‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 60 sur 138 · Voir la Société des Jacobins ^ t. VI, p. 677 et suiv · texte numérisé non relu

Voir la Société des Jacobins ^ t. VI, p. 677 et suiv

[i4 NOVEMBRE 1794] RÉACTION THERMIDORIENNE 244

nettes, s est ouvert deux veines du bras, et une du pied. Le chirurgien a été requis à temps et lui a porté les secours nécessaires; c'est pour la seconde fois qu'il cherche à se défaire (sic).

Au petit port de la Tournelle, il y a eu beaucoup de trouble; la garde a été forcée, mais on est parvenu à rétablir le bon ordre. . .

Même trouble au port au charbon de la vieille place aux Veaux, qui a pareillement été apaisé.

Les Halles sont toujours bien approvisionnées. . .

La viande y est très abondante, mais toujours très chère.

Alletz, L. J. Babille.

(Arch. nat., F * « IIÏ, Seine, 14.)

Journaux.

Gazette historique et politique de la Finance et de l'Europe du 25 brumaire :

Le peuple de Paris a dansé la carmagnole, en réjouissance de la triste aventure des Jacobins, et tous les bons citoyens, en s^abordant avec un visage épanoui, se disent : « Le voilà donc claquemuré^ ce repère de tigres! Ils ne lécheront plus, sous nos yeux, le sang des victimes qu'ils auront déchirées; ils ne noieront plus, ils ne mitrailleront plus, ils ne canonneront plus le peuple français pour le rendre meilleur. »

On entend crier dans les rues de Paris et on vend chez Maret, libraire, Palais-Ëgalité, cour des Fontaines, /e* Dialogues des mo7Hs de la /{évolution^ par l'auteur du Club infernal '.

Cette brochure est des plus piquantes; on est cependant étonné d*y voir Tauteur combattre indirectement quelques opinions reçues avec une hardiesse que la liberté de la presse peut seule concevoir.

Ce petit écrit, qui doit être distingué de la foule des pamphlets qui inondent la capitale, est fort recherché; on reconnaît la plume qui a tracé avec tant d'adresse et de finesse la séance et la catastrophe du Club infe^maL

On criait aussi hier dans les rues : La grande colère du médecin Duhem, de voir quHl ne peut sauver son ami Carrier et que Pavant^ garde des égorgeurs va défiler sans trompette sur la place de la Ré» volulion*.

1. Dialogue des morts de la H^volution : entre Loiistallot et Vahhé Royou, sur la liberté des itpinions: entre Marat et Vergniaud,, sur le fédéralisme, par l'auteur du Club infernale Paris, s. d., in-8». Bibl. nat., Lb 41/1701.

2. Par Baralère. Iiiip. de la Vérilê, s. d., iu-8-. Bibl. nat., Lb ii;U24.

245 RÉACTION THERMIDORIENXE [14 novembre 1794]

Gazette française du 25 brumaire an III :

Paris^ ce 24 brumaire. — Pendant ces deux jours, le peuple parisien s'est abandonné à sa naïve gaité ; il a folâtré, ri, dansé sur la tombe politique des Jacobins, et s*est contenté de chansonner ces bienveillants patriotes qui raflfamaient, qui regorgeaient, pour le rendre meilleur. Des rasades, des farandoles, des carmagnoles, au milieu d'une multitude immense, répétant pour refrain : Vive la Convention nationale! A bas les noyeursy les égorgeurs, les voleurs! Tel est le tableau que présente maintenant tous les soirs le Palais- Egalité.

Malgré les forces de Topinion publique, qui jamais peut-être ne s*est prononcée d*une manière aussi décisive, Ton assure que les Jacobins, chez qui la maladie de délibérer est aussi incurable que celle de juger dans la télé de Perrin Daudin «, tentent de renouer la partie ; c'est au Club électoral, qu'ils accusaient de vouloir détruire le gouvernement révolutionnaire, que plusieurs d'entre eux se sont déjà réunis; mais, comme ils craignent qu'il ne leur arrive encore là quelques tristes aventures, ils ont déclaré que, si leurs ennemis venaient encore les soufQeter et fouetter les femmes dans leur nouveau refuge, ils iraient délibérer sur Tautel de la patrie, où peut-être Ton n'aurait pas Taudace de les poursuivre. Les Jacobins ne savent peutêtre pas que Néoptolème ne ménagea pas le père du perfide Paris, qui se croyait en sûreté dans un semblable asile.

