‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 90 sur 138 · Voir le Moniteur, réimpression, t. XXIII, p · texte numérisé non relu

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419 RÉACTION THERMIDORIENNE [23 janvier 1795]

mière fols qu'il jouera. » Ces couplets ont été applaudis avec transport. Dans les autres spectacles il y avait très peu de monde.

Commerce. — Launay et autres annoncent qu'à Tile Louviers la vente du bois s'est faite avec tranquillité ; sur les cinq heures du soir, il est arrivé cinquante-quatre voitures de bois venant de Vincennes ; le public attendait à rentrée de File qu'on en fit la distribution ; le commandant temporaire Ta invité à se retirer paisiblement, parce que ce bois ne devait être vendu que le 5, suivant les ordres donnés au citoyen Sadras, chargé de le distribuer. Chacun s'est retiré, et le bois est resté à la garde de la force armée.

Bienvenu et Delahaye se sont transportés chez les boulangers des sections du Temple et des Gravilliers ; chaque citoyen y Va paisiblement chercher son pain avec sa carte ; le public est satisfait des mesures que l'on a prises.

Baron et OUivier disent que, chez les boulangers des sections des Marchés et des Lombards, la distribution du pain s'est faite avec ordre; plusieurs boulangers se plaignent de ce que les charretiers exigent d'eux 25 et 30 livres pour le transport d'une voie de bois ; ils désireraient que, pour diminuer leurs frais, leur bois fût amené à leurs portes par les voitures de la République.

A l'île Louviers, disent les mêmes inspecteurs, le public a voulu forcer la garde, mais elle a maintenu le bon ordre. Le public murmure de ne pas avoir de bois ; il dit qu'il lui en faut demain. Ces murmures étaient les mêmes parmi les citoyens de garde, qui se plaignaient que leurs femmes et leurs enfants gelaient de froid chez eux.

Charnel a entendu les mêmes plaintes; il a vu offrir 370 livres d'une corde de bois; le propriétaire, qui est fruitier, rue Tiquetonne, voulait en avoir 400 livres. Il vend 3 livres 10 sols une falourde et une grosse bûche jusqu'à 14 livres.

Louisignon dit avoir vu beaucoup de monde à l'île Louviers; Fun disait qu'on pouvait, sans commettre de pillage, emporter du bois appartenant à la nation ; un autre prétendait qu'il fallait en prendre où on en trouverait ; d'autres disaient enfin : « Nous verrons la marche qu'on prendra, pour distribuer le bois ; nous ferons comme nous avons fait hier » (c'est-à-dire emporter le bois sans payer) ; on surveille toujours.

Aux halles et marchés la viande est toujours en abondance, mais les légumes y sont rares. Le beurre se vend 3 livres 10 sols la livre, la viande de première qualité 2 livres 4 sols. Les marchands de la halle disent que, si le froid continue, il leur sera impossible de vendre ; les petits sont peu fournis, mais tout est tranquille.

11 est arrivé le 4 et le 5 pluviôse, pour Tapprovisionnement des balles, 223 voitures de différentes denrées, et 12 de marée.

Surveillance. — Il résulte du rapport de Henry, inspecteur, qu'un citoyen, nommé François Le Comte, demeurant rue des Martyrs, chez le citoyen Moreau, limonadier, au-dessous du cabaret nommé la Maison-Nationale, lequel vend des journaux et des chansons à Saint- Germain-en-Laye, Pontoise, Argenteuil et autres environs de Paris, a déclaré que dans ces endroits les fermiers vendent le setier de blé 20 et 24 livres en argent, et 120 livres en assignats, les vignerons vendent la pit^ce de vin 60 livres en argent et 300 livres en assignats. On y crie : Vive Louis XVII î Plusieurs disent qu'ils désirent la contrerévolution à Paris, qu'ils viendraient sur cette ville, parce que c'est elle et la Convention qui sont cause qu'ils manquent de pain, que les gendarmes envoyés dans ces endroits font beaucoup de dépense et s'entendent avec les fermiers et les vignerons, qu'on y discrédite les assignats, et qu'une carotte se vendjusquàlOsols.

Le citoyen Le Comte a déclaré que tous ces propos ont été tenus à une noce à laquelle il a assisté pendant trois jours.

