CLXXXIII
Rapport du 8 pluviôse.
Esprit public. Groupes et cafés, ^- Leroy jeune rapporte que tous les endroits publics qu'il a parcourus dans le courant de la journée ont été parfaitement tranquilles. Dans quelques endroits le sujet de conversation était la prise de la Hollande ; on espère que ces grands avantages atterreront les tyrans coalisés, et qu'ils seront forcés de convenir qu'un grand peuple a le droit de se choisir tel gouvernement qu'il lui plaît.
Dans d*autres, des conversations Hnancières mettaient en principe que dans ces nouvelles conquêtes il serait peut-être prudent de faire payer les contributions auxquelles doivent être imposés les habitants de ces divers pays en assignats plutôt qu'en numéraire, que ce moyen les forcerait à nous donner de l'argent pour se procurer des assignats, que cela nous procurerait le moyen efficace de retirer de la circulation une masse énorme d'assignats qui, ayant rempli ce premier but, pourraient être anéantis, comme ceux donnés en payement de domaines nationaux, qu'il résulterait de cette opération, une baisse rapide tant dans le numéraire que dans toutes les marchandises et denrées qui depuis quelque temps en ont suivi la progression démesurée.
Au café des Canonniers quelques jeunes gens sèment le trouble et cherchent à agiter les esprits en se désignant les organes (sic) de la jeunesse française. C'est de ce café que partent les divers mouvements qui depuis quelques jours se répandent dans les différents spectacles.
Spectacles. — Les différents troubles qui ont eu lieu hier au spectacle de la République ont donné lieu à nombre de rapports, qui ont été envoyés successivement au Comité de sûreté générale. Au spectacle de la rue Feydeau pareil trouble a eu lieu ; un commissaire civil, substituant le commissaire de police, a cherché à rappeler les citoyens à la tranquillité et leur a désigné sa qualité de fonctionnaire public en leur parlant au nom de la loi ; il a été méconnu et obligé de se retirer après avoir été menacé par quelques jeunes gens qui s'étaient introduits dans ledit spectacle sans billets ni contremarques.
429 RÉACTION THERMIDORIENNE [27 janvier 1795]
Commerce. — . . . Labaubé a surveillé les boulangers de la rue de Heuilly, section des Quinze-Vingts; il dit qu'il est impossible d*empêcher la sortie du pain de Paris, parce que les boulangers, dès qu'il a le dos tourné, vendent le pain aux habitants des campagnes
La halle à la viande est assez bien approvisionnée en mouton et en porc frais. Le boeuf se vend 40 sols la livre; il y a peu de légumes dans tous les marchés.
Surveillance, — ... On dit que dans plusieurs cafés du Palais- Égalité on a tenté de casser les bustes de Marat et Le Peletier ; des ordres ont été donnés à cet égard à la surveillance.
Un café près le ci-devant guichet du Louvre, indiqué comme servant de retraite à des gens suspects, a été aussi mis à la surveillance.
Desseule rapporte que l'envoyé de Toscane, demeurant rue Neuve- Egalité, maison de France, a été accueilli et environné à la porte de sa maison par un grand nombre de femmes des marchés et autres citoyens, sous prétexte de le saluer et de lui présenter un bouquet. Ce nombreux cortège lui a donné quelques craintes.
Une satisfaction générale est la suite du dégel qui fait espérer au peuple de voir arriver les combustibles et comestibles dont il a tant besoin.
Alletz, Hannocque-Guérin.
(Arch. nat., F* «III, Seine, 15.)
Rapport du 9 pluviôse.
• Esprit public, — Tous les cafés et lieux publics ont été tranquilles.
Au café des Canonniers, beaucoup de jeunes gens s'applaudissaient de l'énergie qu'ils avaient déployée ces jours derniers dans les différents spectacles.
Dans tous les théâtres, rien n'a troublé la tranquillité. La commission de police, ayant cru devoir faire une invitation à tous les bons citoyens de contribuer par leur douce persuasion à ramener le bon ordre, Ta fait afficher à tous les spectacles, ce qui a produit l'effet qu elle désirait.
Commerce. — . • . Losset dit que les faubourgs Martin et Denis sont très tranquilles; les esprits y sont calmés par Tespérance des
[27 J.V1NVIER 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 430
arrivages des combustibles et denrées de première nécessité, qu*on espère avoir aussi à meilleur marché. Tous les boulangers de ces faubourgs ont eu du pain de reste. La viande s y vend 40 et 45 sols la livre
Le 8 et le 9 pluviôse il est arrivé pour Tapprovisionnement des Halles et marchés deux cent vingt-six voitures de différentes denrées, 9 de marée.
