‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 86 sur 138 · On veut sans doute parler de Duhem · texte numérisé non relu

On veut sans doute parler de Duhem

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405 REACTION THERMIDORIBNNE [19 janvibr 1795]

viers, du bois aux boulangers, qui se sont disputés au point d'en venir aux mains ; on est parvenu à les séparer.

La distribution des cotrets a été interrompue ; par trois fois, la garde, composée de trente-cinq hommes, a été forcée ; il en est résulté un désordre affreux, qui s'est prolongé toute la journée sans néanmoins aucun événement fâcheux

Au faubourg Denis, chez plusieurs marchands de vin, Tentretien roulait sur le bois et la rigueur de la saison ; le public dit qu'il serait urgent qu'une partie du bois qu'on délivre dans les sections fût délivré par falourde à l'indigent, que les membres des Comités civils ne prenaient pas d'informations à l'effet de connaître si celui qui réclame du bois en a réellement besoin; que, par là, le malheureux souffrait et était totalement privé de secours accordés par la Convention. Le public murmure contre les négociants, marchands et autres, dont l'insatiable cupidité est à son comble ; il se récrie beaucoup sur la cherté et la rareté de la lumière

Les Halles sont très calmes ; peu de légumes, point de beurre, mais une vingtaine de milliers d'œufs

Surveillance. — Hosteaux rapporte qu'on parle un langage énigmatique dans les cabarets, d'après lequel on se dit : Allons, courage, nous allons redevenir heureux! Buvons à la santé du mois prochain; il sera chaud, il sera bon

Il résulte du rapport de Bertrand qu'il se trouve beaucoup de jeunes gens de la réquisition dans les cafés et spectacles du boulevard du Temple; surveillance ordonnée pour les envelopper et les faire conduire chez le citoyen Lebas, commissaire de police militaire.

Debert a entendu des propos contre-révolutionnaires à une queue pour le bois ; on a manifesté du mécontentement sur la fête du 2 pluviôse en réjouissance de la mort de Gapet. Comme Tinspecteur n'a rien fait sur ces propos infâmes pour saisir, ou du moins signaler, les scélérats qui tenaient ces propos, il est mandé pour rendre compte de sa conduite et recevoir ensuite l'injonction de mieux travailler.

Bichet annonce que dans les tribunes on se plaint que la Convention lève trop tôt ses séances.

Bogqubt-Dbstournelles, Gosset.

(Arch. nat, F'* m, Seine, 150

[20 JANVIER 179b] RÉACTION THERMIDORIBNNB 406

Journaux.

Abréviateur universel du 2 pluviôse : « Paris 1^ pluviôse. Hier, de trois à quatre heures de raprès-midi, on vit le soleil de la couleur d'un tison ardent, ou même du rouge le plus foncé. Le brouillard ou la neige opéraient le même effet que produit, dans Tœil qui regarde cet astre, un verre noirci de fumée. La superstition de quelques anciens historiens n'aurait pas négligé ce phénomène aussi simple, aussi naturel que peu important pour ses conséquences. » — Messager du soir dn !•' pluviôse : « Hier, dans la rue Honoré, un charretier jurait après ses chevaux, qui ne voulaient pas marcher ; il se mettait surtout fort en colère contre Tun de ces animaux, qui, plus indocile que les autres, se cabrait et ruait ; notre homme tombait sur lui à grands coups de fouet, en criant : « Je te dompterai, s. . . • nom de Jacobin! » Et le peuple d*applaudir. »

Rapport du 2 pluviôse.

Esprit public» — Dans les différents cafés la nouvelle de la prise d'Utrecht a fait le sujet des conversations et produit la plus grande satisfaction ; on espère bien, d'après le résultat de cette prise, apprendre incessamment celle d^ Amsterdam. — Les affaires politiques donnent les plus grandes espérances, mais la rareté et la cherté sans borne des marchandises de toute espèce cause les plus vives inquiétudes.

