‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 146 sur 254 · Fréville, garde-magasin, poursuivi pour rapines · texte numérisé non relu

Fréville, garde-magasin, poursuivi pour rapines

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législatir et le Directoire surveilleront, sans doute, ces éternels ennemis de la lëlicité commune; ils ne permettent pas que la crise du 30 [prairial] devienne la proie de l'une ou l'autre de ces factions »

MDCCLVm

Rapport du bureau central du 19 messidor.

...Envoi d'armes dans la Sarlhe. — Le Bureau central a délivré un laissez-passer pour trois caisses contenant cent fusils de calibre, adressées à rAdininislralion centrale du département de la Sarthe, pour armer des citoyens contre les Chouans, d'après la déclaration du commissaire du Directoire exécutif près de ce département et l'exhibition qu'il a faite de la lettre que le ministre de la police générale lui a écrite à cet égard le 14 du présent mois.

ClIAMPEIN, L. MiLLY.

Rapport présenté au Directoire par le ministre de l'intérieur.

Les éléments de l'administration centrale actuelle du département (le la Seine sont tellement vicieux qu'il n'est pas possible de compter sur elle pour l'exécution des lois. I^llle est dirigée par Desmousseaux, royaliste, protecteur secret des émigrés, veiidémiairiste outré, homme de la cour en 1792. Trevilliers, royaliste, coopérateur des vendémiairistes à Sceaux, nommé par la scission de l'Institut, servait, comme chargé de la police, les projets du triumvirat; Andelle, ex-notaire, est un royaliste également connu ; Sau/ay, commissaire en l'an IV, fut nommé administrateur par les amis de la royauté ; c'est un homme faible, sans moyens, et compromis dans des poursuites pour dilapidalion contre des administrateurs du canton de Clichy. Quant au citoyen Picard, ancien greffier de la Caisse d'escompte, c'est un liomme nul et à la dévotion du gérant Desmousseaux. Quant au secrétaire général Houdeyer, secrétaire du Comité de sûreté généiale sous Rovère, puis administrateur de police dévoué au ministre Cochon et vendémiairiste prononcé, il convient également de Técarter d'une manière frappante de ces fonctions. Toute celte administration était l'instrument de la faction renversée le 30 prairial. Ils croyaient tellement aux rêve-

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nanls que la proclamation du Corps législatif du 26 prairial n'a été publiée que le 6 messidor; leur adresse à la représentation nationale n'est que du 12 du même mois, époque où il ne pouvait plus rester de doute sur l'anéantissement de la faction directoriale. Tant de motifs réunis exigent une prompte réorganisation de cette autorité constituée, dont l'influence dangereuse aurait les plus graves inconvénients. Je propose, dans le projet d'arrêté ci-joint, la destitution de l'administration centrale du département de la Seine et le remplacement de ses membres par les citoyens Raisson, administrateur en 1793 ; La Chevardière, e'x-adminislrateur; Lebl.tnc, nommé député à l'Oratoire, ingénieur, pacificateur dans la Vendée ; Lefebvre, chef des contributions directes, et Fournier, président de l'administration mimicipale de Vincennes, ces trois derniers, membres du Déparlement après le 18 fructidor et sortis aux assemblées électorales de l'an VI. L'administration centrale réorganisée nommera son secrétaire général.

(JUINETIIÎ.

ÂRRÊTi': DU Directoire exécutif du 18 MESsmon.

Le Directoire exécutif, considérant que les membres de l'administration centrale du département de la Seine ne réunissent point les qualités nécessaires pour donner au gouvernement une garantie assurée de l'exécution de la Constitution et des lois, arrête, en vertu des articles 196 et 198 de l'acte constitutionnel, ce qui suit : 1° Les citoyens Desmousseaux, Trevilliers, Andelle, Sauzay et Picard, administrateurs du département de la Seine, sont destitués. — 2" Les citoyens Raisson, La Chevardière, Leblanc, Lefebvre et Fournier, tous anciens administrateurs, sont nommés pour remplir les fonctions de ladite administration. — 3° Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.

P. Barkas, Moulin, Roger Duc.os.

(Arch. nat., AFui, C13.)

Journaux.

