‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 154 sur 254 · Général commandant les troupes cisalpines · texte numérisé non relu

Général commandant les troupes cisalpines

629 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [J8 juillet 1799]

n'est pas visible, citoyen », dit cette femme. — Et plus insolent qu'un ancien garde du corps, le garde du Corps législatif réplique par une apostrophe à cette femme, en ternies que la décence ne permet pas de répéter. Tant que la consigne sera de ne laisser entrer personne sans cocarde dans Tenceinte du Corps législatif, nous invitons les femmes ou à n'y entrer pas, ou à n'y entrer qu'avec une cocarde ; mais tant que la consigne ne sera pas, en fermant l'entrée à ceux qui n'auront pas de cocarde, de les repousser et de les insulter, nous invitons réciproquement les citoyens grenadiers à ne repousser, à n'insulter aucun indiviflu, moins encore les femmes, moins encore les femmes enceinlea, qui, à coup sur, ne sont pas des hommes. » — Journal de Paris du 3 thermidor. << Nouvelles... Le 29 messidor, à neuf heures du soir, le parc de Bercy a été cerné. On y u arrêté et conduit aux prisons militaires de iMontaigu une trentaine de jeunes gens qui étaient censés travailler dans l'atelier de sellerie établi dans ce local. »

MDCGLXX

Journaux.

Journal des Hommes libres du 2 thermidor : « Paris, Z'^'" thermidor. On dit qu'à la Trésorerie il y a au moins quatre-vingts employés de la conscription ; qu'un citoyen nommé Guillaume occupe une place à la comptabilité intermédiaire et une à la Trésorerie '. On dit qu'on viendra très difficilement à bout d'opérer une réforme dans ce pays d'agiotage et de profonde corruption. On dit qu'un initié prépare l'histoire détaillée des honnêtes négociations au moyen desquelles vous recevez un quand il vous revient cinq. On désire des renseignements,.. )) — Messager des relations intérieures du 1<"' thermidor: <( Paris, 30 messidor... On a repris au théâtre des Cité-Variétés la pantomime intitulée Z.a Tentation de saint Antoine*. C'est une des plus jolies productions de ce genre; elle avait attiré un monde infini, et rien ne manquait à son exécution. Elle est précédée du Conseil de Lucifer, dialogue en vers où tous les diables rassemblés conspirent avec des hurlements et des imprécations horribles contre la vertu et la lran([uillité du saint homme. On raconte à ce propos qu'un citoyen se présentait à la salle du Manège dans les premiers jours du triomphe de la Société. La foule l'empêchait d'entrer; il n'entendait

1. On lit dans le même journal, ii» du (i messidor : " Le citoyen Guillaume nuus écnl que, depuis sa nominatiou à la comptabilité intermédiaire, il a continué à donner des soins tous les matins à la division qu'il surveillait auparavant dans les bureaux de la Trésorerie; mais que, le jour même où son nouveau traitement a commencé, celui dont il jouissait à la Trésorerie a cessé. Nous avions dit que ce citoyen occupait une place à la Trésorerie, et une à la comptabilité intermédiaire ; et il avait craint qu'on en inférât qu'il cumulait à la fois le traitement de ces deux places. »

2. Par Cuvclier, reiirésentée pour la première fois le 28 messidor an VII.

[juin-juillet 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 630

qu'à l'échappée ces mots : Mort, liberté, vengeance ; et comme il manifestait le désir qu'il aurait eu de voir de près les geste», l'enthousiasme et les serments de l'orateur : « Que n'allez-vous en voir la répétition? — Où donc? — « A la Cité. — Qu'est-ce que cette autre Société? — Le Conseil de Lucifer. »

MDCCLXXI

Compte des opérations du bureau central du canton de Paris pendant le mois de messidor an vu.

. . .Correspondance relative à la sûreté. — Le Bureau central a fait sentir par une circulaire aux quarante-huit commissaires de police la nécessité que, les jours de fête nationale, un commissaire se tînt au chef-lieu de chaque administration municipale pendant la durée de la fête, et les a invités à se concerter avec leurs collègues des trois autres divisions pour que ce service se fît à tour de rôle à com[)ter du 26 messidor. Il a fait part de cette mesure au commandant de la place pour qu'il en fît mention dans l'ordre général.

