GOSSET, DURET
(Arch. nat., F » « III, Seine, 15).
Journaux.
Le Messager du soir du 12 nivôse :
Paris, il nivôse. — Ce n'est pas seulement par de grands mots que le valeureux Duhem déploie son caractère ; il y a quelques jours, il menaçait d'assassiner Glauzel ; aujourd'hui, ce ne sont plus des menaces, et Panis a senti la vigueur de son bras révolutionnaire. Avanthier ces deux représentants sortaient de la Convention et s'entretenaient avec cette chaleur qu'on connaît à Duhem. Celui-ci, malgré la rigueur de la saison, était en nage, décolleté et sa veste déboutonnée comme quand il rendait ses oracles dans l'antre des Jacobins ; tout à coup, au milieu de son bouillonnant discours, il tombe sur son collègue et lui lance un coup de poing si violent que la joue lui enfle surle-champ. Panis recule et tire une canne à dard, avec laquelle il se propose de venger l'honneur de son visage dans le sang bouillonnant de son adversaire. Duhem, plus prompt que l'éclair, s'arme d'un pistolet, de deux lames de poignard. Les spectateurs se jettent entre les combattants, retiennent l'impétueux Duhem, et conservent aux quatre scélérats, que Ton va juger, leur digne défenseur.
Nouvelles politiques nationales et étrangères du 13 nivôse :
De Parisy le 13 nivôse. — Le gouvernement montre une vigilance infatigable pour les approvisionnements de cette commune; toutes les mesures possibles ont été prises pour suppléer aux arrivages par eau que la rigueur de la saison a retardés, en couvrant la Seine de glaçons. Dans la nuit du il au 12, il y avait eu quelque diminution dans le froid; sur le matin, la gelée a repris. Les malveillants auront beau saisir cette occasion pour grossir les alarmes populaires : leurs actions, leurs manœuvres sont surveillées, et ils ne parviendront pas à leur but.
Le peuple se montre plus calme, à mesure que la Convention prend
359 RÉACTION THERMIDORIENNE [31 décembre 1794]
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une allitude plus ferme pour comprimer les ennemis de la chose .:|
publique. Déjà les débats étrangers à celte chose ont fatigué les bons citoyens, et on tâcherait vainement de détourner leur attention sur des querelles particulières.
Il est, dit-on^ question de procéder à Tépuration et même à la réforme de cette multiplicité d*agences particulières dont les intérêts semblent si séparés et si distincts de Tintérêt général. On prétend que les membres de ces agences font cause commune avec d'autres -.|
mécontents, qui plaident contre l'examen de leur conduite précé- |
dente ; mais on assure que la lutte qu'ils entreprennent contre Topinion générale leur sera fatale, et rien n'est plus croyable.
Parmi les écrits qui se multiplient de jour en jour, on en distingue |
un qui a pour titre, Y Accusateur public *. L'auteur a jeté beaucoup de \k
variété et de sel dans cette production^ en se faisant conduire dans l
les divers endroits publics de cette commune, où il trouve des inter- 1
locuteurs ingénieux et profonds, dont les uns louent et les autres |
blâment les événements du jour *• ':^
Vedette ou Gazette du jour du 13 nivôse : 14
Il y a, dit-on, près de cent mille voies de bois sur le canal de Briare, '|
pour l'approvisionnement de Paris; les froids ont tout-à-coup sus- â
pendu leur arrivage. Le Comité de salut public a ordonné des coupes J
dans les bois de Yincennes et de Boulogne, et fait distribuer tous les j
jours quinze voies de bois neuf dans chaque section. j
Spectacles du 11 nivose. :^
TnéATHE DES Arts. — Relâche.
