‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 138 sur 254 · LES NOUVKAUX DÉFENSEURS DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

LES NOUVKAUX DÉFENSEURS DE LA PATRIE

Sombre hommage des funérailles.

Nous répondrons à votre deuil !

Oh ! glaive brûlant des batailles, Nous le vouons nos liras sur ce double cercueil !

bb7 DIRECTOIRE EXECUTIF [8 juln 1799]

Tremble, Autriche coupable, au sein de tes murailles ! Tombe de ton pouvoir le sanguinaire orgueil !

Les combats sont nos représailles :

Les combats seront ton écueil.

CHŒUR r.ÉNÉRAt..

Nature! Douce paix! Toi, généreuse France I Et vous, peuples amis, à la fois outragés !

Tous vous criez : Vengeance

Vous serez tous vengés.

Le Directoire et le cortège continuent leur marche et vont occuper l'enceinte qui leur avait été préparée en avant de la pyramide. On dépose la figure de la Justice des Nations sur un cippe au milieu de Tenceinle. Les chœurs du Conservatoire exécutent un chant funèbre. Un orateur, le citoyen Chénier, membre de l'Institut national de France, s'avance dans l'enceinte, une branche de cyprès à la main, et se place sur un socle de marbre noir, pour prononcer l'éloge funèbre des victimes de la barbarie autrichienne. Un pavillon noir et un coup de canon indiquent successivement le moment du silence et celui où l'auteur commence son discours. Au même instant, ce discours est répété par des citoyens placés à diverses distances, vis-à-vis des talus occupés par les

spectateurs *

L'auteur est interrompu à diverses reprises par les gémissements des parents des ministres égorgés, par les mouvements de l'indignation publique et par les cris : Vengeance ! Vengeance ! Les mêmes impressions se communiquent à tous les spectateurs montés sur les talus ; de toutes les parties du Champ-de-Mars s'élève un concert d'imprécations contre le gouvernement coupable du plus odieux des forfaits. L'artillerie y répond par une explosion simultanée et la musique exécute l'hymne de la Vengeance. Alors le Directoire exécutif se lève. Un pavillon rouge agité près du pavillon noir et un coup de canon annoncent une seconde l'ois le moment du silence. Le citoyen Merlin, président du Directoire exécutif, prononce le discours suivant, qui est en même temps répété par les orateurs placés vis-à-vis des talus ^.. Vive la République I répètent tous les assistants. Vive la République ! Vengeance ! Vengeance ! A ces cris, élevés jusqu'aux nues, se joignent les roulements des tambours, dont on a ôté les crêpes ; les trompettes y mêlent des sons aigus et gémissants, et l'artillerie les détonations majestueuses de vingt bouches à feu. Le Directoire et le cortège sortent de l'enceinte et s'avancent vers la statue de la Liberté. En passant près des urnes, chaque citoyen du cortège dépose sur leurs bases le rouleau qu'il tenait à la main. Arrivés auprès de la statue de la Liberté, le Directoire prend séance en face de l'autel, où brûle le feu symbolique entretenu par les jeunes Français. Les troupes disséminées dans le Charap-de-Mars viennent se réunir autour de la pyramide et de la statue de la Liberté. Le cortège se range en cercle devant l'autel. Au milieu sont les oriflammes destinées aux armées actives. Les guerriers blessés qui les portent les présentent au Directoire. Le président les orne des couleurs

1. Suit le discours de Marie-Joseph Chénier, que nous ne reproduisons pas,

2. Suit le discours de Merlin (de Douai), qui se termine par le cri de Vive la République 1

[8 JUIN 1799J DIRECTOmE EXÉCUTIF 5b8

nationales et dit : « La République confie à ses défenseurs les oriflammes destinées à perpétuer le souvenir du plus grand des forfaits. C'est entre les mains de leurs pères, vieillis dans les combats, qu'elle remet ce précieux dépôt ; et c'est de l'antique habitation illustrée par leur présence, c'est du temple do l'honneur qu'il sera dès demain porté aux armées chargées de la vengeance nationale. Guerriers français, voyez flotter, aux champs de la gloire, ces étendards révérés qui semblent teints du sang des ministres de la paix ; contemplez l'image de la patrie outragée ; invoquez les noms sacrés de la justice et de l'humanité, et marchez à la victoire. » A cette invitation le tambour répond par le pas de charge, la musique par l'hymne de guerre : « Allons enfants de la patrie », l'artillerie par une salve générale, et les colonnes républicaines, par des feux de file, de peloton et de bataillon. Le cortège retourne à la maison du Champ-de-Mars par le côté occidental du cirque, dans l'ordre observé pour la première marche. Vn groupe nombreux de jeunes Français suivent les oriflammes portées par les vétérans, irnpatients de s'élancer sur leurs traces, dans la carrière de l'honneur. La musique attachée à tous les corps militaires joue sans interruption , jusqu'au retour, l'autre hymne de

