‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 58 sur 138 · L.-J. Babille, Potrelle · texte numérisé non relu

L.-J. Babille, Potrelle

(Arch. nat., F»cIII, Seine, U.)

Journaux.

Gazette française du 22 brumaire :

Paris, ce 21 brumaire. — On paraissait craindre hier, en voyant le grand mouvement qui s'est opéré dans la Convention nationale ^, que la tranquillité publique ne fût compromise. Mais cette agitation a peu réagi dans le public. Les groupes même, quoique assez nombreux, surtout aux Tuileries, n'ont pas été très agités ; quelques personnes improuvaient la scène qui a eu lieu aux Jacobins; d'autres en riaient; mais, en général, personne n'a plaint toutes ces femmes insensées qui, oubliant leurs devoirs et les faiblesses de leur sexe, viennent se mêler d'objets où elles n'entendent rien et qui ne peuvent jamais les regarder.

On a commandé six hommes par compagnie dans les diverses sections, pour maintenir l'ordre pendant cette journée.

Le pamphlet le plus couru aujourd'hui est la Vérité tout entière «ur la journée du 2 septembre*; cet écrit contient des détails curieux^ et très peu connus jusqu'à ce jour, sur ces hideux massacres.

1. Il s'agit du débat qui eut lieu à propos des Jacobins dans la séance de la Convention du 20 brumaire an III. Cf. la Société des Jacobins, t. YI, p. 648 et suiv.

2. Cet écrit, signé Félhémési, et qui est l'œuvre de Méhée de la Touche, est intitulé exactement : Exsurgat tenebris. La vérité tout entière sur les vrais acteurs de la journée du 2 septembre 1792, et sur plusieurs journées et nuits secrètes des anciens Comités de gouvernement, Paris, s. d., in-S". Bibl. nat., Lb 39/6146.

233 RÉACTION THERMIDORIENNE [H novembre 1794] ,^

Spectacles du % brumaire.

Rapport du 22 brumaire.

Malgré les agitations des groupes, le peuple est tranquille. Les rapports des inspecteurs sur la situation deis 48 sections sont des plus satisfaisants. La plupart des ateliers, notamment faubourg Antoine, étaient fermés à cause de la ci-devant fête Martin ; tandis que beaucoup de monde s'agitait autour de la Convention, l'ouvrier travaillait au se livrait à une joie tranquille.

Plusieurs particuliers ont été arrêtés au Jardin national et ont été conduits au Comité des inspecteurs de la salle ; ces différentes arrestations se sont faites sans le moindre coup.

L'arrestation de Carrier a causé la plus vive sensation ; le public a suivi ce représentant aux cris de Vive la Convention/ à bas les noyades et les fusillades/ respectons les lois! retirons-nous/

On a remarqué que, dans les attroupements qui se sont formés hier aux Jacobins, il y avait beaucoup de jeunes gens de quatorze à quinze ans, et derrière eux des particuliers de tous costumes et des femmes publiques.

Des représentants, entourés de cavaliers, se sont présentés devant ces particuliers ameutés et les ont ramenés à Tordre et à la paix ; ils

Thkatee des Arts. — Renaud, opéra; Denis le tyran. :'.^

Opéra-Comique.— Biaise et Babel ou la Suite des Trois fermiers; Arasbelle et Vascos.

Fktdkau. — Rose et Aurèle; les YisUandines. Théâtre de la République. — Le Sourd ou V Auberge pleine; VÉcole des

maris.

Théâtre de l'Égauté. — Iphigénie en Tauride; la Journée de Vamour.

Lyrique. — Flora, op. en trois actes ; le Mariage civique, vaud.

Gaité. — U Hôtellerie républicaine; Nostradamus ; la Prise de Toulon; les Deux bottiers, com.

Ambigu-Comique. — La Gamelle ; le Commissionnaire de Saint-Lazare ;

VHéroUne américaine.

Vaudeville. — Z>î Divorce; les Marchandes de la Halle; Arlequin Huila.

