ; les uns répandent que, sous peu de jours, on aura une subsistance plus abondante ; cet espoir fait prendre courage; d'autres, avec l'accent du désespoir, s'écrient : Je n'y puis suf-^ fire ; je vends mes effets pour vivre. Dans les sections Le Peletier et des Piques, où cela se fait entendre, il ne se distribue souvent que deux onces de pain.

[29 MAI 4795] RÉACTION THERMmORIENNE 756

Bocquet a entendu dire aux portes des boulangers que la Convention, qui n*est pas sans être instruite que beaucoup de pauvres journaliers se meurent de besoin, partagera leurs peines et prendra des mesures définitives pour prévenir cette calamité.

Ledieu et Lenfant ont entendu qu'on se plaignait de ce que le pain se donnait trop tard ; la cause en est attribuée aux commissaires de sections, qui ne viennent qu'à onze heures, lorsque le pain serait bon à délivrer dès huit heures du matin. On a écrit aux Comités civils pour les inviter à ce que la distribution du pain n'éprouve aucun retard.

Plantin annonce que, chez les marchands de vins traiteurs, particulièrement ceux du Louvre, le pain s*y vend quinze à seize francs la livre.

Viande et autres comestibles. — Trois inspecteurs disent avoir vu délivrer la viande dans leur arrondissement avec ordre et tranquillité . . .

Marchés. — Cinq inspecteurs ont vu les marchés assez bien approvisionnés; les œufs se vendaient 60 livres le cent; la viande, 8 livres 10 sols ; le veau, 10 livres. 11 y est arrivé 400 voitures tant en légumes, qu'œufs, fromages et marée. . .

Surveillance. — Le désarmement et l'arrestation des mauvais citoyens continuent à se faire dans les sections sans troubles, ni opposition ; comme ces opérations n'étaient pas terminées dans aucune section hier, terme indiqué par le décret, il a été accordé une prorogation de trois jours. . .

GossET, Le Roux.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 16.)

Journaux.

Messager du soir du il prairial : « Pains, le 40 prairial. .. .La cavalerie csl toujours campée aux Tuileries, où Ton n'entre plus sans cartes. Les citoyens de la section de TArscnal sont toujours sous les armes pour garder ce poste important; le gouvernement leur fait distribuer Tétape, comme aux troupes de ligne ; ils reçoivent une livre de pain, une livre de viande et une chopine de vin ...»

757 RÉACTION THËRIIIDORIENNE [30 mai 179rj

cccvin

Rapport du i2 prairial.

Esprit public. — La journée d'hier a offert Timage du calme le plus parfait; les hommes et les femmes ne forment plus de rassemblements ; les discours sont très modérés ; on se contente simplement de se plaindre et gémir sur la pénurie constante de Taliment de première nécessité, ainsi que sur la cherté effrayante et progressive de toutes choses.

La classe ouvrière, quoique fort à plaindre sans doute dans de semblables circonstances, nous paraît Tétre beaucoup moins que celle des rentiers et propriétaires, ceux-ci n ayant pas comme les artisans le moyen de subvenir à leurs besoins par le travail. On a remarqué quelques plaintes sur l'inégalité de la distribution du pain, qui néanmoins a continué de se faire avec ordre. On paraît encore désirer dans plusieurs sections que les mesures concernant le désarmement et les arrestations prennent fin, pour éviter le choc des passions et des vengeances. Telle est l'analyse des rapports de ce jour, d'après lesquels nous nous permettrons d'observer qu'à peine sortis du danger effrayant d'où pouvait résulter une désorganisation totale, la Convention ne doit pas à l'avenir perdre un pouce du terrain qu'elle vient de reprendre, ni se tenir trop sur sa garde pour garantir la société des malheurs qui deviendraient incalculables, si les anarchistes reprenaient le dessus. Nous pensons aussi, d'après le vœu bien prononcé des bons citoyens, dont nous ne sommes ici que l'écho fidèle, que les Comités dé gouvernement doivent constamment employer les mesures de répression les plus actives contre les malfaiteurs, et les moyens de persuasion sur cette partie du peuple ignorant et crédule, pour la prémunir contre les insinuations perfides de ces hommes dangereux, toujours attentifs à irriter les esprits delà multitude, par le sentiment de ses besoins et de tous les maux qu'elle éprouve, qu^eux-mémes avaient préparés parleurs dilapidations.