Opéra-Coxique. — La Mélomanie^ com. en un acte ; le Déserteur^ coin. î
en trois actes ; les Nègres. '\
Feydeau. — La Partie carrée ; Élisa. :
ThfwVtre de la République. — Le Sourd ou V Auberge pleine; les Femmes 1
savantes. 1
Lyrique. — ZéUa; la Ruse villageoise. \
Gaité. — Les Fausses infidélités; le Quiproquo; le Départ des patriotes; *^
Arlequin et Colombine invisibles. j
AxBiGu-CoMiQUE. — Lcs Contrctcmps ; Au retour; la Forêt noire. »•
1. C'était un pamphlet périodique, par Richer de Serisy. H en parut 35 numéros, dont aucun n'est daté (Bibl. nat., Le 2/842, in-8»). D'après M. Tourneux (Be- . hliographie, n« 10955), le 35* et dernier numéro parut le 1" frimaire an VII. ^
2. Le même journal, dans son numéro du 14 nivôse, rend compte de la séance \^^ de réouverture du Lycée républicain, qui eut lieu le 11 nivôse, et analyse des discours de la Harpe, Boldoni et Le Hoc.
Vaudeville. — Encore des bonnes gens; la IMtre; Arlequin Cruello. CiTK- Variétés. — Les Empiriqiies, com. ; Cange, com.; VHeureux quiproquo *.
12 NIVOSE AN m {f^ JANVIER 1795).
Rapport du 13 nivôse.
Esprit public. Groupes et cafés. — Naudet et Dufresnoy rapportent que, dans les groupes et cafés, les bons citoyens gémissent sur le sort de la République, de voir nos représentants se dénoncer et et se diviser. « Où est donc, disent-ils, cette fraternité? Comment veut-on que nous soyons unis en voyant ce qui se passe à la Convention et dans nos sections? Voilà bien le chef-d'œuvre de nos ennemis. D'un autre côté, la famine est dans les campagnes; les marchands n*ont plus de bornes ; c'est à qui vendra plus cher. Nos assignats sont entièrement discrédités. On n'ose pas les refuser ; mais on les prend pour une si petite valeur qu*à peine tiennent-ils lieu d'une représentation monétaire. La Convention seule peut remédier à tant de maux et nous sauver des dangers auxquels ils nous exposent; cependant il semble qu'elle ne s'occupe plus de nous. »
Gendet rapporte que les murmures sur le prix excessif des denrées sont au comble, que cela pourrait amener du bruit. Le peuple souffre avec patience^ espérant toujours sur les intentions pures de la Convention
Au café des Canonniers, deux particuliers se sont pris de querelle pour leurs opinions politiques. L'un d'eux a été traité de Jacobin, et a répondu qu'il s'en faisait honneur, étant Jacobin vertueux. On l'a accueilli en le mettant dehors d'une manière scandaleuse. Plusieurs habitués audit café ont assuré qu'ils traiteraient ainsi les Jacobins qui oseraient se présenter dans leur assemblée
Commerce. — ... Suivant Cascel et Brunel, la tranquillité a été parfaite à Tile Louviers, mais le public est indigné du prix exorbitant que les charretiers exigent; un d'eux demandait jusqu*à vingt livres pour conduire une demie voie de bois.
Suivant l'arrêté du Comité de salut public *, le commissaire de po-
1. C'est la dernière fois que nous donnons Tannonce des spectacles. Voir l'introduction en tôte du présent volume.
S. Voir plus haut, p. 345, à la date du 7 nivôse.
361 RÉACTION THERMIDORIENNE [2 janvier 479S]
lice de la section de FArsenal a fait délivrer à chaque citoyen une demie voie de bois. Le prix courant des voitures pour le transport était de 8 à 12 livres.
Dans un cabaret, quai hors Toumelle, Moyron a entendu des citoyens se plaindre de la disette du bois et du charbon. Un d'eux a annoncé que les Comités civils étaient chargés de faire parvenir â tous les citoyens du bois ; tous les autres ont désapprouvé celte mesure, en disant que les membres des Comités et leurs protégés seraient les mieux servis, qu'il Fallait faire des visites domiciliaires, et qu'on en trouverait pour tout le monde; qu'il était affreux de laisser les marchands et les charretiers vexer les citoyens au ptiint qu'une voie de bois revient à 84 livres, que cette vexation n'aurait pas eu lieu du temps de Sarline. Un autre a dit : « Tant qu'on ne mettra pas un frein à la liberté, nous serons toujours malheureux, vu que, depuis la suppression du maximum, les marchands vendent leurs marchandises ce qu'ils veulent »
Dans les cafés et les cabarets, disent Mougeat et Lefèvre, les citoyens se plaignent de la peine qu'ils ont à se procurer du bois et du charbon. Ou se plaint aussi de ce qu'on arrête aux barrières le pain dont manquent les habitants des campagnes
La Halle aux légumes était bien approvisionnée; il est arrivé beaucoup de marée. La Halle à la viande était assez bien fournie. Le bœuf se vendait 32 sols ; le mouton, 26 sols ; le beurre, 3 livres 10 sols ; les œufs 6 livres le quarteron, les fromages grand moule 10 et 11 livres.
