‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 143 sur 254 · L. MiLLY, Le Tellier · texte numérisé non relu

L. MiLLY, Le Tellier

(Arch. nat., BB » 90.)

Arrêté nu Directoire exécutif du 14 messidor.

Le Directoire exécutif arrête que les fêtes nationales qui doivent être célébrées à Paris d'ici au l®"" vendémiaire an VIll le seront de la manière suivante : 1° Il y aura des cérémonies dans les temples décadaires, et il sera exécuté dans le Champ-de-Mars des exercices et des évolutions militaires. — 2' L'après-midi de chaque jour commémoratif d'un grand événement delà Révolution, le Directoire exécutif, accompagné des diverses autorités et administrations tant générales que locales, se rendra à quatre heures au Champ-de-Mars. La police du Champ-de-Mars sera confiée au commandant en chef de la 17^ division. — 3" Les ministres de l'intérieur et de la guerre sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté, qui sera imprimé et inséré au Bulletin des Lois* .

Moulin, P. Barras, Siéyès.

(Arch. nat., AF in. (112.)

1. A cet aiivlé est jointe la lettre suivante du niinistic de rintérieur : « Le Directoire exécutif a senti la néces.sité de diminuer, dans les circonstances actuelles, les dépenses qu'occasionne la célébration des fêtes nationales à Paris. Mais il fallait en même temps ne pas paraître abandonner ces belles- institutions. Je crois avoir rempli ce but dans l'arrêté ci-joint. Les fêtes, par les moyens que je prendrai pour qu'il soit exécuté, auront encore de l'intérêt, quoique dénuées d'éclat. Pour l'exécution des articles qui portent f|ue des détachements déjeunes ;^ens feront au <".liam[)-ile-Mars des évolutions sous les yeux de leurs concitoyi'us.

[2 JUILLET 1799] DIRECTOIME EXÉCUTIF 598

AUTBE ARBÉTÉ DU DlRliCTOIRK EXÉCUTIF DU MÊME JOUR.

Le Directoire exécutif, considérant que, dans une République, tous les arts doivent servir à l'instruction du peuple et concourir à lui inspirer des sentimenis nobles et libéraux, le dévouement à la patrie, le respect pour les arts, la haine des traîtres et des parjures, arrête : 1° Les travaux ordonnés aux artistes, en conséquence du prix qu'ils ont obtenu à titre d'encouragement, ne traiteront que des sujets patriotiques ou moraux. — 2" Les artistes communiqueront au ministre de l'intérieur les programmes de tous les ouvrages qu'ils entreprendront pour la République. — S» L'artiste qui a obtenu cette année le premier prix de peinture peindra, pour sujet du tableau qu'il doit livrer au gouvernement, l'assassinat des plénipotentiaires français par les troupes autrichiennes. Le même sujet sera gravé par un des artistes qui ont obtenu le prix de la gravure. — 4° Conformément à la loi du 22 floréal, il sera frappé, sans délai, une médaille en mémoire de ce grand forfait. — 5° Le ministre de lintérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui sera imprimé.

{Rédacteur du il messidor an VII.)

Lf ministre de l'intérieur .\ l'administration centrale DU département de la Seine.

Paris, messidor an VII ^.

Citoyens, j'ai senti la nécessité de profiter de tous les moyens convenables pour orner l'intérieur des temples consacrés à la célébration des fêtes décadaires dans le canton de Paris; je m'empresse en conséquence de vous autoriser à mettre à exécution le plan d'embellis-

je me concerterai avec mon collègue le ministre de la guerre; et je pense que cette mesure, si elle réussit, aura lavantage d'inspirer à notre Jeunesse l'esprit martial. Les républicains y applaudiront. Quelques jours avant chaque fête, un court programme, qui indiquera la marche des autorités, les heures où sexécuteront les évolutions, etc., sera aCTiché dans Paris et publié dans les journaux. La veille, j'inviterai le ministre de la guerre à faire tirer le canon. Ainsi, la fête sera suffisamment connue du public. C'est là l'essentiel. Je propose au Directoire le projet d'arrêté suivant. — Qlinette. >>

1. Sans date de jour; mais on verra plus loin, dans le compte des opérations du Bureau central pour le mois de messidor an VII, qu'à la date du 14 messidor ce Bureau reçut du ministre de l'intérieur une lettre où, entre autres objets, il était question des cultes. C'est pfuirqnoi nous avons cru devoir placer celle-ci à la même date.

599 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [2 juillet 1799]

sèment proposé par le conseil de coiiservalion et dont je vous transmets ci-joint les dispositions :

1° Placer au temple de l'Élre suprême (Notre-Dame) la statue de la Liberté, par le citoyen Donjon, déposée au Musée des monuments français;

2** Au temple de la Victoire (Saint-Sulpice), une copie en marbre blanc du buste de Brulus, déposée au Musée central des Arts ;

3° Au temple de la Bienfaisance (Saint-Jacques du Haut-Pas), la statue en marbre de Vincent de Paul, du citoyen Stouf, placée dans la cour du Muséum;

4" Au temple du Génie (Saint-Roch), la statue de Pierre Corneille placée à l'Institut ;

a" Au temple de la Jeunesse (Saint-Gervais), la statue de La Fontaine, du citoyen Julien, existante dans son atelier;

6o Au temple dédié au Travail (Saiiit-Mérlard), les statues de la Tempérance et de la Force, par Desjardins, toutes deux en pierre, de grandeur naturelle, existantes au Musée des monuments français.