Messager du soir du 26 brumaire :

Paris, le 25 brumaire, — On assure que les Jacobins ne se donnent pas encore pour battus : ils veulent renouer la partie au Club électoral. Les honnêtes citoyens sont priés de les surveiller, et, s'il faut encore quelques coups de bâton, on les appliquera d'une manière à ce qu'ils s'en souviennent.

Depuis que la salle des Jacobins est fermée, des patrouilles se promènent dans les environs pour empêcher que quelques agitateurs ne soient tentés de creuser les portes et de causer du dégât dans Tintérieur. Cette mesure assurément a été prise à l'occasion d'une certaine affluence qui se portait dans la cour pour examiner à loisir les cadenas placés aux portes d'un repaire qui a vomi toutes les calamités qui ont affligé la France. C'est un volcan dont le cratère est éteint, et qui attire l'attention du voyageur.

i. Cf. plus haut, p. 241, l'article du Courrier répiihUcain du 25 brumaire.

Spectacles du 24 brumaire.

Thkatre des Arts. — Denis le tyran; Renaud, opéra.

Opi^.ra-Comique. — Arasbelle et Yascos, drame ; V Enfance de J.-J. Romseau (Les Petites Affiches indiquent, au lieu de cette dernière pièce, la Soirée orageuse),

Feydeau. — Rose et Aurête, op. ; les Visitandines, op. en trois actes.

Thiî:atre de la Républiule. — UlnttHgue épistolaire, com. en cinq actes; la Perruque blonde, cbm.

Thkatre de l'Égalité. — Pas d'annonce.

Lyrique. — Geneviève, op. en trois actes ; le Bon père, opéra.

(iAiTÉ. — L'Ecole {le la Bienfaisance ; la Prise de Toulon; les Deux bot^ tiers ; Arlequin au tombeau.

Ambigu-Comique. — L'Etape; le Commissionnaire de Saint-Lazare; le Masque de fer.

Yaideville. — Arlequin tailleur; Christophe Dubois; V Auberge isolée.

Citk-Variktks. — Les Deux fermiers, com.; les Deux grenadiers^ com. ; les Pirates, pan t.

Rapport du 26 brumaire.

L'esprit public n'a pas varié. La démarche de quelques Jacobins au faubourg Antoine a été le sujet de toutes les conversations ; toutes les mesures de la Convention à leur égard sont généralement applaudies. Dans la grande salle du Palais de Justice, un apologiste de Carrier a voulu parler sur ce représentant, mais il n'a pas été bien vu du peuple. Niquille, officier de paix, rapporte avoir entendu dire qu'un bruit sourd court qu'il existe un projet de faire sauter le Tribunal révolutionnaire.

Simon rapporte que des circulaires ont été envoyées à différents citoyens, portant invitation de se rendre le 25 au Club du Muséum, où il y a eu effectivement beaucoup de monde.'

Plusieurs quidams s'amusaient hier soir à arracher toutes les affiches indistinctement qui pouvaient exister à la Maison-Égalité. On a couru après eux, et on n'a pu en atteindre qu'un, qui a été conduit par devant le commissaire, qui Ta fait détenir au violon, où il est encore.

La plus grande tranquillité parait régner faubourg Antoine

247 REACTION THERMIDORIENNE [15 novembre 1794]

Au port de la Tournelle, le public a forcé la garde ; le rassemblement y était si grand, que l'on a retiré de la foule plusieurs femmes qui se sont trouvées mal. Malgré ce désordre, la distribution n'a pas été interrompue; il s'y est délivré 840 voies de charbon. Même trouble à celui de la vieille place aux Veaux .....

Au chantier de l'Arsenal, on a été obligé d'arrêter la vente du bois; la garde y a été forcée, et le commissaire de police menacé d'être jeté à l'eau

GossET, Beurlier.

Journaux.

