‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 151 sur 254 · L. MiLLY, Champein · texte numérisé non relu

L. MiLLY, Champein

(Arch. nat., BB » 90.)

Arrêté du Directoire du 27 messidor.

Le Directoire exécutif arrête ce qui suit : le citoyen Piis, homme de lettres, actuellement commissaire à Sucy, est nommé commissaire du pouvoir exécutif près l'administration municipale du P"" arrondissement de la commune de Paris, département de la Seine ; ordonne, en conséquence, qu'il se rendra sur-le-champ auprès de ladite administration pour y remplir les fonctions qui lui sont attribuées par la loi. La nomination du citoyen Viger à la même place est révoquée. Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.

P. Barras, Moulin, Roger Ducos.

(Arch. nat., AF m, 613.)

Journaux.

Ami des Lois du 28 messidor : i< Variétés. Deux cents coupe-jarrets ont été hurler des cris de niorl au ])avillon de Hanovre. Les femmes se sont sauvées

1. Le Courrier des Spectacles du "25 niessiilur annonce cette pièce sans en indiquer l'auteur.

2. Le Courrier des Spectacles se borne, sur cette pièce, à une simple annonce.

62o DlHECTOlUE EXECLtlf [16 jcillei 1799]

avec leurs enlaiils ; plusieurs militaires attendirent, sur le balcon, de pied ferme, les brigands. Cette attitude imposante d'hommes braves qui ont versé leur sang pour la liberté a intimidé les hurleurs ; ils se sont retirés en grinçant les dents, en écumant de rage de n'avoir pu satisfaire Tinextinguible soif qu'ils ont du sang républicain... — Messager des relations extérieures du 30 messidor : « Paris, 29 messidor... On a arrêté avant-hier un prêtre insermenté qui confessait et baptisait sous l'uniforme invalide ; il était pensionnaire de l'Hôtel... ).

MDGCLXVIII

Rapport Dr bureau central du 29 messidor.

Du 2S messidor. — La plus grande tranquillité a régné hier sur tous les points de cette commune. La Société des Amis de la République n'a éprouvé aucune contrariété dans la tenue de ses séances. Partout l'esprit de républicanisme parait avoir fait de grands progrès depuis deux jours ; on aperçoit généralement plus de sérénité sur les physionomies, plus de confiance dans les communications. On n'a recueilli aucuns faits relatifs à l'opinion, autres que celui ci-après, qui peut faire connaître jusqu'à quel point étaient déjà montées les espérances du royalisme. Sur les huit heures et demie du soir, au boulevard Martin, un citoyen faisait sauter un chien; il lui commandait de sauter pour les Prussiens, à quoi le chien obéissait; il en a été de même pour les Autrichiens; mais, lorsqu'il lui disait de sauter pour la République, le chien se couchait par terre. Ce particulier a été arrêté et conduit au poste du Temple.

Rapport analytique des journaux du 2S. — Le Puhlic'ste, et d'après lui d'autres journaux, confirment l'évacuation totale de la Calabre et de Naples. — Le Surveillant parle du danger qu'aurait couru et auquel se serait soustrait parla fuite un particulier qui, dans un groupe formé près la salle de la Société du Manège, avait dit qu'il fallait cinq mille têtes pour sauver la patrie. — Le journal portant le titre tout à fait inconvenant de Gazette de France donne à croire que la Suède est entrée dans la coalition. Dans la même feuille, aujourd'hui, un nommé Alexandre G*", qui se qualifie d'ancien lieutenant-colonel au 5« régiment d'infanterie, nie positivement que 100 millions suffisent au salut de la République, que cet emprunt soit facile à percevoir, qu'il soit juste de le demander après beaucoup d'autres, et qu'il Tome Y. 40

puisse ramener l'esprit public au point nécessaire, et, à cet égard, il craint que l'emprunt ne produise un effet contraire. Quels sont les moyens que ce citoyen propose pour remédier à ces inconvénients? Ils sont les uns politiques, les autres financiers; ceux politiques se réduisent à employer la sollicitation, et même l'intrigue, pour renouer avec l'empire Ottoman et de ne rien négliger pour forcer les puissances du Nord à conserver la neutralité ; les moyens financiers sont, entre autres, de rendre une loi contre tous les individus quelconques qui depuis la Révolution ont occupé des emplois civils ou militaires et qui ont été fonctionnaires ou fournisseurs (car ces deux mots se suivent immédiatement), de dresser un état des biens immeubles qu'ils possédaient avant d'occuper leurs emplois, des produits légitimes de ceux-ci, d'obliger les déclarants à donner le cinquième de leurs bénéfices ; voici la conclusion : « Ces employés ont bénéficié de 200,000 francs chacun, et ils sont vingt mille ; cette hypothèse donne un résultat de 2 milliards , dont le cinquième donnera 400 millions. » — Le même journaliste se livre à quelques ironies contre des toasts qui ont eu lieu dans une réunion de patriotes. — Le Moniteur, en copiant ces toasts sur le Journal des Hommes libres, ajoute : « Il paraît que le journaliste a oublié la santé portée au maintien de la Constitution de l'an 111. » — Dans un dialogue que l'on entrecoupe par des cris de Paris, le Journal de i Indication fait lire cette incivique plaisanterie : « Viennent les contributions, il faut payer. Que nous reste-t-il? vieux habits, vieux chiffons. »

— Le Messager des relations extérieures rapporte, comme bruit répandu à Berlin, que la République française est disposée à abandonner toutes ses conquêtes, et que l'amour de la paix a déterminé les nouveaux Directeurs à ce sacrifice. — Lorsque ce journal a annoncé l'ouvrage que Ramel, ex-commandant de la garde du Directoire, a publié à Hambourg *, c'est sans doute parce qu'il en avait déjà un exemplaire ; il en donne effectivement un assez long précis aujourd'hui ; et les détails qu'il renferme sont de nature à provoquer une sorte d'intérêt en faveur de la plupart des députés déportés à cette époque ; on cite surtout les passages où ils disent avoir refusé de s'évader et avoir insisté pour être jugés par un tribunal quelconque.

— Dans un morceau de politique, on revient continuellement sur le mot Jacobin : « Le parti jacobin; les Français ont les Jacobins en horreur ; leurs cris de Vive la République ! sont des cris de mort. »

1. Il s'agit d'une des éditions du Journal de Ramel, qui parut à Hambourg (1799, in-12) sous le titre de Mémoire de l'adjudant qénéral Ramel. Bibl. nat., Lb^ 42/435.

627 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [17 juillet 1799]

Telles sont aujourd'hui les expressions les plus familières du journal le Messager.

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