Surveillance. — ... Buffe et Vigneux ont dénoncé une citoyenne nommée Grimaut, demeurant rue Beauregard, chez un marchand de vin, placée dans une tribune à gauche à la Convention. Cette citoyenne a tenu des propos infâmes contre divers membres de la Convention en général
Il résulte du rapport de Bertaut que TafOche sur les spectacles portant invitation aux bons citoyens a été lue avec intérêt par ceux qui en ont pris connaissance.
Doucet rapporte que, dans les cafés de la Maison-Égalité, les jeunes gens parlent d'exterminer les Jacobins.
Suivant Nitar, la proposition de mettre à bas les bustes de Marat et de Le Peletier a été faite au théâtre de la rue Favart ; cette proposition est restée sans suite.
Noël rend compte des murmures contre un représentant du peuple qui s'est servi des mots de terroriste et d*homme de sang. Ces murmures n'ont point eu de suite.
Jacot, Hornin.
(Arch. nat., F » « m^ Seine, 15.)
Journaux.
Courrier républicain du 9 pluviôse : « 8 pluviôse. La cessation du froid a fait ici une sensation presque aussi agréable que la conqucHc de la Hollande. Malgré l'assurance donnée par le Comité de salut public que Tarrivagc des apj)rovisionnements ne serait point interrompu, l'effroi ne se concentrait pas moins dans tous les cœurs. On sentait que le Comité de salut public, quelque prévoyance qu'on put lui supposer, quelque soin qu'il pût se donner, n'avait pas le pouvoir de détruire l'obstablc insurmontable des neiges et des glaçons. Aujourd'hui que le ciel est devenu plus propice, que des victoires dont nous n'avons point d'exemple doivent forcer l'ennemi à nous demander la paix, chacun souffre sans se plaindre les privations actuelles, parce qu'on est convaincu que notre situation doit nécessairement s'améliorer. Déjà nos effets ont éprouvé une hausse considérable, et le prix de l'argent a baissé de plus d'un tiers. Plus d'un spéculateur, qui avait d'avance hypothéqué sa fortune sur la misère publique, voit ses arrangements détruits et ses espérances ruinées. Et il est vrai de dire que le dégel et la conquête de la Hollande seront plus funestes aux accapareurs que la loi du maximum. — Barère, Collot et Billaud
431 RÉACTION THERMIDORIENNE [29 janvier 1795]
viennent de faire paraître un nouveau mémoire; c'est encore une inconcevable Carmagnole, dont l'absurdité doit faire époque.,,*» — Messager du soir du 10 pluviôse : « Paris, 9 pluviôse, ... Hier au café de Chartres, on a donné lecture de quelques morceaux d'un écrit séditieux de Tinfàme Babeuf. Il prêche ouvertement la guerre civile, il essaie de soulever les ouvriers et les faubourgs contre la Convention, qu'il appelle Sénat de Coblcnlz ; les Autrichiens siègent, selon cet infâme Duhemiste, au Palais national. Tous les décrets qui y passent sont payés par nos ennemis, qui les rédigent d'avance. Dans leur juste indignation, six citoyens, parmi lesquels se trouvait Gonchon, l'orateur du faubourg Antoine, ont été dénoncer l'écrit incendiaire de ce séditieux, qui a été déjà condamné à vingt ans de fers, et auquel Fouché, son digne ami, donne asile ; le Comité de sûreté générale les a fort bien reçus et a témoigné par leur organe sa satisfaction aux patriotes réunis au café de Chartres. »
Il n'y a aucun rapport pour cette journée, ni aucun article de journal sur l'esprit public.
CLXXXAT
Rapport du il pluviôse.
Esprit public. Groupes et cafés, — Dans les groupes et [au] café de la Convention la tranquillité et le bon ordre ont régné. A celui des Canonniers, Saint-Huruge a été désigné comme homme de sang, terroriste et de tous les partis. La discussion à ce sujet a été assez vive; cependant il a trouvé dans les habitués de ce café quelques défenseurs.
Au café Raisson^ Caillouet rapporte qu'on disait que tous les mouvements journaîiers qui ont eu lieu aux cafés et spectacles ne pouvaient être considérés que comme faction, que de se porter à telle ou telle passion n'était pas servir sa patrie, que toutes les volontés partielles n'étaient pas celle du peuple.
1. Il s*agit du Second mémoire des membres de Vancien Comité de salut public dénoncés par Laurent Le Cointre. Paris, imp. nationale, pluviôse an III. Bibl. nat., Le 38/1173.
Le long des quais, le peuple, voyant la débâcle entraîner une grande quantité de bois, n'a pu retenir ses murmures contrerégoïsme des marchands qui ont, dit-on, préféré le voir languir que de rapprovisionner, et ont été les causes principales de la perte de nombre de citoyens qui n*ont pu résister à la rigueur de la saison.