Annales politiques et littéraires du 29 brumaire:

Extrait d'une lettre de la maison d'arrêt du Plessis^ le 25 brumaire : « Depuis les conspirations qui ont été inventées avant le 10 thermidor, la grande majorité des détenus est composée d'hommes méfiants, qui ont peur de leur ombre. Nous bénissons la Convention ; mais la terreur est encore ici à l'ordre du jour. Les formes sont bien moins acerbes, mais nous avons encore ici des émissaires de l'ancien Tribunal révolutionnaire, et des hommes dont la tête est chaude ; ces hommes font avec nous un contraste frappant ; ils sont doux et patelins, et, si on veut les en croire, ils n'ont jamais eu aucune part aux boucheries de l'ancien tribunal. Ces individus sont les seuls qui approchent Fouquier-Tinville.

« Pouquier est avare et borné dans ses dépenses ; mais ses bons amis s'efforcent de nous le peindre comme un homme généreux, humain et compatissant. Nous ne faisons plus aucune attention à lui et, comme il s'est trouvé incommodé, pour le soustraire à tous les yeux, on le fait sortir le soir dans la cour, quand les autres prisonniers sont rentrés. Ses compagnons le fuient, et nous les évitons à notre tour; car ces caméléons seraient capables de nous dénoncer comme des moutons de Robespierre. »

Ces jours derniers on a pris, chez la citoyenne Morlay, rue des Cinq-Diamants, n* 23, un émissaire ou mouton de Robespierre, qui s'était sauvé du Luxembourg quelques jours avant le iO thermidor.

Ce mouchard se nomme Hirscheman, aide-de-camp autrichien ; comme il était affilié aux autres agents, il était au-dessus de la loi qui condamne à mort les détenus qui se sauvent des maisons d'arrêt. On a fait quelques recherches pour la forme depuis le 10 thermidor ;

mais, comme cet individu n'avait plus de paie, il avait escroqué chez un orfèvre une boite à diamants. Quand il s*est vu pris, il s'est ouvert les veines avec des morceaux de verre, qu'il a de suite broyés et avalés. On est parvenu à étancher le sang et à lui donner du contrepoison.

Autrefois on persécutait tous les muscadins à redingote carrée, à souliers luisants, à bas de soie chinés; aujourd'hui ces muscadins ont leur tour. Ils traitent de Jacobins tous ceux qui n'ont pas les cheveux poudrés. Ces jours-ci, on a insulté, aux théâtres du Vaudeville et de la Cité, plusieurs citoyens parce qu'ils avaient les cheveux en rond; on a même voulu fouetter, comme Jacobines, les citoyennes qui leur donnaient le bras. Les mêmes hommes qui jacobùûsent ainsi tout le monde pour les insulter et les dévaliser sont ceux qui dévalisaient jadis les muscadins et les muscadines.

Vedette ou Gazette du jour du 25 brumaire :

Paris, le 25. — La chute des Jacobins est un de ces événements dont on ne s'occupe plus, lorsqu'il est terminé. Ils se sont défendus jusqu'à leur trépas; ils s'excitaient les uns et les autres à périr plutôt que de se rendre. Déjà ils avaient fait des préparatifs pour soutenir un siège. Ils s'étaient réunis, armés de pistolets, de poignards, de bâtons ferrés ; il ne s'agissait rien moins que d'exterminer tous ceux qui oseraient les insulter; mais aussi on ne parlait pas moins que de les brûler vifs dans leur retraite. Les représentants du peuple ont eu toutes les peines du monde à empêcher le peuple de se porter à quelques extrémités ; ils ne se sont retirés qu'à trois heures du matin, et les Jacobins en ont été quittes pour quelques soufflets, coups de bâton, coups de pied au cul, et les habituées des tribunes pour quelques claques sur les fesses. 11 était à craindre que leurs adhérents dans les 48 sections de Paris, et parmi ceux-là sont les anciens membres des Comités révolutionnaires, ne fissent diversion chacun dans leur arrondissement, ce qui aurait pu porter le feu de la guerre civile dans quarante-huit points différents de la capitale; mais, le foyer étant étouffé, on ne craint plus qu'il se propage ; cependant on murmure que ces Sociétés populaires veulent encore se réunir; elles prétendent en avoir le droit, en vertu de la Constitution, et cherchent un nouveau local, ce qui pourrait bien leur attirer des disgrâces un peu plus sérieuses. En attendant leur résurrection, le peuple se rend chaque jour sur la tombe de la défunte mère la Société, y danse la carmagnole, chante des couplets ; ce qui est un peu plus gai qu'une guerre civile.