Cité-Variétés. — Le Mari coupable, com. ; le Danger des liaisons, com.; la Caverne, pantomime.

se sont retirés ; mats ces particuliers sont revenus ensuite ; on fut forcé de faire cesser la séance pour ramener le calme.

Une rixe s'éleva au spectacle de TAmbigu-Oomique ; on discutait dans les coulisses sur les Jacobins, le pour et le contre ; cette discussion était tellement agitée que, sans les ofliciers publics, la rixe serait devenue sérieuse. ....

Le Roux, Bocquet-Destournëlles.

[Arch. nat., F ' « III, Seine, 14.)

Journaux.

Gazelle historique et politique de la France et de VEurope du 24 brumaire :

Le 21 brumaire, à huit heures et demie du soir, Carrier a été conduit chez lui par les quatre gendarmes chargés de le surveiller au milieu des bravos, des cris : Vive la Convention / des huées et des exécrations publiques que lui ont méritées ses longues et atroces barbaries.

Courrier réjmblicain du 22 brumaire :

Du 21 brumaire. — Les Jacobins, malgré Teffroyable tapage qui a eu lieu nonidi, ont continué leur séance environ jusqu'à onze heures.

Les représentants du peuple ne sont point entrés chez eux, comme on aurait pu le croire ; ils se sont bornés à parcourir les groupes, où, comme nous l'avons déjà dit, ils n'ont recueilli que des marques de respect.

Quelques Jacobins voulaient qu'on appelât le commissaire de police, pour dresser procès-verbal du dégât qui venait d'être commis. Prieur (de la Marne} les a détournés de ce projet.

Ceux qui, pendant le cours de la Révolution, n'ont perdu de vue ni les hommes, ni les événements, n'ont pas été peu surpris de voir ce représentant, membre de la Société des Feuillants sous la Constituante, figurer aujourd'hui dans la Société des Jacobins.

En publiant ce fait, nous sommes loin de vouloir soulever l'opinion contre le représentant Prieur, que nous croyons un parfait honnête homme. Notre dessein est seulement de faire voir que la manière de penser en France est aussi mobile que le flot qui agit et réagit sans cesse pendant les tourmentes de l'équinoxe. Cette mutation politique dans les conceptions du citoyen Prieur est encore moins extraordinaire que celle qui s'est opérée dans la tète législative de l'abbé Mas-

235 RÉACTION THERMIDORIENNE [H novembre 1794]

sieu. On l'a vu, lorsqu'il était curé de Cergy, soutenir dans les assemblées bailliagères de Sentis, pour la convocation des Etats généraux, qu'au roi seul pouvait appartenir le droit de faire des lois, et qull ne pouvait comprendre un autre système de législation. Sans doute, dans ce temps où si peu de personnes encore étaient instruites des droits politiques des hommes en société, il était permis de professer de bonne foi une aussi absurde hérésie ; mais qu'avec ce petit péché politique sur la conscience, on vienne se déclarer Tapôtre d'une démagogie non moins désastreuse et non moins absurde, c'est un peu fort.

Le gouvernement a pris beaucoup de précautions pour maintenir la tranquillité publique, et nous devons espérer qu'elle ne sera pas troublée. On a commandé dans diverses sections armées six hommes destinés à faire des patrouilles et à se porter partout où la sûreté publique pourra le commander.

Hier il y a eu quelques groupes assez nombreux, surtout aux Tuileries. L'objet des conversations, qui n'étaient pas aussi animées qu on aurait pu le craindre, était la scène qui venait d'avoir lieu aux Jacobins; les uns en riaient, les autres Timprou valent; mais en général on était indigné de voir les destinées de la France influencées par une multitude de femmes dont l'ignorance crasse est le moindre ridicule, pour ne rien dire de plus.

