C'est la fin du rapport précédent
2. Il s'agit de la loi dite des otages, du 24 messidor an VII.
[12 JUILLET i799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 618
Journal du Soir des frères Cliaignieau du 25 messidor : « Paris, le 23 messidor. ... Le citoyen Aslier, commissaire du Directoire près le Bureau central, vient de rendre publique une lettre qu'il a adressée aux membres de ce Bureau, sur la pressante nécessité do donner à cette partie de la police une organisation vigoureuse et toute républicaine. Nous en citerons ce paragraphe : c Citoyens, vous no verrez point le terrorisme dans l'énergie u républicaine ; l'anarchie dans l'amour de la liberté ; la soif du sang dans (( les élans de l'indignation qui appelle la vengeance nationale sur la tête des « coupables ; vous ne verrez point les talents chez le royalisme seul ; la sot- « tise ou la faiblesse dans la bonne foi et la simplicité ; l'obstination d'une « mauvaise tète dans la ténacité pour les pi'incipes ; le désir de s'emparer de (( l'autorité pour renverser la Constitution, dans les demandes de places faites <i par des hommes que le besoin presse et qui ont donné des gages certains
u de leur amour pour la patrie Ceux-là seuls doivent être employés
« pour la République qui ont été constamment les amis de la République. « Citoyens, vous avez reconnu la nécessité d'une scrupuleuse épuration dans « toutes les parties de l'administration, et déjà vous vous êtes occupés de « cet important travail. Votre civisme m'est garant que vous ne le laisserez « pas incomplet. » — Moniteur du 26 messidor :« Paris, le 23 messidor. .. On a trouvé hier, glissé sous les portes de plusieurs maisons, un imprimé portant pour titre : Pourquoi se battre et pour qui se battre ? Après avoir retracé aux citoyens les maux dont les diflerentes factions qui se sont succédé les ont rendus victimes, après avoir célébré les victoires des armées impériales, on insinue aux Français qu'ils ne pourront « retrouver la paix et le bonheur que dans leur confiance et leur obéissance raisonnable à l'autorité légitime». Cette autorité légitime, on se doute bien que c'est la royauté. Point de royauté, point de terreur, tel est le vœu de tous les Français. » — Moniteur du 1*'' thermidor : « Paris, le 30 messidor. ...Le 24 messidor, un jugement du tribunal correctionnel du canton de Paris a acquitté Sébastien-Louis-Gabriel Jorry, adjudant général, de la dénonciation en escroquerie faite contre lui par Talleyrand-Périgord, ministre des relations extérieures ; déclarant ladite dénonciation injurieuse et calomnieuse, et les poursuites exercées sur icelle, inconstitutionnelles et vexatoires ; lui permettant d'imjirimer et afficher ledit jugement au nombre de deux mille exemplaires, avec recours contre qui de droit ; lui réservant en outre toute action pour réparalion de vexations, d'injures et calomnies, et de dommages et intérêts,- devant les juges qui doivent en connaître. » — Journal des Hommes libres du 26 messidor : « Paris, 23 messidor. Les provocations contre-révolutionnaires de la veille, des bruits ré|)andus d'une nouvelle attaque, avaient rassemblé hier une assez grande foule aux Tuileries et près le local de la Réunion d'amis de l'égalité et de la liberté. Les i)atrouilles avaient été doublées ; on avait placé deux pièces de campagne sur la terrasse transversale, devant la principale porte du palais des Tuileries. Ces précautions ont été superflues. La séance de la Réunion n'a été troublée par aucun accident extérieur. A neuf heures et demie, la grande allée qui borde la terrasse des Feuillants était pleine de monde ; on a parcouru le jardin en chantant des airs patrio-
619 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [13 juillet 1799]
tiques, en répétant mille fois : A bas les voleurs! Vive, vive la République ! Cette musique, ces acclamations ont déplu à quelques-uns des vociférants de la veille, qui ont eu l'imprudence d'en témoigner tout haut leur mécontentement. Le peuple s'est contenté de les arrêter et de les remettre entre les mains de la garde. Un apologiste de Schérer a reçu quelques croquignoles. Il y a eu cinq ou six personnes arrêtées. Des braves de la Halle au blé, beaucoup d'ouvriers du faubourg étaient venus à la Société. « Nous nous chargeons de faire la police », criaient-ils aux grenadiers ; et en effet, dans moins d'un quart d'heure, ces messieurs, si déterminés quand ils sont vingt contre un, avaient disparu du jardin »
MDCCLXY
Rapport du bureau central du 26 messidor.