Cafés, — Il ne s'y est tenu que des entretiens vagues- sur les événements politiques, notamment sur la quantité de troupes de ligne dont on disait que la Convention voulait former sa garde, au défaut des artisans ou ouvriers dispensés du service de la garde nationale.

[3i MAI 1793] REACTION THERMIDORIENNE 758

Spectacles. — Le bon ordre y règne ; on continue d'y applaudir à tout ce qui a trait à la faction des terroristes et aux mesures prises par le gouvernement pour les comprimer. . . .

Fauconnikr, Beurlier.

(Ârch. nat., F ' « III. Seine, 16.)

Journaux.

Républicain français du 11 prairial : « Les troupes que le gouvernement avait fait venir ici pour y seconder le zèle des bons citoyens en sont sorties ce matin pour aller camper dans la plaine des Sablons ; il n'est resté qu'un simple détachement pour la garde de la commune. . • »

12 PRAIRIAL AN IIl (31 MAI 1795).

Rapport du 13 prairial.

Esprit public. — Suivant les rapports de ce jour, les rassemblements pendant la journée d*hier n'ont eu lieu qu'autour des baladins et opérateurs ; dès lors, point de mauvais propos. Les promenades ont été fréquentées, les boutiques presque toutes fermées, sans doute à cause du dimanche; continuité de calme et de tranquillité. En dernière analyse, les inspecteurs, après avoir annoncé que la loi concernant le rétablissement fixe du culte était généralement approuvée, s'accordent tous à dire que Tesprit public est bon et bien disposé.

A notre égard, nous ne doutons pas que la masse des bons citoyens n'ait dans le fond du cœur les meilleures intentions ; nous sommes assurés, d'après nous-mêmes, que pas un n'hésiterait à faire encore de grands sacrifices pour la liberté, et que, généralement, tous sont animés des sentiments les plus purs et les plus reconnaissants envers la Convention, dont ils savent apprécier les travaux et les bienfaits ; mais, d'après ce qui vient de se passer, nous est-il permis d'avoir absolument la même opinion sur ce qu'on appelle la multitude? Ne savons-nous pas que cette classe, ne fixant jamais son attention que sur le moment présent, et aussi peu éclairée qu'imprévoyante, est par sa versalité, comme par son impéri tie, destinée à être le jouet et l'instrument de tous les

759 RÉACTION THERMIDORIENNE [34 mai 1795J

malveillants, qui ne la flattent que pour en abuser et ensuite Topprimer?

En conséquence, ne sommes-nous pas fondés à dire que, cette classe ayant besoin d*être instruite sur ses véritables intérêls, le gouvernement doit lui tracer avec précision et vigueur la véritable ligne de démarcation entre la liberté individuelle, le premier de tous les biens, et la licence, fléau le plus destructeur des choses et des personnes? En un mot, si nous pensons que le vulgaire ne doit pas être molesté, nous sommes néanmoins convaincus qu'il y a un danger infini de le flagorner, et que, semblable à un torrent dévastateur, il doit être en tout temps et en tous lieux retenu dans des bornes fixes, ce qui ne peut se faire que par la main prudente et ferme des Comités de gouvernement, sous l'égide des lois simples, mais puissantes, qui apprennent à Thomme ses devoirs en même temps que ses droits.