Ami du peuple du 19 messidor : « Variétés ... Enfin Raniel, le tripotier Rame!, va avoir pour successeur un honnête homme, instruit, droit et républicain; c'est le citoyen Leclerq, ci-devant commissaire de la Trésorerie. » — « Une société s'occupant de questions politiques a voulu s'installer hier aux environs de la rue Honoré; les citoyennes de la Halle, qui n'ont pas vu cette réunion de bon œil, ont chassé fort impoliment les membres, cassé la son-

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nette et renversé le Imieau en disant « qu'on était revenu de ces bamboches et qu'on se souvenait trop à quoi elles ont été bonnes». — « Dans une épître à Bailleul, par Lebois, on trouve ces vers :

Tu ne crains pas, dis-tu, les Russes auk frontières; Je le crois : un esclave, en eux, voit des amis; Qui sert les Directeurs est un Russe à Paris.

Ta bouche, cependant, ose encore prononcer Le mot de liberté, quand, au fond de ton âme, De son culte sacré profanateur infâme, Tu prépares l'autel où tu veux l'immoler. »

I.a police a l'ait arrêter VAvii du pevple. l.ebois a été porter ses plaintes au Directoire exécutif, qui n'a eu aucun égard à sa réclamation. Il a été traité avec la même indillérence par une commission du Corps législatif, à laquelle il s'est ensuite adressé. Lebois, piqué au vif, s'occupe d'un manifeste contre

le Directoire et le Corps législatif » — Clff du Cabinet du 20 messidor :

Paris, le 1 9 messidor. ...Nous plaignons vraiment M'"'' de Staël de voir si souvent son nom dans les journaux. Il faut n'avoir rien à dire pour annoncer avec tant d'exactitude, en France, l'arrivée ou le départ d'une femme »

MDCCLIX

Le Directoire exécutif arrête ce qui suit : Le citoyen Real est nommé commissaire du pouvoir exécutif près l'administration centrale du département de la Seine; ordonnons en conséquence qu'il se rendra sur-le-champ auprès de ladite administration pour y remplir les fonctions qui lui sont attribuées par la loi. La nomination du citoyen Dupin à la même place est révoquée. Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.

GoHiER, Moulin, P. Barras.

(Arch. nat., AF m, B14.)

Journaux.

Rédacteur du 20 messidor : « Bureau central du canton de Paris. Acis. Il circule dans Paris, depuis quelques jours, des lettres non signées ou portant des noms supposés, adressées le plus souvent à des marchands ou artisans, et dans lesquelles ils sont engagés à se rendre en un lieu ordinairement éloigné, pour y traiter d'affaires relatives à leur profession. L'intention du Bureau central, en publiant cet avis, est de prémunir les citoyens de celte grande

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commune cotitre ce nouveau piège tendu à leur bonne loi par des malveillants. » — Journal du Soir des frères Chaignieau du 19 messidor : « Paris, le 19 messidor . . . Deux sociétés politiques se sont formées à Paris, l'une dans le faubourg Germain et l'autre au Manège, à l'ancienne salle des Cinq- Cents. Celle-ci, qui n'est encore composée que de députés, recevra, dit-on, les autres citoyens qui se présenteront; elle a commencé ses séances avanthier » — Ami des Lois du 20 messidor : « Variélés. Il n'arrive jamais

un événement extraordinaire à Paris, que M'"* de Staël n'y soit mêlée pour quelque chose. Elle a joué un rôle scandaleux à toutes les époques calamiteuses de la Révolution. C'est une chouette qui vient se percher lant(')l aux Tuileries, tantôt au Luxembourg, et qui, par ses croassements, annonce toujours quelque chose de sinistre. On finit par la chasser, et constamment elle trouve le moyen de revenir. Le Directoire vient de la prier d'accepter un passeport. . . Mais elle n'est pas encore partie. Il faut bien faire ses adieux. .> — « La liberté de la presse, asphyxiée par le 19 fructidor et rappelée à la vie par le .30 prairial, est accouchée, depuis quinze jours, d'une foule d'enfants qui courent les rues et dont l'éducation parait fort négligée, pour ne pas dire grossière. Quelques-uns de ces enfants gâtés ont été réprimandés par le Bureau central, parce qu'ils annonçaient, avec une joie indécente, le testament et la mort de leur mère; parmi eux, plusieurs n'ont vécu que quelques jours, et ceux qui existent encore prennent des costumes si bizarres, des masques si effrayants, ils menacent, ils insultent tellement les citoyens paisibles, qu'il ne serait pas étonnant que, dans peu de jours, on ne prit des précautions contre

