‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 61 sur 138 · Tome T · texte numérisé non relu

Tome T

ceux qui seraient tentés d'exciter les troubles. En vain les agitateurs ont clierché à associer le peuple à leurs ressentiments et à leurs fureurs. Le peuple ne les plaint ni ne les écoute; il ne prend plus pour les accents du patriotisme les clameurs de Tambition trompée et de la rage réduite à Timpuissance.

Le peuple, trop longtemps jouet des machinations des intrigants et des scélérats qui se sont disputé et arraché sa confiance, a juré partout de ne reconnaître que la voix de la Convention nationale et du gouvernement qui a sa confiance.

SPBCTAaES DU 29 BRUMAIRE.

Théâtre des Arts. — Relâche.

Opéra-Comique. — L'Ecolier en vacances ; Camille ou le Souterrain,

Feydeau. — Concert.

Théâtre de la République. — L'Intrigue ëpistolaire, corn, en cinq actes ; les Etourdis.

Théâtre de L'ÉcALrrÉ. — Phèdre et Hippolyte, Irag. ; le Retour du Mari, comédie.

Lyrique." — Au plus Brave la plus Belle ; Laure et Zulmé.

Gaité. — Cange; Contentement passe richesse; le Pardon imprévu ; la Noce interrompue.

Ambigu-Comique. — Les Deux chasseurs et la Laitière; le Pairiote à V épreuve ; le Maréchal des Logis.

Vaudeville, — Les Vieux époux; les Plaisirs de V Hospitalité; Christophe Dubois.

Cité- Variétés. -^LOrphelm; les Mœurs ou le Divorce, com. ; le ballet des Montagnards.

Journaux.

Journal de Perlet du 2 frimaire :

Le Comité de sûreté générale continue à prendre les mesures les plus énergiques pour prévenir les troubles que les malveillants cherchent inutilement à faire naître dans Paris. Plusieurs de ceux qui tentaient à soulever le peuple contre la Convention nationale, d'échauffer les esprits et de tromper le patriotisme des faubourgs, ont été arrêtés. L'indignation publique poursuit et écrase les agitateurs, avant même que le gouvernement les atteigne.

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259 RÉACTION THERMIDORIENNE (20 novembre 1794]

Annales patriotiques et littéraires du 4«' frimaire :

Dans ce moment où le froid se fait sentir, la foule est plus grande que jamais aux lieux où Ton distribue le bois et le charbon. On assure que, ces jours derniers, une jeune fille a été étouffée en allant à la queue du charbon, au port ci-devant Saint-Bernard. Ce qui est certain, c'est que les malheureux courent toute la nuit pour avoir une voie de bois ou de charbon. Entre minuit et une heure, les rues sont aussi fréquentées qu'en plein midi, et hier matin nous avons vu une femme tout éplorée qui s'écriait : « C'est une horreur, je croîs que l'on veut nous faire tous périr ce matin 1 » Une citoyenne a été si foulée au charbon qu'elle vient de donner le jour à un enfant qui n'a pas vécu un quart d'heure.

AbrévicUeur universel du 30 brumaire :

Tribunal criminel révolutionnaire.

Par un jugement placardé, ces jours-ci, sur les murs de Paris, et que l'une de ses dispositions expresses ordonne de publier et d'afficher « dans toute l'étendue de la République française » ce tribunal a condamné à la peine de mort Claude-Joseph Vuilhem et Jeanne-Marie Toullone, veuve Cordelier, convaincus, l'un d'avoir crié : Vive le roi! vive la reine! merde pour la nation! je chie sur la nation, au f... .. la nation ! d'avoir traité les défenseurs de la liberté de crapeaux bleus ;

d'avoir dit qu'il fallait f au diable tous ces bougres-là; et de

l'avoir fait méchamment et dans des intentions contre-révolutionnaires ; Tautre, de s'être rendue coupable du même délit, en disant qu'elle se flattait d'être aristocrate, qu'elle s'en feûsait honneur, qu'elle voudrait qu'il tombât autant de hallebardes sur la tête des volontaires qui partaient pour les frontières qu'il tombait de gouttes d'eau dans une forte pluie; en disant qu'elle était bien aise que toute cette crapule partit, qu'ils ne revinssent jamais et qu'ils fussent tous à la gueule du canon ; et de l'avoir fait dans des intentions criminelles et contre-révolutionnaires.