Nouvelles politiques nationales et étrangères du 2i brumaire :

De Paris, le 21 brumaire. — Le rapport de la Commission des 21, surlaflaire de Carrier, a été ajourné à aujourd'hui primedi. L'impatience populaire s'accommode mal de ce délai ; il a donné lieu à des discussions assez vives dans des groupes qui ont paru se multiplier depuis deux ou trois jours dans les endroits publics.

Courrier républicain du 23 brumaire :

Du 22 brumaire, — Hier soir, à huit heures et demie environ. Carrier a été conduit chez lui par quatre gendarmes, au milieu des bravos, des cris de Vive la Convention l des huées et des exécrations publiques qu'ont méritées ses longues et atroces barbaries.

La hyène du Gévaudan, enchaînée et promenée dans les rues de Paris, a excité moins d'horreur.

Le peuple^immense, qui a conduit Carrier jusqu'à son domicile, s'est porté ensuite vers la salle fameuse, où ses défenseurs, les Jacobins, avaient encoreTinconcevable audace de se rassembler, mais en armes,

[li NOVEMBRE 1794] RÉACTION THERMIDORIENNE 236

quoique plusieurs d'entre eux, dont un individu nommé Caraffe, eussent été arrêtés dans les groupes, où ils cherchaient d'apitoyer le peuple sur le pauvre frère et ami Carrier.

Les rassemblements des citoyens indignés étaient encore beaucoup plus nombreux que nonidi. Au surplus, c'est à peu près la même scène. Les dévotes de Robespierre fouettées, les Jacobins hués, bernés ; les représentants du peuple, même ceux qui sont Jacobins, traités avec les égards les plus respectueux. Duhem persiste (sic) avec la plus grande politesse au Palais-Égalité. Tel est le tableau de cette soirée, qui s'est terminée par la fermeture de la salle, dont les représentants ont emporté la clef.

La section de la Montagne, ou plutôt quelques individus qui s'étaient rassemblés dans le lieu de ses séances, avaient arrêté une pétition à la Convention nationale, dans laquelle ils demandaient protection pour les Jacobins. Un des commissaires chargés de la porter à la section des Gardes-Françaises, s'est permis de dire dans son discours que crier Vive la Convention ! c'était comme qui crierait Vive CapetI La section indignée a fait arrêter cet impudent missionnaire et ses complices, qui ont été conduits au Comité de sûreté générale.

Nouvelles politiques, nationales et étrangères du 24 bnircaire :

De Paris, le 23 brumaire, — Tandis que le raport de la Commission des 21, sur l'affaire Carrier, avait appelé à la séance du 21 une foule immense de spectateurs, les groupes des endroits publics étaient échauffés par les vociférations de ses partisans ; mais le cri général étouffait bientôt ces vociférations atroces, et ceux qui se les permettaient étaient exposés sur le champ à des désagréments extrêmes.

Journal de Perlet du 23 brumaire :

Le décret d'arrestation prononcé hier* contre Carrier a excité dans Paris la joie la plus vive. Les applaudissements qui avaient longtemps retenti au sein de la Convention se sont prolongés au dehors parmi la foule immense, accourue pour connaître le résultat d'une délibération qui, depuis plusieurs jours, tenait les esprits en suspens.

L'allégresse a pris la place de l'inquiétude et de l'incertitude publique. Le mystère dont la Commission des Vingt-Un avait enveloppé ses travaux avait fait répandre qu'elle voulait absoudre Carrier. Le peuple s'indignait des raisons prétendues politiques à l'aide des-

i. Ou plutôt avant-hier 21 brumaire.

237 RÉACTION THERMIDORIENNE [11 :ïovembre 1794]

quelles quelques hommes prétendaient empêcher la justice de porter un regard terrible sur la conduite d'un grand coupable.

La Ck)mmission a répondu à ses calomniateurs par le décret qu'elle a proposé; et la Convention, en faisant arrêter Carrier, a prouvé au peuple que jamais le crime, de quelque nom qu*il cherchât à se couvrir, ne trouvait en elle de protection. Elle a montré au peuple que si, après la nouvelle discussion qui aura lieu dans trois jours, aux termes des derniers décrets, Carrier restait à ses yeux chargé des crimes dont il est si justement prévenu, nulle considération timide ne pourrait le soustraire au glaive de la vengeance.