Cafés, — Il résulte du rapport du citoyen Compère que, dans les cafés, des citoyens tranquilles et honnêtes y disaient qu^il serait à souhaiter que le Comité de sûreté générale, dans sa sagesse, fit une revision des motifs qui, dans les sections, ont donné lieu aux dernières arrestations, à Tefifet de rendre justice à plusieurs particuliers peut-être opprimés par vengeance et haine personnelles.

Spectacles, — Aucuns faits contre Tordre public. Au spectacle de la rue Feydeau on y a donné la première représentation d'une tragédie ayant pour titre Pison ; plusieurs scènes, où Néron déploie un caractère infâme et sanguinaire, ont excité Tindignation publique. Les spectateurs disaient : « Sans doute Robespierre vit encore, puisque Néron triomphe. » En général, la pièce a été mal reçue.

Commerce, Pain, — Il résulte du rapport de vingt-quatre inspecteurs que, si la tranquillité reçoit encore des atteintes dans quelques endroits, cela provient de ce que les boulangers ne peuvent satisfaire toutes leurs pratiques ; les citoyens privés de leur portion accusent indistinctement de prévarication, et le boulanger, et le commissaire

Bourse, — Cinq inspecteurs rapportent qu'ils n'ont vu vendre ni numéraire, ni papier, mais qu'on commerce toujours sur les montres, les bijoux, les pièces étrangères, et même sur le tabac

BOYS DE LOURY, AlLETZ.

(Arch. nat., F * = III, Seine, 16.)

[1er ijjui 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 760

Journaux.

Messager du soir du ^3 prairial : « Paris ^ le 42 prairial. ...C'est anjourd*hui Tanniversaire du 31 mai ; les grands organisateurs de cette révolte impie, qui sont les mêmes que les Jacobins du !«' prairial, ne parlent nullement de célébrer cette fête ; ils triomphaient, il y a un an ; ils habitent aujourd'hui les mêmes prisons qu'ils encombraient de leurs victimes. .. » — Républicain français du 15 prairial : » . . .Le 12 prairial, anniversaire du 31 mai, les députés victimes de cette désastreuse journée se sont réunis, dans un repas fraternel, à ceux qui, depuis le 9 thermidor, ont déployé tant d'énergie contre les brigands et les assassins. Entre autres toasts, on a porté celui-ci : A Id CotistitiUion prochaine du peuple français ! Puisse-t-elle être également éloignée du royalisme et de la sans-culotterie ! » — Gazette française du 14 prairial : « De Paris^ le 43 prairial. M. Rœdcrer a mal défendu son décadi * : le dimanche Ta enterré hier ; toutes les boutiques étaient fermées, el Ton se dispose à ouvrir, jeudi prochain, jour de la Fête-Dieu, celles des églises que la loi réserve aux communes. Dans plusieurs ateliers, les ouvriers ont demandé à recevoir leur traitement de semaine le samedi soir au lieu de la veille de la décade, comme cela s'est pratiqué depuis quinze à dix-huit mois. Fasse le ciel que la France voie ainsi disparaître toutes les institutions jacobitesl » — « La tranquillité la plus profonde règne actuellement ici. La ration du pain a été progressivement augmentée, à mesure que les approvisionnements sont arrivés. Aujourd'hui, la portion de chaque citoyen a été communément de six onces. »

Rapport du 14 prairial.

Esprit public. — Suivant les rapports de ce jour, on a entendu hier quelques plaintes occasionnées par la pénurie des subsistances et le prix des denrées ; il en sera parlé plus en détail à Tarticle du commerce ; mais ces motions incendiaires, ces clameurs forcenées, ces menaces atroces n'existent plus; les groupes ont disparu ; les travaux repris; le calme et la tranquillité régnent; tout est rentré dans Tordre. Un changement si notoire, joint aux mesures que le gouvernement prend à tous les instants pour procurer à la République une paix solide et glorieuse, donner au peuple un gouvernement stable, ramener Tabondance, remonter le crédit des assignats et faire très

1. Rodderer, dans le Journal de Paris^ avait écrit en faveur de la célébration du décadi.

761 RÉACTION THERMIDORIENNE [!•' juin 1795]

incessamment disparaître les causes du renchérissement horrible de toutes les marchandises, ne peuvent que nous promettre un état heureux; en même temps elles justifient pleinement la vérité des observations contenues dans une de nos feuilles précédentes.

