‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 69 sur 138 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

CXXXVIII

2à FRIMAIRE AN III (12 DÉCEMBRE 1794).

Rapport du 23 frimaire.

Esprit public. Clubs. — Hier la surveillance a été exercée dans la Société dite des Cordeliers, rue des Boucheries, chez Girier, maître de danse. La Société n'a pas tenu [sa séance] dans les formes, ne s'étant trouvée qu'une réunion d'environ quinze personne^ tant hommes que femmes. Ce petit nombre d'individus s'est permis des propos tendant à blâmer hautement le régime actuel. Demain, jour de la réunion de la Société, la surveillance doit s'y porter de nouveau et aviser aux moyens de connaître d'une manière précise ces frondeurs du règne de la justice et de Tordre.

Groupes. — Le rassemblement des ouvriers d'armes, qui a eu lieu hier, avait pour but des réclamations sur la réforme générale qu'ils croient qu'on doit faire d'eux dans un mois*; ils ont été d'ailleurs très

1. Le 16 frimaire an III, par un arrêté dont on trouvera le texte dans le Moni^

RÉACTION THERMIDORIENNE [12 décembre 1794]

paisibles, mais ont paru seulement mécontents de n'avoir pas été admis ; les rapports d'aujourd'hui annoncent qu'ils ne se sont pas de nouveau rassemblés.

On fait courir le bruit que les assemblées générales de sections doivent être supprimées.

L'affîche qui a annoncé le renchérissement du bois fait beaucoup murmurer, et en général ces murmures sont dirigés contre la Commission des subsistances.

Les ouvriers de sections se plaignent de ce que les ateliers d'habillement ne leur fournissent pas assez d'ouvrage, ce qui ne leur donne pas les moyens de vivre, surtout d'après la cherté des denrées.

Spectacles. — Il ne s'y est rien passé de marquant, ni contraire au bon ordre.

Commerce. — yontschrizt,Thion, Berger, Mougeat et Lefèvre, inspecteurs, ont entendu au port au charbon de la vieille place aux Veaux beaucoup de murmures sur l'augmentation du charbon; malgré ces propos, la journée a été assez tranquille^ et le port n'a fermé qu'à la nuit.

Bergerel, Ollivier et La Motte, inspecteurs, rendent compte que la tranquillité avait régné jusqu'à midi au port au charbon de la Tournelle; dans Taprès-midi, le public les a forcés, mais le calme a été bientôt rétabli par la force armée, tant à pied qu'à cheval. L'augmentation a élé vue de diverses manières ; les uns n'ont pas fait de difficulté, en disant : « Soit, pourvu qu'on en distribue dans plusieurs ports » ; d'autres disaient qu'il était étonnant qu'on fit des augmentations pareilles sans les publier au son de la caisse, que d'ailleurs ce n'était pas un décret de la Convention. Ces inspecteurs ajoutent qu'il serait utile, pour dissiper les attroupements et déjouer la malveillance, de faire publier un arrêté qui défendît les attroupements avant

six heures du matin

Surveillance. — .... Descamps, inspecteur, annonce que deux jeunes gens, se mêlant parmi les ouvriers; disaient pendant le dis-

leur, réimpression, t. XXII, p. 740, le Comité de salut public avait décidé qu'à partir du !•' pluviôse suivant la fabrication et la réparation des fusils seraient enUèrement à l'entreprise, et qu'à la même époque « il n'y aurait plus d'ouvriers à Ja journée au compte de la République dans les ateliers ». En effet, les armes que le Comité de salut public faisait faire dans les ateliers par des ouvriers à la journée coûtaient fort cher. Une baïonnette revenait à 15 livres dans l'atelier des Sans-Culottes, situé dans le ci-devant couvent des Miramiones. Ces ouvriers se soulevèrent contre l'exécution de l'arrêt du Comité de salut public et , le 22, entraînèrent une partie des ouvriers de deux autres ateliers à se rassembler pour protester. (Voir le rapport de Boissy-dAnglas du 23 frimaire an III, Moniteur^ t. XXII, p. 739).

cours d*un des représentants ^ : « Qu'il est béte, cet animal-là », que plusieurs ouvriers ont répondu : « Oui, on nous amuse comme des enfants avec un gâteau ; nous ferions mieux d'aller en masse à la Convention. »

Bogquet-Destournelles, Le Roux.

(Arch. nat., F » c m^ Seine, 14.)

Journaux.

Annales patriotiques et littéraires du 23 frimaire :

Hier plusieurs ouvriers des ateliers d'armes se sont plaints amèrement de ce que la Convention, par son décret de ce mois, réforme les travaux des armes à Paris; tous crient à la misère, et dans certains ateliers des faubourgs, les ouvriers se sont rassemblés, ils ont brisé les armes, et la police a été obligée de rétablir le calme.

Journal de Perlet du 23 frimaire :

Depuis quelque temps, les opérations financières de Cambon sont vivement attaquées. On lui reproche d'avoir, par de fausses mesures, ruiné une foule de familles. On se plaint du désordre de nos finances et des incroyables dilapidations qui s'exercent. On accuse le peu d'habileté de celui qui les a en grande partie dirigées. L'opinion publique se prononce contre lui. Aussi assure-t-on qu'il va abandonner en d'autres mains l'administration de la Trésorerie nationale, où il a eu jusqu'à présent beaucoup d'influence. On dit aussi que deux des commissaires de la Trésorerie qui étaient le plus attachés à son système, Lhermina et Aigoïn, viennent d'être destitués.

Aigoïn s'est fait connaître, il y a quelque temps, par un libelle • dirigé contre la marche que suit la Convention depuis le 9 thermidor, et qui n'a pas eu le bonheur de lui plaire autant qu'au reste de la France.

Ce libelle d'Aigoïn n'a pas étonné ceux qui savaient que, sous le règne de Robespierre, il avait eu un fils k qui, par flatterie, il avait donné le nom de ce tyran.

Ces changements, dont tout le monde parle, font espérer qu'enfin on va porter l'ordre et la lumière dans le dédale de nos finances ; il

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