Lorsqu'il est sorti de la Convention, entouré de la force armée, personne n'a cherché à se porter sur lui. Mais il a été reconduit par la foule, dans sa maison, au milieu des marques de Texécration la plus prononcée.

Après la séance de la Convention, levée vers les neuf heures du soir, une foule de citoyens s'est de nouveau portée autour de la salle des Jacobins; ils y ont fait entendre, comme la veille, les cris de Vive la Convention! A bas les Jacobins l Le reste des vitres de la Société a été cassé, l'orage a été à peu près le même que la veille. Toutes les voix demandaient la clôture des Jacobins.

On assure que les membres de la Société ont été obligés de quitter la salle, et que les citoyens qui l'entouraient en ont fermé ensuite les portes. Nous n'avons rien de précis sur ces détails, dont nous nWons pas été témoins. Avant onze heures du soir tout le monde s'était retiré paisiblement à la voix des représentants qui étaient venus au nom des Comités pour maintenir Tordre. De nombreuses patrouilles parcouraient les environs de la salle des Jacobins. Tout est aujourd'hui dans le calme le plus parfait.

Spectacles du 21 brumaire.

Thkatre des Arts. — Relâche.

Opkra-Couique. — L'Écolier en vacance; Paul et Virginie,

Feydeac. — Apothéose du jeune Bara ; Paul et Virginie,

Théâtre de la République. — Timoléon ; V Avocat Patelin,

Théâtre de l'Égalité. — Le Père de famille, drame; Rose et Colas opéra.

Lyrique. — Laure et Zulmé ; le Mannequin,

AuBinr-CoMiouK. — Le Maréchal des logis; le Menuisier de Vierzon ; les Français en Espagne,

Gaité. — L'Hôtellerie républicaine; Il était temps; le Triomphe de l'amour conjugal.

Vaudeville. — Zffl Nourrice républicaine ; Christophe Dubois ; les Vieux élégants.

CiTH-VARiÉTés. — L'Orphelin, com. ; les Royalistes de la Vendée.

Rapport du 23 brumaire.

La majorité des citoyens applaudit aux mesures de la Convention (relatives à Carrier et à la suspension des séances des Jacobins ; il résulte de cet état de choses qu'il suffit d'avoir Tair Jacobin pour être apostrophé, insulté et même battu. Les bons citoyens sont tranquilles; ils ne se prévalent pas des événements ; mais il en est beaucoup qui paraissent s'en autoriser pour agiter les esprits. Les applaudissements donnés aux mesures de la Convention ont été spontanément suivis de plaintes contre les accapareurs, les marchands de toute espèce, qui vont devenir, à ce qu*il parait, Tobjet de la haine, comme le prouve le fait suivant. Sur la grande terrasse des Feuillants, un particulier a été arrêté et conduit au Comité de sûreté générale pour avoir dit qu'il fallait en guillotiner un million; sommé publiquement de dire qui, il a répondu: des marchands. Cette diversité d'opinions devient le sujet de la conversation de tous les groupes ; du reste, les succès de nos armées ont porté à son plus haut degré la joie publique.

Vers les sept heures du soir,/ dans le Jardin [national, des citoyens criaient : Vive la Convention I Un citoyen dit qu'il fallait crier : Vive le peuple! Un autre lui a demandé qui il était; il a répondu : « Je suis représentant, et, en criant Vive le peuple! vous comprenez les représentants. » Cette démarche a été improuvée par plusieurs, qui ont dit qu'un représentant, en se faisant connaître dans un groupe, en im* posait et gênait l'opinion.