Vu l'importance de ce rapport, copie en a été envoyée au Comité de sûreté générale, et la Commission va s^attacher le citoyen qui a fait ces déclarations.

Hosteaux rapporte qu'une femme du monde, nommée Duverger, a été chassée d'un café où elle tenait les propos les plus contre-révolutionnaires. Deux copies de ce rapport ont été envoyées au Comité de sûreté générale et au Comité révolutionnaire de l'arrondissement.

Chez Vellony, le buste de Marat est toujours sur pied, malgré quelques provocations par des malintentionnés ou des étourdis.

Bocquet rapporte que, dans les tribunes de la Convention, un individu s'est permis les propos les plus atroces et les plus contre-révolutionnaires. Diaprés le signalement et la demeure de cet individu, la Commission a décerné contre lui un mandat d'amener; elle l'interrogera et le renverra par devant le Comité de sûreté générale, auquel elle a déjà fait part du rapport des inspecteurs et de la mesure prise.

Malgré de sérieuses recherches, Leclerc n'a pu encore découvrir la fabrication dénoncée de calices et autres ustensiles d*église; mais, au moyen des nouvelles mesures prises à cet égard, on espère arriver à la connaissance de cette fabrication, si elle existe réellement.

Suivant le rapport de Boyer, un citoyen, qui attendait son tour pour avoir de la chandelle, disait : « J'ai ma femme prête d'accoucher, suis sans bois; eh bien, je mettrai paillasse et matelas par terre, je brûlerai le bois de lit pour la réchauffer : Vive la République! »

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Dérivai annonce que des citoyens se plaignent de la manière peu fraternelle avec laquelle agissent les Comités civils. Ils disent que ces Comités ont hérité du despotisme des anciens Comités révolutionnaires

Rue des Filles-Dieu, section de Bonne-Nouvelle, une citoyenne a été trouvée morte de froid dans sa chambre.

Signé : Rouchas, Hornin.

Pour copie conforme :

Vagent national : J.-Ch. Laveaux.

(Arch. nat., AF iv, 14T1.)

Courrier républicain du 3 pluviôse : « 4 pluviôse. ... On vient de décoi>-vrir le nid de Jacobines qui s'étaient chargées de tricoter ropinion publique* Elles étaient une cinquantaine logées cour des Miracles, chez une vieille femme couverte de haillons, quoiqu'elle eût quarante mille livres de rentes. Cette bonne maman a été arrêtée. » — Abréviateur universel du 6 pluviôse : « Pa^ ris, le S pluviôse. Le froid a été si fort aujourd'hui que le thermomètre, à sept heures et demie du matin, était à 18 degrés 8/10 au-dessous du terme de glace. » — Narrateur impartial en 6 pluviôse : « Paris. Théâtre de la République. A la suite de cette pièce [la Bayadère) on devait jouer Crispin rival de son maître ; dans Tentr'acte, on jeta un billet sur la scène. Aprèsl' avoir communiqué à Tofficier de police, Michaud se présenta pour le lire ; c'étaient des couplets intitulés le Réveil du peuple. «Non, s'écria-t-on. Fusil! Fusil! » Un citoyen prit la parole et dit : «Fusil, acteur de ce théâtre, est un des monstres qui faisaient tirer à mitraille sur les malheureux Lyonnais... Il faut qu'il fasse amende honorable en lisant ces couplets. — Il vient d'arriver, dit Michaud, et s'habille pour la petite pièce... — Eh bien, nous attendrons. » Fusil arrive et commence à lire; il s'acquittait très mal. — « 11 ne sent pas ce qu'il lit », dit une voix. Quand il fut arrivé à ces vers.

Quelle est cette lenteur barbare?

Ilâte-toi, peuple souverain, De rendre au monstre du Tenare Tous ces buveurs de sang humain.

Quelqu'un s'écria : Avis au lecteur ! Cette dure apostrophe fut accueillie par les plus vifs applaudissements. On invita Talma à déclamer les couplets qui, écorchés par Fusil, perdaient tout leur prix ; ce dernier voulut se retirer, mais on le fit rester. . . et il tint la lumière tandis que Talma lut les vers. Un citoyen observa que Talma n'était pas Jacobin : « Non, répondit-il, tous mes amis sont morts sur l'échafaud (nombreux applaudissements). » L'avant-dernicr couplet dit :

Oui, nous jurons sur votre tombe.

