‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 157 sur 254 · L. MiLLY, Le Tellier · texte numérisé non relu

L. MiLLY, Le Tellier

(Arch. nat., BB » 90.)

1. Il s'agit de la loi du 10 messidor an VII, relative à un emprunt de 100 millions pour organiser les nouveaux bataillons.

Journaux.

Journal des Hommes libres du 5 thermidor : « Paris, 4 thermidor. .. .Tout ce qu'il y a d'ennemis de la République dans Paris (et ils sont nombreux), cette foule d'émigrés, de voleurs fournisseurs qui y abonde, ont, depuis huit jours, usé tous leurs moyens et distribué près de 500,000 francs, déposés à cet effet chez un banquier que nous nommerons, pour obtenir, soit du Directoire, soit du Conseil des Cinq-Cents ensuite, soit enfin du Conseil des Anciens, que le local oîi se rassemble la Réunion patriotique lui fût retiré. Ce local se trouve sous la police immédiate du Corps législatif. Les démarches de ces messieurs se trouvant infructueuses, et leur argent se trouvant perdu jusqu'à ce jour, ils ont changé de marche. Ils se sont imaginé qu'en chargeant un grand nombre de lenrs agents de répandre que le Conseil des Anciens ne voulait pas permettre que les républicains se réunissent dans l'enceinte dont il a la police, ils effraieraient d'abord beaucoup de patriotes timides qui cesseraient de se rendre à une réunion poursuivie, et dépopulariseraient ensuite le Conseil des Anciens, ce qui serait alors un double avantage. Ils ont pensé qu'ils trouveraient des journaux assez complaisants pour débiter ce grossier mensonge, et effectivement on lit aujourd'hui dans un journal : « Le Conseil des Anciens, formé le 2 en comité secret, a chargé « les inspecteurs du lieu de ses séances de notifier à la Société réunie au « Mahège que ce local cessait d'être à sa disposition. » Les insinuations à couleur réactive, que l'on répand depuis quelques jours sur le patriotisme éprouvé du Conseil des Anciens, nous imposent doublement l'obligation de démentir cet étrange article. Nous ajoutons que, le 2, il y eut réellement comité secret aux Anciens ; qu'il y fut question de la Réunion patriotique ; mais il est faux que le Conseil ait chargé sa commission d'aucune notification. Il eût peut-être suffi d'observer au journaliste qui s'est prêté à tromper le public qu'en comité secret il ne peut être pris aucun arrêté, aucune délibération, etc. . . »

MDCCLXXV

Rapport du bureau central du 5 toermidor.

Rapport sur l'esprit public dans les théâtres. — Ces mouvements d'enthousiasme, ces applications qui prouvent l'horreur des rois et

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Tamour de la liberté, sont assez rares depuis quelque temps dans les théâtres ; mais on ne peut tirer de cette remarque aucune conclusion trop sévère sur la véritable disposition de ceux qui fréquentent le plus souvent le spectacle. Car il est des passages qui sont toujours saisis de manière à faire croire que l'esprit public n'est pas éteint. Chaque théâtre, indépendamment de ceux que les représentations brillantes y attirent, a un certain nombre d'habitués; ils ont en outre une sorte d'esprit de localité qui diffère, soit en bien, soit en mal. — Au théâtre de la République et des Arts, l'esprit des spectateurs, du moins de ceux qui fréquentent d'habitude le parterre et l'amphithéâtre, est ordinairement républicain. Si les airs civiques n'y sont pas toujours accueillis avec chaleur, il est rare du moins qu'ils ne soient pas suivis de quelques applaudissements. Une certaine classe d'artistes y manifeste dans ses entretiens un véritable attachement à la République, et cet esprit vient souvent à se communiquer. — La reprise de Tarare, le 28 messidor, avait attiré beaucoup de monde ; le 30, à la même pièce, l'affluence était moins grande, mais à chaque représentation les différents passages du poème qui semblaient toucher à notre régénération politique ont été universellement et fortement applaudis, tels que ceux-ci :

Méprisons le séjour des rois. . .

Conservons notre liberté...

Un peuple juge et n'assassine pas. . .