guerre : « La victoire en chantant » Le Directoire, rentré à la maison du

Ghamp-de-Mars, adresse de nouveau ses consolations aux parents des ministres français égorgés par l'Autriche, puis retourne au palais national, dans l'ordre qui avait été suivi pour le départ. » — liédacleur du 23 prairial: « Procèsverbal de l'installation du citoyen Sieyès, membre du Directoire exécutif. L'an VU" de la République française une et indivisible, le 20 prairial, le citoyen Sieyès, élu membre du Directoire exécutif, en remplacement du citoyen Ueubell, sorti par le sort, ayant l'ait prévenir le Directoire qu'il était arrivé -à Paris ; en exécution de l'instruction arrêtée par le Directoire, le b de ce mois, pour la réception du citoyen Sieyès, le ministre de l'intérieur s'était rendu auprès de sa personne avec deux voitures du Directoire ; une troisième y avait conduit un messager d'État et deux huissiers. Un adjudant, un aide de camp et six ordonnances de la garde s'étaient portés auprès du citoyen Sieyès, pour prendre ses ordres et l'accompagner jusqu'au palais directorial. Le commandant de la garde s'y était également porté à la tète d'un détachement de la garde à cheval. Le commandant de la place s'y était aussi rendu avec son Etat-Major. Le citoyen Sieyès s'est rendu au Directoire, dans une des voitures qui lui avaient été envoyées. Le ministre de l'intérieur et le commandant de la garde y étaient montés avec lui. Le citoyen Sieyès a expédié deux ordonnances au président du Directoire, pour le prévenir de sa prochaine arrivée. Le cortège s'est rendu au palais national du Directoire, au milieu d'un grand concours de citoyens accourus sur son passage. Le citoyen Sieyès est descendu dans l'appartement qui lui avait été préparé, et en a fait donner avis au Directoire. Les membres du Directoire et le secrétaire général, en costume, se sont assemblés aussitôt au lieu ordinaire des séances. Les ministres, aussi en costume, d'après l'invitation qui leur avait été faite par le secrétaire général, se sont rendus en même temps auprès du Directoire. Le secrétaire général est chargé de se transporter auprès du citoyen Sieyès pour l'inviter à venir se réunir aux membres du Directoire. Le secrétaire général précédé d'un messager d'Etat et de deux huissiers, se rend chez le nouveau Directeur ; arrivé, il est introduit auprès du citoyen Sieyès et lui annonce que le Directoire est prêt à le recevoir. Le nouveau Directeui-, accompagné du secrétaire général

559 DIRECTOIBE EXÉCUTIF [0 jli.n I799J

et du ministre de l'intérieur, se met de suite en marche, précédé de deux messagers d'État et de quatre huissiers. Une double haie, formée par la garde, marque son passage, une musique militaire annonce sa marche, et l'artillerie placée dans le jardin du palais le salue par douze coups de canon. Il traverse les salles au milieu des applaudissements de tous les spectateurs. Le citoyen Sieyès, introduit dans la salle des délibérations, reçoit de ses nouveaux collègues Taccolade fraternelle, et leur adresse le discours suivant '. .. Douze coups de canon annoncent l'installation du nouveau Directeur. De suite un message est fait à l'un et à l'autre Conseil pour leur donner avis de l'installation du citoyen Sieyès. L'envoi en est remis au lendemain, les Conseils ayant levé leurs séances de ce jour. Fait au palais national du Directoire exécutif les jour, mois et an susdits. » — Journal du Soir des frères Chaignieau du 20 prairial : << Paris, le 20 prairial.. . . On prépare au théâtre des Arts une scène relative à l'assassinat des ministres de paix à Ilastadt. On a fait entrer dans cette scène un chœur de Dardanus, qui s'applique naturellement à cette horrible catastrophe, et à la vengeance que toutes les nations doivent en

tirer » — Gazette de France du 20 prairial : « Tous les spectacles

sont fermés aujourd'hui à cause de la fête funéraire ordonnée par le Corps législatif en mémoire des ministres français assassinés à Rastadt. >' — xiinl des

Lois du 22 prairial : « Les Tuileries furent très brillantes hier, jour de la

fête funéraire ; cette promenade, entretenue avec goût, avec un soin tout'particulier, offre un tableau d'autant plus intéressant que le peuple, les jours do repos, y trouve un délassement agréable et aucune occasion de se livrer à la dépense ni à des excès crapuleux. Le Conseil des Anciens n'y souffre ni café, ni cabaret, ni autres établissements semblables »

MDCCXXXI

Journaux.

Journal du Soir des frères Chaignieau du 21 prairial : « Paris, 21 prairial LTnslitut a donné l'exemple des diminutions à faire sur les dépenses de l'an VUl. Celles de l'an VU avaient été portées à 414,000 francs, et il n"a demandé pour l'année suivante que 272,000 francs, en retranchant, entre autres dépenses, celles des voyages. Voici comment il motive ce retranchement : (c L'Institut, quoique pénétré de l'importance et de l'utilité des " voyages pour les progrès des sciences et des arts, a pensé qu"il importait '< encore davantage à leur conservation et à leur gloire de faire rentrer dans « leurs limites les Turcs' et les Russes, ces implacables ennemis de la philo-

« Sophie, des arts, des sciences et de toutes les idées libérales » — Clef

du Cahinot du 23 prairial : « Paris, le 22 prairial. Avis essentiel. L'augmentation qui vient d'être faite en droit do timbre nous force d'augmenter le prix de la souscription de ce journal. Le prix actuel de l'abonnement est de

