Voir plus haut, p. 547 et
2. Pièce anonyme, représentée pour la première fois le 10 prairial.
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Journaux.
Réducteur du 22 prairial : « Procès-verbal de la cérémonie funèbre qui a eu lieu au Champ-de-Mars, le 20 prairial an VII, en mémoire des citoyens Bonnier et Roberjot, ministres plénipotentiaires de la République française au Congrès de Rastadt, assassinés le 9 tloréal an VIÏ, à neuf heures du soir, par les ordres et par les satellites du gouvernement autrichien. — L'an VU» de la République française une et indivisible, le 20 prairial, à deux heures aprèsmidi, en exécution de la loi du 22 floréal dernier, portant qu'il serait célébré ce jourd'hui dans les deux Conseils, dans les cantons de la République et dans les armées de terre et de mer, une fête funéraire en mémoire des citoyens Bonnier et Roberjot, et conformément aux dispositions du programme arrêté, le 3 de ce mois, par le ministre de l'intérieur, d'après les ordres du Directoire exécutif, concernant le cérémonial qui serait observé dans la célébration de cette pompe funèbre de la commune de Paris; les membres du Directoire exécutif en grand costume et le secrétaire général se réunissent au lieu ordinaire des séances, pour se rendre au Champ-de-Mars. Les ministres sont successivement annoncés et introduits dans le lieu des séances. Les généraux commandant la d7« division militaire et les États-Majors se rendent auprès du Directoire exécutif, et s'assemblent dans la salle dite des ministres. Dès l'aube du jour, le canon avait réveillé la douleur publique; ses coups, frappant l'air de quart d'heure en quart d'heure, appelaient les citoyens à venir confondre, avec leurs premiers magistrats, les sentiments de la commune indignation. Pendant la matinée, les administrations municipales du canton de Paris avaient exécuté les dispositions des articles 4 et 5 de la loi du 22 tloréal : chacune d'elles s'était assemblée dans le temple de son arrondissement. On y avait élevé deux colonnes : l'une blanche, ornée des couleurs nationales et des attributs de la liberté et du courage; l'autre noire, et couverte des emblèmes de la lâcheté et d'autres attributs infamants. Le président de chaque administration, après un discours analogue à l'objet de la cérémonie, avait proclamé le nom des conscrits de l'arrondissement partis pour les armées, et appendu à la colonne glorieuse le tableau de ces noms. Sur la même colonne, on avait, au milieu des chants de victoire et de reconnaissance, placé les noms de ceux qui, sans être appelés par la loi de conscription, se sont présentés librement pour défendre la République, et venger l'injure faite à toutes les nations dans la personne des ministres français égorgés. Les noms de ceux des conscrits qui ne sont pas partis pour les armées avaient ensuite été lus et affichés sur la colonne d'infamie, pour n'être effacés de ce tableau qu'après qu'ils auront rempli leurs devoirs de Français et de citoyen. A onze heures du matin, les administrations générales, l'Institut national et le tribunal de cassation, les administrations locales, les tribunaux et autres établissements du département de la Seine, s'étaient rassemblés au palais national des sciences et des arts, et de là s'étaient mis en marche pour se rendre en ordre à la maison du Champ-de-Mars. Tous les citoyens qui faisaient partie du cortège portaient un crêpe au bras. Le cortège marchait au son d'une musique funèbre, précédé d'un drapeau noir, escorté d'un détachement de la garde nationale sédentaire et de militaires de la 17« division. Le Directoire part pour se rendre au lieu de la cérémonie; il
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est précédé de ses huissiers et messagers d'État et accompagné des États- Majors de la 17^ division militaire et de la place de Paris, de plusieurs officiers généraux, des ministres et du secrétaire général. Deux piquets de cavalerie ouvrent et ferment la marche; les grenadiers à pied et achevai composant la garde du Directoire, un corps de troupes de ligne et un détachement de vétérans nationaux .escortent les voitures et marchent les armes basses. Les tambours, couverts de crêpe, exécutent par intervalles de sombres roulements; les trompettes et les instruments militaires, également voilés, répondent à l'affliction générale par des accords lugubres. On arrive dans cet ordre à la maison du Champ-de-Mars : le Directoire y est salué par les ambassadeurs et envoyés diplomatiques des puissances étrangères, qui s'y étaient réunis à l'avance, portant des signes de deuil, pour prendre part à cette solennité. Le Directoire y trouve encore les familles des citoyens Roberjot, Bonnier et Jean de Bry, et du citoyen Rosenstiel, secrétaire de légation. Elles s'y étaient rendues sous l'escorte d'une garde d'honneur. Le ministre des relations extérieures les présente au Directoire, qui leur adresse des paroles de consolation. Le Champ-de-Mars est décoré d'une manière analogue à la cérémonie. Au milieu s'élève une vaste pyramide couverte d'inscriptions. On y lit sur la première face : « Le 9 floréal an VII, à neuf heures du soir, le gouvernement a fait assassiner, par ses troupes, les ministres français envoyés à Rastadt pour y négocier la paix. Vengeance! » — Sur la seconde : « Dites à la France que ce ne sont pas des Allemands, que ce sont des