Tome I
[23 OCTOBRE 179il RÉACTION THERMIDORIENNE 104
Feydeau. — Paul et Virginie, op. en trois actes. (Les Petites Affiches indiquent : Apothéose du jeune Bara ; la Caverne.)
Théâtre de la République. — Tinioléon; le Dépit amoureux.
Théâtre de l'Égalité. — L'Esprit de contradiction; Sélico ; les Nègres, divertissomonl.
Lyrique. — Les Petits commissionnaires, op. en un acte ; le Mannequin, opéra en un acte ; la Ruse villageoise, vaudeville.
Gaité. — Vénm pèlerine; le Quiproquo de V Hôtellerie ; le Pari imprudent; les Brigands de la Vendée. (Les Petites Affiches indiquent la Femme fidèle au lieu du Pari imprudent.)
Ambigu-Comique. — La Bascule; le 12 Thermidor; la Forêt noire.
Vaudeville. —Arlequin Cruello ; V Auberge isolée; la Noumce républicaine.
Cité-Variétés. — Le Mari coupable ; V Heureux Quiproquo; Cadet Roussel, comédies.
Rapport du 3 brumaire.
Le peuple demande avec instance Parrestalion de Carrier et sa tradition au Tribunal révolutionnaire. Il est des gens qui accusent ce tribunal de modérantisme et vont môme jusqu'^à dire que la Convention est trop lente k prendre un parti dans une affaire aussi évidente. Dans plusieurs groupes du Jardin national, on s'entretenait des brigands de la Vendée, où il se commettait, disait-on, de nouvelles cruautés.
On ne cesse de demander un mode pour améliorer Texistence du peuple sur les objets de première nécessité. Le pain et le vin surtout sont l'objet de ses réflexions ; il ne peut concevoir pourquoi ils sont chers et rares après Tabondance des récoltes sur ces deux parties.
Des gens dont l'imagination se repaît de chimères disent, d'un ton prophétique, qu'il arrivera des choses extraordinaires. Ils fondent leur opinion sur la contrariété des assentiments (sic) qu'on aperçoit dans chacun. On désire ardemment voir fmir le mode d'éducation de la jeunesse; on se plaint de la stagnation de cette partie.
Dans le faubourg Antoine, on s'est permis de battre la caisse pour mener un enfant à sa nomination ; on a fait l'observation que c'était un pas vers l'ancien régime et vouloir renouveler le baptême. Le peuple a lui-même demandé qu'on prit des mesures pour obvier à cet abus . • . . .
195 RÉACTION THERMIDORIENNE [24 octobre 1794]
A rancienne place aux Veaux, à la délivrance du charbon, le rasseoiblement était si considérable et si agité que la garde a été forcée, des piques brisées, des citoyens tirés de la foule mourants et sans connaissance. La commission a donné ordre pour dissiper ces attroupements. Cet ordre a été lu et reçu aux cris répétés de : Vive la République f
Le Roux, Bogoubt-Destournelles.
(Arch. nat., F» «III, Seine, 14.)
Spectacles du 2 brumaire.
Théâtre des Arts. — Ze Chant du Départ ; Toute la Grèce ; Hymne à J,-J. Rousseau; ballet de Télémaque, (Les Petites Affiches indiquent C Hymne à la Victoire au lieu de l'Hymne àJ.-J, Rousseau,)
OpéRA-CoMiQUE. — La Soirée orageuse^ coin, en un acte, en prose; Paul et Virginie ; la Fête américaine, ballet pantomime.
Feydeau. — Viala ou le Héros de la Durance ; Claudine ou le Petit commissionnaire ; les Montagnards ou U Ecole de la Bienfaisance,
Théâtre de la République. — Vlntrigue épistolaire, corn.; Le Médecin malgré lui.
Théâtre de l'Égalité. — Le Mariage secret, corn. ; le Conciliateur, corn.
Lyrique. — Relâche.
Gaité. — Les Fausses infidélités ; le Nouveau calendrier ; le Diable boiteux ^ pan t.
AxBiGU'CoxiQUE. — La Pomme de Rambour ; les Sœurs du Pot ; V Héroïne américaine,
VAn)EviLLE. — Arlequin afficheur; les Marchandes delà Halle ^ premit'^re représentation ; les Volontaires en route,
Cité-Variétés. — Les Cent pièces d'or ; VEnrôlement supposé; les Pirates,
Journaux.