1. Suivent le discours de Sieyès et la réponse de Merlin (de Douai), président du Directoire.

bO francs pour un an; de 25 francs pour six mois et de 13 francs pour trois mois. Cotte modique augmentation n'étant point de notre part une spéculation intéressée, mais le remboursement de la nouvelle dépense que nous avons à faire, nos souscripteurs actuels voudront bien nous en tenir compte au prorata du temps que leur abonnement a à courir « — Messager des relations extérieures du 23 prairial: € Paris, 22 prairial Le Rédacteur

d'aujourd'hui contient deux rapports faits au Directoire exécutif relativement à l'opéra Adrien. Le premier est du 13 prairial an VII, et par conséquent antérieur à sa représentation. Le ministre y rend compte au Directoire exécutif des corrections que cet ouvrage a subies, et détruit les soupçons qu'on cherchait à élever sur les inconvénients qui ])ouvaient résulter de sa représentation. La répugnance que François (de Neufchâteau) témoigne sur cette censure préliminaire fait doublement honneur à ce ministre : « Elle indis- « pose les gens de lettres, dit-il, contre le régime de la liberté avec lequel elle « leur paraît incompatible: cette sorte d'inquisition n'est ni dans mon goût, ni « dans les devoirs de ma place, ni dans l'intérêt de l'art, ni dans celui de la

(c République » Le second rapport répond au Message du Conseil des

Cinq-Cents, sur la représentation de cet ouvrage. Le ministre de l'intérieur en attribue la dénonciation à l'ignorance oîi étaient sans doute plusieurs membres du Conseil sur les changements qu'on y avait faits : «On dit ensuite, « dans l'exposé fait au Conseil des Cinq-Cents, ajoute le ministre, que cette « pièce fut faite en 1792 pour Joseph II, par un poète de la reine. Or cette « pièce a été faite en Italie, et l'on ne pouvait la faire en 1792 pour Joseph II, c< car Joseph II n'était plus. Quant à la qualité de poète de la reine qu'on donne « au citoyen Hoffmann, elle a lieu de surprendre puisqu'on assure que cet « auteur n'a jamais rien composé pour la cour. » Quant à ce qu'un orateur a avancé, que la pièce venait d'être reproduite et jouée malgré la défense du ministre de la police générale, le ministre de l'intérieur répond que, loin qu'il y ait eu une défense à cet égard, la pièce avait été approuvée sous le ministère du citoyen Le Carlier, acquise et payée 1,000 écus au citoyen Hoffmann, sous celui du citoyen Letourneux, et que le ministre de la police, le citoyen Duval, lui avait- écrit, le jour même de la première représentation, qu'il avait pris toutes les mesures de police qu'exige ordinairement une première représentation. « Tout ce qui est dans le Message porte donc absolu- « ment à faux, ajoute-t-il. On a dit que j'avais donné une somme de 1 1,000 fr. « pour faire représenter Adrien. Le fait est que je n'ai rien donné ni pu « donner à cet égard. » Cette réponse nous fait présumer qu'on va reprendre les représentations d'Adrien.

Rapport du bureau central du 23 prairial.

. . .Mœurs et opinion publique. Spectacles. — Les renseignements que l'on a reçus en dernier lieu relalivemenlà l'impression que l'opéra

B6i DIRECTOIHE EXÉGL'TIi^ [Il Juin 1799]

d'Adrien a produite sur les spectateurs confirment ceux dont on a donné le résultat; rien dans la partie lyrique, ni dans le jeu des acteurs, n'a paru préju'iicier à l'opinion, ni choquer les principes conservateurs de la liberté; il est même tel passage que l'observateur n'a pu retenir, qui a été applaudi dans le meilleur sens. La seule pompe du triomphe a paru au-dessus du caractère d'un simple général, et par conséquent peu en harmonie avec les convenances républicaines, dans le cas où des spectateurs en auraient rendu l'application sensible. — Le théâtre des Jeunes-Artistes vient de payer avec succès sa dette à la mémoire des ministres français assassinés. Le meilleur esprit a guidé la plume de l'auteur d'une petite pièce intitulée L'Apothéose des Martyrs de Rastadt. Un remplaçant consacre au soulagement d'une famille indigente la somme que lui donne un conscrit; cet acte de vertu fait rougir le conscrit de sa faiblesse; la voix de l'honneur retentit au fond de son co^ur, et il couvre la honte du sacrifice qu'il vient de faire en se rangeant sous les drapeaux à côté de celui qui, de son remplaçant, devient généreux volontaire. Le public a manifesté les plus favorables dispositions dans l'accueil qu'il a fait à celte pièce.

DuBOS, Lessore.

(Arch. nat., BB» 90, et F' 384;].)

MDCCXXXIII

Rapport du bureau cem'ral du 24 prairial.

. . .Journaux. — Une adresse très alarmante des citoyens de Grenoble aux deux Conseils et au Directoire se lit aujourd'hui dans la Feuille du jour et dans le Courrier de Paris, s'imprimant tous deux au même endroit et avec les mêmes caractères II est bien à remarquer que ces journaux sont les seuls qui publient cette adresse en entier, en annonçant qu'une partie a été lue, le 22 prairial, au Conseil <les Cinq-Cents. — L'esprit du Courrier de Paris n'était pas moins remarquable le 23, car il n'est composé, presque en totalité, que de détails défavorables sur l'état de nos opérations militaires, à la suite desquels vient encore le texte de la proclamation de l'archiduc Charles aux Suisses, et on distingue aussi, clans la rédaction des séances, et dans le choix des opinions rapportées, une teinte assez Tome V. 3t)

[12 .lUiN 1799] DIRECTOIRE EXECUTIF 562

mauvaise en ce qu'elle tend à éveiller et à nourrir, plutôt qu'à dissiper, les inquiétudes ; cet esprit est assez difficile à définir, mais ne l'est pas à sentir.

