Tome V
commissaire de police, le Bureau central a invité le commandant temporaire adonner des ordres pour qu'il y ait un factionnaire sur ce même quai, vis-à-vis la rue Git-le-Gœur. Le procès-verbal, constatant les voies de fait exercées parles garçons boulangers sur le citoyen
Perier, a été envoyé au juge de paix de la division
Théâtre Louvois. — En conséquence d'une lettre du ministre de la police, relative à la position du théâtre Louvois, dont la construction en bois et sa proximité du Théâtre national des Arts et de la Bibliothèque ont excité des craintes sur les dangers qui pourraient résulter des représentations de pièces à feu dans ce théâtre, le Bureau central a invité le citoyen Moitte, architecte, à s'attacher principalement, dans les visites qu'il fera des théâtres, à ce que celui-ci soit pourvu de ce qui est nécessaire pour éloigner toute crainte. Il a recommandé au commissaire de police de la division Le Peletier de faire tout ce qui dépendrait de lui pour assurer l'effet de cette mesure
^ L. MiLLY.
(Arch. nat., BB ^ 88, et F ^ 3841.)
MCDXXIII
Rapport du bureau central du 12 thermidor.
Mœurs et opinion publique. Esprit public. — Les passions paraissent depuis quelques jours vouloir sortir de leur assoupissement. La sérénité des esprits n'est pas aussi pure qu'elle l'était précédemment ; on agite des questions infiniment délicates, et elles ne sont pas traitées avec cette bonne foi qui annonce l'amour de l'ordre et l'attachement à la République. — Il s'est rendu beaucoup de monde à la fête, mais on n'y a pas remarqué une gaieté réellement unanime ; l'enthousiasme était surtout parmi les artistes, tant ceux qui formaient le cortège que ceux qui se trouvaient présents comme simples spectateurs. Depuis ce moment les opinions se sont insensiblement prononcées sur l'esprit même de la fête, et il était évident que les motions qu'elle avait fait naître dans le sein du Corps législatif avaient chacune leurs partisans. Un grand nombre a pensé que l'intention de quelques représentants était de supprimer du nombre des solennités celle du 9 thermidor, et les malveillants, plus hardis, n'ont
19 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [29 juillet 1798]
pas laissé échapper cette occasion de faire voir partout des symptômes de terrorisme. On remarquait une sorte de joie perfide sur la physionomie de quelques amis du trône, qui prenaient grand plaisir à faire du 9 thermidor avec le 10 août un parallèle dont l'avantage ne restait jamais à cette dernière époque. En un mot, on ne peut dire encore qu'il y ait une guerre d'entamée contre l'opinion, mais on ne peut dissimuler non plus que certaines gens, dont l'esprit ne se conciliera jamais avec la forme actuelle du gouvernement, emploient tous leurs efforts pour le faire haïr, en le représentant sans cesse sous les traits les plus révoltants. Ce ne sont que des indices avantcoureurs de tentatives plus ouvertes. — On a aussi remarqué l'impression profonde qu'avait produite sur les esprits de ceux que révoltent les moindres efforts du royalisme, l'écrit injurieux au gouvernement, censé publié par un lieutenant invalide; on y a vu le plan d'avilir et peut-être le projet ridicule d'effrayer par de vaines menaces les premières autorités, et encore celui d'appeler le mépris sur les militaires respectables qui ont versé leur sang pour la défense de la patrie. — Mais le sujet principal des entretiens du moment est la question de savoir si les dispositions de la loi du 19 fructidor relatives à la surveillance des journaux seront prorogées ou non ; si la presse alors reprendra une liberté illimitée ; s'il ne conviendra pas de rendre une loi nouvelle, qui remédierait par d'autres moyens aux abus qui ont caractérisé, qui caractérisent encore, quelques écrivains périodiques. Rien de plus évident que le plaisir que goûtent par anticipation les royalistes et les anarchistes à l'approche de l'époque fixée pour l'expiration de la loi du 19 fructidor. Chacun propose à l'envi ses vues, et il est bien à remarquer que toutes tendent à ôter les feuilles périodiques de dessous la surveillance immédiate du gouvernement. L'un veut une loi qui détermine les cas où un écrivain serait répréhensible ; un autre provoque une loi contre la calomnie ; celuici reporte le journaliste coupable sous Faction exclusive des tribunaux, et ce qui prouve davantage la mauvaise intention de ceux qui semblent même provoquer quelques mesures de répression de la licence de la presse, c'est qu'ils ne s'occupent que de ce point, comme du seul que l'expiration de la loi du 19 doit laisser à traiter. Quant aux autres dispositions, non moins essentielles, de cette loi, notamment celles qui ont rapport aux ci-devant nobles et aux émigrés, ils gardent sur elles le plus profond silence. Rien ne prouve plus en faveur de cette loi que les efforts employés par les hommes de parti pour la faire tomber dans un oubli complet. — Le résultat des réflexions que l'on soumet à l'autorité est que l'opinion paraît entrer
légèrement en fermentation, et que les amis de Louis XVIII se ressentent de l'approche d'une époque contre laquelle ils n'ont cessé de nourrir les plus vifs ressentiments.
Mœurs. — On a vu avec horreur circuler sous le titre de RésurreC' tion du Père Duchesne de nouveaux numéros d'un journal clandestin *, sorti d'une plume qui paraît avoir été trempée dans la fange. L'autorité est informée de ce délit contre les mœurs.
Spectacles et promenades. — Les spectacles ont été calmes, mais aussi ont été nuls pour l'opinion publique ; on n'y voit paraître aucune production nouvelle qui puisse fournir un aliment de plus au patriotisme ; on croit même remarquer que les compositeurs du jour ont si peu ce dessein qu'ils placent la plupart du temps leur action ou leurs personnages en pays étranger, pour sauver dans le cours des rôles la dénomination de citoyen.
Culte. — Le culte ne donne lieu à aucune observation essentielle.