Courrier universel du 4 brumaire :
Du 3 brumaire* — La procédure contre le Comité révolutionnaire de Nantes continue : on présume qu*elie ne sera terminée qu'après la discussion du projet qui a été lu hier à la Convention ^ et après la détermination à cet égard.
1. Le 2 brumaire an III, Merlin (de Douai) avait présenté un projet de décret
12i OCTOBRE 1794] RÉACTION THERMIDORIENNE 196
Les débats ^ présentent toujours une continuité d'horreurs déjà très connues. Nous en parlerons encore dans notre prochain numéro.
On a lu sans doute quelques numéros du journal intitulé de la liberté de la presse •. Babeuf avait pour cet objet quelques arrangements avec Gufîroy; mais, plusieurs sorties un peu trop vives contre le gouvernement révolutionnaire ayant fait rompre le traité, Babeuf, craignant d'être arrêté, s'est constitué, comme Marat, prisonnier dans un souterrain inaccessible, d'où il publie hautement les principes de la Déclaration des droits, et brave toute la puissance du gouvernement révolutionnaire. Il fait passer de sa cave ses numéros ^ au Club électoral, qui s'est chargé de les vendre pour son compte et de lui en faire passer le produit.
Léonard Bourdon, si vivement inculpé dans le journal de Fréron, a voulu se justifier à la tribune de sa section (des Graviiliers] ; mais il n'a pu y parvenir. On lui a fait observer, comme à la Convention, que la voie des tribunaux lui était ouverte comme auK autres citoyens.
Pache vient de répondre par une double affiche aux mémoires des députés détenus et à la dénonciation du représentant Cambon *. S'il est vrai que les réponses laconiques sont les meilleures, celles de Pache sont péremptoires.
Spectacles du 3 brumaire.
Thkatrk des Ahts. — Relâche.
Opéra-Comique. — Le lhlsi*rlnui\ coin, en trois actes, môlée d'ariettes ; les Pirates vaincus par les Français, divertissement ballet.
Fkydeau — Loddiska, op. en trois actes.
TiiK.vTRE DE LA Rkpubliqie. — Catherine ou la Belle fermière, com. en trois actes ; le liendez-vous, com. en un acte.
TuKATRE DE L'ÉciALiTK. — Pas d'annonce.
tendant à assurer une garantie particulière aux représentants du peuple prévenus de délit '(Journal de Perlel, n» 760, p. 191>. Or, Carrier, représentant du peuple, se trouvait indirectement compromis dans l'atlaire du Comité révolutionnaire de Nantes. Cela explicpie la remarque du Courrier universel.
i. C'est-à-dire les débats du procès du Comité révolutionnaire de Nantes.
% Le Journal de la Liberté de la Presse, par Babeuf, avait paru du 17 fructidor an 11 au 10 vendémiaire an III. Bibl. nat., Le 2/824, in-8*.
3. 11 s'agit d'un autre journal de Babeuf, intitule J->e Tribun du Peuple ou le Défenseur des Droits de VHomme, en continualion du Journal de la Liberté de la Presse (14 vendémiaire an 111 — o floréal an IV i. Bibl. nat.. Le 2/82o, in-8».
4. Nous n'avons pas retrouvé d'exemplaire de ces atliches ; mais elles furent réimprimées aussitôt en brochures iu-8», sous ces titres : 1» Pache à Cambon ; 2' Pache au,t députés détenus aux Ecossais. Bibl. nat., Lb 41/1400, 1402.
497 RÉACTION THERMIDORIENNE [25 octobre J794I
Lyrique. — Eéléna ou les Bandits des Pyrénées, op. en deux actes; les Deux frères, op. en trois actes.
Gaitk. — Le Nécromancien ; ki Prise de l'oulon; V Aristocrate démasqué par la Corne de la Vérité ; V Hymne à la Liberté, fôtc civique ; plusieurs ballets.
Ambigu-Comique. — Le Xid d'oiseaux ; le Menuisier de Vierzon, première représ. ; les Débuts.