Tel est, citoyens, l'usage que vous avez à faire de ces différentes statues ; mais, pour les employer d'une manière convenable à leur destination, il serait à désirer que l'intérieur des temples fût dépouillé de tous les flétails mesquins qui y sont encore, tels que de mauvais tableaux, des statues mutilées, des autels à moitié dénudés et des confessionnaux épars çà et là ; ce qui ùte le caractère de simplicité qui convient à ces temples. Pour rendre leur ornement plus complet, vous pouvez disposer pour le même usage des bustes de Racine, Molière, Raynal, Montesquieu et Guillaume Tell. Ces différents bustes sont déposés au Musée des monuments français.

(Schmidt. Tableaux de la Réroliition, t. III, p. 39". Nous n'.ivdns pas retrouvé loiiginal de cette lettre.)

Journaux.

Journal des Hommes libres du 13 messidor : f( Paris, li messidor. . . .Un grand nombre do négociants, venus des points les plus éloignés de la République, sur l'annonce qu"on allait mettre en vente le Palais-Égalité, se plaignent qu'on n'indique pas même aujourd'hui le terme où cette vente s'ouvrira. Leur présence, disent-ils, a dérangé les spéculations des agioteurs, et les agioteurs ont provoqué des délais jjour les forcer à leur laisser le champ

libre >> — Ami des Lois du 15 messidor: « Variétés. Le Bureau d'esprit

public, morale et journaux est totalement supprimé. Le citoyen Leclerc (des Vosges] est exclusivement chargé de cette partie, dont le travail est aujourd'hui infiniment restreint » — Gazette de France du 1.^) messidor : i< Paris.

Toujours des caricatures. Depuis plusieurs jours on en voit une étalée sur les quais. Elle représente Treilhard en avant et Merlin derrière, portant un brancard sur lequel est assis La Révellière. Au bas on lit : Xous emportons le magot. » — « Toujours des calembours. On appelle actuellement les gardes du Directoire des Gardes-Moulin »

MDCGLY

Rapport du bureau central du 16 messidor.

. . Journaux. — Les journaux n'offrent aucun abus sensible de la liberté de la presse. Seulement quelques articles, dans les feuilles de ce jour, ont paru de nature à exercer plus ou moins d'influence sur l'opinion. On les note conséquemment ici. — VAmi des Lois, en parlant du petit nombre de candidats qu'il dit se présenter pour compléter le Directoire helvétique, ajoute qu'il n'en est pas de même en France où tous les hommes sont atteints de cette maladie de régner, ne serait-ce que pour six mois. Il ajoute, par une note subséquente à l'indisposition qu'il dit exister en Suisse contre les Français, en comparant le pays où se trouve l'armée de Masséna à des contrées que les sauterelles auraient ravagées ; et Particle porte : « Les Autrichiens ne nous traitent pas mieux, mais les Français se disaient nos amis. » Il donne à croire que l'on est très mécontent en Helvétie du rejet du traité de commerce établi d'abord entre ce pays et la République française ; il en infère que le Directoire helvétique va donner ordre à ses ministres plénipotentiaires de revenir. — Il copie sur le Propagateur ce jeu de mots pitoyable et surtout indigne d'un journaliste qui donne aux gardes du Directoire le nom dérisoire de Gardes- Moulin. — 11 entrait un esprit de réaction dans les qualifications d'ex-membre de comité révolutionnaire que le Propagateur d'hier donnait à un citoyen désigné par quelques journaux comme membre du Département de la Seine; ce qui se trouve déjà répété par VOhservateur. — L'Observateur, en répétant l'histoire d'un particulier qui s'est jeté d'un bac dans la Seine, vis-à-vis le Jardin des Plantes, dit qu'avant de commettre ce suicide, cet homme s'exprima ainsi : « J'avais deux fils de l'âge de la conscription ; ils ont péri sous les murs de Zurich ; ma femme est morte d'hier, et moi je vous souhaite le bonsoir. » — Dans le même journal, on attaque la résolution relative au mode et à l'ordre des radiations de noms porlés sur

601 DIRECTOIHE EXÉCUTIF [3 juillet 1799]

la liste des émigrés '. L'auteur Hes remarques voudrait d'abord que l'on spécifie ce que l'on entend par les ci-devant privilégiés autres que les ex-nohl.es, et pense que jusque-là on peut livrer les réclamants à l'arbitraire. H regrette que le Conseil ne se soit pas occupé des visites* supplémentaires ; il fait entendre que l'opinion selon lui réclamait la fermeture de ces listes. En dernier lieu, il voudrait que les tribunaux et non le Directoire, fussent chargés de faire exécuter les lois relatives aux prévenus d'émigration ; il demande à cet effet un tribunal spécial, attendu que ces lois ne sont point administratives et que leur application ne concerne point le pouvoir exécutif. 11 (lit enfin que l'examen des réclamations en radiation se fait souvent hors des bureaux de la police, et par des individus qui lui sont devenus étrangers. Ces vues, suivant l'auteur de l'article, sont d'accord avec l'opinion publique et le vœu général. — Les autres journaux ne donnent lieu à aucune observation importante.

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