DuBOS, Lessore.

(Arch. nat., BB » 90, et F ^ 3843.)

Autre rapport du même jour.

. . .Salubrité et voie publique . . .Dissections. — Sur la demande du directeur de l'École de médecine, et en considération des besoins journaliers qu'elle a de quelques sujets pour l'instruction des nombreux élèves qui y vont puiser des connaissances anatomiques, le Bureau central a invité la commission des hospices à excepter cette Ecole des défenses générales de délivrer aucun cadavre avant le 1*' frimaire et à ne délivrer aucun sujet que sur la demande formelle du

directeur de l'École

DuBOS, Lessore.

(Arch. nat., F' 3843.)

MDCGXXXIV 24 PRAIRIAL AN Vil (12 JUIN 1799).

Rapport du bureau central du 25 prairial.

Mœurs et opinion publique. Théâtre. — Rapport sur la troisième représentation de l'opéra d'Adrien. Le plus grand calme a régné pendant toute cette représentation, et le public ou plutôt aucune partie des spectateurs n'a paru manifester des dispositions à faire la moindre application, ou à donner aux changements nouveaux que le poème a offerts la plus légère improbation, — On confirme au contraire ce que l'on a dit précédemment des applaudissements donnés à plusieurs passages favorables aux principes d'un gouvernement républicain, tels que ceux-ci :

Ce n'est point moi que vous servez,

C'est Rome, Romç seule, à qui vous vous devez. Au faite des grandeurs je saurai reconnaître Que je suis votre chef, et non pas votre maître.

On a également applaudi les vers suivants, en ce qu'ils respiraient

b63 DIRECTOIIŒ EXÉCUTIF [12 juin 1799]

les sentiments d'humanité et de générosité qui caractérisent la nation française :

Et surtout ({u'ou les traite (les captifs)

Avec tout le respect qui convient au malheur.

Plusieurs changements remarquables ont été etTectivement admis dans les paroles ; on en a fait également dans quelques accessoires. Au lieu d'une couronne de laurier et d'une palme, les sujets de la danse, figurant des Syriens, n'offrent à Adrien que des fleurs. On ne porte plus à la suite de César cette Renommée figurée qui étendait une palme au-dessus de sa tête. L'acteur chargé du rôle d'Adrien a mis un soin particulier à faire sentir les parties de son rôle qui devaient le faire considérer que comme général et non pas comme empereur. D'après cette attention on présume que c'est par erreur ou défaut de mémoire s'il a conservé cet hémistiche de l'ancien poème au moment où Emirene objectait à Adrien :

Sa gloire?

Il répond :

Elle s'accroît m régnant avec vous.

Au lieu de : « Elle s'accroît par un lien si doux », ainsi que le porte la nouvelle édition du poème. Cetire édition, avantageusement corrigée, est la seule qui ait été débitée dans l'intérieur de la salle.

Lasalle, Dubos.

(Arch. nat , BB » 90, et F' 3843.)

Journaux.

Messager des relations extérieures du 26 prairial : « Paris, 25 prairial. . ...Variktks. Sur la liberté de la })resse. Le privilège de la liberté de la presse est incontestable et rien n'est plus bizarre que de l'entendre demander dans un Etat libre. On parle de ses inconvénients ou de ses avantages suivant les passions qu'on veut satisfaire ; mais, indépendamment des intérêts particuliers, elle doit être regardée comme la sauvegarde et le signe de la liberté publique. L'Angleterre n'avait plus que ce frein à opposer à la marche ambitieuse de son gouvernement; elle l'a perdu, et George est un des monarques les plus absolus de l'Europe. Tous les législateurs ont cherché à mettre un contre-poids entre les pouvoirs qu'ils instituaient ; il n'y en a peut-être pas de plus puissant que la liberté de la presse. C'est un miroir où le peuple fait lire à ses magistrats l'éclat des vertus et l'horreur du crime. On a dit que les tyrans s'avancent en tremblant au tribunal de l'historien qui doit buriner leurs forfaits : jugement tardif, inutile pour les peuples, impuissant pour les tyrans! Ils ne craignent rien de l'immortalité de leur infamie ; ils rempliront tranquil-