Cannes prohibées. — Les quarante-huit commissaires de poUce ont été invités à se transporter chez les fabricants et marchands de cannes de leurs arrondissements à l'efTet d'y rechercher et saisir les cannes à dard, à sabre, à épée, et à transmettre leurs procès-verbaux aux juges de paix pour être procédé contre les conlrevenants conformément aux édits et ordonnances relatés dans l'arrêt du Bureau central, et à exercer, à cet égard, la plus sévère surveillance.

Salubrité et vole publique Anniversaire du 14 juillet. — La

célébration de l'anniversaire du 14 juillet devant attirer un grand concours de citoyens sur plusieurs points de la voie publique, toutes les mesures furent prises pour y maintenir la propreté, la commodité et la sûreté ; elles avaient fait l'objet d'un arrêté qui fut imprimé et affiché

Enclos des ci-devant Jacobins^ rue Honoré. — Il (le Bureau central) a rappelé à l'administration centrale du Département les lettres du 29 germinal et 26 floréal dernier, par lesquelles il lui a proposé des mesures relativement à l'Enclos des ci-devant Jacobins, rue Honoré, où la sûreté publique est chaque jour compromise ; où un assassinat a été commis, il y a quelque temps ; oii, le 8 de ce mois, à onze heures du soir, un marchand de vins rue Neuve-Roch, qui traversait ce terrain, fut assailH par deux chiens, et ensuite, sur les cris qu'il fît, par trois individus qui le menacèrent et lui portèrent les poings sur la figure,

631 DIRECTOIRE EXECUTIF [juin-juillet 1799]

ainsi que l'a annoncé le commissaire de police de la division de la Butte-des-Moulins, par un rapport contenant quelques autres détails à ce sujet et dont le Bureau central a transmis copie au Département, en rinvitant de vouloir bien s'occuper de l'objet des deux lettres cidessus énoncées

Cabriolets conduits par des femmes. — Instruit que des femmes continuaient de conduire elles mêmes des cabriolets dans les rues de cette commune, contre la défense portée par l'arrêté du 9 vendémiaire dernier, défense qui a eu pour objet de prévenir les accidents auxquels peuvent donner lieu leur inexpérience et la faiblesse naturelle à leur sexe; que même il avait été rapporté au ministre de la police que récemment une citoyenne, conduisant un cabriolet, avait laissé abattre son cheval dans la rue et s'était blessée à la tête ; le Bureau central a recommandé aux olFiciers de paix ayant l'attribution des voitures publiques la stricte exécution de son arrêté, et de faire arrêter par leurs agents tout cabriolet conduit par une femme, et dont il a informé le ministre

Feux d'artifice. — Sur la réclamation faite par le citoyen Moreau, représentant du peuple au Conseil des Anciens, en son nom et en celui des habitants voisins du jardin de la maison ci-devant dite de Nesle, contre les feux d'artifice qui se tirent dans ce jardin, et dont l'explosion et les éclats présentaient des dangers pour leurs propriétés, le Bureau central a fait notifier aux entrepreneurs de ces fêtes publiques l'ordre de se borner à de simples feux de décoration, dont les jets ne puissent atteindre les bâtiments environnants, et a chargé le commissaire de police dans le cas où ils ne se conformeraient pas à cet ordre, de leur défendre de faire effectuer aucun feu

Travaux publics Stagnation des urines provenant de la Ménagerie du Jardin des Plantes. — L'architecte du Bureau central a évalué à 5,914 francs l'établissement d'une rigole en pierre dure pour faire écouler clans la rivière les urines provenant de la Ménagerie du Jardin des Plantes, et à 2,969 francs celui d'un ruisseau en pavé. Le Directoire a invité le Bureau central à examiner si cette dépense ne doit pas être supportée par le ministre de l'intérieur, et dans ce cas à solliciter vivement l'exécution des travaux nécessaires pour faire cesser l'insalubrité résultant de la stagnation de ces urines sur le port Bernard