Autrichiens qui ont trempé les mains dans votre sang. » (Ainsi parlaient à Jean de Bry les autres ministres au Congrès de Rastadt.) Sur la troisième : « L'homicide Autriche invoque les bandits, les assassins, les empoisonnements pour ramener à la barbarie la civilisation européenne. » (Discours de Jean de Bry au Conseil des Cinq-Cents.) Sur la quatrième : « Un gouvernement assassin, un gouvernement qui viole le droit des gens, se met lui-même hors de la loi des nations. » Au-devant de la pyramide sont posées deux urnes de porphyre, sur lesquelles on lit ces mots : « Aux ministres français assassinés! » Des cyprès se courbent sur les bases de ces urnes, et deux cèdres les couvrent de leur ombre. D'autres arbres, sont plantés par groupe dans l'arène du Champde-Mars. L'autel de la j)atrie est transformé en Elysée, j)lanté de peupliers, d'acacias et d'autres arbres printaniers. Sous leur ombrage, l'imagination croit voir errer les héros morts pour la patrie. Du milieu d'un massif de chênes verts s'élève la statue de la Liberté ; à ses pieds, sur un autel de marbre, pétillent des feux, des bois odorants, dont de jeunes Français, décorés des couleurs nationales, sont occupés à entretenir la flamme. Sous les arbres de l'Elysée et autour de la pyramide et des urnes, brûlent des parfums dans des cassolettes de forme antique. Tous les corps militaires composant la garnison de Paris et les grenadiers de la garde du Corps législatif sont sous les armes, autour de l'enceinte destinée aux autorités. Un concours immense de citoyens et de citoyennes garnit les talus qui environnent la vaste étendue du Champde-Mars. Tous portent dans leurs traits et dans leurs regards l'expression de la douleur et de l'indignation. Deux coups de canon annoncent l'ouverture de la cérémonie. Le Directoire et tout le cortège réuni dans la maison du Champde-Mars, en descendent pour se rendre auprès de la pyramide funéraire. Le cortège se compose ainsi iju'il suit... [Suit la liste des autorités dans l'ordre de préséance.) Tous ceux qui font partie du cortège portent à la main un rameau
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de chènc ; un corps de musique en dirige lentement la marche par des accords funèbres. Au milieu du cortège et devant le Directoire, s'avancent d'un pas faible et chancelant, précédées de deux drapeaux noirs, les familles gémissantes de Roberjot et de Bonnier, celle de Rosenstiel. Parmi ces victimes secondaires de la férocité autrichienne, auxquelles le plus odieux comme le plus lâche des attentats vient de ravir un époux vertueux, un frère tendre, un frère sensible, un parent affectueux, tous les spectateurs, d'un gmI inquiet et mouillé de larmes, cherchent vainement à reconnaître la veuve de Roberjot : ses forces ne lui ont pas permis de se traîner au lieu de la cérémonie ; elle est encore poursuivie par l'image horrible de l'assassinat de son époux égorgé et mis en lambeaux dans ses bras, lorsqu'elle s'efforçait de le couvrir de son corps et demandait aux barbares la grâce affreuse de lui faire partager le sort de son mari. Tous les regards se fixent avec attendrissement sur l'épouse de Jean de Bry, toujours tremblante et agitée, et pouvant croire à peine au miracle qu'opéra le génie de la Liberté en rouvrant les portes du tombeau, pour lui rendre son époux assassiné sous ses yeux. Sur un brancard soutenu par vingt-quatre militaires, est portée la figure colossale de la Justice des .Nations, tenant d'une main un glaive levé, et montrant de l'autre les habits dont le ministre plénipotentiaire Jean de Bry était revêtu le jour où il fut poignardé par les Autrichiens. Ces vêtements, ornés de branches d'olivier, symbole de sa mission de paix, sont souillés de son sang et portent les empreintes multipliées du fer dont il fut atteint. Sur les draperies qui couvrent le brancard, on lit l'inscription que Jean de Bry a faite pour ses enfants, en leur léguant ses habits ensanglantés :
Bénissez la Providence et maudissez l'Aidriche.
Vient ensuite un corps de musique instrumentale, qui exécute une marche funèbre de la composition de (iossec. Immédiatement après, sont portées par des militaires mutilés les oriflammes qui doivent, en conformité de l'article 7 de la loi du 22 tloréal dernier, être envoyées par le Directoire exécutif à chacune des armées actives, pour n'être portées dans les combats que par l'ordre exprès du général en chef, et être, en temps de paix, déposées dans les salles du Corps législatif. Ces oriflammes, aux trois couleurs, portent pour inscription : « La Nation outragée dans la personne de ses plénipotentiaires assassinés à Rastadt par les satellites de l'Autriche. Vengeance! » Au milieu des oriflammes marche le Directoire, précédé du secrétaire général et des ministres, et accompagné des membres du corps diplomatique. Un détachement de troupes ferme la marche. Le cortège se dirige par l'allée des peupliers, à droite du Champ-de-Mars. Arrivé près de la pyramide, il se forme en demi-cercle. Le Directoire exécutif s'avance vers le monument, et chacun de ses membres dépose, avec recueillement, sur les deux urnes des branches de cyprès. Le plus profond silence règne pendant cette pieuse cérémonie. Le Conservatoire de musique exécute alors l'hymne à la mémoire des plénipotentiaires assassinés, composé par le citoyen Boisjolin, musique du citoyen Gossec.