‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 145 sur 254 · Sir : il Taut sans doute lire ; listes · texte numérisé non relu

Sir : il Taut sans doute lire ; listes

[4 JUILLET 1799] DIHECTOIUE EXÉCUTIF 602

étranger (van Swinden) captivant l'attention et les suffrages d'un auditoire français, et un Français lassant la patience de ce même auditoire, s'obslinant dans sa lecture, malgré les ordres de l'Institut, et le forçant, de guerre lasse, à

rompre et lever la séance ' Quand Mercier s'est une fois emparé de la

tribune, il y dit ce qui lui plait et n'en descend que quand il veut. Son morceau sur Caton d'Utique avait été accepté pour la séance publique, à condition qu'il serait réduit à dix ou douze minutes de lecture. Il l'a augmenté de plus d'un tiers. 11 avait déjà lu pendant plus d'une demi-heure; et comme il lit avec éclat, mais sans articuler, on n'entendait (juc quelques mots de tyrannie, d'oppression, de lâcheté, de dilapidation ; le hr'Kjandage des éledions, des injures contre Cicéron, un cararlère avide de fiiinée, etc. La patience de l'assemblée se fatiguait. Le président a envoyé prier l'orateur de finir. Il n'en a tenu compte. Un verre d'eau qu'il a bu a donné de nouvelles forces à ses poumons, mais on ne l'en a pas entendu davantage. Seconde sommation de la part du président. Encore un refus et un verre d'eau. Le public a commencé à s'égayer pour se venger de son ennui. Les uns prétendaient que Mercier se souciait du public et de l'Institut comme d'un verre d'eau; les autres qu'il n'imiterait pas son héros, qu'il ne se tuerait, ni ne se tairait. Le lecteur allait son train sans avoir l'air d'entendre ces murmures, pas plus qu'on n'entendait ce qu'il s'obstinait à lire. Cela dégénérait en scandale. Le président s'est levé et a dit simplement, avec dignité : « Citoyens, on va entendre la lecture d'une ode du citoyen Lebrun. » Mercier a tenu bon et a dit tout haut : « C'est une tyrannie, on ne m'ôtera pas la parole », et il a repris tranquillement la lecture. Elle durait depuis trois quarts d'heure, et il n'en était encore qu'à la bataille de Pharsale. Les brocards, les applaudissements ironiques, les éclats de rire continuaient, et lui lisait toujours intrépidement dans ce tumulte, que le président a fait enfin cesser en se levant une seconde fois et annonçant que la séance était finie. Le public ne s'est pas fait prier, et Mercier, voyant qu'il n'avait plus d'auditeurs, est descendu de la tribune, sans colère, sans humeur, et même d'un air assez content, de l'air d'un homme qui va faire sur tout cela un chapitre du Tableau de Paris*. » — Journal de Paris du 19 messidor : (' Le Bureau central a renouvelé le 15 la défense faite aux colporteurs de journaux de rien crier au delà du titre des feuilles qu'ils vendent. »

MDCGLVI

Rapport du Buaiau genïkal du 17 messidor. . , .Journaux. — On croit que plusieurs arlicles de Y Ami des Lois

1. Suivent quelques détails sans grand intérêt, que nous supprimons.

2. Voir d'autres récits du même incident dans le Journal du Soir des frères Chaif/nleau du 17 messidor an VII et dans le Messof/cr des relations ertvrieiires du 18 messidor.