[i-1 JUIN 1-/991 t)ÏRECTOIRË EXÉCUTlf o64

lement leur affreuse carrière et celui qui leur succédera préférera encore la volupté de leurs vices aux privations de la vertu. Je ne sais qui doit désirer le plus la liberté de la presse ou des citoyens ou des magistrats. Si ceux-ci n'ont que des ennemis intéressés à les tromper, des tlalteurs intéressés à les séduire, des parasites intéressés à les corrompre, qui les avertira des reproches de leurs concitoyens, dos besoins de la patrie, et des devoirs de leurs places? Comme la liberté n'est pas la licence, la liberté de la presse n'est pas celle de tout dire. Mais supposez une loi contre la calomnie, supposez une autre loi contre la provocation au renversement de la Constitution, et vous aurez bien du mal à supposer l'existence d'une république, si vous n'y laissez pas la liberté de la presse. Plusieurs hommes en craignent les inconvénients : est-ce pour eux? est-ce pour la Ré|)ublique ? Le premier motif est le plus probable. On peut dire tout ce qu'on veut contre la Ré|)uhlique, contre les armées, contre le peuple ; pourvu qu'on ne les attaque pas, on n'est pas dangereux, et en effet juger de la République par eux, ce serait en juger par ce qu'elle a de plus mauvais et l'attaquer par oîi elle aurait besoin de défense. La liberté de la presse existait à peu |)rès comme cela dans la monarchie. On parlait impunément de la Constitution : il fallait se taire sur les ministres et leurs maîtresses. Montesquieu avait attaqué des principes dans VEsprit des lois : l'ouvrage fut toléré. U attaqua quelques individus dans ses Lettres persanes : elles furent brûlées par la main du bourreau, .l'avoue qu'il est difficile de faire respecter une loi, quand le magistrat ne la rend pas respectable. Mais c'est l'afïaire de celui-ci, et s'il fallait encenser jusqu'à ses vices pour ne pas manquer de respect à la loi, nous ressemblerions à saint Ambroise, qui prêchait <( que le saint roi David n'avait point commis un crime en faisant mourir Urie pour avoir sa femme ->. On dit que le génie, l'héroïsme, la probité peuvent être ridiculisés, accusés; on ne ridiculise (|ue l'ignorance et les travers, on n'a jamais ridiculisé la victoire. La calomnie est le triomphe de l'innocent; et croyez que dans le fond on la redoute moins que la médisance. Celui qui n'avait jadis que les honoraires d'une jilace médiocre, qui menait un train de vie modeste, qui voulait la frugalité républicaine, ne veut plus en entendre parler ; il voudrait faire croire à son ancienne opulence, aux successions qui lui sont échues ; il n'est embarrassé que des moyens d'en dérober la source ; il voudrait cacher sa honte en étouffant la |)ensée ; mais sa honte est toujours tracée sur les frontispices de ses palais, sur les lames de son équipage et dans l'embarras de son œil, qui ne fixera plus celui d'un honnête homme avec sécurité. H est extrêmement susceptible ; qu'on parle devant lui de débauche ou de vol, il se récrie ; il est accoutumé à tout prendre pour lui. On craint les écrivains royalistes; ils se battent avec leurs pro|)res armes! Ceux qui voulaient faire haïr la République ont été obligés, pour en venir à bout, de lui prêter les couleurs du despotisme ; entendez-les parler de monarchie : c'est un État bien ordonné où chacun, sûr de ses biens ou de sa vie, jouit d'une liberté absolue dans tout ce qui ne contrarie pas les lois fondamentales de l'État, et ce n'est qu'à la faveur des maximes républicaines que la plume royale prêle un air de vérité à des définitions qui n'ont besoin que de changer de titre pour être exactes. »

565 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [13 juin 1799]

MDCCXXXV

Rapport du bureau central du 26 prairial.

Mœurs et opinion publique. Jeux prohibés. — Informé que des teneurs de jeux de dés, de petites loteries et autres stationnaient sur la place de la Révolution, le Bureau central a invité le commandant temporaire à renouveler l'ordre précédemment donné au poste de la Concorde, d'envoyer sur cette place des patrouilles fréquentes pour dissiper les joueurs et les teneurs de jeux.

Mendiants. — Le commissaire de police de la division de la Buttedes-Moulins a été chargé d'employer les mesures prises par la loi pour empêcher de circuler dans les galeries et dans le Jardin-Égalité des femmes accompagnées de petits enfants et qui mendient.

Bals. — II a donné ordre de faire fermer un bal tenu par la citoyenne veuve Plantier, rue Traverse, ce haletant fréquenté par des femmes publiques qui donnent lieu à des rixes, et la veuve Plantier refusant d'appeler la force armée, et faisant évader ceux qui ont commis quelque délit.

Prélèvement au profit des indigents sur la recette des bals publics. — Sur l'observation faite par l'administration municipale du i" arrondissement, que plusieurs établissements champêtres paraissaient avoir cherché à se soustraire à l'impôt des indigents, soit par de nouvelles dénominations, soit en établissant pour entrée un franc à consommer en rafraîchissements, et qu'elle pensait que l'impôt des indigents devait être prélevé sur les billets d'entrée, le Bureau central lui a répondu que les établissements où l'on consomme en rafraîchissements le prix payé à l'entrée ne peuvent être imposés au quart de la recette pour les indigents, mais qu'attendu qu'ils donnent des bals, ils seront taxés à un abonnement, d'après l'avis du commissaire de police.

Théâtre de la République et des Arts. — Les administrateurs du théâtre de la République et des Arts ont été invités à désigner au commissaire de police de la division Le Peletier les personnes qui sont seules chargées de vendre la bonne édition de l'opéra d'Adrietr, afin qu'il puisse s'opposer, conformément à leur invitation, à ce

qu'aucune personne qui n'aurait pas leur autorisation spéciale pût vendre des exemplaires de cette édition

Lasalle, Lessore.

(Arch. nat., F ^ 3843.)

Autre rapport du même jour.

.. .Journaux. — La seconde adresse faite aux Conseils et au Directoire par des citoyens de la commune de Grenoble, qui n'avait encore été publiée que par les journaux la Feuille du jour et le Courrier de Paris, Test aujourd'hui également par le Flambeau ; ce journal, quant aux autres parties qui le composent, continue à émettre son vœu pour la liberté de la presse. — On lit dans le Journal du jour, par Sablier, l'extrait d'une adresse de l'administration centrale de l'Isère, dont le but paraît être de dissiper les alarmes que celle précédemment citée avait fait naître dans l'esprit des administrés du département. — Sous divers raisonnements, le Messager des relations extérieures parle en faveur de la liberté de la presse.

Lasallk, Lessore.