ces vagabonds dangereux » — Ami des Lois du 3 thermidor : « Va-

riélés. ...Le citoyen Prieur (de la Marne) a plaidé, le 19, au tribunal correctionnel, contre les citoyens Hecquet et Saint-Leu, en faveur des héritiers Boursier. Il a conclu à ce qu'ils fussent condamnés à restitution et en dommages-intérêts, savoir : Hecquet en 000,000 francs et Saint-Leu en 40,000 francs. Son plaidoyer, qui a été très long vu l'importance de l'alfaire, présente beaucoup de clarté, d'éloquence, et surtout beaucoup d'ordre et de détails. . . » — Publiciste du 21 messidor : « Paris, 20 messidor. . ..Le bail des maisons de jeu, à Paris, se donnait de dix jours en dix jours, moyennant une somme d'environ 150,000 francs par mois, laquelle était cm|»loyée à payer la police de celte ville. Le renouvellement de ce bail n'ayant pas été accepté, ces maisons sont toutes fermées à dater d'hier. On ne sait pas encore si les ordres du ministre, à ce sujet, sont momentanés ou définitifs. » — « Le nouveau ministre de la police, Bourguignon ', vient d'adresser aux administrations centrales une circulaire dans laquelle il les invite à recréer l'opinion publique, à arrêter dans sa naissance le tléau du fanatisme, à activer le service de la garde nationale, à faire exécuter les lois sur les passeports, à faire respecter tous les signes, tous les attributs de la liberté, et former les nouveaux bataillons appelés par la pairie... »

1. Bourguignon avait été nommé miiiislre de la police, en remplacement de Duval, le 5 messidor an Vil.

MDCCLX

Journaux.

Rédacteur du 21 messidor : « Ministère de la police générale. Le ministre de la police générale de la République, informé par des adresses qui lui ont été remises qu'il existe, en plusieurs endroits de cette commune, et spécialement rue de la Monnaie, n" 29, près le Pont-Neuf, de soi-disant bureaux d'agence pour l'obtention des cartes de sûreté et résidence à Paris, où, sous le prétexte d'indiquer aux citoyens les pièces qu'ils doivent fournir, on leur extorque des sommes très disproportionnées à la nature du prétendu service rendu; prévient ses concitoyens que ces bureaux ne peuvent leur être d'aucune utilité réelle, et qu'il a donné ordre à celui des renseignements de son ministère de leur fournir, tous les jours pairs, depuis midi jusqu'à deux heures, les indications propres à les mettre en état d'obtenir promptement l'effet de leurs demandes. » — Journal des Hommes libres du 22 messidor : « Paris, 21 messidor ...On est instruit, à l'État-Major de la 17« division militaire, qu'il existe à Paris, dans ce moment, des jeunes officiers de cavalerie légère qui portent le plumet et les glands du chapeau noirs. On crut se tromper sur les individus en voyant ces couleurs de l'Autriche, et l'on prit d'abord ceux qui les portaient pour des officiers impériaux; mais quand on s'est approché pour éclaircir ce doute, on a découvert la cocarde nationale et l'uniforme français. On ne pense pas qu'aucun règlement militaire ait pu autoriser des officiers républicains à aritorcr les couleurs de nos ennemis, et l'on espère que l'État-Major supprimera ce signe du plus mauvais exemple... » — Ami des Lois du 21 messidor: « Variétés. ...Les théophilanthropes semblent perdre de leurs partisans, ils ont cessé l'exercice de leur culte au temple du Génie; les prêtres ressaisissent leur empire, et l'église Saint-Roch est comme leur métropole. « — « Le sommeil léthargique dans lequel l'esprit public est plongé en ferait craindre l'anéantissement, si des moyens extraordinaires n'étaient promptement imaginés pour le réveiller. Nos revers ou nos succès ne font naître ni inquiétude ni joie. Les changements survenus depuis peu dans l'intérieur n'excitent pas plus d'émotion. On se questionne par curiosité, on répond sans intérêt, on apprend avec indifférence Qu'il est important de faire cesser ce sommeil de mort! fiCS moyens sont entre les mains du Corps législatif, et il ne trompera pas l'espoir des patriotes. . . »

MDCCLXI

Rapport du bureau central du 22 messidor.

Extrait des rapports sur fopinion publique. — Les royalistes cherchent à rehausser leurs espérances par les bruits et les propos

