‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 139 sur 254 · DUVAL · texte numérisé non relu

DUVAL

B73 DIKEGTOIHE EXÉCUTIF [17 juin 1799]

Arrêté du Directoire exécutif du 28 prairial an VII.

Le Directoire exécutif après avoir entendu le rapport du ministre de la police générale, arrête ce qui suit ; !<> L'arrêté du 24 pluviôse dernier, lequel prohibe le journal intitulé Gazette historique et politique, cessera d'avoir son effet en ce qui concerne l'apposition des scellés. En conséquence les scellés apposés sur les presses et les caractères servant à imprimer la Gazette historique et politique seront levés sans délai. — 2° Le ministre de la police générale est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.

Merlin, P. Barras, Siéyès.

(Arch. nat., AF m, G09.)

Journaux.

Gazette de France du 29 prairial : « Nous avons dit dans notre n" 544, article Corps léf/islatif, que, dans la séance du 24, l.o Cointrc (de Versailles) avait invité, dans une adresse, le Conseil à faire une réduction sur le traitement de ses membres. On lit aujourd'hui celte adresse à tous les coins de Paris. L'auteur y demande : i° le rapport de la loi inconvenante et inconstitutionnelle par laquelle le Corps législatif a adjugé à chacun de ses membres une augmentation d'indeuinité de 330 francs par mois; 2° la restitution des sommes touchées dans la précédente session en vertu de cette loi, sommes qui se montent, suivant ses calculs, à 2 millions et tant de 1,000 livres; 3" la réduction du traitement des Directeurs et des ministres, d'après le prix du blé, conformément à la Constilution ; 4° la diminution des appointements des généraux et des officiers des Etats-Majors de rarméc. Il veut de plus qu'il ne soit permis à ces derniers de ne porter que les ornements absolument nécessaires à la distinction de leur grade, que toutes les broderies en or leur soient sévèrement interdites, comme n'étant propres qu'à servir d'appât à l'ennemi. Dans une note, il soumet au Conseil des Anciens des observations dont le but est de prouver la nécessité d'un jury conslitutionnaire, qui mette à l'abri de l'oppression alternative du Corps législatif et du Directoire la liberté, qui, suivant lui, n'a pas une garantie suffisante dans notre Constitution. »

MDGCXL

Journaux.

Publicïsle du 2 messidor : « Paris, le 1'^'' messidor. L'on doit être curieux dans les départements de connaître la véritable situation de Paris. Au milieu des événements importants qui s'y passent, cette grande ville est parfaitement calme: affaires, plaisirs, on se livre à tout comme de coutume; on remarque seulement de l'empressement à savoir ce qui sort des Conseils; et même autour de leur enceinte de la curiosité, sans foule, sans tumulte et sans groupes ....'» — Messager des relations extérieures du 2 messidor: « Paris, 1"'' messidor. La sage énergie du Corps législatif a sauvé le corps politique d'un déchirement qui paraissait inévitable; le peuple peut croire à la liberté, lorsqu'il voit en un moment briser le colosse dictatorial ; il croit à l'égalité, lorsqu'il voit des hommes qui l'ont opprimé, dépouillé, vendu pour s'élever, l'asservir et s'enrichir, attachés au poteau de l'infamie ou ne plus être remarqués entre leurs concitoyens que pour le mépris qu'ils inspirent; il croit à la justice nationale, lorsqu'il voit quelques factieux qui ne prêchaient l'ordre que lorsque tout était bien ordonné par eux, se punir tour à tour de leur complicité ; il croit à sa sûreté, lorsqu'il voit les prisons prêtes à rendre à la société les victimes de l'inquisition de la pensée; il croit à sa tranquillité, quand il entend ses représentants parler de son bonheur. Que son espoir ne soit pas vain ! 0 législateurs! Plus d'une fois l'on a mis à côté de l'énergie la mollesse ou la cruauté ; les vengeances particulières ont pris la place du bien public; l'orgueil individuel, de l'amour de la patrie, et le lendemain de la Révolution ne fit que servir de date à de nouveaux malheurs et nous donner une nouvelle dynastie de tyrans. Il semblait qu'on employât tant de force pour abattre qu'il n'en restât plus pour relever. Que le l*^"" messidor ne soit plus une nouvelle époque d'oppression et de calamités! Vous avez des revers à réparer, des injustices à faire cesser : l'ennemi attend avec impatience le parti que vous allez prendre ; il profilera des divisions ou des craintes que l'exagération pourrait réveiller; vous avez besoin de l'union, du courage et de la franchise des citoyens. Ils n'attendent point de supplices, vous leur devez des bienfaits. Ils attendent un gouvernement plus modeste, une représentation nationale toujours juste et toujours protectrice des droits du peuple. Vous avez mis le gouvernement à sa place; sachez rester à la vôtre: ne faites point oublier une autorité usurpatrice par de nouvelles usurpations! Souvenez-vous qu'il est

1. Il s'agit des événements connus sous le nom de coup d'État du 30 prairial. Le Conseil des Cinq-Cents, par une sorte de pression morale, contraignit les Directeurs Merlin (de Douai) et La Révelliére-Lépeaux à donner leur démission. Ils furent aussitôt remplacés par le général Moulin et par Roger Ducos. Voir mon Histoire politique de la Révolution française, p. G85. — On remarquera qu'il n'y a pas de rapport du Bureau central sur cette Journée.