Commerce. Établissement du prix du pain. — En réponse à une lettre du commissaire du Directoire près le Bureau central, au sujet du bruit qui se répandait d'une disette prochaine, le Bureau central lui a observé que ce bruit ne pouvait être répandu que par la malveil-

[juin-juillet 1799] DIIŒCTOIRE EXÉCUTIF 632

lance, qu'il était vrai qu'il s'était fait des enlèvements considérables de grains, soit pour le ravitaillement de la flotte partie de Brest, soit pour les besoins particidiers des communes de Rouen, Nantes et Lyon, soit pour l'Helvétie, mais que tout le mon^ie s'accordait à dire qu'il y avait abondance <le grains dans les cantons qui fournissent à la consommation rie la ville de Paris. Le même commissaire observait aussi que, d'après les prix des farines du 26 prairial, il trouvait extraordinaire que les boulangers vendissent le pain 55 centimes; le Bureau central a fait former et lui a transmis un tableau indicatif du prix courant d'une quantité déterminée de blé, des résultats et frais de mouture, des produits en argent aux taux du commerce, du nombre de pains, du montant de la vente et des frais du boulanger pour le mettre à portée de juger si le prix du pain était augmenté

d'une manière disproportionnée

Poids et mesures. — Sur l'observation faite par le ministre de l'intérieur que, malgré les efforts réunis des ministres de la justice et de la police, et les mesures prises par le Bureau central, la loi du 1*"^ vendémiaire an IV, relative à l'usage des nouvelles mesures de longueur dans le département de la Seine, ne recevait point son exécution, le Bureau central a adressé une nouvelle circulaire aux quarante-huit commissaires de police, par laquelle il leur a recommandé de redoubler de zèle et de surveillance pour assurer l'exécution de cette loi, les a chargés de faire des visites, chacun dans la division qui lui était indiquée, chez tous les marchands en boutique, dans les halles et marchés, sur les places publiques, chez les quincailliers, opticiens, mécaniciens, etc., et leur a tracé la marche qu'ils avaient à suivre dans cette opération, en leur recommandant d'en rendre compte de cinq en cinq jours. Des exemplaires de cette circulaire ont été envoyés aux ministres de l'intérieur et de la police, au Département et aux contrôleurs des halles et marchés. Les commissaires de police des différentes divisions ont fait couper, chez des boulangers de leurs arrondissements respectifs, des pains qui n'avaient pas le poids requis et ont saisi, tant chez eux que chez les bouchers, des poids et balances qui n'étaient pas justes, et chez d'autres marchands des mesures anciennes prohibées; ils ont fait arracher des clous qui marquaient sur leurs comptoirs des anciennes mesures. Procès-verbaux de toutes ces contraventions ont été dressés et envoyés aux juges de paix avec les objets saisis. Le commissaire du Directoire exécutif près le tribunal criminel du département de la Seine a transmis le jugement qui a déchargé les citoyens Daguet, Desauches et femme Acier des condamnations prononcées contre eux par le tribunal correctionnel pour anciennes

633 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [juin-juillet 1799]

mesures et faux poids trouvés chez eux. Le Bureau central, pensant que ce jugement méritait une attention particulière, en a adressé copie au ministre de Tinlérieur et do la justice, en invitant ce dernier à examiner s'il n'y avait pas lieu d'en provoquer la cassation...