Au théâtre des Arts, où l'on jouait la pièce intitulée la Réunion du 10, l'acteur qui représentait le président de la Convention [dit] : Peuple, encore un eff'orl/Ces quatre mots ont été applaudis à plusieurs reprises; on les a fait répéter : ils ont été applaudis de nouveau. A la fin de cette tirade, interrompue dix fois, lorsque l'acteur a dit : Tyrans^ encore un jour^ et vous n'existez plus, tous les spectateurs levèrent simultanément leurs chapeaux et crièrent : Vive la République!

^rrr

RÉACTION THERMIDORIENNE [12 novembre 1794]

Un particulier, étant à boire chez un marchand de vin, disait qu*il fallait se lever en masse pour tomber sur les marchands; des inspecteurs présents s*en sont saisi et Ton conduit chez le commissaire de police de la section de Ghalier.

Aux ports au charbon de la Tournelle et de la vieille place aux Veaux, la force armée et les inspecteurs de police ont eu beaucoup de peine à maintenir Tordre ; cependant tout s'y est bien passé et on y a distribué dans la journée beaucoup de charbon.

GossET, Bocquet-Destournelles.

(Arch. nat., F * « III, Seine, li.)

Journaux.

Courrier républicain du 23 brumaire :

Du 22 brumaire» — On sait qu'une des ruses des filoux, lorsqu'ils sont pris sur le fait, est de se joindre à ceux qui les poursuivent, de faire chorus avec le peuple et de crier avec lui : Au voleur, au voleur! Eh bien! les Jacobins, qui sont passablement voleurs aussi, faisaient exactement le même manège. Leur principal cri de guerre était : Haro sur les nobles! Haro sur les prêtres! Pourquoi? pour que le peuple, toujours confiant, toujours habitué à s'en rapporter à celui qui crie avec plus de force et d'impudence, ne pût s'apercevoir que leurs meneurs étaient un ramas de prêtres apostats, de ci-devant nobles perdus de débauche et de dettes, d'huissiers, de procureurs, de leurs clercs, de robins de toutes les couleurs, d'hommes enfin formés dès leur jeune âge à vivre du produit de l'imposture, de la jonglerie, des plus viles intrigues, de la misère publique et particulière. Ceci n'est point une de ces assertions vagues et mensongères, jetées dans le public pour rendre encore plus odieux messieurs les Jacobins; c'est l'exacte vérité, qu'on peut démontrer d'une manière incontestable.

Monsieur Châles, jacobin, fut prêtre et vicaire de l'évêque de Tours, faisant, pour ses menus plaisirs, baiser les reliques de la très honorée sainte Marie, mère de Jésus. Monsieur Bassal, jacobin, fut d'abord moine lazariste, puis curé de l'église de Versailles. Monsieur Massieu, jacobin^ fut prètre-curé de Gergy, défendant dans les assemblées baillagères de Senlis que le roi était le législateur né de son royaume ; monsieur Tabbé fut ensuite évéque de Beauvais. Monsieur Laplanche, jacobin, fut prêtre, vicaire d'une église de Nevers. Monsieur Du Roy, jacobin, fut moine, puis militaire, puis législateur.

Monsieur Le Bon, jacobin, égorgeur de son métier, fut prêtre, vicaire d'une petite paroisse; monsieur Monestier, jacobin, fut prêtre, curé et chanoine de Téglise collégiale de Clermont-Ferrand, département du Puy-de-Dôme. Monsieur Robespierre, roi des Jacobins, fut avocat bavard au bailliage d'Arras. Monsieur Gouthon, jacobin, fut clerc à Riom, puis mauvais avocat à Clermont, département du Puy-de-Dôme. Monsieur Saint-Just fut le chevalier de

Monsieur Carrier, le grand Carrier, jacobin, jacobin pur, fut procureur au siège présidial d'Aurillac sous les rois et noyeur à Nantes sous le régime républicain.

M. Barère fut écuyer sieur de Vieuzac, et qui pis est, conseiller du Roi en tous ses conseils au siège présidial de Tarbes.