Les applaudissements donnés à cette pensée : « Les gens qui font

trembler, tremblent eux-mêmes » ont été plus équivoques, mais

beaucoup moins vifs. — Au théâtre Favart, il ne s'est fait aucune application pendant les derniers jours de messidor et les trois premiers de thermidor. Du reste, les airs civiques y sont à peine écoulés, et on y aperçoit rarement les traces de quelque esprit public. — Cette remarque peut s'appliquer au théâtre du Vaudeville. — L'esprit est continuellement bon au théâtre de la République ; le silence règne sur tout ce qui pourrait affecter l'opinion, on ne laisse échapper aucun passage qui caractérise la haine de la royauté et l'amour de la République, sans y applaudir fortement. — Quelque étincelle de ce bon esprit jaillit de temps en temps du sein des habitués, toujours mélangés, du Théâtre- Variétés du Jardin-Égahté. — Il règne toujours un assez bon esprit au théâtre des Victoires-Nationales. — Cette remarque peut se généraliser pour les théâtres du boulevard. — Il y a beaucoup de variété dans la disposition des esprits de ceux qui fréquentent le théâtre de la Cité. A Ui première représentation (VArsi'

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nous *, tragédie, une assez grande partie des spectateurs avait fait quelques mauvaises allusions sur ces vers :

Les bras sont fatigués d'égorger l'innocence. . . Minerve, accorde-nous une peine éternelle...

L'auteur, profitant des avis qui lui ont été donnés, a fait disparaître ces vers à la seconde représentation, dans le cours de laquelle il n'a été fait aucune application. Du reste, l'affluence en général est peu considérable dans les théâtres, et le calme n'a cessé d'y exister. Les républicains gémissent sur le manque de productions patriotiques.

Le Tellier, Champein.

(Arch. nat., BB ' 90.)

MDGCLXXVI

, Journaux.

Journal du Soir des frères Chaignieau du 6 thermidor : « Paris, le 6 thermidor. ...En conséquence de la dénonciation qui lui a été adressée par la Réunion du Manège, le ministre de la guerre a envoyé à ses chefs de division une circulaire dans laquelle on lit : « Des hommes dignes de foi me « dénoncent que des défenseurs de la patrie ont été mal reçus dans les (c bureaux de la guerre. Vous voudrez bien, sur-le champ, rechercher les « auteurs de ces traitements indignes et me les faire connaître sur-le-champ. « Je ne puis avoir pour collaborateurs des êtres capables d'un pareil oubli de « toute morale et de toute humanité. La République n'entend point prodiguer « les aisances de la fortune à ceux qui se montrent aussi dénaturés. >> — ■ Roux-Fazillac est nommé chef de la première division de l'intérieur...» — Journal des Hommes libres du 8 thermidor : « Paris, 6 thermidor. Malgré l'épuration faite dans les bureaux du Département, on y trouve encore : Cornu, ex-secrétaire de Dupin, distributeur aux employés de cette administration, avec invitation de le faire connaître à leurs assemblées primaires, du pamphlet mertinesque intitulé Frères et amis; Frangeville, qui a obéi à une époque remarquable à la puissance triumvirale, commandant de bataillon au 13 vendémiaire, et arrêté après cette journée; Magniaudé, orateur vendémiairiste de la Buttc-des-Moulins ; Damoreau, ex-prêtre de la Madeleine, connu par ses principes anti-républicains, qui, après l'admission des élections de l'an VI, faisait l'éloge des élus de l'Institut à un républicain, qui lui répondit que tous les principes étaient violés; il dit : « Bah, bah ! J'ai prouvé en philo-

1. Tragédie en trois actes, par Deirieu, représentée pour la première fois le 30 messidor an VU.

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Sophie qu'il n'y avait point de principes. » C'est apparemment le maître de logique de Bailleul. . . » — Ami des Lois du 6 thermidor : « Variétés. . . .On a découvert une conspiration tendant à assassiner tous ceux qui ont voté la mort de Louis XVI. C'est un déserteur autrichien qui en a révélé les complices. Ils sont arrêtés. » — Gazette de France du 7 thermidor : « ...Le ii s'est faite, dans toute les municipalités de Paris, la publication de la loi sur la responsabilité des communes. Les officiers municipaux en costume, de forts détachements d'infanterie et de cavalerie, la garde nationale sédentaire avec ses drapeaux formaient le cortège et contribuaient à la pompe de cette proclamation solennelle. »

MDCCLXXVII

6 THERMIDOR AN VII {24 JUILLET 1799). Rapport du bureau central du 7 thermidor.

Rapport analytique des journaux. — Le Moniteur dn 4 avait annoncé qu'à la suite de débats assez vifs, en comité général, le Conseil des > Anciens avait chargé la Commission des inspecteurs de faire évacuer la salle du Manège. Un grand nombre de journaux ont copié cette partie du Moniteur. — Deux journaux s'élèvent le o contre des dispositions de la résolution sur l'emprunt*. Suivant ce que le citoyen J.-B.D. écrit à ce sujet dans l'Observateur, ce mode d'emprunt laisse percer le système de renversement de toutes les fortunes un peu considérables ; toutes les exploitations commerciales et agricoles devront s'en ressentir; un doublement pur et simple, et par forme de prêt, de la contribution somptuaire et mobilière produirait, sans aucun délai et sans embarras de perception, une somme de 120 millions, et ce projet, d'exécution facile, rassurerait promptement sur les justes craintes que Ton conçoit d'après les principes de nivellement et d'expropriation mis aujourd'hui en avant ; telles sont les idées émises dans l'Oôservateur. Suivant i'Anii des Lois, aussi du 5 thermidor, cette résolution a été rédigée par des Visigoths; c'est un imbroglio gothique et révolutionnaire qui sera rejeté par le Conseil des Anciens; ce projet serait la ruine des ouvriers eux-mêmes, et bientôt « Destrem n'en voudra plus être le père »>. — Plus loin, observant que sur le même sujet quelqu'un disait à Des qu'il faudrait mettre en prison les trois