(Arch. nat., BB » 90, et F ^ 3843.)

Journaux.

Messager des relations extérieures du 27 prairial : « Paris, 26 prairial. La liberté de la presse est l'objet de toutes les conversations et de tous les écrits. Nous avons ajouté quelques réflexions à celles qu'on a faites depuis si longtemps à cet égard, dans l'article communiqué que nous avons inséré hier dans notre feuille. Quoiqu'en principe nous partagions cette opinion, quoique nous pensions qu'il soit funeste au gouvernement de la craindre et même injurieux de supposer qu'il doive la redouter, nous ne prétendons pas qu'elle soit sans danger, parce que nous croyons que notre correspondant, en se contentant de supposer, dans une question si délicate, une bonne loi contre la calomnie et contre la provocation au renversement de la Constitution, a précisément supposé le point de la question le plus difficile à résoudre. Avec ces deux lois, donnez-nous de bons magistrats pour juger ces délits : vous pouvez laisser faire des méchants écrits. Mais ceux-ci sont trop communs, ceux-là ne le sont pas assez ; et, avec des magistrats faibles ou corrompus, les limites de la liberté de la presse sont si difficiles à tracer que, dans certaines crises politiques, on se trouve entre des limites sans liberté, ou une liberté sans limites. Jamais elle n'eut plus de défenseurs et de contradicteurs ; tout le monde veut arriver au même but ; c'est ce qui rend la solution plus incertaine. Nous voudrions la faire prévoir à nos lecteurs, mais nous ne leur donnerions que notre opinion, et, au milieu des débats et des plaintes qu'excite la question de la liberté de la presse, nous sommes étonnés de voir que la plupart de nos écrits prouvent, pour ainsi dire, qu'elle existe... »

567 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [15 juin 1799]

MDCCXXXVI

Rapport du bureau central du 27 prairial.

.. .Journaux. — Comme dans les annonces on ne peut plus dire une personne « de distinction », on dit seulement « une personne d'une éducation distinguée ». Ce lénitif existe dans la partie d'annonces àM Propagateur. — On lit aujourd'hui dans plusieurs journaux, et notamment dans le Messager, quelques parties d'une réponse du général Mack aux allégations qui le chargent d'avoir laissé assassiner les malades prisonniers français. — Sans varier dans le choix de ses nouvelles étrangères, la Feuille du jour parle du bombardement d'Ancône par quatorze bâtiments de guerre, le o prairial, et du « succès que n'aurait pu manquer d'obtenir l'ennemi, s'il eût attaqué cette place par terre, attendu que la garnison française n'est que de sept cents hommes ». Le Flambeau cite des lettres de Constantinople, à la véracité desquelles cependant il dit ne pas croire, mais qui parlent, suivant ce qu'il en extrait, d'une insurrection nouvelle en Egypte contre les Français.

Lasalle, Dubos.

(Arch. nat., BB ' 90, et F^ 3843.)

Journaux.

Journal du Soir des frères Chairpiinau du 26 prairial : « Paris, 26 prairial. . . Le tribunal de police municipale du I1I« arrondissement vient de condamner à une amende de trois journées et aux dépens la citoyenne Liger, lingère, Pointe-Eustache, pour avoir fermé sa boutique le jour du ci-devant dimanche, . . »

MDCCXXXYIl

27 PRAIRIAL AN VII (lo JUIN 1799).

Rapport du bureau ce.ntral du 28 prairial.

Mœurs et. opinion publique. Esprit public du 27 prairial. — On aperçoit toujours de l'inquiétude et surtout de l'abattement dans les

[i5 JLi.x 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 568

esprits en général; et.il paraît sensible que cet état d'alarme et de mécontentement vient du non-succès de nos armées. C'est dans la recherche des causes des précédents revers que l'on reconnaît l'ai- * greur et l'agitation d'un assez grand nombre de personnes. Comme ministre et comme général, le citoyen Schérer est violemment inculpé dans l'opinion publique. — Des citoyens qui ont pour habitude de se réunir en groupes, au jardin des Tuileries, n'admettent point de mesure dans leurs plaintes ; ils se récrient contre les dilapidations et la vénalité, et portent leurs soupçons à cet égard jusque sur des membres des premières autorités. De plus, ils envisagent sous des couleurs très noires notre situation politique, tant au dedans qu'au dehors; ils parlent d'un courrier envoyé par le général Moreau, et récemment arrivé, pour peindre au Directoire la position inquiétante de ce général. Ce que la lecture des journaux pourrait jeter de calme dans l'esprit de ceux qui composent ces groupes ne produit point cet effet, parce qu'ils ne croient point à la sincérité des nouvelles; occasion saisie par eux de se plaindre du peu d'extension de la liberté de la presse. — Ce qui donne lieu de croire que des malveillants se glissent dans ces groupes et tâchent de les diriger, c'est qu'un orateur insidieux cherchait, liier même, à y donner à entendre que les Russes et les Autrichiens étaient des hommes humains, incapables, dans le cas où ils auraient absolument le dessus, de commettre aucun acte de barbarie. — Le royalisme circonvient quelques parties du faubourg Antoine et voudrait y faire. germer des opinions à peu près de même nature ; on y essaie, sous des expressions injurieuses pour le gouvernement, des tableaux analogiques [sic] du régime actuel et de l'ancien régime, et il s'en faut que dans ce tableau le Corps législatif soit épargné. A cela se joignent quelques vœux et quelques espérances, impudemment hasardés en plein café pour le rétablissement exclusif du culte catholique. — Dans ce faubourg, il existe le plus grand acharnement contre le citoyen Schérer ; on lui donne les qualifications les plus désavantageuses, et on improuve même d'avance avec force ceux qui voudraient le défendre de leur crédit. Même improbalion sur la mise en jugement du général Championnet. — Les discussions sur la liberté de la presse y occupent beaucoup les esprits; on y murmure de la motion du représentant du peuple Garrau. — On a recueilli des discours satisfaisants de militaires chasseurs, promettant dans leur langage à la ville de Paris le même sort quaux révoltés de Lyon, dans le cas où, comme ces derniers, elle voudrait jamais demander un roi.