249 RÉACTION THERMIDORIENNE [16 novembre 1794]

Théâtre des Arts. — Relâche.

Opéra-Cohique. — Andi'os et Almana ou le Philosophe français à Bassora, corn, en trois actes ; Guillaume TelU drame lyrique.

Feydeau. — Les Deux ermites; IWmour filial ou la Jambe de bois; \iala.

Théâtre de la RÉprBLiyrE. — Timoléon, trag. ; le Legs, com.

Théâtre de l'Égalité. — Phèdre et Hippolyte, trag. ; les Epreuves, com.

Lyrique. — Laure et Zulmé ; le Mannequih.

Gaité. — Le Cocher supposé; Colombine invisible; les Sauteurs; Il était temps ; le Voltigeur ; le Prétendu ; le Sabotier (Les Petites Affiches indiqaent le même spectacle que la veille).

Ambigu-Comique. — Le Sorcier ; le Menuisier de Vierzon; les Prisonniers patriotes.

Vaudeville. — Le Savetier et le Financier ; les Plaisirs de V Hospitalité ; les Yieux élégants.

Cité- Variétés. — Relâche.

Journaux, Courrier républicain du 27 brumaire :

Du 26 brumaire. — On annonce qu'effectivement les Jacobins, qui s'étaient réunis à la Société des Quinze-Vingts, ont fait afficher les résultats de leur séditieuse séance ; cependant, comme nous n'avons vu aucune de ces affiches, nous ne pouvons donner ce fait que comme un bruit public.

La Société des Jacobins, qui était un foyer de discorde pour les membres de la Convention, aurait dû ensevelir avec elle, dans son tombeau, toutes leurs haines, toutes leurs divisions. Les voies de fait qui viennent d'avoir lieu entre deux représentants prouvent malheureusement le contraire.

Les députés Guffroy et Duquesnoy, se trouvant dans une des salles du Comité de salut public, ce dernier, qui était, dit-on, pris de vin, a commencé par adresser les plus grossières injures à son collègue, et lui a porté ensuite plusieurs coups de bâton sur la tète. Des membres du Comité de salut public sont accourus et ont heureusement secouru Guffroy, dont la vie pouvait être compromise.

(VKMBBK 1794] RÉACTION THEHMIDORIESNE 250

I projets des Jacobins, qui nous paraissent de ridicules chimères, îpendant éveillé toute l'attention des Comités de gouvernement, ne peut que leur savoir gré de leur sollicitude, t patrouilles nombreuses), composées de citoj'ens, dans le nombre lelles les frèreê et omit Irouveraienl peu de leurs amis, circulent toutes les rues et paraissent bien disposées à les comprimer, sent lever la tête.

]s avons abandonné à la discussion des grammairiens et des >logistes l'examen du verbe carrier, pour remplacer les mots es révolutionnaires, inventés par Duhem ; nous proposons au- 'hui le substantif careur, pour dénommer ceux qui ont rendu i pourraient rendre de semblables services. La formation est e et parfaitement conforme aux principes de notre langue.

Jelle ou Gmelle du jour du Ï7 brumaire :

Jacobins ont tenté une insurrection dans le faubourg Saintne et ils ont échoué. Ils veulent se réunir : on les dispersera. Il

plus sage pour eux de se tenir tranquilles. Au moment où la le est sur le point de donner I« loi à l'Europe, il est très impor- |ue les puissances coalisées soient convaincues que la Convenst tout, que c'est avec elle seule qu'elles peuvent traiter, et qu'il te plus autour d'elle ni faction ni puissance rivale.

Spectacles du 2G brumaire.

athk [lEs Arts. ^ Lr Chant du Ih'pnrt : Iphùi^iiif en Tauridn.

RA-CoMiwi F.. — CaUiax ou Salure et Pairie; Pmtl et Virginie oit fe

•âge.