Rapport analytique des journaux. — VAmi des Lois, dans sa feuille du 25, prétend que les membres du Corps législatif n'ont supprimé leur indemnité que pour subvenir aux frais de la garde des Conseils ; cette garde, selon lui, n'est pas destinée à aller combattre les Russes, mais à recevoir les ordres des inspecteurs de la salle, à chasser les chiens et à tuer les chenilles, etc. ; en un mot il fait entendre qu'il s'agissait de donner des places. — Passant en revue chaque époque de la Révolution, il trouve que toutes, sans exception, ont amené quelque désastre à leur suite, et il saisit cette occasion d'appeler la loi sur la responsabilité des communes une seconde édition de la loi sur les suspects. — Après avoir dit que les 2 millions accordés à Championnet pour mettre en activité l'armée des Alpes étaient assignés sur les caisses des receveurs des départements, il ajoute que les receveurs de la Trésorerie indiquèrent à leurs clients les caisses les mieux garnies, que ceux-ci prirent sur ces caisses des délégations qu'on achète à 25 0/0 de perte, qui sont payées au pair parla République, laquelle n'en retire pas quelquefois les deux tiers. — Dans la feuille de ce jour, le même Ami des Lois tient à déshonneur d'occuper un emploi dans les bureaux du ministère de la police, ajoutant qu'on en est exclu pour avoir coopéré à la journée du 9 thermidor, pour avoir mal parlé de Carrier et de Robespierre. — Il dit que le ministre actuel de la marine avait été dénoncé par les Jacobins du Roule. — Il semble distinguer dans une phrase le gouvernement du Corps législatif. — 11 avertit que les personnes qui ont
voilure en font un présent simulé à leurs cochers, pour ne point être sujettes à l'emprunt sous la proportion de leur taxe sompluaire. — Au sujet du dernier mouvement survenu aux Tuileries, il avance que les grenadiers du Corps législatif ont nié fortement qu'on ait crié: Vive le Roi! Il ajoute : « Il est faux que les citoyens ennemis des égorgeurs fussent armés : ils étaient là sans projet; ce n'est que les hurlements cannibaliques des Jacobins qui ont excité leur indignation. » — Il dit encore que les Jacobins s'occupent de l'organisation d'un tribunal révolutionnaire qui doit être présidé par Dobsent. — Enfin, selon lui, Condé fait recruter parmi les conscrits et ceux dont les congés sont sujets à revision. — Le citoyen Brosselard, rédacteur de la Chronique universelle, annonçant qu'il s'était trouvé du nombre de ceux qu'on avait arrêtés aux Tuileries, déclare n'avoir qu'à se louer des inspecteurs de la salle, qui ne l'ont retenu que vingt-deux heures en charte privée. — Un individu qui ne signe pas écrit dans le Messager qu'il avait vu un homme se glisser près d'un autre que l'on arrêtait et crier de toute sa force Vive le FSoi! qu'aussitôt un grand nombre de voix répéta: « C'est un royaliste, c'est un Chouan qu'on vient d'arrêter, il a crié: Vive le Boi! » Le rédacteur du Messager, dans les réflexions dont il fait suivre cette lettre non signée, dit que, si la force publique a cru devoir faire arrêter ceux qui crient: A bas les Jacobins ! on pourrait de même arrêter [ceux qui crient] : A bas les Chouans ! — Un correspondant de la Clef du Cabinet se plaint de ce que l'on laisse circuler librement les officiers autrichiens prisonniers de guerre, d^ns Strasbourg même et dans la campagne ; qu'ils animent l'espérance de leurs partisans, insultent les fonctionnaires publics, les patriotes et les menacent de l'arrivée prochaine des Austro-Russes.
Le Tellier, Cuampein.
(Arch. nat., BB ' 90.)
Journaux.