Mœurs et opinion pahlique. Esprit public. — L'esprit des

groupes a été peu satisfaisant ; ils ont été évidemment influencés ; on y a remarqué des royalistes occupés à placer un propos et à nourrir peu à peu le mécontentement qu'il avait produit; il s'en est formé un assez grand nombre au Jardin national, mais ils étaient animés d'un esprit différent. Dans les uns on a remarqué du découragement et beaucoup d'inquiétude sur la formation de la Société du Manège. Dans les autres on a plaidé assez ouvertement la cause du fanatisme; on s'est beaucoup étendu sur la mauvaise éducation des enfants, sur les mauvaises mœurs; quelques individus ont conclu à la nécessité de la religion catholique, mais ils n'ont point été applaudis. Dans d'autres, on désespérait de la renaissance du crédit public, si l'on ne punissait pas les grands coupables ; on y disait que, jusque-là, on ne croirait pas aux mots de liberté, égalité, humanité, justice, avec lesquels on avait trompé le peuple; que celui qui s'était repu de la fortune des malheureux était le seul à l'abri des lois, parce qu'il achetait sa vie avec l'argent qu'il avait volé. Dans d'autres enfin, on semblait voir que le ministre des relations extérieures perdait de plus en plus la confiance, et l'on disait que Siéyès, son ami, avait tort de le soutenir, que Barras et Siéyès sauteraient bientôt. — Il a paru que ceux qui tenaient des discours contraires à la justice et à l'humanité n'étaient pas écoutés favorablement. En effet, un individu ayant dit que la punition des grands coupables n'aurait pas été si lente sous Robespierre, il lui fut répondu avec force de ne point parler de semblables êtres ; d'autres, qui parlaient d'ailleurs avec assez de feu, vouaient à l'exécration le régime de la Terreur et voulaient que tous les dilapidaleurs, tous les traîtres fussent punis, mais par la loi. Quelques individus, qui s'emparaient de la parole dans les groupes qui se formaient à la porte Martin, ont déclamé avec impudeur contre le Directoire et la nation française; ils ont porté les ouvriers à des plaintes sur l'emprunt de 100 millions, qui, disaient-ils, allait peser sur eux, parce qu'on augmenterait le prix de leurs loyers et celui des denrées. — De tous côtés Buonaparte, dans sa mission, a été considéré comme exilé ; on a dit même que cette seule expéditi(jn suffirait pour motiver la mise en jugement de ceux qui l'avaient ordonnée. — Le faubourg Antoine a été parfaitement tranquille; la classe des ouvriers s'y est très peu occupée de politique; mais, parmi

[juin-juillet 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 634

ceux qui sont en boutique, on a vu d'un mauvais œil les Sociétés patriotiques; on les y composait d'avance de membres de Comités révolutionnaires, — La plantation d'un arbre de la liberté, par la Société séante cour du Manège, s'est faite le 22 messidor avec beaucoup de gaîté et au milieu d'un concours considérable. Le lendemain, sur les huit heures du soir, des groupes considérables se formèrent sur la terrasse des Feuillants, tout semblait concerté d'avance; en effet, sur les neuf heures, grand nombre d'hommes et de femmes cernèrent la salle du Manège, des coups de sifflets multipliés et prolongés troublèrent indécemment les premiers moments de la réunion; succédèrent ensuite les brouhahas et les cris ou plutôt les hurlements de : A bas les Jacobins! A bas les brigands! A bas les buveurs de sang! A. la sortie de la salle de la Société, la majeure partie des patriotes resta auprès de l'arbre delà liberté et chanta des hymnes républicains; des membres de la Société, passant sur la terrasse des Feuillants, furent siffles par des royalistes au nombre de deux cent cinquante, et dans le même instant on cria d'un côté : Vive la République! et d'un autre : A bas les Jacobins! Vive le Roi! A bas la République! Ceux qui étaient restés auprès de l'arbre de la liberté reçurent des pierres qui étaient lancées du jardin par-dessus le mur. Des pierres furent aussi lancées dans la salle de la Société de dessus la terrasse, où se firent entendre à la fois les cris de : A bas les Jacobins, les traîtres, les dilapidateurs, les Chouans! et ceux de : Vive le Roi! A bas la République! et même le cri de : Aux armes! — La Société elle-même se vit entourée de faux frères qui y apportèrent le trouble ; on y remarqua grand nombre de jeunes gens à lunettes, à cadenettes et collets violets ; plusieurs, individus furent arrêtés par les grenadiers du Corps législatif et conduits devant la Commission des inspecteurs; parmi ces individus on en a remarqué portant des collets noirs et violets, tout nouvellement posés sur des habits vieux. On a dit que plusieurs des royalistes qui avaient fomenté ce rassemblement étaient armés de stylets.