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grand de réparer des torts, qu'il est consolant de faire des heureux, qu'il est beau de faire des sacrifices, et vous rendrez aux Français l'esprit public qu'ils ne peuvent avoir quand leurs magistrats ne songent qu'à leur intérêt particulier ; vous ramènerez leur confiance en assurant leur tranquillité ; ils verront alors que la patrie est une bonne mère, et vous verrez qu'elle peut compter

encore sur le courage et le dévouement de ses enfants >» — Ami des Lois

du l""" messidor « Les groupes sont très nombreux dans les lieux publics,

surtout dans les environs des Conseils. Les uns craignent, les autres espèrent. Chacun raisonne selon ses passions et ses intérêts particuliers. Paris est tranquille; seulement, on revoit des figures sinistres que le calme fait disparaître et que les troubles ramènent toujours »

MDCCXLI

Compte des opérations du bureau central du canton de Paris pendant le mois de prairial an vil

.. .Salubrité et voie publique .. . Brocanteurs. — Instruit parle commissaire de police de la division des Arcis des rassemblements journaliers formés par les fripiers brocanteurs, vers les cinq heures du soir, sur la culée du pont Notre-Dame, où ils obstruent la voie publique et peuvent donner lieu à des accidents, le Bureau central a invité le commandant de la place à établir en cet endroit, jusqu'à la chute du jour, deux factionnaires pour empêcher les rassemblements

Tours de force. — La citoyenne Moudon, femme Seguy, a demandé qu'il lui fût permis défaire des tours de force sur les places publiques de cette commune. Le Bureau central, réfléchissant que des exercices de force par une femme pouvaient porter atteinte aux mœurs et à la décence, a refusé la permission

Feux d'artifice. — Il a chargé le commissaire de police de la division du Temple de notifier aux entrepreneurs du Vauxhall d'été Tordre de n'exécuter désormais qu'un simple feu de décoration qui ne s'élève pas plus haut que les murs de clôture, attendu le danger des feux d'artifice ordinaires de cet établissement qui est environné de plusieurs chantiers de planches et de bois à brûler

Théâtre de Thionville ^ . — Après avoir fait visiter par son architecte et l'ingénieur hydraulique un local dépendant du Musée et destiné par le citoyen Bellefort à un théâtre sous la dénomination du Chansonnier de Cythère, le Bureau central a autorisé le commis-

1. Il s'agit de la rue de Thionville, ci-devant rue Dauphine.

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saire de police de la division de lUniLé à permettre l'ouverture de ce théâtre, à condition d'y entretenir un pompier jugé nécessaire les jours de représentation et une force armée suffisante à l'extérieur pour le maintien du bon ordre

Noms des rues. — Le Bureau central a proposé au Département, comme mesure utile au public, de changer les noms des rues qui ont la même dénomination, et d'y substituer ceux qui rappelleraient le souvenir de nos victoires et des grands hommes qui illustrèrent la République.

Nouveau numérotage des maisons. — Sur la proposition faite par l'entrepreneur général de l'illumination de Paris, de faire effacer tous les numéros anciens et nouveaux existant sur chaque maison, d'y en substituer d'autres, en commençant une série pour chaque rue, et d'en faire supporter la dépense par chaque propriétaire, le Bureau central a informé son architecte qu'il se proposait de suivre ce projet en ce qui concerne une série pour chaque rue, et d'adopter pour chaque municipalité une couleur distincte. Il l'a chargé de donner son avis et un aperçu de la dépense

Hospice des élevés de la patrie. — Sur l'avis donné par les entrepreneurs d'une partie des hospices civils, que depuis longtemps celui des élèves de la patrie était privé d'eau et qu'on était obligé de s'en pourvoir à la rivière pour les besoins de onze cents enfants, le Bureau central a chargé Fingénieur hydraulique de se concerter ctvec le citoyen Glavareau pour aviser aux moyens de procurer à cet établissement un plus grand volume d'eau et d'adresser un devis de la dépense

Commerce et navigation. . . Poids et mesures. — Les commissaires de police de différentes divisions ont fait couper chez les boulangers de leurs arrondissements respectifs des pains qui n'avaient pas le poids requis et ont saisi, tant chez eux que chez des bouchers, des poids et balances qui n'étaient pas justes et chez d'autres marchands des mesures anciennes prohibées ; procès-verbaux en ont été dressés et envoyés aux juges de paix avec les objets saisis.