BKAi-, — /m Famille imliijente ; Ilomro el Juliette.

ATHE DE L.v RÊpiBLiyiK. — Ln Méchuid, com.; la Perruque blonde,

.iTBE DE L'EiiALiTft. — Seliro, opc'ra; In Liberté dru nfigreu, divcrt. pa-

rm-K. — R(^lrtrlip.

:f.. — /yî Ctinxe.il impérial ; Xiislradinnus ; le Médecin malgré lui.

iGiM^suoLE. — Art Pomme de lUtmbiiur ; le Commissùmnaire. de

■fjizare ; le Maréchal des Ingin.

AUDEviLLE. — Jjfi Xégre. aubergiste; In Matrone d'Ephêse; Arki/uin

l-V\nif,TU. — Les Dragnux et len Bénédirlines, com. ; lex Dragons en inemenl, corn,; In Caverne, panloiiiimc.

251 RÉACTION THERMIDORIEXNE [17 novembre 1794]

Rapport du 28 brumaire.

Les groupes ont été calmes et tranquilles ; on s'y entretient toujours des Jacobins et de Taffaire de Carrier, dont on n'a pas vu avec plaisir le renvoi à primidi. Quoi qu'il en soit, on en attend le résultat avec impatience. Ce qui occupe plus particulièrement, ce sont les subsistances, et, suivant un rapport signé Le Roy aine, Laisné et Laignier, l'opinion générale sur les administration, commission et agence de commerce est qu'elles s'occupent peu de la misère publique.

Beaucoup de conjectures sur le projet de faire partir les canonniers et d'en former d*autres.

Les ouvriers d'une des manufactures d'armes, qui se sont rendus hier à la Convention pour faire une pétition, se sont retirés paisiblement dans la cour du Muséum, pour éviter de former des groupes dans d'autres endroits. Simon rapporte cependant que plusieurs de ces ouvriers, allant à la Convention, ont dit que, si on ne répondait pas à leur pétition, ils reviendraient en plus grand nombre.

Le citoyen Cirier, vétéran national, vient de faire sa déclaration à la Commission de police que la Société des Cordeliers lui avait demandé, à l'occasion d'un salon rue des Boucheries, faubourg Germain, la faculté d'y tenir ses séances à compter du 2 frimaire prochain.

Descamp rapporte que, dans la section PoissonniiTe; on a arrêté un particulier ivre qui tenait les propos les plus infâmes contre la Convention ; le commissaire de police l'a envoyé au Comité révolutionnaire de l'arrondissement. . •

A la séance du Club électoral, tenant au Muséum, un membre a dit que les journalistes étaient payés pour travailler k faire dissoudre les Sociétés populaires; il a dit encore qu'on arrêtait tous les patriotes, que le Luxembourg ne renfermait plus que huit à dix anciens prisonniers, et que le surplus des détenus étaient des patriotes. Un autre membre assurait que les Sociétés populaires des départements éprouvaient le même sort, que ce n*était que l'aristocratie qui secouait ses torches.

Au port au charbon de la Tournelle, malgré la force armée, tant à

pied qu'à cheval, il y a eu un désordre épouvantable ; Ton fut obligé de requérir un renfort au port au vin ; mais Bacquin, officier dudit poste, a refusé, disant que son monde était fatigué des services. Les attroupements nocturnes recommencent dans les différents postes.

Les distributions de bois à brûler ne se font pas avec moins de désordre, la force armée suffit à peine pour maintenir le qalme.

Les Halles sont bien approvisionnées en légumes, fruits et viande. . .

Barbarin, Potron.

(Arch. nat., F * « 111, Seine, 14.)

Messager du soir du 28 brumaire :

Paris, 27 brumaire. — Quoique les projets des Jacobins soient considérés comme une folie par tous ceux qui ont vu à quel degré Topinion publique est prononcée contre ces insensés, les Comités de gouvernement ont pris néanmoins les précautions nécessaires pour que la tranquillité publique ne soit pas troublée; de nombreuses patrouilles circulent dans les rues, et des réserves considérables ont été commandées pour chacune des sections. Ces mesures ont été nécessitées sans doute par quelques rixes particulières qui ont eu lieu dans l'intérieur du Club électoral, et par divers bruits que les ennemis du bien public se plaisent à répandre.