Par notre pays malheureux,

De ne faire qu'une hécatombe

De ces cannibales affreux.

Les chapeaux flottèrent, chacun prôta le serment : Fusil aussi leva la main : A bas le parjure, cria-t-on, l'assassin, le mitrailleur, Vaide-de-camp de Ronsinî On lut ensuite une pétition adressée à la Convention par les Lyonnais, qui demandent justice et vengeance, et dénoncent Fusil comme un de leurs bourreaux, puisqu'il était membre de la Commission populaire qui a ordonné tant de massacres. Les cris d'indignation suivirent cette lecture. Un commissaire de police invita les citoyens au calme ; on lui répondit qu'on ne souffrirait pas que Tégorgeur de dix mille Français amusât des Français, qu'enfin Fusil, qui devait jouer le rôle de Crispin, ne serait pas souffert sur la scène. «Mais, dit le magistrat, on n'a pas d'autre acteur pour le moment. — Eh bien, répondit le public, nous aimons mieux sortir. » La toile fut baissée, chacun se retira, et la pièce ne fut pas jouée. » — : Courrier républicain du 7 pluviôse : « 6 pluviôse. Tandis que la Convention s'occupe d'épurer les administrations, la jeunesse parisienne s'occupe d'une manière non moins active d'épurer les théâtres et de les balayer de tous les restes impurs de la tyrannie. Hier au soir, au théâtre de la République, on a jeté des vers, où l'auteur exprimait sa haine des terroristes. Le public a d'abord demandé que la pièce fût lue par Fusil, acteur de ce théâtre, et ci-devant membre de la Commission temporaire de Lyon. La lecture a été souvent interrompue par les applaudissements et les cris du parterre. On a demandé que les vers fussent déclamés par Talma, et que Fusil tînt une chandelle pour éclairer le lecteur. C'était un spectacle remarquable que celui de voir un des acteurs de la tyrannie de Robespierre en habit de Crispin, dans la posture d'un coupable qui fait amende honorable, et qui est forcé de prêter serment au régime nouveau de la justice et de la liberté. Cette journée n'a pas été heureuse pour le théâtre de la République. La scène du Crispin-Fusil a été précédée de la chute de la Bayadère, comédie nouvelle en cinq actes, de la citoyenne Candeille. »

Rapport du 6 pluviôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — Marceau rapporte que, dans les environs des halles, dans plusieurs cafés, des citoyens des environs de Paris et même de Versailles disaient qu'ils sont réduits à un quarteron de pain, et que les plaintes étaient punies de la prison ; que, le jour de la fête on disait hautement à Versailles qu'on ferait mieux de leur procurer de la farine que de décréter des fêtes, que plusieurs de ceux qui tenaient ces propos furent arrêtés.

La suspension de la distribution du porc frais fait aussi murmurer. La pénurie du bois dans cette saison rigoureuse réduit les citoyens

423 REACTION THERMIDORIENNE [24 janvier 1795]

à la plus terrible souffrance, et surtout à la vue du monopole le plus extraordinaire sur cet objet de première nécessité, qui est vendu jusqu'à 400 et 500 livres la corde.

Naudet rapporte avoir entendu dire qu'il se fabrique actuellement des bagues, appelées collier de chien. Sur la face de ces bagues sont gravées des fleurs de lis avec cette inscription : « Je vis malgré eux ». Cette gravure est couverte d'une double plaque. La Commission va s'occuper de la recherche des ouvrière qui composent ces sortes de bijoux.

Spectacles. — ...Au théâtre du Vaudeville, une pièce de vers a été jetée sur le théâtre ; ces vers, dont un des artistes a donné lecture, contiennent le récit des atrocités commises et la demande d'une prompte justice de tous les coupables.