• Journal du Soir des frères Chaignienu du 27 messidor : « Paris, le 27 messidor. ...C'est le citoyen Destrem qui est le régulateur de la Société politique du Manège. Marbot, Choudieu, Lucien Bonaparte et Bordas ont réuni les suffrages et ont été proclamés nolateurs. (La Constitution défend à ces assemblées d'avoir un président et des secrétaires.) Les séances auront lieu tous les jours. Plusieurs orateurs ont dit que la République était sauvée une bonne fois et pour toujours. Dans la séance du 25, la Société a entendu plusieurs discours contre Talleyrand-Périgord ; un orateur a été jusqu'à demander qu'on le livrât à une commission militaire pour être fusillé comme émigré ; enfin, la Société a chargé sa commission d'instruction publique de rédiger une adresse pour demander sa mise en jugement. On a lu ensuite un
621 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [14 juillet 1790]
projet d'acte d'accusation contre Merlin, La Révellière, Reubell, etc. Entre autres chefs d'accusation, on y remarque celui d'avoir fait la guerre à la Suisse et au Turc sans déclaration préalable et sans autorisation du Corps législatif Un orateur a fait en ces termes la profession de foi de la Société: « On dit que les Jacobins veulent la discorde et le sang : non, les Jacobins ne veulent que le salut de la République et la mort de ses ennemis. » — « Dans une réunion patriotique qui a eu lieu le 25 et où se trouvaient Bernadotte, Championnet, Marbot, beaucoup de représentants, parmi les santés qui lurent portées on remarqua les suivantes : Courdan : A la souoeraineli' du peuple, aux armées, aux réunions politiques ! Rrïol : Aux hommes qui savent détrôner les rois! que leurs trophées renaissent de leurs cendres I que leurs persécutions renflammenl leur génie, et qu'ils aillent dire aux armées quelle est la puissance du peuple, et que nous leur garantirons ici les résultats de leurs victoires I Championnet s'est levé aussitôt : A ceux qui savent chasser les tyrans! qu'ils achèvent leur ouvrage: les armées sauront les soutenir et les défendre. Jourdan : .1 la résurrection des piques ! puissent-elles dans les mains du peuple écraser tous les ennemis! Xavier Audouin : A la grande coterie du peuple ! puisse-t-elle, comme au H juillet et au 10 août, triompher de toutes les autres ! »
MDCCLXVI
Journaux.
Journal des Hommes libres du 27 messidor : « La fête du 14 juillet, la première, sans contredit, de la liberté, a été célébrée au Champ-de-Mars. Les républicains ont vu avec peine que le programme publié par le ministre de l'intérieur ne répondait nullement à l'auguste grandeur du sujet. Heureusement, le zèle des citoyens et l'esprit public renaissant ont suppléé, en grande partie, à l'inconvenante mesquinerie de l'ordonnance extérieure de cette fête
sacrée » — Ami des Lois du 27 messidor: « Bulletin de Paris.
Chaque administration municipale de cette commune s'est rendue ce matin dans son temple décadaire. On y voyait les images des grands législateurs, des guerriers et des philosophes dont le souvenir est cher aux amis de la liberté. Sur un autel brûlait le feu sacré, symbole du feu patriotique qui embrase les cœurs républicains ; les citoyens blessés au siège de la Bastille ont été, dans les arrondissements où il s'en est trouvé, accueillis avec distinction, admis à des places d'honneur préparées pour eux, décorés d'un rameau de chêne, et complimentés par le président qui, dans un discours analogue, a payé au souvenir de leurs courageux efforts le tribut de la reconnaissance publique. Le triomphe de la liberté a été fêté l'après-midi au Champ-de-Mars. L'autel de la patrie, entouré de faisceaux, de lances, de trophées, de drapeaux, était orné des bustes des philosophes anciens: Phocion, Brutus, Caton, etc., et de nos sages modernes: Rousseau, Franklin, Voltaire, etc. A quatre heures,
[i4 JUILLET 1799] DIUECTOIKE EXÉCUTIF 622
les autorités constituées se sont réunies au Champ-de-Mars, puis se sont rendues en ordre avec le Directoire à l'autel de la patrie, où le président du Directoire a prononcé un discours précédé d'un air triomphal, de l'hymne : «Amour sacré de la patrie », et suivi de l'hymne du 14 juillet. Des évolutions militaires ont ensuite été exécutées et terminées par une salve générale d'artillerie. Après quoi le Directoire et le cortège se sont retirés. » — Messager du 28 messidor : « Pans, 27 messidor. Si les spectateurs étaient moins nombreux (à la fête du 14 juillet), il faut l'attribuer aux bruits sinistres qui s'étaient répandus et dont la manifestation a sans doute heureusement prévenu l'effet. Le jour et la soirée ont été fort tranquilles. La sécurité paraît être un peu revenue sur les visages ; la confiance i)ublique, anéantie la veille, a facilité les transactions ; l'argent, qui semblait dis|)aru tout à coup depuis deux jours, a ])resque repris son cours ordinaire, et les fonds publics ont haussé. Tel est l'effet de l'énergie avec laquelle s'est prononcé hier le Conseil des Cinq-Cents contre la Terreur...' »