Annales patriotiques et littéraires du 28 brumaire :

L'ex-accusateur Fouquier-Tinville a été transféré depuis quelques décades à la Maison de TËgalité, ci- devant collège du Plessis. Il est réduit pour sa sûreté à ne jamais ouvrir ni sa porte ni ses fenêtres. Le 23 brumaire, il sollicita la permission de prendre Tair dans la cour, mais les cris des détenus lui firent craindre d'être mis en pièces. Le lendemain, il voulut ouvrir sa fenêtre : les injures le forcèrent à la fermer sur-le-champ.

Courrier républicain du 28 brumaire :

Du 27 brumaire. — Les Jacobins et leurs partisans, ne pouvant plus se montrer ouvertement, racontent dans le public les contes les plus absurdes; ici on doit crier : Vive le roi! (La vérité est qu'ils avaient payé des enfants pour entendre ce cri séditieux). Ailleurs il doit y avoir un soulèvement pour les subsistances. Demain, après-

253 RÉACTION THERMIDORIENNE [17 novembre 1794]

demain, un grand coup doit éclater à Paris: c'est le terme dont on se sert. Plus loin, on annonce que les Jacobins vont se porter en force vers le lieu où ils tenaient leur sabbat, et qu'ils vont en ouvrir les portes.

Ce qu'il y a de plus certain, c'est que ces malheureux, qui, sous le masque de l'amour de la patrie, tramaient tous les jours contre elle les plus affreuses conspirations, rendront compte à la justice de leurs forfaits; que ces prétendus sans-culottes, qui affectaient la simplicité, la vertu, la pauvreté, la misère, et qui vivaient dans la crapuleuse opulence, rendront compte à la République de leurs monstrueuses dilapidations.

En attendant, on continue de fouetter les opiniâtres mégères qui leur servaient d'avant-garde et d'espions, partout où elles ont l'audace de se rassembler.

Spectacles du 27 brumaire.

Théâtre des Arts. — Relâche.

Opéra-Comique. — Le Déserteur, com. ; Philippe et Georgette, com.

Feydeal*. — Les Montagnards ; les Visitandines,

Théâtre de lv République. — l'imoléon, Irag. ; Cange ou le Commissionnaire de Saint-Lazare, fait hist.

Théâtre de l'Égalité. — Le Méchant ; le Lendemain de la bataille de Fleurus.

Lyrique. — Les Deux frères, opéra ; le Bon père, opéra.

Gaitk. — Cange ; Biaise le hargneux ; la Xoce interrompue ; la Xièee malheureuse (^Los Petites Affiches indiquent, au lieu de cette dernière pièce : le Pardon impvéou).

Ambigu-Comique. — Les Contretemps ; le Patriote à V épreuve: V Héroïne américaine.

Vaudeville. — Georges et Grosjean; les Plaisirs de V Hospitalité ; le Beiour à Bruxelles,

Cité- Variétés. — Le Danger des Liaisons ; Cange ; le Plan d'Opéra ; Joconde,

Rapport du 29 brumaire.

Le peuple attend, avec autant d'impatience que de respect et de soumission aux lois, la conclusion de l'affaire de Nantes. II résulte de

[18 NOVEMBRE 1794] REACTION THERMIDOHIENNE 2U

tous les rapports que Paris est tranquille. Les groupes, en petit nombre, sont plus calmes. On a vu avec plaisir la demande de Carrier pour une prolongation d'une décade. La cherté de toutes les subsistances fait murmurer le pauvre. Les nouveaux succès des différentes armées ont causé la plus grande satisfaction.

Simon rapporte que le public a remarqué que^ dans le nombre des [ouvriers qui se sont présentés hier à la Convention pour faire une pétition, les deux tiers étaient en âge de réquisition pour nos armées.

Le club des Cordeliers, rue de ThionviUe, n*était composé que d'une quinzaine de personnes ; il y avait si peu de monde qu'ils n*ont pu délibérer. Ils ont enlevé les bustes de Marat, Le Peletier et autres pour les porter dans leur nouvelle salle, rue des Boucheries- Germain.