RoucuAS jeune, Bocouet-Destournelles.
(Arch. nal., F » ^ m, Seine, 15.)
13 NIVOSE AN m (2 JANVIER 1795).
Rapport du 14 nivose.
Esprit public. Groupes et cafés. — Dans les environs de la Convention, à la levée de la séance, les citoyens s'entretenaient avec satisfaction du récit des victoires que nos braves républicains viennent de remporter sur les Hollandais. On disait que les éléments de la nature s'accordent pour nous faire triompher.
[2 JANVIER 179r>] RÉACTION THERMIDORIENNE 362
Ancelle rapporte que, dans le café de Chartres, actuellement des Canonniers, on a fait lecture du rapport de Camot, et Ton a dit qu'il avait fait une carmagnole'.
Les rapports sur la disette du bois et du charbon, et sur la cupidité dégoûtante des marchands de toute espèce, nécessitent les mesures les plus promptes. On craint que la disette du pain qui se fait sentir dans plusieurs départements, et notamment dans celui de Paris, n'indispose contre la commune de Paris, et que les habitants des campagnes ne se vengent en arrêtant les subsistances qui lui sont destinées.
On s'entretient aussi des journalistes : et notamment du directeur de YOrateur du peuple; on voit avec peine que cette production est plus propre à alarmer les bons citoyens qu'à les rassurer sur les inconvénients qui sont inséparables des grandes révolutions.
En général on reconnaît que la multiplicité des journaux sous toutes sortes de dénominations alimente la discorde et propage les dissentions.
Commerce. — . . «Losset et autres annoncent qu'au-dessus de la barrière dite de la Garde, plusieurs marchands font retirer leurs trains de l'eau ; ce bois revêtu de glace se vend 30 livres la voie ; on paie 6 livres pour faire monter une voie de bois de la berge au pavé, et en outre depuis 18 jusqu'à 30 livres de voiture. Le peuple, disent ces inspecteurs, murmure du discrédit des assignats et de la cherté des denrées et marchandises.
• . . Murât indique des fabriques de savon établies rue de Grenelle, près celle du Bac, et à la Montagne des Bonshommes. Des ordres sont donnés pour faire exécuter larrété du Comité de salut public qui défend de faire du savon
Mougeat et Lefèvre ont entendu dans les cafés et cabarets les mêmes conversations sur la disette du bois et du charbon. Les citoyens de la campagne menacent de ne plus apporter de denrées, si on les empêche de sortir du pain.
Les halles et marchés étaient assez bien fournis ; les répartitions ont été calmes, mais tout se vend fort cher. . • • .
HORNIN, ThEROUENNB.
1. Dans la séance de la Convention du 13 nivôse an II, Carnot avait fait, au nom du Comité de salut public, un rapport sur de nouvelles victoires remportées dans les Pays-Bas. Il avait été interrompu par des ricanements, et on lui avait crié qu'il faisait des « calembours à la Barère » et une « carmagnole », Voir le Moniteur, réimpression, t. XXIII, p. 120.
363 RÉACTION THERMIDORIENNE [3 janvier 1795]
Journaux*.
Nouvelles politiques du 13 nivôse : « Il est question d'épurer et de réformer les nombreuses agences particulières dont les membres font cause commune avec les mécontents. Parmi les écrits qui se multiplient, on remarque V Accusateur public y où il y a beaucoup de variété et de sel. » — Journal de Perlet du 14 nivôse : « Les mots sont, parmi le peuple, le thermomètre de Topinion. Le vaisseau le Jacobin a abandonné son nom pour prendre celui de Neuf 'Thermidor. »
Rapport du 15 nivôse.