Théâtres. — ... Au foyer du théâtre de la République, quelques personnes, parlant de la Société populaire, ont annoncé qu'elle travaillait à la rédaction d'une adresse au Corps législatif pour l'inviter à procéder à l'épuration des deux Conseils et à faire mettre en accusation les triumvirs, les ministres et les dilapidateurs, qu'ensuite elle se dissoudrait, si le Corps législatif ne faisait pas droit à cette demande. Les interlocuteurs riaient beaucoup de ce dernier paragraphe

Correspondance relative aux mœurs et opinion publique. Surveil-

635 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [juin-juillet 1799]

lance sur divers objets. — Le ministre de la police, par une lettre du 14 de ce mois, en témoignant aux administrateurs du Bureau central qu'appelés une seconde fois à l'exercice des fonctions les plus importantes pour la sûreté et la tranquillité intérieures, ils apporteraient sans doute, à remplir ce nouvel engagement, le zèle et l'intelligence qui avaient caractérisé le premier exercice de leur magistrature, a fixé leur attention sur l'application des lois républicaines relatives à l'exercice des cultes et la célébration des décadis, sur la loi portant défense d'annoncer publiquement les journaux, actes des autorités constituées, autrement que par leur titre; sur les lieux publics, sur les groupes et généralement sur tous les ennemis du gouvernement. Le Bureau central, secondant les intentions du ministre, a déjà pris des mesures sur ces différents objets.

Colporteurs. — Instruit de l'infraction continuelle de la loi du 5 nivôse an V par les colporteurs des journaux, auxquels elle défend de les annoncer publiquement autrement que par leur titre général et habituel, en considérant que la plupart des journaux sont astucieux et mensongers, et ne peuvent être rédigés que par des royalistes habiles à saisir tous les masques; que ces sommaires insidieux, paraphrasés souventpar les colporteurs eux-mêmes, n'ont d'autre but que d'exciter des rassemblements dont la malveillance révolutionnaire sait profiter, d'attaquer sous des prétextes spécieux les pouvoirs constitutionnels, et de jeter l'alarme parmi les bons citoyens en annonçant des nouvelles controuvées, telles que la défaite de Masséna, etc., etc.; considérant aussi que cette contravention à la loi encourage les mêmes colporteurs à crier les titres perfides de quelques pamphlets qui f(jnt sourire les amis de la royauté, tels que Le Testament de la Republique ; Quatre de pendus et un qui file sa corde, etc. ; le Bureau central a pris, le 16 de ce mois, un arrêté qui ordonne la réimpression et affiche de la loi du o nivôse an V et charge les commissaires de police et les officiers de paix à veiller à son exécution. Cette loi a été imprimée à la suite dudit arrêté et affichée dans toute l'étendue de cette commune.

Écrits contre-révolutionnaires . — Le Bureau central a mandé aux quarante-huit commissaires de police qu'il était informé qu'il s'imprimait secrètement des ouvrages dangereux, tels qu'une proclamation du prétendu Louis XVIII et autres écrits de ce genre tendante exciter un mouvement parmi le peuple pour anéantir la liberté ; que ces imprimés devaient être affichés dans les rues pendant la nuit, et distribués le matin dans les halles et marchés. Il leur a recommandé la plus rigoureuse surveillance à l'égard des ennemis du gouvernement repu-

[juin-juillet 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 636

blicain, de faire des rondes, notamment la nuit, en se faisant accompagner de la force armée, et de se saisir des malveillants qu'ils surprendraient affichant ou distribuant ces imprimés.

Pamphlets. — Le Bureau central, à l'occasion tant de l'imprimé ayant pour titre, Testament de la République et ses derniers adieux, qui a été colporté avec profusion au Palais-Egalité, que d'autres pamphlets criés et distribués journellement dans Paris, a invité le ministre de la police à faire demander une loi répressive de l'abus des pamplilets sous le rapport des titres qu'on leur donne.

Achats de poignards par les royalistes. — Il a fait part au ministre (le la police de l'avis donné par l'administration municipale du IP arrondissement que les royalistes recherchaient des armes, telles que des poignards, etc., etc., et que ceux qui les achetaient disaient hautement que c'était pour poignarder les républicains et les Jacobins.