Vaudeville. — Le Nègre aubergiste; le Faucon; les Vieux élégants,
Cité-Vabiétks. — Georges ouïe Bon fils, corn. ; le Fou raisonnable, corn. ; Arlequin imprimeur, opéra.
RXPPORT du 5 BRUMAIRE.
L*étonneinent du peuple de ce que Carrier n'est pas traduit au Tribunal révolutionnaire augmente de plus en plus, ce qui fait dire à beaucoup de citoyens qu'une trentaine de membres de la Convention le soutiennent.
Les malveillants ne manquent pas de profiler et du procès dont il s'agît et des nouvelles du jour pour se glisser dans les groupes, afin d*y semer la défiance et la défaveur sur la Convention nationale. On ne manque pas de rencontrer dans les groupes, les cafés, les traiteurs et dans tous les endroits publics des gens qui, depuis peu en liberté, se permettent des propos plus ou moins injurieux contre les fonctionnaires publics, les autorités constituées, et contre la Convention.
Le peuple parait très satisfait du rapport du Comité du salut public sur les réquisitions * et sur les victoires des armées du Nord *.
On vient d'acquérir la connaissance que les assignats faux qui circulent dans les halles, ou autres lieux, ne peuvent provenir que des brocanteurs. Un que Ton vient d'arrêter, nommé Pouquet, donne lieu de croire que cette classe d'hommes demande à être surveillée plus que jamais.
Les citoyens se plaignent sans cesse de ce qu'ils ne peuvent avoir
l- Ce rapport, sur le mode des réquisitions, fut fait par Eschassériaux dans la séance de la Convention du 4 brumaire an III. On en trouvera le texte dans le Moniteur, réimpression, t. XXÏI, p. 374 à 376. Il fut imprimé à part, par ordre de la Convention. (Bibl. nat., Le 38/1022, in-8«.)
2. Il s'agit d'un rapport de Richard, fait dans la même séance. {Moniteur, réimpression, t. XXII, p. 351.)
do charbon^ de la chandelle et du bois. Les blanchisseuses ne cessent de demander du savon.
Plusieurs disputes se sont élevées hier dans différents endroits de Paris, notamment aux Halles, occasionnées par le défaut de monnaie, et les anciennes pièces de deux sols, que Ton ne voulait, il y a quelques jours, que pour dix-huit deniers, se donnent aujourd'hui pour leur valeur
Mougeat, Wonschrist et autres inspecteurs rapportent que, pour la distribution du charbon, la nuit du 4 au 5 a été très orageuse pour eux. On les a menacés de les jeter à Teau. Mougeat s'est retiré et a été avertir l'officier de paix, lequel a requis la force armée au nombre de douze hommes, et la paix n'a été rétablie qu'à six
heures
Barbarin, Bocquet-Destournelles.
(Arch. nat., F * ^ m^ Seine, U.)
Journaux.
Ahréviateur universel du 9 brumaire an III :
Spectacles. — Lettre à /'Abréviateur universel. — Concitoyen, on joua, le 4 brumaire, sur le Théâtre de J'Ëgalité, faubourg Germain, section Marat, à Paris, un intermède mêlé de musique, intitulé : Le Mariage de 7.-7. Rousseau, sujet tiré des lettres ou des confessions de Jean-Jacques. Mariage fait en plein champ, sans le ministère ni de prêtre, ni d'aucun officier public, beaux discours sur les devoirs des époux, contre le célibat ; éloges de la maternité, de la paternité, qui produiraient plus d'effet, s'il était possible d'oublier que Rousseau et sa Thérèse Levasseur mirent leur progéniture aux Enfants-Trouvés. Au resle, la musique du citoyen Bruni a paru douce, agréable; ce qui n'est pas un médiocre mérite, lorsqu'il s'agit de la mettre, si Ton peut s'exprimer ainsi, à l'unisson de l'idée et des affections que rappelle l'auteur du Devin du village. Pour la pièce, un journaliste a cru la juger en disant qu'elle a été jouée avec un succès froid ^ et qu'elle offre une scène basée sur une anecdote inléressante. Si jamais nos poètes produisent de bons ouvrages, il faut espérer que les journaux en parleront en meilleur français. Salut et fraternité. Votre concitoyen,
191) RÉACTION THERMIDORIENNE [26 octobre 1794]
Spectacles du 4 brumaibe.
