‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 156 sur 254 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

MDCCLXXIII

2 THERMIDOR AN Vil (20 JUILLET 1799).

Rapport du bureau central du 3 thermidor.

Analyse des rapports sur tesprlt public. — Les groupes qui se sont formés depuis quelques jours, au Jardin national, ont été beaucoup moins nombreux, et le calme présidait à tous les entretiens politiques; les déclamations contre la Société séante au Manège ont aussi été plus rares, et on n'a aperçu aucune disposition de troubler cette réunion. — Ce que l'on a recueilli des conversations en plusieurs endroits publics prouve que le royalisme n'a pas perdu toutes ses espérances; on récite des nouvelles, ou plutôt des bruits de l'anéantissement de nos armées en Italie ; les royalistes disent que « les choses vont bien » ; ils ajoutent presque toujours qu'on ne réussira à faire partir les conscrits, et surtout ils ne manquent pas de peindre la moitié au moins de la France comme voulant un roi. — Quelques discours tenus à la Société rassemblée salle du Manège, dans lesquels les membres protestaient d'un attachement inviolable à la Constitution de l'an III, ont diminué en partie les préventions que des hommes faibles ou influencés par les royalistes avaient conçues contre celte réunion dès le 30 messidor. L'esprit des groupes formés aux environs s'épurait, et l'on y parlait généralement dans les vrais principes républicains. — Hier, 2 thermidor, il ne s'est formé d'autres groupes au Jardin national que celui qui s'y compose assez régulièrement d'hommes âgés; l'esprit du plus pur patriotisme présidait aux conversations, et l'on y témoignait du contentement sur la formation du cercle politique du Manège. — On regrette de ne pouvoir dissimuler que des jeunes gens osent i=5e réjouir secrètement, lorsqu'ils entendent parler de quelques revers, et qu'on en a entendu, au récit des échecs que, suivant plusieurs journaux, Buonaparte aurait essuyés en Syrie, désirer que cela pût continuer, parce qu'alors ils ne seraient pas obligés de partir.

Rapport analytique des journaux. — Le Journal des Dames et des Modes, n° 56, renferme plus d'un article répréhensible, surtout en ce que la pudeur reçoit des atteintes sensibles. Le premier article roule sur un jeu de mots assez innocent, mais commence par ce membre de phrase : « Aujourd'hui que tant de gens parlent de tuer », etc. La

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poésie qui suit ce morceau est encore un jeu de mots, mais qui blesse assez fortement les mœurs. Faut-il être obligé d'en donner une idée? Un chasseur poursuit surtout cette espèce d'oiseaux qu'on appelle culs-blancs; dans sa course il effraye une villageoise brune de peau qui se baignait et la rassure en lui disant qu'il n'en voulait qu'aux culs-blancs. Vient ensuite une anecdote de plusieurs pages que l'on tiendrait extraite de quelque roman libre. La nature de ce rapport ne comporte pas les citations que l'on pourrait faire ; elles se réduiraient au tableau d'un rendez-vous nocturne, aux descriptions de quelques entreprises immodestes, et d'une catastrophe dont les circonstances sont très déplacées dans un ouvrage périodique. — Sous le rapport politique, les feuilles de ce jour donnent lieu à peu d'observations. — Il est aisé de reconnaître l'esprit dans lequel le Message)' des relations extérieures annonce que le duc d'AngouIême est attendu à Rastadt et s'approche en ce moment des frontières de France pour s'y faire proclamer roi. Le même journal s'excuse de n'avoir pas donné la suite des séances de la Société du Manège sur ce qu'elle a perdu beaucoup de l'influence qu'elle voulait acquérir. — Le citoyen Desfournaux, commissaire du Directoire à la Guadeloupe, ayant autorisé à courir sur les bâtiments américains, en représailles de la prise de la frégate Vlnsurfjente, le Publiciste dit à ce sujet qu'un agent particulier nous constilue ainsi en guerre avec une puissance amie pour un malentendu qui n'eût demandé que des explications et des réparations. — Quelques articles de progression de l'emprunt', surtout celui qui concerne l'ascendant d'émigré ex-noble, éprouvent des contradictions de la part du Surveillant . Ce journal, très répandu, qui joint la concision à la pureté du style, est du petit nombre de ceux qui émettent d'eux-mêmes quelques opinions; aujourd'hui il voudrait faire entendre que si, par l'issue du procès des ex- Directeurs, les échafauds allaient être relevés, pour eux, on ne s'en tiendrait pas là; qu'on ne doit pas oublier que la Convention se décima elle-même, une fois que l'un de ses membres (Gorsas) fut exécuté : « Ceux, ajoutc-t-il, qui ont jelé le plus de cris de mort ont élé atteints à leur tour. Ceux qui succèdent à leurs fureurs se flattent-ils donc d'être plus heureux ou plus habiles? »

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