— Journal du Soir des frères Chaignieau du 27 messidor : « Paris, Le 27 messidor. . . On lit dans une feuille publique : « Une grande quantité de « cannes, de pistolets et de sabres a été vendue ces jours derniers dans Paris, « Chacun cherche à se mettre en garde contre les menaces des égorgeurs. »
— Journal du Soir des frères Chaignieau du 28 messidor : « Les discours de L. Bonaparte et de Talot aux Cinq-Cents, le 20, ont dissipé beaucoup de craintes et calmé beaucoup d'esprits. Depuis ce moment, les séances de la Société du Manège sont beaucoup plus calmes, et les groupes qui l'environnent moins nombreux ; néanmoins les pièces d'artillerie et les caissons sont toujours disposés dans le jardin des Tuileries Dans la séance du 26, Destrem, régulateur de la Société, a célébré, dans un discours, le 14 juillet. Des orateurs oui récriminé contre les bruits qu'on cherche à répandre .sur les principes des sociétaires, qu'on fera connaître au peuple français par une adresse. On a la liste des membres déjà reçus, parmi lesquels on remarque des généraux, beaucoup de députés et des noms connus dans les fastes de la Révolution. Le nombre des sociétaires est déjà de huit cents. . . » — « L"ex-convenlionnel Choudieu est nommé chef de la f^ division de la guerre. » — « Avant-hier, vers dix heures du soir, deux jeunes gens, sortant du jardin des Tuileries, se sont battus au pistolet sur la place de la Révolution. L'un des deux a été tué et trouvé nanti d'une feuille de route pour Rriançon. » — Journal des Hommes libres du 28 messidor : » Paris, 27 messidor. La police a découvert hier une fabrication de poignards. On en a saisi environ deux cents. » — Journal des Hommes libres du 14 thermidor: «Paris, 13 thermidor. . . Le jour de la fête du 14 juillet, le ministre de l'intérieur avait invité les représentants du peuple à conduire leurs épouses dans l'une des salles de l'École militaire pour assister à la fête. Les épouses de quelques députés, connus par des principes sévères et redoutés |)ar leur courage, y furent insultées de la manière la plus grave. On assure que les représentants du peuple C, , . et Perrin (de la Gironde) et autres représentants pourraient donner des détails sur celle courtoisie. . . »
1. Le Conseil des Cinq-Cents, dans sa séance du -JG messidor an VH, consacrtc à célébrer l'anniversaire du 14 juillet, avait applaudi un discours de son président Siéyés, qui peut être considéré, en certaines parties, comme un désaveu de la Terreur, et un discours de Talot, protestant contre les bruits d'établissement d'une Convention. [Moniteur, réimpression, t. XXIX, p. 742.)
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MUCCLXVII
Rapport du bureau central du 28 messidor.
Extrait des rapports sur ropinion publique du 27 du courant. — On dit que plusieurs des royalistes qui ont fomenté le rassemblement du 24 de ce mois contre la Société des Amis de la République étaient armés de stylets. — On remarque que la plupart de ceux qui affectent de l'insouciance ou du mépris pour la République portent la cocarde nationale derrière leurs chapeaux ou sous le retroussis, que souvent, très petite, elle est encore cachée en partie par le bourdaloue qui la relient, en sorte qu'elle est presque imperceptible. Une classe d'hommes d'une trempe endurcie au crime fait tous ses efforts pour pervertir l'esprit public renaissant. Ils citent la tyrannie passée comme le prélude de celle qu'on veut encore exercer, et ils regardent les malheurs qui ont pesé sur le peuple comme moindres que ceux qu'on lui prépare ; ils crient partout que l'on jette les bases d'un gouvernement révolutionnaire, que le tranchant de la guillotine va encore massacrer les hommes les plus probes ; ils calomnient les hommes en place et s'apitoient sur le sort de ceux qui sont renvoyés; ces derniers sont des hommes vertueux ; les autres ne sont que des brigands ; ils ont à la bouche mille propos semblables, qui semblent tenir de la rage. L'insolence des royalistes augmente. Ils employent tous les moyens de faire croire au rétablissement d'un roi. Ils continuent à peindre sous les couleurs les plus désespérantes la situation de nos armées en Italie. Ils annoncent le rappel des prêtres et le redressement des potences où les républicains expieront leurs crimes et leurs forfaits. — Une femme, pérorant dans les groupes aux Tuileries, et que l'on accusait d'y avoir redemandé le retour de la royauté, fut arrêtée et conduite devant les inspecteurs de la salle du Conseil des Anciens. — C'est par ces manœuvres et par ces tiraillements continuels que les ennemis de la Constitution de l'an III veulent empêcher l'esprit public de reconquérir toute son énergie.
Spectacles. — Les théâtres ont peu de monde ; le concours était cependant assez nombreux, le 25, au théâtre Favart. Les airs civiques yfurent plus applaudis que de coutume ; on applaudit beaucoup et l'on fit répéter ce passage d'Azeline^ : « Résistons à ceux qui nous