Spectacles, — Au théâtre des Arts il fut jeté, dans le courant de la représentation, un billet dont la lecture fut couverte d'applaudisse* ments; mais, avant le ballet de Mirza, il s'éleva beaucoup de tumulte sur ce qu'il fut jeté de nouveaux papiers. Les uns demandèrent à grands cris qu'ils fussent lus, d'autres qu'ils ne le fussent pas; plusieurs citoyens et citoyennes, craignant que les cris tumultueux n'amenassent quelques scènes fâcheuses, aimèrent mieux se retirer avant la fin du spectacle que de s'exposer aux suites de ce tumulte dangereux.
Au théâtre de la République tout a été assez tranquille ; avant que de commencer, il y a eu quelques individus dans le parquet qui ont crié A bas MaratI Un autre individu, qui était dans une loge, près le buste de Marat a fait tomber la couronne civique qui était sur le buste, mais il n'a pas été aperçu du public.
Commerce. — • • . La débâcle a eu lieu à deux heures du matin ; elle a entraîné un bateau dans lequel étaient un homme, une femme et des enfants, qui ont été heureusement retirés au pont de la Révolution à cinq heures. Un citoyen les a conduits chez lui Beaucoup
de marchands attendent la débâcle avec impatience, parce qu'ils ont quantité de trains dans les glaces.
Semé rapporte qu'au chantier du citoyen Favreux, quai d'Orsa}^ la vente a fini à deux heures après-midi. Il n'existe aucun ordre dans ce chantier ; les commissaires civils ne se rendent point sur les lieux pour faire la répartition du bois à chaque section; il en résulte des abus et des dilapidations. La Commission des charrois ne fournit pas assez de voitures pour le service public, et les conducteurs ne mar* chent que pour celui qui offre le plus fort pourboire ; il a été écrit à ce sujet à la Commission des charrois. Chevalier et autres annoncent qu'à l'ouverture du chantier de la Madeleine et de celui de la rue Miroménil il y a eu du trouble, et, de concert avec la force armée, ils sont parvenus à rétablir le bon ordre
Massarl et Cavaignac rendent compte qu'hier 40, plusieurs boulangers ont manqué de pain pour satisfaire leurs pratiques, qu'il ne reste pas à plusieurs d'entre eux [de] la farine pour faire leur levain; les citoyens murmurent de ne pas trouver de pain chez les boulangers à neuf heures et dix heures du matin. La citoyenne Scélée,
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boulangère, rue Transnonain, n^ 29, n^avait plus de pain à neuf heures du matin, vu qu'elle a eu un sac de moins.
Les 10 et il, il est arrivé pour Tapprovisionnement des halles et marchés 260 voitures de différentes denrées et 14 de marée.
Surveillance. — Des jeunes gens de la première réquisition circulent dans Paris et insultent les inspecteurs de police. Ces jeunes gens paraissent avoir été déjà arrêtés par le commissaire de police militaire.
Yenieux et Furron rapportent que, dans une tribune de la Convention, un particulier a dit d*un représentant du peuple, qui venait de prononcer un discours, qu'il était un monstre qui avait détruit Robespierre pour le remplacer; ce particulier a crié dans les tribunes sur des représentants : A bas la cabale! à bas les factieux I II a fait aussi des motions sous les galeries de la Convention et a dit que, s'il y avait cinquante bons garçons, ils feraient sauver tous ces lâches-là. Cet homme a été suivi jusqu'à TOpéra, où il a été perdu dans la foule ; il est mis à la plus sévère surveillance, et les deux inspecteurs qui ne Font pas arrêté sont mandés pour demain.
Dangouville annonce que, dans la section du faubourg Montmartre, il a entendu quelques murmures sur Taugmentation du traitement des députés et des fonctionnaires pubhcs
Du rapport de Lefèvre il résulte que des gens ont dit à la Convention qu'il fallait tuer tous les Jacobins; ils se sont retirés, quand ils ont su que Duhem resterait chez lui.
Racine rapporte que, devant le café des Canonniers^ deux enfants distribuaient un pamphlet intitulé: Que Dieu vous bénisse! Un particulier Ta arraché et a été traité de Jacobin. Un autre en a saisi un paquet, a été n^ 44 sous leà Galeries^ où on débitait Touvrage et où il y avait encore un gros paquet qu'il a déchiré.
D'après le rapport de Mondolat et Maillard, il résulte qu'au théâtre de la République, la couronne qui était sur la tète de Marat fut jetée sur l'avant-scène par des particuliers qui ont demandé pourquoi on mettait une couronne à un buveur de sang, qui disait qu'il fallait trois cent mille tètes
Pigache et autres rapportent qu'au café des Canonniers on a fait la motion de tuer les buveurs de sang et de se transporter en masse au théâtre de la République.
Il résulte du rapport de Dagomer que les ouvriers des forges du Luxembourg auraient conseillé aux autres ateliers de faire des canons de fusils défectueux et incapables de servir en ne donnant qu'une seule chaude aux canons, au lieu de douze, de quinze et