1. Il s'agit du projet de résolution qui fut adopté par les Cinq-Cents le 1" thermidor an VII, pour fixer le mode d'exécution de celle du 10 messidor relative à un emprunt de 100 milUons. ^Yoir plus haut, p. 643.)

quarts de la France, Des répondit qu'il fallait que les prisons

se rouvrissent. — Les citoyens formant la réunion de la salle du Manège sont toujours appelés par l'Ami des Lois «Jacobins ». — Il se plaint que la commission des inspecteurs de la salie des Cinq-Cents ait renvoyé de ses bureaux les conscrits qui y étaient employés : « Jusqu'à leur départ, dit-il, qui se trouve retardé par le manque d'armement et d'équipement, ils vivront comme ils pourront. » On lit encore dans le même journal l'article suivant, personnel au ministre de la police : « Le ministre Bourguignon a choisi, pour composer des affiches de circonstance, pour relever l'esprit public, dénoncer toutes les factions, même en créer lorsqu'il en manque, le citoyen Camaille Aubin, ci-devani Saint, et auteur du théâtre de Nicolet. » Enfin, il dit que le citoyen Lecointe-Puyraveau a toujours trois mouchards à sa suite, comme véhémentement soupçonné de conspirer contre la terreur, les échafauds, la guillotine, le code anarchique de 1793, les fusillades, noyades et autres choses charmantes, etc. — Une lettre écrite de Berlin, et qui se trouve dans le Voyageur, le Messager des relations extérieures et le Publiciste, tend à faire croire que le roi de Prusse est disposé à entrer dans la coalition, qu'il a même signé son adhésion à celte ligue dès le 6 mars dernier (v. st.), et qu'il paraît certain qu'une flotte russe a débarqué huit mille hommes à Lubeck pour y être rejoints par un nouveau corps russe et des troupes d'Angleterre. En outre, le Publiciste fait croire à quelques mouvements secrets dans la Bépublique batave pour remettre le stathoudérat entre les mains de la maison d'Orange. — Le Miroir, dans ce qu'il intitule Coup d'œil sur la Ménagerie, passe en revue différents membres de la Société du Manège, comparant celui-ci à un orangoutang, Drouet à un tigre, Sonthonax à un ours, Real à un chien, les autres à des animaux descendus de la Montagne, etc. Lays, Talma, Marcellin, et d'autres également en butte aux traits de la réaction, sont aussi désignés comme des singes. Le Miroir n'est signé que d'un B. . . avec des points. — Le Messager des relations extérieures du 4 regarde le Directoire exécutif comme très exposé, s'il abandonne un système de contrepoids qui seul peut le garantir de la chute où sa faiblesse l'entraîne. Il dit que, sans système d'opposition, le gouvernement est une tyrannie, que la résistance des partis est une preuve de la liberté d'un État, et que « la République a besoin du peuple, de Jacobins et de royalistes peut-être pour qu'on croie à son indépendance ». — Hier, le même journal, le Messager des relations, et le Publiciste d'aujourd'hui, disent qu'on lit dans le journal de Hambourg la Correspondance impartiale, l'annonce du livre suivant ; Corres'

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pondance secrète extraite du portefeuille de la dcputation française assassinée près de Rastadt. On peut croire dès lors que cet ouvrage ne tardera pas à se voir à Paris, s'il n'y est déjà; ce n'est peut-être ici qu'une annonce rendue piquante pour assurer un bon débit à l'ouvrage. Suivant le Publiciste, on le dit propre à jeter de la lumière sur plusieurs événements importants dont les causes sont peu connues. — UAmi des Lois de ce jour dit qu'il est arrivé du « renfort aux frères » ; qu'il parait que le Directoire, surpris, stupéfait du progrès qu'il a laissé faire à l'anarchie, va sortir de sa léthargie ; que plusieurs Jacobins même en sont effrayés et se disposent à faire volteface, que Real a été rejeté du Manège comme trop peu dépopulateur et trop ami de Barras. — On n'est pas peu étonné de voir dans les Affiches et Ayinonces un particulier riche détaillant sa fortune et demandant à se marier, se donner pour être d'une famille distinguée.

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