Nous y disions que les citoyens ne cessaient de bénir la Convention de l'énergie qu'elle a déployée pour faire triompher les principes de la justice et comprimer les anarchistes; nous ajouterons aujourd'hui que la multitude égarée par ces derniers, dont ils se servaient comme d'un instrument propre à faire réussir leurs projets criminels, est sans doute la classe de toute la Société qui doit avoir la plus grande obligation à nos vertueux représentants ; c'est uniquement par eux qu'elle a été sauvée de Tabime affreux où elle allait tomber. Mais, dans les jours de désordre, l'aveuglement dont elle était frappée ne leur permettait pas de voir tous les malheurs qui la menaçaient. En effet, ne s'attachant qu'au mal présent dont elle croyait se délivrer par la révolte, l'avenir lui échappait. Ramenée à la vérité, elle voit à présent que son triomphe aurait été pour elle la source de tous les fléaux ; elle ne se dissimule pas qu'à la confusion, à la cessation de toute autorité légale, aurait succédé une guerre intestine^ et que, par l'effet de la désorganisation totale, chacun se serait, par violence, emparé des biens et propriétés de son voisin, et que la force eût décidé de tout. D'après ce tableau, on peut juger si la Convention n'a pas encore une fois sauvé la nation entière.

Cultes, — n résulte des rapports qui nous sont parvenus que, dans les oratoires desservis par les ministres réfractaires et les prêtres sermentés, tout s'y est passé avec ordre, et qu'on n'y a professé aucune maxime contraire aux principes du gouvernement. Au surplus, la lettre officielle que nous avons adressée hier au Comité de sûreté générale contient à cet égard des renseignements très détaillés; ce que nous pourrions ajouter ici serait une répétition inutile.

Cafés. — Entretiens vagues et paisibles. Il résulte néanmoins du rapport de Compère que les citoyens, en parlant de la récolte prochaine, disaient qu'il serait très à propos que le gouvernement s'occupât de fournir des bras à la campagne, parce qu'à défaut d'ouvriers, les cultivateurs se trouveraient dans le plus grand embarras.

Spectacles. — Tout y a été parfaitement tranquille. . .

Beurlier, Hornin.

(Arch. nat., F^nu, Seine, 16.)

Journaux.

Gazette française du 17 prairial : « De Paris, le 16 prairial. Dans un moment où toutes les classes de la société se repentent de Tégarement où nous avons été plongés pendant cinq ans, nous ne devrions peut-être plus prononcer le nom d'un monstre tel que Marat. Nous nous permettrons pourtant encore une anecdote sur ce buveur de sang ; et c'est le dernier mot qne nous dirons de ce scélérat. Quelques-uns de ses apôtres, égorgeurs comme lui, avaient jugé à propos de s'emparer de son cadavre et de Tensevelir dans le cimetière Saint-Etienne-du-Monl. Malheureusement, le cercueil n'avait pas été place fort avant dans la terre. La dernière pluie Ta découvert. Le commissaire civil de la section du Panthéon, en ayant été instruit, s'est transporté sur les lieux et a fait rouler dans la boue les restes impurs de ce brigand. Ce n'est que dans un siècle aussi stupide et aussi corrompu que le nôtre qu'un forcené tel que Marat a pu avoir des apôtres. » — Annales patriotiques du 16 prairial : « Paris, le iâ prairiaL Ce n'est que d'hier que les restes de Marat ont été inhumés. Ceux qui avaient été chargés d'en purger le Panthéon, se flattant sans doute de les y conduire de nouveau un jour, avaient caché le cercueil sous un peu de sable, dans un coin du cimetière. L'assemblée générale de la section du Panthéon, informée de ce fait, a ordonné que le décret qui concerne ce buveur de sang soit ponctuellement exécuté. . . »

Rapport du 15 prairial.