Le même jugement, où sont littéralement imprimés tous ces propos, contient aussi l'accusation portée contre la femme et la fille

Parmi les arrestations qui ont été faites, on cite celle de Raisson, ci-devant membre de la Commission des subsistances, et l'un des meneurs des Jacobins ; Tissot, ci-devant secrétaire général de la Commission d^agricuUure et des arts, et un grand nombre de ceux qui, dans ces derniers temps, ont joué un rôle aux Jacobins. i;

Durand, et Michel Loth, d'avoir tenu d'autres discours de ce genre, d'avoir dit, que si lui, Loth, était encore dans la troupe, il fendrait le ventre ou la tête à vingt volontaires par jour; çt contre Pierre- François Mathey, officier municipal à Faucogney, d'avoir dit qu'il fallait un roi, qu'il mourrait pour son roi; d'avoir écrit plusieurs copies de couplets anti-civiques, insérés mot à mot dans la sentence affichée, tels que ceux-ci :

C'est en vain, vils démocrates, Assassins de votre roi, Qu'aux pieux aristocrates Tu {sic) prétends faire la loi.

Le peuple, devenu sage.

Sent la cause de ses maux, Et, victime de ta rage, Il reconnaît ses bourreaux, . .

Tout va donc reprendre sa place.

C'est le retour de la raison.

On vous rendra, sans vous faire grâce, Biens, honneurs, églises et maisons.

Ces derniers accusés n'ont pas été condamnés, parce que, dit le jugement*, ils n'ont point été convaincus de l'avoir fait méchamment et dans des intentions contre-révolutionnaires.

Courrier républicain du 1®' frimaire :

Du 30 brumaire. — Plus l'époque de la dispersion des Jacobins s'éloigne de nous, moins l'attention se porte sur l'existence des factieux qui composaient cette détestable association. Nous sommes, grâce aux soins et à la vigilance des Comités de gouvernement, dans la plus profonde tranquillité.

Les bruits d'une pacification générale, qui se soutiennent toujours, répandent quelque soulagement sur nos maux et apportent quelque consolation dans nos âmes, dont les plaies sont encore loin d'être cicatrisées.

On s'entretient de l'avenir, on parle du passé. Les infortunés, échappés à la rage de nos modernes Caligulas, se rapprochent, et, étonnés de vivre encore, se pressent avec attendrissement.

Les détails des horreurs commises dans les prisons se communiquent, se publient, s'impriment et grossissent à chaque instant le

1. Ce jugement était déjà ancien. Il avait été rendu le 8 vendémiaire an )II, d'après Wallon, Hist, du Trib. réc, t. V, p. 308.

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261 RÉACTION THERMIDORIENNE [20 novembre 1794]

réservoir de la foudre qui va frapper ces ingénieux épurateurs de la population française.

Parmi ces écrits qui répandent la lumière sur le dédale de leurs iniquités, il faut distinguer celui portant pour titre : V Agonie de Saint-Lazare sous la tyrannie de Robespierre , par J.-F.-N. Dusaulchoy * • . . .

Messager du soir dM !•' frimaire :

Paris^ le 30 brumaire. — Il est de la dernière urgence que le gouvernement déploie la vigilance la plus sévère contre les voleurs et les assassins. Déjà, le soir, on n*ose plus sortir seul dans Paris; hors des barrières et sur les grandes routes, c'est encore pis. Nous recevons à chaque instant des détails affligeants sur de nouveaux brigandages. On nous assure, en ce moment, que la diligence de Beauvais a été arrêtée, un citoyen attaqué et volé près de la commune de Franciade. H est évident que les anciens membres des Comités révolutionnaires qu'on vient de supprimer, les soldats licenciés de Tarmée révolutionnaire, ne trouvant plus d'asile dans la Société mère, s'agitent en tous sens pour trouver les moyens de subsister *.

Gazette historique ei politique de la France et de VEurope du 5 frimaire :

Hier décadi, sur les sept heures du soir, deux brigands ont assassiné une cuisinière dans une maison près la Croix du Trahoir ; après ravoir mutilée de la manière la plus horrible, ils Font cachée dans la cheminée, et ont ensuite disparu en emportant les effets les plus précieux qu'ils ont pu trouver.

Le bruit se répand que le représentant du peuple André Dumont se disposait à aller jouir du congé qu'il vient d'obtenir de la Convention, lorsqu'il a été arrêté aux environs de Paris par des scélérats qui l'ont si fort maltraité qu'il a été obligé de renoncer à son voyage et de rentrer chez lui pour se faire soigner. Cet attentat et celui commis il y a quelques jours sur la personne du citoyen GuiTroy doivent engager les députés qui ont eu le courage de démasquer et de poursuivre les hommes de sang à se tenir en garde contre les horribles projets de vengeance que ces scélérats préparent dans le silence. Le sang du peuple dont ils se sont gorgés avec tant de délices est sans doute aujourd'hui trop commun pour eux ; il leur faut,

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