Spectacles. — La scène patriotique ayant pour motif l'assassinat

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commis sur les minisires plénipolenliaires français, et donnée hier au théâtre delà République et des Arts*, a obtenu des applaudissements, mais n'a pas été accueillie avec l'enthousiasme que le sujet semblait exiger. On ne croit pas inutile en outre d'observer que les seuls endroits remplis étaient le parquet et l'amphithéâtre, mais que les premières étaient presque vides, et que le peu de spectateurs qui se trouvaient aux secondes et aux troisièmes n'offraient nullement la toilette et la parure qu'on a coutume d'apercevoir aux autres représentations.

Journaux. — Le Flambeau. Suivant les nouvelles que donne ce journal, datées de Gènes, le 15 prairial, Coni est au pouvoir des Autrichiens. Dans l'article Politique de la même feuille, on dit que le parti anarchique ne dissimule pas, comme Ta dit Bailleul dans son ouvrage, le projet de réorganiser les clubs; le reste de ce morceau est un précis des excès que le journaliste attribue à l'existence passée des clubs. — Feuille du jour. Suivant la Feuille du jour, Buonaparte a abandonné toutes les places qu'il occupait en Syrie et revient en Egypte par le désert pour défendre cette conquête contre une armée considérable qui s'approche des frontières. Dans la même feuille, on lit que, le général Chérin ralliant des soldats et les ramenant au feu à coups de plat de sabre, ils lui répondirent : « Comment voulez-vous que nous marchions dans le moment actuel? Il y a trois jours que nous n'avons mangé. » Plus bas on lit : « Quand une armée meurt de faim et manque de tout, comment veut-on qu'elle ait le courage de la victoire? » Suit une dénonciation contre la compagnie Bodin, sur les défectuosités des remontes fournies par elle. Le reste se compose de l'extrait d'un écrit de Le Cointre (de Versailles) et d'une lettre de Mack au rédacteur du Journal de la Côte d'Or. — Courrier de Paris. On lit également un extrait de l'écrit de Le Cointre dans le Courrier de Paris, en restant à ces mots : « Une note du citoyen Le Cointre porte demande d'un jury constitutionnaire, qui mette à l'abri de l'oppression alternative du Corps législatif et du Directoire la liberté, qui, suivant lui, n'a pas une garantie suffisante dans notre Constitution. » Et le journaliste ajoute ici de lui-même ce vers :

Le bon sens du marchand quelquefois m'épouvante.

— ^ Bulletin de l'Europe. L'article assez étendu de Variétés du Bulletin de l'Europe se compose d'un extrait de l'écrit de Bailleul sur le crédit public. — Gazette de France. Dans un discours du vice-roi

1. Ln Souvelle au camp de l'assassinat des tninlsfres français à Pasfadf, scène patriotique; première représentation le 2(i prairial.

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d'Irlande aux Chambres assemblées, lequel discours est rapporté par la Gazette de France, on trouve cette phrase : « Je me plais à vous annoncer que l'Europe sera bientôt délivrée des soldats dévastateurs et de la propagande désolatrice de France, sachant combien celte perspective consolante vous causera de satisfaction et de joie. » — Le Courrier des Spectacles parle d'une actrice qui jouait autrefois au théâtre de Monsieur; ce mol, à la vérité, est en italique.

Lasalle, Dubos.

,Arch. nat., BB» 90, et F' 3843.)

Journaux.

Ami des Lois du 29 prairial : « Bulletin de Paris. UEntrée dans le Monde, donnée hier au théâtre de la Cité par les artistes sociétaires de TOdéon, a obtenu un succès éclatant. Elle est du citoyen Picard, auteur d'un grand nombre d'agréables productions qui n'étaient que le prélude des ouvrages de longue haleine qu'il crée aujourd'hui. Celui-ci représente l'intérieur de nos maisons du bon ton ; il est bien conçu, bien conduit, spirituellement détaillé, dénoué d'une manière très satisfaisante, quoique fort ordinaire. Quelques taches semées de loin en loin et dans l'action et dans le dialogue ont fourni à cinq ou six ignorants conjurés l'occasion de faire retentir le siftlet ; mais la masse des spectateurs, sachant apprécier le mérite réel de l'ouvrage, ont couvert les sifflements par des bravos multipliés. Les bouches cabaleuses, voulant à toute force empêcher la pièce d'aller jusqu'à la fin, ont crié : Au feu! Au même instant, une odeur de linge brûlé et de phosphore s'est répandue dans la salle ; beaucoup de femmes se sont trouvées mal ; tout le monde se levait pour sortir, quand on vint annoncer qu'il n'y avait aucun indice de feu, mais que le bruit en avait été répandu par des filous ou des malveillants. Chacun est revenu à sa place et a entendu dans le calme la fin de la pièce, qui fut couverte d'applaudissements, ainsi que l'auteur, demandé et amené sur la scène. Lorsqu'il aura fait à la pièce quelques corrections que le public lui a indiquées, il pourra se féliciter d'avoir élevé, à coté de Médiocre et Rampant, cette seconde colonne qui établit sa place parmi nos meilleurs comiques... »