603 DIRECTOIRE EXÉCUTIF \k juillet 1799]

sont de nature à nuire au développement de l'esprit public et principalement à entraver, ou du moins rendre plus lente et plus difficile, l'exécution des lois sur la mise en activité des classes des conscrits et sur l'emprunt de 100 millions. Le rédacteur rapproche effectivement de ces lois quelques opinions émises à la tribune avant qu'elles fussent rendues, et qui donnaient à penser que, d'une part, la première classe de conscrits suffisait pour remplir les cadres, et que, de l'autre, il n'y avait pas de déficit. Ces opinions, selon lui, avaient pour but de populariser et justifier la révolution du 30 [prairial]. — Il pense que ces inconséquences sont des armes dont se servent les aristocrates contre ceux qui nous ont sauvés (ce mot est en italiques), et, se récriant sur la folie de ce qu'il appelle les grandes lois, il dit que l'on se met sous la verge de quelques exaltés ambitieux. « En l'an IV, ajoute-t-il, Siéyès nous proposa une mesure pour nous sauver de leurs coups ; que n'en propose-t-il une actuellement pour nous sauver de leurs lois ? » — Lu résolution dernière, sur les congés précédemment accordés, obtient surtout l'improbation de l'Ami des Lois, dont le mécontentement à cet égard se manifeste par une lettre qu'il est censé recevoir d'un conscrit marié, et qu'il publie. On présume que le journaliste a voulu attacher un sens caché à cette phrase : « Est-on sage, lorsqu'on appelle au timon des affaires la force liu corps sans les lumières de l'esprit, lorsqu'on préfère Maxime à Dioclétien et Glodius à Cicéron ?» — Le Journal des Hommes libres appelle l'attention du public sur un abus, en demandant s'il est vrai qu'un citoyen de la réquisition, et entré depuis peu dans le corps des grenadiers du Corps législatif, continue cependant d'occuper dans les bureaux de la guerre une place de 9.600 francs. — Il est quelques pensées dans le Messager des relations extérieures qui, loin de servir l'opinion, ne peuvent que la détériorer; on ne peut dire, en effet, dans une intention louable que, « si on recueillait toutes les pensées, tous les discours, tous les écrits, on lirait dans tous les cœurs, et sur tous les fronts mécontents que les meilleurs citoyens sont indifférents, que les républicains d'ici n'aiment pas la République, que les républicains peuvent être considérés comme un corps de gladiateurs toujours destinés à s'égorger pour occuper les spectateurs, que, pour peu que cela dure, chaque citoyen aura sa République à lui seul, mais que le peuple finira par n'en point avoir du tout ». — Le reste des journaux ne donne lieu à aucune analyse essentielle.

Champein.

[5 JUILLET 1799J DIRECTOIHE EXÉCUTIF 60i

J0URN:AUX.

Ami des Lois du 17 messidor : « La Bourse d'hier a attiré une assez grande aftluence de monde. Les négociations ont été multipliées ; tous les effets ont été si généralement offerts, qu'ils ont éprouvé quelque baisse; celle des bons d'arrérages eût été plus marquante, si un agent [de change] n'en eût pris à lui seul une grande quantité »

ISIDCCLYll

17 xMESSIDOR AN VII (5 JUILLET 1799).

Journaux.

Journal du Soir iIps frèrfs Clioif/tiietiK du 18 messidor : « La municipalité du Vje arrondissement a destitué Marguerite Mercier, institutrice, pour avoir rétracté son serment de fidélité à la Constitution. » — « La classe de littérature n'a pas jugé qu'il y eût lieu à distribuer le pri.\ proposé pour cette année sur cette question : Quelles oui été les causes de la perfection de la sculpture aidique el quels seraient les moyens d'y atteindre ? Dans les mémoires ■présentés, elle n'a pas trouvé la seconde question assez développée; le même sujet est proposé pour Tan VIIL Le })rix de poésie pour la même année sera : La Fondation de la Ilépublique française, ode, poème, discours en rrrs ou épître. Ces deux prix seront distribués le lil vendémiaire an I.\. » — '< Mercier déclare que, dans la séance qui a eu lieu à l'Institut le 15, il a voulu donner une leçon au public par sa tranquillité et lui apprendre (ju'un orateur n'est pas un historien; il ajoute que, d'après ce qui s'est passé autour de lui, il a jugé que le public et l'Institut n'avaient ni sagesse ni gravité, et (|ue lui en avait eu pour l'un et l'autre; et que, comme Samson n'a péri qu'en ébranlant les colonnes du Temple, lui. Mercier, n'a voulu descendre de la tribune que par séance levée; qu'il avait de droit pour sa lecture non pas dix minutes, mais bien vingt-cinq, puisqu'il faut l'apprendre à la postérité. Il termine sa justification |)ar ce vers aj)pliqué à son héros : Victrix causa dits plaçait, sed vida Catoni. » — Journal des Hinnnws tiln'es du 18 messidor : « Paris, \1 m,essidor. ...M'"'= de Staël vient de demander et d'obtenir un passeport » — « Les bureaux [de la guerre] se composent de quatre espèces

d'hommes qu'il serait bien temps d'en éloigner à jamais : royalistes purs el ne se cachant point; intriqants »(i!/////'i'ïr^'.s-, alternativement royalistes et républicains suivant les circonstances, adaptant adroitement leur jargon, leur costume et leur allure à révénement du jour; fripons de pro/mto», vendant les rapports, les places et autres choses cnc,ore, trafiquant de leurs offices, courant les bureaux tant que la journée dure e( prostituant tout ce qu'ils se sont procuré de crédit et d'amis au profit d'une multitude de contre-révolutionnaires dont ils se font payer; enfin, gens insouciants et neutres. Ceux-ci. moins dangereux que tous les autres, font cej)endant beaucoup de mal encore. N'attendez |)as d'eux une active surveillance conire les infidèles fournisseurs.