Groupes. — Il n'a cessé de faire surveiller tous les groupes et particulièrement quelques-uns où se glissaient des orateurs prêchant le fanatisme et la royauté, afin de signaler ces êtres dangereux. Il a rendu compte au ministre de la police, par des lettres particulières, de tout ce qui paraissait mériter son attention ; il lui a désigné, comme devant fixer particulièrement la surveillance de la police, les rassemblements qui avaient lieu à la porte Martin, d'oii, le 17, le commissaire de police de la division de Poissonnière fut forcé de s'éloigner, et où l'on disait, le 18, qu'il fallait se lever en masse, et que les hommes en place et ceux qui n'y étaient plus, étaient tous des voleurs et des fripons, etc. — Un rassemblement se forma le 24, après le spectacle, sur le boulevard Italien, à l'endroit dit Goblenlz, où l'on chanta en chœur le Réveil du peuple, ce qui jeta l'alarme dans le quartier, au point que les boutiques furent fermées; mais ceux qui composaient ce rassemblement s'enfuirent à l'approche de quelques citoyens qui passèrent en chantant des airs patriotiques. Le Bureau central, en informant de ces faits le ministre de la police, lui a observé que l'on se plaignait de ce que les corps de garde environnants n'étaient pas en général animés d'un assez bon esprit pour qu'on pût compter sur un service actif. Il a, par ce motif, invité le commandant de la 17« division militaire à faire renforcer ces postes par les troupes de ligne. — Prévenu qu'il se formait des rassemblements dans le faubourg Antoine, le Bureau central avait donné des ordres pour les surveiller; mais il est résulté des renseignements pris que ce rassemblement n'avait eu pour objet que la signature d'une adresse au Corps législatif pour le féliciter des mesures qu'il

637 OmECTOIKE EXÉCUTIF [.IUi.n-juillet 1799]

venait de prendre. — Le Bureau central a informé le ministre de la police que les rapports de ses agents annonçaient que, dans tous les groupes, on s'occupait des dilapidateurs, et qu'on demandait leur punition, et principalement celle du ministre Schérer.

Suroeillance particulière établie sur des ennemis delà République. — Il a été donné ordre de surveiller de près quatre individus : le premier, habitué d'un café, et signalé par ses propos comme un royaliste dangereux ; le deuxième, ci-devant noble, signalé comine tenant des propos séditieux dans les groupes ; le troisième, professeur de mathématiques, signalé pour avoir répandu, le 25 messidor, dans un café, des nouvelles alarmantes sur la situation extérieure de la République, et comme s'étant permis d'annoncer le rétablissement du gouvernement monarchique et se plaisant à diffamer les magistrats de la République; le quatrième, signalé comme vociférant, dans un café désigné, contre la République et les patriotes.

Arbre de la liberté mutilé. — Dans la nuit du 11 ou 12, un arbre de la liberté, placé devant la porte du local occupé par l'administration municipale du IX*" arrondissement, a été mutilé. L'écorce en a été presque entièrement enlevée. Au moment de la réception du procès-verbal qui en a été dressé par le commissaire de la division de la Fidélité, le Bureau central avait déjà invité ce commissaire et le commandant de la place de ne rien négliger pour découvrir l'auteur dt; ce délit, que l'on soupçonnait avoir été commis par un des hommes de garde ou poste établi près cette municipalité.

Annuaire républicain. — Une circulaire a été adressée aux quarante-huit commissaires de police pour leur recommamler la plus active surveillance sur l'exécution de la loi du 23 fructidor et des arrêtés du Bureau central qui prescrivent l'exacte observation de TAnnuaire républicain.

Prêtre catholique cherchant à entretenir et fortifier le fanatisme. — Il a été donné connaissance au ministre de la police d'une déclaralion faite au Bureau central, portant que, le 7 de ce mois, un citoyen et une citoyenne, étant entrés dans la ci-devant église Notre-Dame, eurent une conversation avec le suisse, qui leur annonça qu'on travaillait fort au rétablissement de la religion catholique, que l'évêque prêcha ensuite et cita l'exemple des Machabées morts pour la religion, invitant ses auditeurs à verser jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour la sainte religion, etc.