On parlait avec le plus vif intérêt du décret bienfaisant qui rend à la classe indigente les effets par elle mis au Mont-de-Piété au dessous de la somme de cent livres ^

Au café des Ganonniers on a proposé un rassemblement qui doit avoir lieu aujourd'hui après-midi au Jardin-Ëgalité ; l'on doit y habiller un mannequin en Jacobin, le décorer des attributs de la royauté, avec un poignard à la main, se rendre en masse avec ce simulacre à la Convention pour y faire amende honorable, et, de là, le porter aux Jacobins ou à la Maison-Egalité pour être brûlé.

La surveillance est chargée de veiller à ce rassemblement.

Les habitués de ce café se sont portés hier au faubourg Marceau

U Ce décret fut rendu le 1** pluviôse an UL

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afin d'exciter les ouvriers à se porter au Jardin-Ëgalité ; ils n'ont point fait de prosélytes : il leur fut répondu qu'on ne se porterait qu'à la Convention pour la soutenir, si quelques malveillants voulaient lui porter atteinte. Ces jeunes gens, au nombre de deux cents, étaient menacés de coups de bftton par les portefaix, s'ils s'y fussent portés.

Commerce. — Cascel et autres annoncent qu'à l'île Louvîers, il n'y avait point de force armée ; douze hommes sont arrivés vers le midi pour maintenir le bon ordre à la distribution des cotrets ; la vente a été suspendue plusieurs fois. Le même désordre a régné l'aprèsmidi. La garde a été forcée par la foule. La vente néanmoins a été continuée jusqu'à la fin. On a distribué du bois toute la journée pour les boulangers

OUivier et Bergeret ont vu beaucoup de citoyens qui attendaient leur tour pour puiser de l'eau à la pompe de la porte Denis. Dans ce rassemblement on se plaignait de la cherté des denrées de première nécessité, on murmurait de la disette du bois et du charbon, qui oblige à payer 20 sols un petit cotret^ et 50 sols un boisseau de charbon qu'on n'a encore qu'avec peine. A la Halle, le porc frais se vend 55 sols la livre, et la viande de boucherie 35 à 40 sols. Cette cherté ne contente pas le public. Loctave a arrêté plusieurs citoyennes de campagne qui avaient du pain sous leurs jupons ; on avait eu soin d'enlever la marque de ces pains.

Surveillance. — ... Thénard annonce que les membres du ci-devant Comité révolutionnaire de Bonne -Nouvelle se rassemblent fort souvent chez Antoine, marchand de vin, rue Denis, au coin de celle des Petites-Ecuries. Cette maison est mise à la surveillance.

Dans différents cabarets, Pingat et Pigache disent avoir entendu des ouvriers, après s'être plaints de la disette du bois, dire que, quand ils n'auraient plus rien, ils en demanderaient aux marchands, et qu'étant trente mille ils sauraient s'en faire donner.

Aux cafés de Foy et de Chartres, dit Hosteaux, on parle toujours d'aller aux faubourgs Marcel et Antoine pour fraterniser, dit-on, avec les ouvriers, porter secours aux indigents et leur faire connaître les honnêtes gens; c'est ainsi qu'on se qualifie.

Muron annonce que la plus grande tranquillité règne dans le faubourg Antoine. Le Comité civil de la section de Montreuil a arrêté que ses membres parcourraient le faubourg pour s'assurer de la disposition des esprits^ et instruire de suite la Conunission,s'il arrivait quelque chose qui méritât son attention.

Vandervelle rend compte de la grande satisfaction du public, de ce

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que, d'après un arrâté du Comité de salut public, le prix de la falourde est descendu de 21 sols à 15 sols.

Un particulier au café Raisson, disent Callouey et Douchet, prétendait avoir vu quelqu'un nouvellement arrivé de Nantes qui lui avait dit que les officiers de Charette venaient avec la cocarde blanche et les fleurs de lis, cette nouvelle a été regardée comme fausse, et le nouvelliste expulsé.

Suivant le rapport de Moreau et Bouillon, une députation de la section de Montreuil se présenta au café de Chartres ; elle annonce rintention de fraterniser avec les habitués du café, les remercie de la collecte faite en faveur de la veuve Olivier; on se donne ensuite le baiser fraternel, et Ton boit à la santé des sans-culottes du faubourg Antoine, de la nation, de la Convention et de nos braves défenseurs. Au moment de se séparer, la députation est invitée h se joindre aux habitués de ce café qui doivent ce soir se réunir pour brûler le tyran et un mannequin habillé en Jacobin, tenant une guillotine à la main.