Esprit public. Groupes et cafés. — Saint-Remy rapporte que, dans le faubourg Antoine, il a rencontré plusieurs femmes qui pleuraient en s'entretenant de leur misère. Partout il remarque un sentiment profond de tristesse ; si le présent est terrible, on craint encore plus pour l'avenir. Dans les cafés, on raisonne un peu plus à son aise ; la classe aristocratique nous montre nos maux avec plaisir ; elle se garde bien de nous en faire apercevoir le remède. Selon elle, il n'y en a pas; le philosophe n'est pas plus consolant; il est indigné de ce qu'on s'acharne les uns contre les autres et qu'on perd le temps à se disputer au lieu de sauver la patrie. Le patriote seul redouble de courage et croit TÊtre suprême intéressé à couronner son plus bel ouvrage en assurant notre liberté.
Loignier rapporte que, dans plusieurs sections et endroits publics, l'opinion est saine et bien patriote. On dit : c Les royalistes veulent nous faire du mal et nous renvoyer; mais qu'ils bronchent! les républicains sont là. » On parait satisfait de fa nomination des membres du Tribunal révolutionnaire ; on espère qu'il sera bientôt en activité pour juger Fouquier-Tinville et les autres ennemis du peuple.
Naudet rend compte que les boulangers commencent à inquiéter le peuple en annonçant qu'ils n'ont point de farines pour cuire ; déjà ce bruit se propage, et les malveillants le grossissent.
Les marchands, augmentant chaque jour à diverses reprises le prix de leurs denrées, semblent avoir déterminé le discrédit total des assignats.
1. Voir rintroduction, placée en tôle de ce volume, sur noire changement de méthode, à partir de cette date, dans la manière de citer les journaux.
Les citoyens qui se rassemblent au café des Canonniers ne veulent y recevoir aucun ci-devant Jacobin, ajoutant que Jacobin ou aristocrate est synonyme.
Spectacles, — Au théâtre des Arts, dans le foyer, pendant le premier acte du ballet de Téiémaque, un désorganisateur a cherché querelle à un député en le traitant de Jacobin; la force armée s en est emparée et Ta conduit au Comité de sûreté générale.
Au théâtre de la Montagne, trois citoyennes se sont présentées pour entrer sans cocarde. Invitées d'en mettre, elles ont refusé. On a défendu à Touvreuse des loges de les laisser entrer; elles ont préféré perdre leurs billets que de se soumettre, et se sont retirées sans proférer une seule parole.
Commerce. — .... Berger et Kerchoves ont vu passer à la barrière Renversée plusieurs voitures qui n'ont point été visitées par la garde du poste. Ils ont remarqué qu'à la rotonde de la barrière de Picpus, il y a deux passages, et que le factionnaire n'en peut surveiller qu\m. A la barrière de Charenton, le factionnaire a déclaré qu*un représentant du peuple avait sorti deux pains de cinq livres dans sa voiture, et qu'on l'avait laissé passer, vu sa qualité de représentant. Au bas du Moulin de TArchevôque, la distribution du bois s'est faite avec rapidité et sans bons de section. Les charretiers exigeaient trente et trente-huit livres pour conduire une voie de bois dans l'intérieur de Paris.
Le 14 et le 15, il est arrivé, pour l'approvisionnement des halles et marchés, 384 voitures de différentes denrées, quatorze de marée et
une d'huîtres
RoucnAs jeune, Hornin.
(Arch. nat., F*cni, Seine, 15.)
Journaux.
Courrier républicain du lîî nivôse : « Du 1i tiivôse. Nous avons parlé, il y a quelques mois, d'un journal-affiche, intitulé V Ami du peuple \ qui coûtait, à l'individu, ou au parti qui le soudoyait, environ 130 livres par affiche, et cette dépense était répétée cinq à six fois par décade, comme nous l'avons dit alors. La démonstration de ce fait a décontenancé le parti ; l'affiche a cessé de salir les murs de cette ville ; mais tel qu'un voleur public, dont on a démasqué l'audace, n'ose plus se glisser que dans l'ombre, VAmi prétendu du peuple se traîne encore dans la fange pour faire filtrer son venin dans l'esprit des hommes faibles qui peuvent encore le lire. . . * >>