Reste d'un monument religieux près la barrière de Vaugirard. — Au désir d'une lettre du ministre de la police, le Bureau central a fait disparaître une colonne de pierre, reste d'un monument religieux qui

[juin- JUILLET 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 638

se voyait encore à 40 ou 50 mètres au delà de la barrière de Vaugirard, et dont la vue avait paru donner lieu à des interprétations que la malveillance pouvait seule suggérer.

Instituteurs. — Le commissaire de police de la division des Amisde-la-Patrie, en vertu d'un arrêté de l'administration municipale du VI« arrondissement, a notifié à la citoyenne Marguerite Mercier, institutrice, rue Denis, n° 113, sa destitution motivée sur ce qu'elle avait rétracté son serment. — Le Bureau central a fait prendre des renseignements sur la conduite morale et politique du citoyen Roy, instituteur, et de la citoyenne Vidron, institutrice, signalés comme faisant observer à leurs élèves les jours de fêtes et dimancbes catholiques, et l'instituteur comme leur inspirant de plus de la haine contre le gouvernement républicain. Il résulte de ces renseignements qu'il n'est aucun reproche à faire à l'institutrice, mais qu'à l'égard du citoyen Roy, cet instituteur est très attaché au culte catholique, qu'il n'a jamais conduit ses élèves aux cérémonies décadaires, et que, lors d'une visite faite chez lui le 9 messidor, on n'avait point affiché dans sa salle l'inscription : Ici on s'honore du titre de citoyen, ni celle relative à l'assassinat des ministres français à Rastadt. Copie du rapport contenant ces renseignements a été envoyée au ministre de la police.

Pièces de théâtre. — Il a été adressé une circulaire aux entrepreneurs de spectacles pour leur recommander de proscrire de leur répertoire toutes les pièces tendant à rappeler le régime royaliste. — Informé que, dans la pantomime de Don Quichotte *, jouée au théâtre de la Cité, des chasseurs figuraient revêtus des livrées de Condé et Gonti, le Bureau central a invité les entrepreneurs à substituer d'autres costumes à ceux qui rappelaient un régime odieux.

Bals. — Le commandant de la place a été invité à faire connaître les bals qui se trouvaient le plus fréquentés par des militaires, et dont il croirait la fermeture nécessaire, a'tendu (jue plusieurs bals voisins des casernes étaient dénoncés au Bureau central comme des repaires de prostituées qui se livraient à la débauche avec des militaires, et où la tranquillité était souvent troublée et les mœurs publiquement outragées.

Filles publiques. — Le ministre de la police a appelé l'attention du Bureau central sur le scandale que causaient les filles publiques dans les rues de Paris et l'a chargé de faire exécuter les lois relatives aux prostituées. — Il a répondu au ministre qu'il venait de faire réafficher l'extrait de la loi du 22 juillet 1791 (v. s.) et de recommander aux

1. Par Guvelier, jouée pour la première fois le 13 prairial au Vil. Voir le Courrier des Spectacles du 19.

639 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [juin-juillet 1799]