La Société populaire des Quinze- Vingts a passé presque toute la séance sur une discussion tendant à savoir si on y lirait dorénavant ou les lois révolutionnaires ou les Droits de Thomme. On a fini par arrêter qu*on ferait lecture des lois révolutionnaires. Ensuite on a lu par deux fois une pétition que les membres de cette Société doivent adresser décadi prochain à la Convention pour obtenir la liberté de deux citoyens.

La Société d'Humanité, à Popincourt, était peu nombreuse. Il n'y avait tout au plus que vingt personnes ; on y a fait plusieurs lectures qui ne regardent que Tordre à tenir dans cette Société.

OUivier, Lamotte, Prévôt, Bergeret disent qu'au port au charbon de la Tournelle, le désordre y est si grand que les voisins des environs se plaignent de ne pouvoir dormir à cause du tapage que font ceux

qui attendent Ces mêmes inspecteurs rapportent que le peuple

est venu les requérir à l'effet de se transporter au chantier des Armes de France, parce que le marchand ne voulait pas délivrer son bois, disant qu'il est en réquisition. Le commissaire de police sV est transporté, accompagné desdits inspecteurs et des plaignants; le commissaire a demandé au marchand d'exhiber sa réquisition, ce qu'il n a

pu faire. Le commissaire a ordonné alors la vente du bois, en attendant la prétendue réquisition.

Le désordre a régné pareillement pendant la nuit au port au charbon ; Ton y a cassé toutes les planches que l'on a pu trouver pour faire du feu.

Alletz, L.-J. Babille.

(Arch. nat., F»<^IH, Seine, 14.;

255 RÉACTION THERMIDORIENNE [19 novembre 1794]

Journaux.

Messager du soir du 29 brumaire :

Paris^ le 28 brumaire. — On prétendait que les restes impurs de la Jacobinière devaient se retirer au Ghamp-de-Mars, bien assurés qu'on n'irait pas mettre les scellés sur leur boutique; mais, comme le projet est ajourné, certains sergents-major ont la malignité de choisir provisoirement, pour faire leur service autour de Tautel de la patrie, des Jacobins énergiques, afin qu'ils y soient tout portés en cas d assemblée.

Spectacles du 28 brumaire.

Théâtre des Arts. — Orphée et Eurydice, opéra ; le ballet de Télémaque.

OpéRA-CoxiQUE. — Alexis et Justine, com. en deux actes ; les Détenue au Cange,

Feydeau. — Le Club des Sans^Soucis ; la Caverne, opéra.

Théâtre de la Répurlique. — Le Misanthrope ; la Perruque blonde.

Théâtre de l'Egalité. — Philoctète, IrcOg. ; la Surprise île l'Amour, com.

Lyrique. — Flora; la Ruse villageoise.

Gaité. — Le Conseil impérial; la Valise perdue; le Nécrom/Jincien.

AxRiGu-GoHiQUE. — La Gamelle ; les Prisonniers patriotes ; Le Commissionnaire de Saint-Lazare.

Vaudeville. — Le Dédit mal gardé; les Marchandes de la Halle ; la Fête de V Egalité.

Cité-Variétés. — Le Cousin de tout le monde^ com. ; Arlequin imprimeur, com. ; les Pirates, pantomime.

Rapport du 30 brumaire.

L^esprit public ne varie pas; les groupes sont très peu fournis et fort calmes. Il parait, d'après les rapports, qu'on s'y occupe de Taffaire de Carrier, qu'on désire voir au tribunal le plus promptement possible. La cherté exorbitante de toutes les denrées fait beaucoup murmurer les citoyens; on désirerait que la Convention prit des mesures à cet égard ; car on craint fort pour cet hiver.

Le peuple en masse ne veut que le bon ordre et la tranquillité. Il

est le seul frein à la méchanceté des malveillants, qui ne respirent que le trouble et le désordre. La voix générale qui se fait entendre recommande une entière soumission aux lois et une pleine confiance dans la Convention.