MDCCXXXVIII

Police secrète de Paris. — Bulletin du 28 prairial an VII •. On a trouvé dans la rue une nouvelle production royale de quatre

1. C'est le seul rapport de ce genre que nous ayons trouvé pour le mois de prairial an VIT.

571 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [16 juin 1799]

pages d'impression, contenant un avis, prétendu important pour le bonheur du peuple, et une chanson contre-révolutionnaire intitulée : Les adieux des Parisiens à leurs tyrans, commençant ainsi : «A nos seigneurs », et finissant par ce vers ;

Vivent Paul et le roi de France !

On a prévenu un agent que le citoyen Chanable, marchand de vin en gros, achète en ce moment des fusils et en a plus de dix-huit cents dans ses magasins.

On assure que les exclusifs vont demander l'envoi aux frontières de la garde du Corps législatif et de celle du Directoire exécutif, contre lequel ils déclament dans les tabagies et dans les groupes.

L'ex-généralSanterre a dit à un observateur qu'il faut nous borner à nos anciennes limites et faire la paix.

Quel que soit le mécontentement du peuple, il est toujours calme et parle d'un mouvement prochain avec une indifférence singulière.

Le nommé AUain, réquisitionnaire, se propose d'assassiner deux membres du Directoire exécutif. Ses complices sont au nombre de quatre. On croit qu'ils logent dans une maison garnie, rue de la Loi. On distingue parmi eux un Allemand et un ministre du culte catholique.

Hier, sur les dix heures du soir, étant au café situé au coin de la rue de la Monnaie et du quai de l'Ecole, le n° 4 entendit des citoyens qui se disaient à l'oreille : qu'il y aurait un coup avant le jour; que, pendant la nuit précédente, trois membres du Directoire exécutif s'étaient, à l'insu de leurs collègues, réunis chez le ministre de la police.

11 paraît depuis quelques jours un écrit contre-révolutionnaire, format in-8o de seize pages d'impression, commençant ainsi : « Les Français, battus par les orages d'une révolution funeste, ont vu s'écouler dix années de crimes et d'horreurs >>, et finissant par : a A ces mots, mille fois répétés, de Vive le roi! nos oppresseurs sentent se briser dans leurs mains les fragiles armes dont ils nous menacent. »

Une femme qui colporte des journaux a dit au n" 15 : que le Directoire fait circuler la brochure ayant pour titre Les Cinq tyrans, dans le dessein de prouver que la liberté de la presse est dangereuse.

Le 27 de ce mois, le citoyen Léonard Bourdon était, avec deux épouses de députés, dans la tribune des journalistes, au Conseil des Cinq-Cents. Il paraissait désirer vivement qu'on décrétât la liberté de la presse.

[16 Jui.N 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 572

Hier aux Tuileries, sur les onze heures, Lacombe, Thiriot, ex-huissier du Directoire, Lefranc, Bizet, Cordonnier et autres parlaient fortement de l'arrestation de l'ex-général Treich. Ils ont dit ensuite que le citoyen Godry aurait vu une liste de cent soixante patriotes que l'on devait arrêter; ils ont ajouté qu'ils ne coucheraient pas chez eux.

Le même jour, à sept heures du soir, au même endroit, ces mêmes individus ont arrêté d'aller chez plusieurs députés, afin de les prévenir de prendre garde à eux et de les engager à dénoncer l'arrestation de cet ex-général.

Aujourd'hui on placarde sur tous les murs de Paris difTérenls avis qui annoncent la résurrection de plusieurs journaux proscrits par arrêté du Directoire, et notamment de celui des Hommes libres.

(Arch. nat., AF ni, 47.)

Rapport du mimstre de la police générale au Directoire exécutif.

Citoyens Directeurs,

Le journal intitulé Gazette historique et politique a été frappé de prohibition par votre arrêté du 24 pluviôse dernier. Docile à la juste correction qu'il a reçue par là pour avoir crédulenient publié une fausse nouvelle, le rédacteur de cette feuille, le citoyen Mignard, n'a point tenté de la faire reparaître sous un autre titre; il y a renoncé de bonne foi; il va même plus loin : car, dans sa pétition, il va jusqu'à promettre qu'il ne s'immiscera plus dans la rédaction d'aucune feuille périodique.

Je dois fl'abord vous faire observer, citoyens Directeurs, que dès le lendemain il s'empressa de démentir la descente des Anglais, nouvelle que la malveillance avait fabriquée, qu'il avait eu la bonhomie de recueillir et l'imprudence de publier. Ce n'est pas un méchant, un malveillant que vous avez puni dans Mignard, mais un homme crédule et imprudent. Peut-être trouverez-vous qu'il a suffisamment expié une faute involontaire par deux mois de privation de son imprimerie. Ce qui milite encore en sa faveur, c'est qu'il paraît qu'il a été ruiné par les Anglais et qu'il ne lui reste de ressources pour faire honneur à ses afTaires que la vente de son imprimerie.

D'après cet exposé, citoyens Directeurs, je crois devoir vous soumettre le projet d'arrêté ci-joint.

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