611 DIHECTOIHE EXÉCUTIF [9 juillet 1799]

les plus dangereux ; on exagère les revers des armées de la République en Italie; on veut persuader aussi que Masséna a été battu et même qu'il s'est rendu à l'ennemi avec toute son armée. On a soin d'annoncer surtout que les conscrits refuseront de partir. On veut faire croire à la chute des décadis, à la résurrection des dimanches. — Mais de toutes les suggestions, mais de toutes les insinuations que l'on se plaît à répandre, la plus perfide est celle qui suppose dans les hommes, ou plutôt dans le Corps législatif, qui reprit sa dignité aux journées des 28, 29 et 30 prairial, le projet de détruire le Directoire, de réunir les deux Conseils en une assemblée constitutionnelle, de créer des Comités de Salut public et de sûreté générale, en un mot de renverser la Constitution. — On a d'autres indices du royalisme ; on répand que le Corps législatif, embarrassé par la levée des conscrits et de l'emprunt de 100 millions, avait permis aux terroristes de 93 de s'assembler et de délibérer sur les dangers de la patrie. On a tenté, par quelques manœuvres secrètes, de faire chanter le Domine salvmn fac regem dans l'église Jacques ; on remarque que, ce jour-là, l'affluence a été moins grande qu'à l'ordinaire. Une femme se permet de crier : Vive le Roil dans un endroit très fréquenté de lu rue Denis. On trouve près l'une des portes du Palais national des sciences et des arts un papier qui paraît avoir été placardé et sur lequel se lit en gros caractère : Vivent Louis XVIll et Le prince Charles ! A bas les hommes de sang qui veulent encore gouverner ! que l'on sait être textuellement le cri des égorgeurs royaux du Midi. — Dans ces circonstances, le peuple de cette commune, en général, conçoit des inquiétudes sensibles, mais [il] est plongé dans une apathie telle qu'il semble n'annoncer sur les affaires publiques d'autre intérêt que celui d'une simple curiosité.

Journaux. — On n'a pu, sans étonnement, voir un membre de l'Institut national (Lalande) annoncer, le 20 de ce mois, dans le Journal de Paris, qu'une des plus grandes jouissances qu'il espérait retirer de son prochain voyage aérien, serait de voir « un prince, une princesse et son intime ami, M. le major de Zacli, qui rehausse la noblesse de son origine par celle de ses talents ». — L'Ami des Lois parle d'efforts que l'on ferait pour culbuter un homme qui avait dénoncé, il y a six mois, les projets de la coalition : « On trouvera, dit-il, de la résistance, et cette résistance fera naître des divisions, dont l'issue sera ou la chute ou le triomphe redoutable d'un parti connu par ses cruautés. » Plus bas, il ajoute : « Les choix que le parti dominant a commandés impérieusement ne font augurer rien de bon ; on dirait qu'il a été chercher dans les latrines de la Révolution les

[9 JUILLET 1790] DÎRECTOIHE ÈXÉCUtiF 612

hommes dégoûlanls qu'il met en place. Cela ne peut durer; nous sommes à la veille de quelque déchirement ; nous touchons à l'anarchie la plus complète Déjà les éléments dispersés du jacobinisme

se réunissent sous la protection d'une autorité respectable. Déjà une Convention bâtar.le, hermaphrodite, turbulente, s'élève à côté des autorités légitimes et ne tardera pas à vouloir leur dicter des lois. Ainsi Tambition de quelques misérables va rallumer les torches de la guerre civile, rouvrir les cicatrices de la Révolution, et inonder nos communes du sang français. » — Le Messager des relations extérieures est rempli en presque totalité, et certainement à dessein, des détails les plus défavorables sur les derniers combats livrés par nos troupes en Italie. Cette suite de nouvelles aftligeanles est précédée d'une énumération très circonstanciée de tous les corps de troupes qui composent, hommes et chevaux, la première colonne du troisième corps auxiliaire des Russes ; cette complaisance est remarquable dans un journaliste français. Il invite les bons citoyens à ne pas avoir peur des clubs, mais à s'y rendre pour faire pâlir les méchants : « Soyons forts, dit-il, et ils seront impuissants ; on dit que leur patriotisme (ce mot est en lettres italiques) spécule déjà sur les revers de nos armées, pour nous remettre sous la hache révolutionnaire, pour jeter un voile sur la Constitution et répandre leur domination anthropophage. » — V Observateur dit ironiquement que la Société du Manège ne laisse pas de faire du bruit, car on entend le soir dans tout le quartier les hymnes patriotes cbantés à grand choeur. — Le Publidste revient aussi sur l'ancienne assertion que la première classe de conscrits suffirait pour remplir les cadres. — La Gazette de France dit que trois jeunes gens se sont noyés au port Saint-Nicolas; il dit que le désespoir paraît avoir déterminé l'un d'eux à se suicider, attendu, d'après ses papiers, qu'il était du nombre de ceux dont les congés se trouvaient sujets à revision aux termes de la dernière loi. Mais ces divers faits sont de toute fausseté, ce qui porte à croire que la Gazette de France n'a eu d'autre objet, en publiant le dernier, que de défavoriser le projet de loi et de décourager d'autant les conscrits.

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