Section des Gravilliers, un prisonnier des Madelonnettes a été surpris faisant un trou au mur de cette maison, du côté de la rue de la Croix, pour pouvoir s'évader

Mailly, inspecteur, rapporte qu on a arrêté hier, par ordre du Comité de sûreté générale, quatre individus de la section de TUnité, auxquels on reproche beaucoup d'exagération dans leurs principes. Il rapporte aussi que beaucoup de bois périclite dans les décombres de la poudrerie; que tous les ouvriers de la manufacture de salpêtre établie à Tabbaye Germain sont supprimés.

Gauthier, officier de paix, rapporte que Ton se plaint fort de la suppression qui se fait dans les ateliers de salpêtre ; que trois choses intéressent le plus dans ce moment, savoir : le bois, le charbon et le savon

Les Halles sont bien approvisionnées en denrées de tout genre, mais la cherté en est toujours excessive.

RoucHAS jeune, Barbarin.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 14.)

Journaux.

Annales patriotiques et littéraires du 30 brumaire :

Raisson, qui a fait les fonctions de président dans la dernière séance des Jacobins, vient d'être mis en arrestation par ordre du Comité de sûreté générale ; on laccuse d'avoir été de tout temps l'ami et le partisan de Robespierre, de qui il tenait la place qu'il occupait à l'ancien Comité des subsistances.

Les mesures de sûreté sont à l'ordre du jour, non seulement contre les Jacobins, mais contre toutes les Sociétés afQliées, et spécialement contre le Club électoral.

De nombreuses patrouilles parcourent et rôdent dans les rues et sur les places publiques, au Palais-Égalité et surtout dans le Louvre, qui est le lieu destiné aux séances du Club électoral. Plusieurs autres clubistes ont déjà éprouvé le sort de Raisson et de Legray, et l'on surveille surtout les Sociétés qui contreviennent au décret en refusant de renoncer aux affiliations.

Les postes seront doublés pendant plusieurs jours, et principalement à cette époque où l'affaire de Carrier touche à sa fin.

257 RÉACTION THERMIDORIENNE [19 novembre 1794]

Vedette ou Gazette du jour du 30 brumaire :

Les Jacobins sont surveillés de toutes parts : de nombreuses pa* trouilles empêchent leurs mouvements, et chaque jour on arrête ceux qui se montrent les plus ardents; il sera bientôt déshonorant de J avoir été ; on les signale comme des hommes de sang, des suppôts de Carrier. Us se sont réunis au Club électoral, et sont établis au Muséum, rue de Thionville, ci-devant Dauphine. Aussitôt, des tribunes ont été formées, les habitués ordinaires s'y sont rendus. Toutes ces petites agitations prouvent leur impuissance actuelle, et c'est à cette impuissance que nous devrons notre tranquillité intérieure.

Messager du soir du 30 brumaire :

Parls^ le 29 brumaire, — Les séances du Club électoral avaient été suspendues depuis que les scellés avaient été apposés sur ses papiers par ordre du Comité de sûreté générale; il vient de les recommencer dans une salle de Tarrondissement du Muséum, et plusieurs membres de la ci-devant Société des Jacobins y ont assisté; les deux Sociétés, partageant le même sort, les mêmes principes, les mêmes regrets, se sont naturellement trouvées unies des mêmes sentiments.

Vedette ou Gazette du jour du 29 brumaire :

29 brumaire an IIL — Nos petites maîtresses s'affublaient depuis quelque temps d'une jolie perruque blonde à cheveux flottants et tressés avec art; les brunes, les blondes, les rousses se paraient de la perruque blonde, et celles dont la teinte naturelle contrariait cette couleur peignaient leurs sourcils à peu près de même. Une jolie comédie vient de les tourner en ridicule; mais, les premières à en rire, elles en propageaient le goût. Les femmes du peuple ont pris les choses un peu plus au sérieux; elles ridiculisent celles qu'elles rencontrent; on soulève un peu la perruque, bientôt on la jettera par terre. Pour éviter ce petit mouvement de laisser voir sa chevelure naturelle, et traîner dans la boue celte d'adoption, nos jolies femmes prennent le parti de revenir à leurs anciennes coiffures.

Journal de Perlet du 30 brumaire :

La plus grande tranquillité règne dans Paris. Le gouvernement exerce partout une surveillance qui déjoue les projets des ennemis de la paix publique.

Des patrouilles nombreuses parcourent les rues et en imposent a

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