Commerce. — Losset rend compte des rassemblements considérables formés aux barrières de Pantin et de la Villette par les habitants des communes environnantes, qui menaçaient les citoyens de garde à ces deux portes de leur ouvrir le ventre à coups de couteau. Cet inspecteur a été sur le champ à requérir la force armée des sections du Nord et de Bondy, qui se sont empressées de se joindre à leurs frères d'armes ; les attroupements ont disparu, mais non sans beaucoup de murmures. On continuera de veiller ces barrières

Launay, Guérin, Lassiot et autres disent que jamais on n'a vu autant de monde à aucune distribution qu'à celle de Tile Louviers, où Ton donne quatre bûches pour quinze sols. Le public a forcé la garde, et chacun paraissait disposé à se partager le bois. Deux représentants du peuple et les inspecteurs ont invité le public à cesser ce désordre, parmi lequel le marchand ne pouvait continuer la vente. La distribution a recommencé et n'a flni qu'à sept heures et demie du soir. Une femme a eu le bras cassé dans le tumulte, et un enfant de treize ans a manqué d'être étouffé. La majeure partie des indivi* dus qui viennent chercher de ce bois en font un trafic ; ils revendent leurs quatre bûches jusqu'à 6 livres et reviennent souvent à la charge. Les bons citoyens désireraient que cette distribution fût faite dan& les sections. On a fait part de leurs désirs aux Comités de gouver*

nement

Les légumes sont rares dans les halles et marchés, mais les autres denrées y sont abondantes ; il y a beaucoup de viande, de porc, d'œufs.

Surveillance. — Du rapport de Goumoze il résulte qu'au café Raisson on témoignait des inquiétudes sur le sort de nos soldats en Hol*

lande dans le cas d*un dégel subit ; qu*au café de Chartres, le

projet de décret sur la loterie n'est point adopté. Au café Beaujolais, dit Moura^ on accusait Marat d'avoir aimé le sang; on lui donnait différentes épithètes dictées par la haine ; on parlait de Malesherbes, défenseur de Capet: on regrettait sa mort, en disant qu'il avait fait beaucoup de bien dans sa commune.

On a aussi parié de l'augmentation des députés, en observant qu'on ferait mieux de diminuer la masse des assignats que d'augmenter les différents traitements. La surveillance la plus exacte va être établie sur ce café.

Caillouet annonce qu'au café Payen on critiquait l'almanach de 1795 et l'on disait que les hommes libres n'avaient proscrit les saints que parce qu'ils avaient été inventés par des esclaves.

Dorival annonce qu'au café de la rue des Petits-Champs, en face de celle des Bons-Enfants, il va beaucoup de personnes peu amies de la République ; vers les midi ou une heure, le facteur apporte au maître du café dix à douze lettres, qui sont rendues aux habitués de ce café. La surveillance va suivre cette affaire, qui demande beaucoup

d'attention

Barbabin, Fauconnier.

Journaux.

Jowmal de Perlei du 6 pluviôse : « Le froid continue à être excessif. La Seine étant toujours glacée, le bois est exlrômement rare à Paris. Le gouvernementy voulant, autant que les circonstances le lui permettent, venir au secours des indigents, a ordonné dans chaque section la distribution d'un certain nombre de falourdes à 20 sols chacune, tandis que les regraticrs les vendent 3 livres 10 sols dans leurs boutiques. Le peuple supporte ces embarras du moment avec une admirable patience. Il sait que ce froid, qui nous cause ici tant de maux, facilite les triomphes de nos braves frères d'armes, et leur ouvre* les portes d'Amsterdam. »

Rapport du 7 pluviôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — Dans tous les endroits publics la joie se manifestait des nouvelles de nos victoires. La prise d'Ams-

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425 RÉACTION THERMIDORIENNE [25 janvier 1795]

terdam promet les plus heureux effets. Déjà, au café des Ganonniers, où se rassemblent ordinairement une infinité d'agioteurs de différents commerces, ces nouvelles avaient fait impression. Ces sortes de gens qui ne trouvent leur fortune que dans les calamités publiques, assurent que ces nouveaux succès avaient déjà opéré une diminution considérable dans le prix des marchandises, et que la valeur numérique avait baissé sur le champ de 25.