M. CoUot d'Herbois, jacobin, fut comédien sifHé sur tous les théâtres, travaillant théâtralement pour le compte de Philippe d'Orléans, le bourgeonné.

M. Billaud-Varenne, jacobin, fut père fouetteur à TOratoire, puis clerc de procureur, balayant les salles du Parlement de Paris. M. Lejeune, jacobin, suivit la même carrière. M. Fayau, jacobin, acheta à l'Université de Bourges le privilège de rttîner la veuve et Torphelin.

M. Maribon-Montauty jacobin, fut marquis, haut et puissant seigneur dans son village ; il a deux frères émigrés.

M. de Châteauneuf-Randon, jacobin, fut marquis dans une petite ville de la ci-devant Bretagne ^

Voilà les hommes qui faisaient crier et qui criaient si haut euxmêmes: A bas les nobles ! à bas les prêtres!

Nous pourrons peut-être donner un supplément à cette nomenclature, qui ne sera ni moins curieux, ni moins authentique, et le peuple saura enfin quels étaient les hommes dont il fut si longtemps et si bonnement la dupe.

Le peuple a dansé hier et avant-hier la carmagnole, en réjouissance de la destruction de la tyrannie jacobite : jamais on ne vit de petite fête plus gaie. Celle-ci n'était commandée ni influencée par aucune autorité; le peuple, si longtemps entraîné dans des mesures de barbarie et de férocité, paraissait rendu à son caractère d'hilarité, d'humanité et de bienfaisance. Il se croyait assez vengé en se jouant de ses bourreaux, en les livrant au ridicule et aux remords de leurs innombrables forfaits, s'il est possible que de pareilles consciences puissent jamais y élre accessibles.

1. Nous ne nous attarderons pas à rectifier les inexactitudes qu'il y a dans ces détails biographiques sur divers conventionnels.

RÉACTION THERMIDORIENNE [42 novembre 1794]

Lorsqu'on chantait la sépulture jacobite, on publiait que les Jacobins, mais surtout leurs principaux meneurs, se réunissaient au Club électoral, qui, quoique les scellés soient sur ses papiers, se rassemblent (sic) encore.

Là, on prétend qu'ils déclaraient que, si on les poursuivait dans ce nouveau refuge, ils iraient délibérer au Champ de Mars, sur Tautel de la patrie, où, sans doute, leurs ennemis n'oseraient pas les poursuivre.

Il faut que la maladie de délibérer soit aussi incurable dans la tète des Jacobins, que la maladie de juger dans la cervelle de Perrin- Dandin.

Journal de Perlet du 24 brumaire :

Le calme le plus parfait régne dans Paris. La clôture des Jacobins n'a pas excité la moindre agitation. Les scellés y ont été mis avanthier dans l'après-midi. On n'entend plus de toutes parts que le cri de Vive la République/ Vive la Convention/

Spectacles du 22 brumaire.

Théâtre des Arts. — La Réunion du 10 août ou V Inauguration de la République française, sans-culottide en cinq actes.

Opkh.v-Comique. — Le Convalescent de qualité, com. ; Bathilde et Eloi ou Créqui.

Feydeau. — Relâche.

TiiKATRE DE LA RÉPUBLIQUE. — Lc Mcnteur ; la Perruque blonde.

Théâtre de l'Ékalité. — Félix ou VEnfant trouvé ; le Lendemain de la bataille de Fleurus.

Lyrique. — Michel Cervantes; la Ruse villageoise.

Gaité. — Le Nouveau calendnery Contentement passe richesse; Colombine ; le Sabotier, divert.

AMBir.u-CoMiQUE. — Le Patriote à V Epreuve; le Commissionnaire de Saint-Lazare ; le Gâteau des tyrans.

Vaudeville. — La Bonne aubaine; Arlequin Huila; les Marchandes de la Halle.

Cité- Variétés. — Le Cousin de tout le monde, com. ; Arlequin imprimeur, opéra; la Caverne, pant.

Page 1