Esprit public, — Pendant la journée d'hier, la position de Paris a été aussi calme que les jours précédents. On ne voit plus de groupes ni de rassemblements tumultueux; on n'entend plus ces murmures scandaleux. Le public a assisté à la cérémonie funèbre du représentant FérauH avec respect et silence. La cherté excessive des choses les plus nécessaires à la vie fait toujours la base de la conversation des citoyens et, quoiqu'ils se disent entre eux qu'il devient presque impossible d'y atteindre, ces entretiens sont paisibles. Tel est le résumé des rapports de ce jour ; mais, malgré ces assertions générales, auxquelles nous aimons à ajouter foi, nous pensons néanmoins devoir transmettre aux Comités de gouvernement, pour leur instruction, les particularités que nous avons recueillies dans trois rapports.

Laine rapporte que le public, au Jardin national, en s'entretenanl de la fête funèbre du citoyen Féraud, disait : Puisse-l-il être la der^ nière victime des scélérats !

763 RÉACTION THERMIDORIENNE [2 juin 1795]

Mailly annonce, d'après ses observations, avoir remarqué que Topinion publique était divisée en trois classes : la première, celle des indigents, toujours attachée aux principes des terroristes, qui, comme eux, prétendent que le but de la Convention est de mettre un roi sur le trône; la seconde, composée de ci-devant nobles, bourgeois et gros marchands, à laquelle il ne fait tenir aucun propos ; la troisième enHn, celle des modérés, que cet inspecteur dit avoir été toujours trop molestée, et^ suivant son assertion, c'est cette dernière qui manifeste la plus grande confiance envers la Convention.

Labbé déclare que le bruit se répand dans Paris que, le 25 courant, un gouvernement nouveau doit être annoncé au peuple par la Convention, avec la proclamation d'un roi ; il ajoute que les uns défèrent la couronne au duc dTork, et disent qu'à Tinstant des magasins de blé, inconnus jusqu'à ce jour, seront ouverts ; que d*autres croient qu'à la même époque la Constitution de 1791 sera remise en vigueur avec cessation de toute pénurie des subsistances, et que plusieurs enfin, en rejetant toute idée de royalisme, préfèrent simplement l'ouverture des greniers d'abondance, sous telles conditions qu'il appartiendra.

Cafés. — Le citoyen Compère rapporte que, dans les cafés de la Régence et vers le Pont-Neuf, des citoyens sont venus y déclarer que, dans plusieurs quartiers de Paris, ils avaient entendu dire qu'il y aurait un grand coup, le 25 courant, et qu'après plusieurs discussions, auxquelles ce récit avait donné lieu, d'autres citoyens avaient répliqué qu'il ne pouvait y avoir encore que des Jacobins qui cherchassent par leurs intrigues à entraver les mesures sages du gouvernement.

Spectacles. — Tout y a été tranquille. A la fin de la dernière pièce donnée au théâtre du Vaudeville, les inspecteurs Gendet et Dagomer se plaignent d'avoir été suivis au café de ce théâtre par des jeunes gens et d'avoir été désignés par eux comme des terroristes ; mais, d'après les explications franches qu'ils disent avoir données, les choses, ajoutent-ils, se sont civilisées et n'ont point eu de suite.

Commerce. Pain. — Vingt-deux inspecteurs rapportent que, malgré l'augmentation qui a eu lieu hier dans la distribution du pain sur plusieurs sections, le peuple ne parait pas encore content ; le renchérissement progressif des denrées, comme nous l'avons observé au rapport de l'esprit public, le fait toujours gémir : les invectives se dirigent principalement contre les marchands de bois et de vin : plus ce dernier objet devient cher, moins il a de qualité.

Muron annonce qu'il a entendu dire à plusieurs personnes, entre

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