Les jeunes gens qui se rassemblent à ce café se sont portés dans tous les spectacles, où ils ont semé le désordre en exigeant de plusieurs artistes qu'ils parussent sur la scène, et, sur le désaveu que plusieurs de ces agitateurs éprouvèrent au théâtre de la rue Favart, ils se retirèrent en menaçant de revenir en force, ce qu'ils exécutèrent. Au théâtre des Arts, Lays parait être le sujet désigné, et, comme il est retenu chez lui depuis quelques jours par maladie, les mêmes jeunes gens ont annoncé qu'ils iraient Tarracher de son domicile et le conduire par force au café des Canonniers pour lui faire chanter les couplets qu'ils ont mis à l'ordre du jour. Ces différents mouvements exigent de promptes et vigoureuses mesures, toute surveillance et toute mesure partielle étant de nul effet pour réprimer ces désordres d'autant plus coupables qu'ils troublent le sentiment général de satisfaction que les succès des armées de la République font éprouver à tous les citoyens.

L'esprit public se prononce bien sensiblement par l'héroïque constance du peuple à soutenir les calamités publiques et sa sagesse à ne point prendre part aux troubles qui agitent les endroits publics, quelques moyens qu'on emploie pour l'engager â y prendre part et à se soulever.

Le bruit court que les puissances ont envoyé à Bâie des ambassadeurs, pour engager les treize cantons à négocier une paix. Le public parait disposé à entendre ces accommodements pourvu qu'ils soient cimentés par la ruine des Anglais, seul peuple avec lequel les Français ne doivent point faire de paix.

Les principaux spectacles ayant donné lieu à tous les mouvements ci-dessus indiqués et rapportés dans le courant de la soirée aux Comités de surveillance, nous avons cru qu'il était inutile de les rapporter.

Commerce. — ... La majorité des boulangers de la section des Droits de l'Homme se plaint de n'avoir point reçu hier de farine

Brunel, Thion et autres étaient à huit heures du matin à l'île Louviers ; il y avait un monde considérable. La vente n'était pas encore commencée à onze heures; le public a forcé la garde et est entré dans

Tîle ; la distribution a fini à deux heures, et tout le monde a payé le prix de ses quatre bûches. Plusieurs membres de la Commission étaient présents à cette distribution ainsi qu'à celle de la rue Amelot

Au marché Martin et dans les Halles, il y avait beaucoup de viande et de porc, mais peu de légumes ; il y en avait un peu plus au marché Denis, mais à des prix exorbitants.

Le 6 et 7 pluviôse, il est arrivé pour Tapprovisionnement des marchés 200 voitures de différentes denrées et 9 de marée.

Surveillance. — Moreau rend compte que des jeunes gens se portent au café de Chartres pour en enlever les Sociétés et les porter au Théâtre-Italien. Suivant Simon, peu de citoyens approuvent la conduite de la soi-disant jeunesse; Ton est étonné que Ton n'y ait déjà mis ordre.

Hoslaux annonce que la femme qu'il a dénoncée dans son précédent rapport pour [avoir] crié Vive le roi/ a été arrêtée cette nuit comme ivre

Dagomer rapporte qu'au Palais-Égalité on a allumé un feu et dansé autour en réjouissance des victoires remportées en Hollande. Les cris de Vive la Convention! Vive la République! Vivent nos braves défenseurs I se sont fait entendre.

Au théâtre de la rue Favart, il y a eu du tumulte à cause des Jacobins; une chanson intitulée le Réveil du Peuple a été chantée par Chénard, Trial tenant la chandelle ; le trouble a cessé dans ce spectacle par la présence du commissaire de police. Le spectacle a fini avec le plus grand calme

n résulte du rapport de Gallée que beaucoup d'ouvriers se tiennent dans les cabarets et y sont tranquilles ; ils ont témoigné leur joie de la prise d'Amsterdam, j

Barbarin, Hornïn.

(Arch. nat., F* «III, Seine, 15.)

Journaux.