Théâtre des Arts. — Iphigénie en Tauride, op. en quatre actes ; Hymne à J.-J. Uoitsseau,
Opéra-Comique. — Camille ou le Souterrain, com, en trois actes ; V Ecolier en vacances, com. en un acte.
Feydeau. — Xiala ou le Héros de la Durance; lo Club des Sans-Soucis ; les Deux ermites.
Théâtre de la République. — Le Sourd ou V Auberge pleine, com. en trois actes ; le Sage étourdi, com. en trois actes. (Les Petites Affiches indiquent, au lieu de ce spectacle : la Belle fermière, com. ; le Rendez-vous, com.)
Théâtre de l'Égalité. — La Veuve de Malabar, trag. ; le Mariage de J.-J, Rousseau, première représentation.
Lyrique. — Au plus Brave la plus Belle ; Laure et Zulmc.
C.AÎTÉ. — L'Heureuse découverte ou II était temps, pièce en deux actes ; ta Caverne enchantée, pant. ; les Folies amoureuses, com. en trois actes.
Ambigu-Comique. — Les Contretemps ; ^Heureuse décade ; le Menuisier de Virrzon.
Vaudeville. — Arlequin Pygmalion ; les Marchandes de la Halle; le \oble roturier,
Cité-Variétks. — Spectacle demandé : le Fou raisonnable, com. ; Cadet Roussel, com.
Journaux.
Journal de Perlet du 6 brumaire :
L^opinion publique se prononce chaque jour de plus en plus contre les barbaries ordonnées et exécutées de sang-froid à Nantes. Déjà plus de trente-trois témoins ont été entendus, et tous chargent à peu près également les accusés et Carrier. C'est surtout au tribunal que rindignation populaire éclate.
L'horreur qui d*abord entourait tous les exécuteurs et les instruments de tant de crimes parait s'affaiblir depuis les derniers aveux du Comité révolutionnaire, et se porte tout entière sur celui qu'il a désigné comme Fauteur et Tordonnateur de toutes les scènes atroces. Toutes les voix rappellent au tribunal. Ses amis n'osent le défendre ouvertement, ni prononcer son nom.
On va jusqu'à dire qu'il ne peut trouver de protecteurs sccrels que dans ceux dont la conduite ne résisterait pas non plus à un sévère examen, et qui craignent pour eux la contagion de Texeraple. Des esprits plus ardents qu'éclairés improuvent même les formes dont la prudence a ordonné d'enlourer cette affaire importante. La crainte de voir échapper un grand coupable au bras de la justice se manifeste chaque jour. Hier, par exemple, Fournîer, vétéran, parla des conspirations inventées dans les prisons de Nantes, comme dans celles de Paris, pour perdre ceux contre qui on n'avait aucun grief. Il reprocha au Comité révolutionnaire d'avoir rêvé un complot tendant à assassiner le représentant; d'avoir fait à ce sujet battre la générale, et de s'être servi de ce prétexte pour arrêter une foule d'individus.
Chaux, un des accusés, rejette sur Carrier et sur les bourreaux à ses ordres tous les crimes commis, tous les massacres exécutés, tous lies stratagèmes employés et toutes les conspirations imaginées à Nantes : « Conspirations, a-t-il dit, qui n'ont existé que dans la mauvaise tête de Carrier. Et cependant Carrier est encore libre, il domine ; il domine encore sur le peuple qu'il a assassiné ! » Ces dernières paroles surtout ont été couvertes par des applaudissements longtemps prolongés de tout l'auditoire. Ces applaudissements furent aussi bruyants que ceux qui accueillirent, il y a quelques jours, la déclaration de Goullin contre Carrier. Jamais peut-être un homme n'avait été accablé d'une exécration aussi universelle. Son nom semble s'être identifié avec celui du crime.
La statue équestre de Charles, duc de Lorraine, ce prince dont la mémoire a été si chère aux Brabançons encore esclaves, a été amenée de Bruxelles à Paris. On la voit sur la place du Carrousel, à la porte du Comité de salut public.
La plupart des soixante et onze députés détenus sont rentrés dans leurs domiciles et y sont libres; ils y attendent sans doute que la Convention prononce sur ce qui les concerne ; leurs scellés ont été levés.
