‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 142 sur 254 · L. MiLLY, Champein · texte numérisé non relu

L. MiLLY, Champein

(Arch. nat., BB > 90.)

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14 MESSIDOR AN Yll (2 JUILLET 1799).

Rapport du bureau central du lo messidor.

Mœurs et opinion publique. Esprit public. — La tranquillité

publique n'est menacée sur aucun point de celte commune, mais Tinquiétude et même une sorte de mécontentement se sont emparés des esprits. On en dévoile ici plusieurs causes. Les partisans de l'ancien

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régime déclamenl aujourd'lmi avec plus de force que de coutume, et c'est pour décourager ; ils ne dissimulent même pas de grandes espérances. Ils prennent leur texte de nos revers, des dilapidations commises dans les fournitures militaires, de la pénurie des finances et des bruits plus accrédités des dispositions de la Prusse et du Danemark à entrer dans la coalition. — L'esprit des groupes qui se forment assez régulièrement, soit au Jardin des Tuileries, soit à la descente du pont dit Notre-Dame, est peu satisfaisant. Ils sont évidemment influencés. On y remarque des royalistes occupés à y placer un propos et à nourrir peu à peu le mécontentement qu'il a produit. C'est de cette manière que l'on plonge la classe laborieuse du peuple dans le découragement et qu'on cherche à la désintéresser entièrement de la chose publique. L'esprit de ces agitateurs n'est pas difficile à reconnaître; c'est le royalisme pur; aussi, sous l'apparence de la justice et de la clémence, ils plaident la cause des déserteurs, des réfractaires à la loi de conscription, des familles auxquelles on va arracher leurs enfants, de l'agriculture dont les travaux languiront, etc. — Le plan du royalisme est de tuer la République par l'apathie, on n'omet rien de ce qui peut nuire à l'exécution de la loi dernière sur la conscription et à porter des obstacles à la levée de l'emprunt. Par suite de ce plan, un assez grand nombre de pamphlets ou brochures paraît depuis peu de jours; le litre seul donnera une idée des diatribes qu'ils renferment conti'e le gouvernement républicain. Ce sont : Parodies de l'adresse du Corps législatif' aux Français ; Le nouveau oi mai; Cassandre ou quelques réflexions sur la Révolution française. On a glissé sous les portes et déposé dans les loges des portières un imprimé très soigné, adressé aux ministres de la République française : c'est une provocation ouverte au rétablissement de la royauté. Quelques écrits n'ont de répréhensible que le titre en ce qu'il sème de fausses alarmes; tel que celui intitulé : La terreur, la terreur! Français, prenez (farde à la terreur! Le corps de la feuille est loin de développer l'esprit de réaction que semblerait annoncer son titre illusoire ; la Constitution y est présentée comme un écueil où viendront se briser toutes les factions. La profusion subite des écrits du royalisme paraît être une tactique de ses partisans pour faire croire (ju'à peine rendue, la liberté de la presse allait dégénérer en licence, cl ce sentiment s'accrédite dans la classe des cituyens réfléchis, des patriotes. Le royalisme domine sous le plus léger déguisement dans l.;s hauts cercles ; on s'y fait un point d'honneur d'annoncer des espérances pour le rétablissement du trône. — Un individu, par sa manière de demander l'aumône, le 13, au bois de Boulogne, donnait à

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certaines gens roccasion de déclamer contre le gouvernement républicain ; un grand écrileau que ce mendiant portait sur son estomac faisait lire : « Le gouvernement me doit 1:2,000 livres de rente ; passants, ayez pitié de moi. » On dit que cet homme recevait.

Spectacles. — On voit dans les spectacles [dus fi'indifTérence que d'intérêt pour la chose publique; on y représente peu de pièces capables de favoriser l'opinion ; le théâtre de la [lé|)ublique et des Arts et celui de la République sont les seuls où les airs civiques reçoivent constamment quelques applaudissements, Le calme continue à exister dans tous. Afîluence et accueil unanimement favorables à Charles IX au théâtre de la République. Le vide des premières et secondes au théâtre de la République et des Arts, où l'on donnait Milliade à Maralhon, prouvait assez que la prétendue bonne société répugnait à entendre cet opéra patriotique. — Il n'y a point eu d'entretiens politiques suivis dans les foyers.

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