Narrateur impartial du 7 pluviôse : « Théâtre de V Opéra- Comique national, rue Favart. On donnait hier, pour première pièce, te Soubrette. Trial, acteur de ce théâtre, ci-devant membre du Comité révolutionnaire de la seclion Le Peletier, sous-chef bourreau pendant dix mois, assassin de la citoyenne Sainte-Amarante et de plusieurs autres citoyens, jouait dans cette pièce un rôle d'aristocrate. On lui appliqua toutes les allusions auxquelles son rôle pouvait prêter. Quand la pièce fut finie, on demanda le Réveil du peuple. Trial se présenta pour le chanter. « Tu n'en es pas digne, lui cria-t-on; nous voulons

427 RÉACTION THERMIDORIENNE [25 janvier 1795]

Chénard. «Chénard prit les couplets, et Trial voulut se retirer; on lui enjoignit de rester pour tenir la lumière. Aussitôt, des murmures partirent de quelques loges ; on traita de muscadins les jeunes citoyens qui voulaient faire sentir à Trial tous ses torts ; les td tes s'échauffèrent, quelques coups furent donnés. Aussitôt deux cents citovens entrent dans la salle en criant : A bas les Jacobins! où sont-ils? désignez- les! Ceux qui avaient injurié les jeunes citoyens se retirèrent sur-le-champ, et le Réveil du peuple fut chanté au bruit des applaudissements par Chénard, humblement éclairé par Trial. Quand les couplets furent finis, un citoyen s'écria.: « Trial, qu'as-tu fait des assignats et des bijoux que lu as pris dans mon secrétaire? Tu mettais les scellés avec ton pouce, et lu les levais avec tes ongles.» Les acteurs voulurent commencer la seconde pièce. Ils furent interrompus par les cris de à bas Trial ! Le commissaire de police invita au calme, on renouvela les cris de à bas Trial; enfin Trial se retira, et la pièce fut jouée en retranchant son rôle. » — Vedette du 7 pluviôse : « L'hiver rigoureux que nous éprouvons, et dans une grande partie do la France, fera époque dans l'histoire, surpassera peut-être, par les événements fâcheux qu'il a produits, tous nos grands hivers, comme ceux de 1709, 1740, 1776 et de 1788 à 1789. Voici un détail des grands froids de celui-ci, que nous transmet le citoyen Messier, de la ci-devant Académie des sciences. Le grand froid de cet hiver a commencé par des gelées de 4, 5 et 6 degrés ; mais le froid se fit sentir violemment pendant vingt-quatre heures, du 4 au

5 nivôse, ou du 24 au 25 décembre (vieux style), par un vent entre l'est et le sud-est, d'une grande violence, qui fit descendre les thermomètres au mercure du citoyen Messier, qui étaient placés à son observatoire, à 10 degré au-dessous de la congélation, et ce grand froid suffit pour geler la rivière de Seine au-dessus du pont de la Tournelle, le bras qui passe au quai des Augustins, et les bords du grand canal à une grande distance ; ce grand froid avait également glacé le grand bassin des Tuileries, et la glace cassée, le 31 décembre, avait plus de cinq pouces d'épaisseur. Il tomba de la neige la nuit du 5 au

6 de nivôse, et le froid continua ensuite. Le 14 de nivôse, par un vent du Nord, les thermomètres descendirent à 10 degrés et demi; le 16 au matin, à 9 degrés et demi; le 17 et le 18, les thermomètres remontèrent à la congélation, et le temps semblait annoncer une cessation de froid ; mais le froid reprit ensuite : le 2.", les thermomètres redescendirent à 9 degrés, ainsi que le 26, 27, 28 et 29 à 9 degrés et demi ; le 30, à 10 degrés et demi; le 1«^ pluviôse, matin et soir, à 10 degrés ; le 2, matin et soir, à 10 degrés un tiers ; le 3, il tomba, dans l'après-midi, environ 6 lignes de neige; mais le 4 (23 janvier, vieux style), le ciel étant passablement beau, ainsi que la nuit qui avait précédé, le vent était nord-est, sensible et très piquant; le baromètre était descendu à la pluie à 27 pouces 7 lignes trois quarts. Le citoyen Messier trouva ses deux thermomètres au mercure, à son obser\atoire, descendus, l'un à 45 degrés et demi, et le second à 15 degrés trois quarts. Ce grand froid donne trois quarts de degrés de plus qu'en 1709,' '.ogres et demi de plus qu'en 1740, et un demi-degré aussi de jUus qu'en i i, deux degrés de moins qu'en 4788; 31 décembre 7 heures 3/4 du matin. ' a peut compter sur l'exactitude de ces observations, ayant été faites à dei^.. thermomètres au mercure, qui avaient déjà servi à mesurer le grand froid des hivers de 1776 et de 1788 à 1789. »

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