Courrier républicain du 6 brumaire :
Du 5 brumaire, — Les objets de première nécessité commencent à être moins rares que par le passé, mais ils sont d'une cherté exorbitante. On a beaucoup parlé d'une très grande quantité de marchandises de cette nature qui se trouvent encombrées dans divers ports de la République ; il doit en arriver cinq mille pesant par jour, par la voiture qui apporte des lettres de la ci-devant Bretagne.
Pache vient de faire afficher trois nouveaux placards; l'un est
201 RÉACTION THERMIDORIENNE [27 octobre 1794]
adressé au représentant Pénières, et les deux autres aux représentants Delmas et Guyton-Morveau*. Le premier ne contient que des déclamations patriotiques, dont on a une foule de raisons d'être fatigué; mais les deux autres sont plus pressants ; ils sont ce qu'ils doivent être. L'ex-maire demande qu'on prouve nettement les délits dont on Faccuse, qu'on produise les pièces, et qu*on le traduise au Tribunal révolutionnaire.
Théâtre des Arts. — Hommage à la Piété filiale. Les orphelins des déleiiseurs de la Patrie donneront, au profit de leurs mères, une représentation do l'Education de Vancien et du nouveau régime, suivie d'une fête en l'honneur de J.-J. Rousseau.
OpKRA-CoMiQrE. — ^ TJ Intérieur d\ui ménage républicain ; Roméo cl Juliette (Au lieu de celte dernière pièce, les Petites Affiches indiquent : l^out pour V Amour),
Feydeau. — La Partie carrée ; Roméo et Juliette,
Théâtre de la République. — Timoléon, trag.; les Originaux, com. en un acte.
Théâtre de l Égalité. — Le Dissipateur, coin, en cinq actes ; V Entrevue, com. en un acte, en vers.
Lyrique. — Geneviève, op. en trois actes ; la Ruse trillageoise, vaud.
Gaité. — Le Barbier au village ; la Xoce interrompue par les Brigands de la Vendée ; Nostradamus; le Pari, Les enfants de la Patrie assisteront à re spectacle.
Ambigu-Comique. — V Etape ; le Menuisier de Vierzon ; In Foret noire.
Vaudeville. — Gilles Georges et Arlequin Pitt ; Christophe Dubois; C Auberge isolée.
Cité- Variétés. — LOiphelin; V Adoption villageoise; le ballet dos Xègres,
Journaux.
Journal de Perlet du 8 brumaire :
L'opinion publique continue à gronder contre Carrier et à appeler
1. Nous ne connaissons ces affiches que par les réimpressions qui en furent faites aussitôt en brochures in-8». ^Voir plus haut, p. 196, note 4.) Elles sont intitulées : !• Pache à Pénières; 2* Pache à Delmas; 3* Pache à Guylon-Morveau. Bibi. nat., Lb -41/1401, 1403, 1404.
[27 OCTOBRE 17941 RÉACTION THEUMIDOHIENNE 202
sur sa tête la vengeance nationale. Dans la séance du 6, au Tribunal révolutionnaire, Real, défenseur officieux de plusieurs accusés, a obtenu la parole et a dit :
« Je sais qu'en vertu de Tautorisation qui lui est donnée par la loi, le tribunal a fait parvenir au Comité de sûreté les divers renseignements qui sortent des débats contre le représentant Carrier. Pour moi, nommé défenseur de quelques-uns des accusés, et condamné à suivre les débats de cette épouvantable affaire, je dois du moins y puiser les faits qui prouveront que la plupart des atrocités reprochées aux accusés pèsent sur une autre tête. Un témoin, Jeanne Laillet, vient de parler. Il résulte de sa déclaration que les citoyennes Lameytrie, au nombre de six, ont été guillotinées sans jugement par ordre de Carrier.