commissaires de police et officiers de paix d'en surveiller rexécution *. — Il a chargé : 1° le commissaire de police de la division des Droitsde-l'Homme de faire des rondes fréquentes dans la rue de Bercy et autres lieux de sa division où se réunissaient des prostituées, d'arrêter celles qu'il trouverait portant publiquement atteinte aux mœurs, d'insérer dans des procès-verbaux les noms des citoyens qui auraient été témoins des faits de débauche et de la faire attester par leurs signatures; 2° celui de la division des Gardes-Françaises, de surveiller une maison de sa division, signalée par le ministre de la police comme un repaire de souteneurs de femmes publiques des Champs- Elysées, et ouverte jusqu'à deux heures dumatin ; 3" ceux des divisions des Amis-de-la-Patrie, des Gravilliers, du Faubourg-du-Nord et de Bondy, de surveiller les prostituées qui tous les soirs insultaient aux mœurs près les portes Martin et Denis, de les arrêter et envoyer au Bureau central. — La Commission des contributions directes a adressé au Département une lettre par laquelle elle lui annonçait que tous les propriétaires de la rue des Colonnes étaient en réclamation sur leurs contributions, et qu'ils motivaient leur demande en réduction sur la non-valeur ou vacance de leurs appartements, qu'ils attribuaient à la présence d'un grand nombre de filles publiques, stationnant tous les soirs dans cette rue, et à plusieurs lieux de débauche y existant et qui en écartaient lescitoyens honnêtes. Le Département a, en conséquence, provoqué des mesures pour faire cesser ce scandale et dissiper ces attroupements de femmes publiques. Le Bureau central a répondu au Département que déjà, depuis peu de temps, il avait recommandé par plusieurs lettres au commissaire de police de la division Le Pelelier, de faire des rondes fréquentes dans cette rue pour faire disparaître les prostituées, et il Ta informé que cet ordre s'exécutait journellement. — Informé par le ministre de la police que l'administration du théâtre de la République se plaignait de ce que la galerie vitrée de ce spectacle était scandaleusement encombrée de femmes publiques, et de ce que les militaires, commandés pour dissiper ces attroupements, obstruaient plutôt par leur nombre qu'ils ne dégageaient les entours de cette salle, le Bureau central a recommandé au commissaire de police de la division de la Butte-des- Moulins d'exercer la police dans cette galerie et d'en faire disparaître les femmes publiques. Il lui a aussi recommandé de faire des rondes fréquentes dans les galeries noires du Palais-Egalité et d'en faire dis-

1. Il s'agit de la loi de police municipale et correctionnelle du 19 juillet 1791, sanctionnée le 22.

[JU1N-.IUILLET 1799] DIHECTOIHE EXÉCUTIF 640

paraître les prostituées" qui s'y rendaient avec une foule de mauvais sujets.

Maisons de jeu. — Il a pris un arrêté, le 21 de ce mois, dont l'objet est d'assurer l'exécution des articles 7 du titre I et 36 du titre lî de la loi du 22 juillet 1791 qui prohibe les maisons où l'on donne habituellement à jouer à des jeux de hasard. Les commissaires de police et les officiers de paix sont chargés par cet arrêté de se transporter sans délai dans toutes ces maisons indistinctement pour procéder à la saisie des fonds trouvés exposés au jeu, ainsi que des pièces de conviction, en se conformant à l'article 10 du titre I de la loi sus-énoncée; de dresser procès-verbal des contraventions et d'en adresser l'expédition au Bureau central, qui le transmettra à l'autorité compétente pour être ensuite infligé aux délinquants les peines prononcées par la loi. Les articles 7 et 37 de la loi précitée ont été réimprimés et affichés avec et en exécution de cet arrêté. — Informé que plusieurs teneurs de jeux de hasard se proposaient d'ouvrir, le 23, leurs maisons de jeu, notamment le citoyen Prévost et la citoyenne Dalbon, le Bureau central a, le même jour, chargé le commissaire de police de la divisionde la Butte-des-Moulins de surveiller ces maisons, ainsi que celles des divisions environnantes, et de constater ces contraventions de la manière indiquée par son arrêté du 21. — Le même commissaire a transmis un procès verbal de saisie d'ustensiles de jeu de Trente-Un, rue de laFeuillade, n° 3. Copie de ce procès-verbal lui a été renvoyée par le Bureau central, avec ordre de dénoncer ce jeu au juge de paix, et de l'invitera donner à cette afTaiie la suite qu'elle devait avoir. — Le Bureau central a donné ordre de surveiller trois autres maisons où l'on joue le Biribi, et une quatrième où Ton donne à jouer le Trente-Un.

Impôt au profil des pauvres. — Il a transmis au ministre de l'intérieur, au Département et à l'agent comptable des indigents et au commissaire du Directoire près le Bureau central, les états de recettes des spectacles et fêtes publiques au profit des pauvres pendant les première et seconde décades de Messidor,

Cette recette s'est élevée pour la première décade à. 10.942 fr. 33 — pour la deuxième — ;î . 7.936 63

Total 18.878 fr. 96

Page 1