Bocquet-Destourneu£S, Gosset.

(Arch. nat., F ' « lU, Seine, 15.)

Journaux.

Courrier républicain du 3 pluviôse : « 2 plttviôse. Hier soir, des citoyens du faubourg Antoine et des ouvriers de divers ateliers de la République se sont rendus au Palais-Égalité, et notamment dans le café dit de Chartres, où ils ont fraternisé avec Tinnombrable foule de patriotes qui se réunissent dans ce lieu. On -s'est promis et juré mutuellement de poursuivre sans relâche les royalistes, les Jacobins, les terroristes, les assassins de toutes les couleurs, sous quelque forme qu'ils se cachent. On s'est promis de demander continuellement justice de tous les forfaits dont ils ont accablé la commune patrie. Les malheureux ont beau s'agiter, se tourmenter sans cesse pour conjurer l'orage qui s'amoncelle sur leurs têtes: il gronde, il éclate, la foudre va frapper. L'extrême rigueur du froid a empêché qu'un grand nombre de citoyens se rendissent aujourd'hui à la fête qui a été célébrée, non pas à la place de la Révolution, mais dans l'intérieur des Tuileries. Une estrade était élevée devant le grand bassin, et simplement décorée de la statue de la Liberté. C'est là que le président de la Convention, suivi des membres qui la composent, s'est rendu au bruit des fanfares militaires. 11 a prononcé un discours que Téloignement nous a empêché d'entendre, mais dont nous pourrons donner un extrait. Dès qu'il a eu fini de parler, on a entendu de toutes parts : Vive la République ! Vive la Convention nationale! Une salve d'artillerie a fait ensuite tonner les échos et a terminé la cérémonie. Aujourd'hui tous les spectacles sont ouverts. On dit qu'un mannequin à double face, représentant un Jacobin d'un côté et de l'autre une figure royale, sera ce soir publiquement et solennellement brûlé

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au Jardin-Égalité. » — Nouvelles politiques du !•' pluviôse : « Paris ^ 4» pluviôse. L'anecdote suivante, qui nous a été envoyée par le Comité de sûreté générale, avec invitation de Tinsérer dans notre feuille, prouve le danger d'approcher de près ou de loin de la royauté, et que le métier n'en Vaut plus rien. Un vieux procureur (dans le district de Gonesse) fait les rois avec sa famille ; il est monarque de la fève; le lendemain matin. Sa Majesté est trouvée morte dans son lit ; l'attribut l'avait étouffée. — Nous avons parlé d'un projet de réponse de la jeunesse française, actuellement à Paris, à VOrateur du Peuple. Cette réponse paraît, et nous croyons devoir en donner l'extrait suivant : « Orateur du Peuple^ nous t'avons entendu. Ils ont pénétré jusqu'à J|