Vente du pain sur les places publiques. — Informé que l'on vendait journellement, sur la place des ci-devant Jésuites, sur celle du Palais- Egalité et à la porte Denis, des pains qui n'avaient pas le poids requis, le Bureau central a chargé le vérificateur des poids et mesures de s'entendre avec les commissaires de police des divisions respectives pour faire à l'improviste des visites sur les marchés et constater les contraventions, s'il en existait. Il est résulté: 1" de la visite faite à la porte Denis qu'il ne s'est trouvé qu'une différence d'une once

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de moins sur un pain, ce qui pouvait être attribué à Tair et à l'ardeur du soleil, qui avait frappé sur cette marchandise; 2" et de celle faite à la place des ci-devant Jésuites, que plusieurs pains, n'ayant pas le poids requis, ont été cou()és.Il en a été dressé procès-verbal, qui a été envoyé au juge de paix. . . ,

Bains. — Le Bureau central a fait imprimer et afficher un nouvel arrêté, par lui pris le 2o floréal dernier, approuvé par le Département le 6 prairial, concernant les bains dans la rivière. Il porte que nul ne doit s'y baigner, si ce n'est dans des bains ouverts ; il défend expressément d'en sortir nu et de se montrer dans cet état sur les Irains, bateaux, berges, etc. Il indique à ceux qui voudront établir des bains sur la rivière ce qu'ils devront observer: l'une de ces conditions qui leur est imposée est de ne pouvoir exiger des baigneurs plus de 15 centimes par personne dans les bains en commun et plus de 6 décimes par personne dans les bains particuliers. Des exemplaires de cet arrêté ont été envoyés aux autorités constituées, commissaires de police et préposés de l'administration qui doivent concourir à son exécution. Le commandant de la place, eu accusant réception de cet arrêté, a envoyé une feuille d'ordre du 14 prairial, indiquant la c«msigne donnée pour empêcher les baigneurs de se montrer en pleine rivière

Travestissements. — Le ministre ayant transmis une note par laquelle on appelait la surveillance de la police sur des femmes qui dans les promenades publiques paraissaient travesties en hommes, la plupart sous l'uniforme militaire, présumant que des émigrées cherchaient par ce travestissement à échapper aux poursuites dirigées contre elles, il a été observé au ministre que le Bureau central, sous le l'apport des mœurs, n'accordait lie permission de se travestir en hommes qu'aux femmes constatées malades par certificat du médecin, visé à la municipalité, et sous la condition de ne point paraître dans les lieux publics ou spectacles.

Théâtre du Vaudeville. — Les entrepreneurs du Vaudeville ont été invités, le 17 de ce mois, à veiller à ce que dans les représentations ultérieures dans la pièce ôi' Arlequin restaurateur ^ on ne chante plus le couplet commençant par ces mots: « Le Français a changé ses mœurs avec sa politique. »

Écrits incendiaires et royalistes. — Des ordres ont été donnés à l'effet de découvrir, par tous les moyens de police permis, les auteurs, imprimeurs et colporteurs de divers écrits incendiaires et royalistes, et

1. Par Dufresnoy. Voir le Courrier des Spectacles du 14 prairial an VII. T.)Mt Y. 37

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de surveiller, dans de certains lieux publics, des in lividus signalés comme ennemis de la République

Bruits d'une disette prochaine. — Il a été répondu à une leltre du ministre de la police, du 23 floréal dernier, que les bruits répandus d'une prochaine disette n'avaient pas produit l'effet qu'en attendait la malveillance ; que Paris était resté tranquille, et que la surveillance la plus active était exercée à cet égard

Objets rappelant Vancien régime. — Le commissaire de police delà division du Mont-Blanc a été chargé de faire disparaître un grand tableau représentant Louis XV en grand costume, exposé en vente publiquement par le citoyen Morel, ferrailleur, rue du faubourg Montmartre. — Une fleur de lys existait encore sur la maison du citoyen Bernier, épicier, rue Antoine au coin de celle Culture-Catherine; le Bureau central l'a fait disparaître.

Boutiques non fermées le décadi. — Il a mandé aux commissaires fie police des divisions des Quinze-Vingts, de Montreuil, de l'Indivisibilité et de l'Arsenal qu'une note du ministre de la police annonçait que, décadi 10 prairial, quarante trois marchands avaient leurs marchandises exposées en vente ; il leur a recommandé de nouveau d'exercer à cet égard la surveillance la plus active et de dénoncer les contrevenants au commissaire du Directoire près l'administration

municipale

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