« Il faut que cette déposition si simple, si naïve, si terrible, soit mise sous les yeux du Comité. Il faut présenter à la Convention le procès de ces six sœurs, dont une de seize ans, apprenant qu elles seront égorgées à neuf heures, tombées mourantes, en demandant des juges, qu'elles n'obtiennent pas. Il faut que les accents du désespoir retentissent dans la Convention ; qu'ils y déchirent comme à l'audience les cœurs sensibles. Je demande donc que le Tribunal ordonne qu'il sera dressé procès-verbal de la déclaration qui vient d'être faite à l'audience, et que ce procès-verbal soit envoyé au Comité de sûreté. »
Ici la salle a retenti de bravos longtemps prolongés. La foule qui remplissait l'auditoire a appelé à grands cris, et pendant plusieurs minutes, Carrier^ Carrier^ Carrier I
Lorsque le silence a. permis au président de présenter cette demande à la délibération des juges, il a, pour réponse, donné lecture de la loi du 22 vendémiaire, qui ordonne au tribunal de poursuivre l'affaire du Comité révolutionnaire de Nantes. Il a ensuite calmé l'impatiente indignation du public, en lui annonçant que chaque jour le tribunal se conformait à ce vœu de la loi, et les débats ont continué. . .
Le total des prisonniers dans Paris est de 4008, non compris la Conciergerie. Il vient d'être arrêté qu'il sera transporté chaque jour à Paris, par les voitures qui viennent des environs de Nantes, Brest et Lorient, cinq mille pesant de denrées de première nécessité qui se trouvent dans ces ports. Les embarras de subsistances sont beau- Coup moins sensibles depuis plusieurs jours. La viande partout est en assez grande abondance.
2t)3 RÉACTION THERMIDORIENNE [27 octobre 1794]
Coufner républicain du 7 brumaire :
Du ^. — L'arrestation du président et des secrétaires du Club électoral, qui, comme les bâtons flottants, paraissaient être quelque chose de loin, mais qui de près n'étaient rien, n*a pas fait la plus légère sensation ^
On a seulement paru inquiet de ce que pourraient devenir une multitude de femmes qui venaient tous les soirs coudre et tricoter parmi les sociétaires et applaudir à leurs inintelligibles discussions.
Il est bon de remarquer ici que la Société des Jacobins s'est mise hier exactement dans le même cas que le malheureux Club électoral.
Qu'avait fait ce club? Il avait arrêté collectivement qu'il ferait imprimer un mémoire ou un pamphlet séditieux de Babeuf, qifl n'avait pas de fonds pour fournir aux frais de cette impression.
Qu'a fait la Société des Jacobins? Elle a arrêté en nom collectif qu'elle achèterait, pour être distribué à ses membres et aux citoyens des tribunes qui sont le public, un journal qui prend le titre à^Ami du Peuple^ qui ne trouve pas d'acheteurs, et qui est peut-être plus séditieux encore que les pamphlets de Babeuf*.
Qua fait encore la Société des Jacobins? Elle a arrêté en nom co/Zec/t/ qu'elle ferait imprimer et qu'elle enverrait une circulaire aux Sociétés affiliées. Violation manifeste à la loi, qu'elle ne peut voiler en disant que cette adresse ne partira que lorsqu'elle sera revêtue de signatures individuelles. C'est une escobarderie jésuitique, dont personne n'est dupe '.
Il faut donc que le Comité de siireté générale, pour être juste, fasse arrêter Crassous, président de la Société (ou, parce qu'il est député, qu'il demande son arrestation à la Convention nationale), quHl fasse
1. Dans la séance de la Convention du 5 brumaire an III, Merlin (de Thionville) avait dit : « ... Babeuf, qui avait osé calomnier la Convention, qui avait été condamné aux fers, Babeuf a été se réfugier dans le sein du Club électoral, où il a fait un discours encore plus séditieux que le premier. Le club l'a accueilli et en a ordonné Tinipression par un arrêté pris en nom collectif. Conformément à la loi, le Gîmité de sûreté générale a fait arrêter Babeuf, le président et les secrétaires du club, pour avoir signé un arrrté pris en nom collectif, et les scellés ont été apposés sur les papiers du club. » ih\ applaudit vivement, et la Convention approuva la mesure prise par le Comité de sûreté générale. [Moniteur^ réimpression, t. XXII, p. 3.'i(i.)
3. Voir la séance des Jacobins du 5 brumaire an III, dans la i^ociété des Jacobins, t. VI, p. 610. — L'Ami du peuple, imprimé par Lehois et rédigé par le conventionnel Châles, avait conmiencé ù paraître le 20 fructidor an II. Bibl. nat.. Le 2/826, in-8-.