nos cœurs, les reproches que tu nous a adressés dans ton 59® numéro ; nous te répondons en prouvant que nous ne les méritions pas. Tu as pris pour de la lâcheté ce qui n'était que l'effet d'un généreux pardon et l'amour de l'ordre. Crois-tu que le souvenir de nos malheurs n'ait point parlé aussi éloquemment que tes feuilles à nos âmes ulcérées? Le bras de la vengeance était levé, la patrie l'arrêta, et nous dit: «Déjà trop de sang a coulé, trop longtemps les échafauds ont été dressés. On fut cruel envers nous; soyez indulgents ; on vous égorgea... pardonnez. » Quel Français eût été sourd à cette voix? Nous l'écoutâmes, et nous voulûmes bien ne plus voir dans les auteurs de nos maux que des hommes plus égarés que coupables. Nous tendions une main fraternelle à leurs mains, dégoûtantes encore du sang de nos familles ; nous leur offrions l'olivier pacifique: ils ont levé sur nous le poignard assassin. Eh bienl puisqu'ils veulent de grandes mesures, ils les auront : déjà nous sommes debout, déjà nous entourons la Convention, et, forts d'elle comme elle sera forte de nous, nous ferons succéder à la voix douce de la fraternité le cri terrible de la vengeance. En vain, les Jacobins (da 9 thermidor) ont longtemps rempli les tribunes du Sénat français de leurs mercenaires satellites ; nous irons, nous, aux tribunes ; vous y viendrez aussi, braves républicains des faubourgs; vous vous rappellerez encore que nous enlevâmes ensemble la Bastille et le repaire du tyran. Ahl vous retrouverez toujours dans vos jeunes frères d'armes^ les hommes du 14 juillet et du 10 août. Mais que toujours nos démarches soient guidées par la prudence, la justice sévère et le patriotisme. Ne laissons pas luire le moindre espoir à la vigilante aristocratie. Apprenons aux Comités de gouvernement combien sont infidèles et perfides les rapports de leurs espions, qui croient encore être les sicaires des Amar et des Yadier. Qui de nous a donné lieu à cet arrêté ordonnant à la force armée de saisir les malveillants qui veulent renverser les bustes de Marat et de Le Peletier?. . . Nous . . renverser le buste de Le Peletier I Gouvernement, tu nous connais bien mal. Quant à Marat, que nous importe qu'il soit au Panthéon? Camille et Philippeaux sont bien au cimetière de la Madeleine. Unissons-nous contre les brigands vivants ; laissons en paix les morts, quels qu'ils soient, et abandonnons à la postérité le soin d'analyser nos grands hommes et de disséquer le Panthéon. » — Messager du soir du 2 pluviôse : « Paris, /•*" pluviôse. Les couplets que nous avons donnés hier dans notre journal ont été chantés avec le plus grand succès par le citoyen Gaveaux ; la musique mâle et vigoureuse de cet estimable artiste n'a pas peu contribué à l'heureux effet qu'ils ont produit sur tous les patriotes qui assistaient à la réunion décadaire des citoyens de la section de Guillaume Tell ; on a pressé d'une voix unanime le citoyen Gaveaus à procurer aux citoyens qui se réunissent d*habitude au café de Chartres le plaisir

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d'entendre de sa bouche Tair et les paroles de cet hymne patriotique, dont tous les amis de la liberté, de la justice et de la Convention, feront sans doute retentir les airs le jour de Tanniversaire du supplice du dernier de nos rois. Ce jour doit être consacré à exprimer l'horreur de la tyrannie et Tamour de rindépendance; il doit donc être également fatal aux royalistes et aux buveurs de sang, aux complices de Capet et aux valets de Robespierre, aux suppôts d'une cour perfide et aux infâmes agents des décemvirs ; ce n'est pas au seul nom de roi que le peuple a fait la guerre, c'est à la tyrannie elle-môme ; les dictateurs, les décemvirs sont à ses yeux aussi exécrables que les monarques et les empereurs ; il abhorre également et les parlements et les Jacobins ; toute domination attente à sa liberté ; c'est donc témoigner son horreur pour les rois que d'exhaler son indignation contre les monstres qui, usurpant Tautorilé du tyran, rétablissaient les bastilles que les patriotes avaient détruites et faisaient couler par torrents le sang des citoyens. Guerre à tous les tyrans, tel doit être le cri de ralliement des amis de la liberté ; tous les ogres qui se nourrissent de la substance du peuple et qui s'abreuvent de son sang doivent être proscrits à l'égal des rois. Nous invitons donc les bons patriotes à venir entendre, ce soir, le citoyen Gaveaux, au café de Chartres, et à prendre un avant-goût de la fête qui se prépare demain contre tous les fléaux de l'humanité. Les bons citoyens n'ont pas oublié que demain on se réunit sur les onze heures, au Jardin-Égalité, pour faire un autodafé du fameux mannequin à double visage qui doit être brûlé sur la place où Capet et Robespierre ont payé leurs crimes de leur tête.

Couplets chantés à la réunion décadaire des citoyens de la section

de Guillaume-Tell, paroles du citoyen Souriguère^

musique du citoyen Gaveaux.

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