005 biHECTOIHE EXÉCUTIF [o .ilillei 1799]

ni un zèle acUr à poursuivre les abus. IndifTérenls sur les principes el la moralité des agents militaires, ils n'y regardent pas de près, lorsqu'il s'agira de les [iroposer ou de les recommander. Ee républicanisme leur importe infiniment peu. Leurs rapports n'en parleront jamais. Ils sont contre-révolutionnaires par leur inertie même; car jamais la République ne fut efficacement servie que par les amis prononcés de la llévolution. Au 13 vendémiaire, une commission de dix-sept fut chargée d'épurer les administrations publiques et spécialement celle do la guerre. I.e travail se fit avec beaucoup de soin; mais des représentants du peuple, complaisants ou trompés, vinrent à la traverse, et il demeura inexécuté. Au 18 fructidor, on fit semblant de vouloir l'ellecluer. Le résultat fut le même Insouriants, voleurs, royalistes et caméléons, tous survécurent, excepté deux ou trois, à ces deux crises inutilement fameuses. En sera-t il de même de celle-ci? (Jue de Frévilles ' encore à punir!» — Ami des Lois du 18 messidor: « Les royalistes en plumets blancs et en bonnets rouges annoncent, avec la joie des tigres, une insurrection |)rocliaine qui fera couler des ruisseaux de sang Les uns parlent d'un roi, les autres d'un dictateur; ceuxci assurent qu'une Convention et un Comité de Salut public sont déjà organisés ; enfin, chaque jour enfante des projets aussi absurdes qu'alarmants. Les propagateurs de ces bruits sont des chefs de faction qui cherchent partout à recruter des soldats cl n'en trouvent point. Le peuple repousse toute révolution nouvelle et ne soupire qu'après le repos. Pour l'arracher à son apathie, des écrits de toutes les couleurs, précurseurs de projets sinistres, se distribuent avec profusion; la valetaille des Anglais et des Autrichiens s'agite en tous sens, sème partout l'inquiétude et la crainte, et assure cpi'avant un mois les deux Conseils et le Directoire n'existeront plus. On vend jusque dans l'enceinte des Cinq-Cents une brochure de Vatar, dans laquelle notre Constitution est traitée de code formé de ceux de 91 et 93, de code infecté de virus aristocratique. On y appelle le 18 fructidor une journée de dupes en faveur de l'oligarchie. Le système représentatif, selon Vatar, est une ordonnance anarchique bêtement appelée constitutionnelle. Il fait l'éloge du 31 mai, des Comités révolutionnaires, de la guillotine, et tonne contre le 9 thermidor; il redemande les clubs de 93. « Cette production, dit le Journal du Commerce, est l'écume ensanglantée de quelque misérable assassin, de quelque Antonelle et des valets de bourreau qui l'accompagnent. » D'un autre côté, les royalistes disséminent les écrits les plus dangereux ; ils aiguisent leurs poignards, préparent leurs torches, sèment leur or corrupteur, recrutent leurs soldats, forment leurs compagnies de Jésus, fanatisent les campagnes, calomnient les armées, et cherchent à diviser les premières autorités de la République. Si les Lebois, les Père Duchesne et les Vatar ne font pas fortune; si les ouvriers, trop longtemps égarés par eux, rejettent leurs dégoiitantes déclamations; si les colporteurs qui hurlent leurs feuilles barbouillées de sang et de poison sont repoussés à la Halle et dans les marchés, il n'en est pas de même des pamphlets lancés parle royalisme; les campagnes en sont inondées; on se sert de la religion, de ce Imier si puissant, pour égarer les citoyens. Ainsi, avec des phrases dorées et des sophismes impies, les conspirateurs royaux séduisent la crédulité, trompent la jeunesse qu'ils détournent des drapeaux républicains et livrent les gens simples et craintifs aux plus cruelles incei'titudes. Le Corps

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