L. MiLLY, Cuampein
(Arch. nat., BB ^ 90.)
1. On lit dans le Moniteur universel du 9 thermidor an VU : « On publie l'extrait suivant de la séance de la Société du Manège du 7 thermidor. La commission des inspecteurs ayant fait notifier à la Société d'abandonner ce local, celle-ci a renvoyé à ses commissions réunies pour lui faire un rapport. Les commissions réunies ont proposé un arrêté dont voici la substance : «La Société, « considérant qu'elle a été invitée par quelques députés à prendre possession de « ce local ; considérant qu'elle ne pourrait en sortir, dans les circonstances
651 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [26 juillet 1799]
MDGCLXXIX
Journaux.
Journal du Soir drs frères Chaignieau du 9 thermidor : « Paris, le 9 thermidor. Hier à sept heures trois quarts du soir est parti, avec Taéronaute Blanchard, l'astronome Lalande dans une nacelle suspendue au-dessous de cinq ballons réunis en un seul groupe. Le point de départ était le jardin de Tivoli. Quand la ilotte aérienne a été à une certaine élévation, on a vu descendre de la nacelle une ancre suspendue à une longue corde. Alors la flotte a cessé de s'élever ; elle a conservé longtemps la même hauteur; elle marchait vers le couchant, et quelques personnes prétendent que Blanchard espérait trouver dans l'effet de cette ancre et dans la disposition des ballons un moyen de direction, et qu'il se proposait d'aller descendre à Saint-Cloud dans un endroit indiqué. » — « L'administration centrale de la Seine a autorisé le commissaire Real à dénoncer à l'accusateur public les auteurs, imprimeurs et colporteurs d'un écrit intitulé : Pendez les Jacobins. » — «Les maisons de eu sont rouvertes à Paris, avec l'autorisation de la police. « — Journal du Soir des frères Chaignieau du 10 thermidor: « Paris, le 1 1 thermidor. .. .Lalande publie que son ascension aérostatique a été très agréable; que, partis de Tivoli à sept heures quarante-trois minutes, les aéronautes étaient tranquillement à une hauteur de 250 toises, lorsqu'ils se sont aperçus qu'un des cinq ballons frottant contre le grand, il y avait ouverture, qu'ils sont descendus à Bagatelle pour y remédier, mais que, voyant qu'ils ne pouvaient plus aller aussi loin qu'ils l'avaient espéré; ils avaient préféré de revenir à Paris. » — Clef du Cabinet du 10 thermidor : « Paris, le 9 thermidor. . ..L'examen des aspirants à l'École polytechnique sera effectué dans l'espace des mois vendémiaire et brumaire an VIII. Il y aura trois examinateurs dans les départements : Monge, Levesque, Labey, et un pour Paris, Langlet. Les quatre examinateurs réunis, le 8 brumaire, à Paris, formeront avec les deux autres membres le jury qui devra avoir remis la liste des candidats, par ordre de mérite, le 10 brumaire an VIII. Les lettres d'admission devront être expédiées le 13 brumaire et les élèves tenus de se rendre pour l'ouverture des cours le 1="' frimaire. . » — Clef du Cabinet du H thermidor : « Paris, le iO thermidor. ...On assure qu'avant-hicr, dans une pièce intitulée Les Quatre Fils Aymon, donnée à l' Ambigu-Comique, on a vu une guillotine et une actrice tendant son cou sur l'horrible instrument ' ! Un cri universel d'indignation, comme on peut croire, a fait justice de cette horreur; mais l'on ne conçoit pas qu'un auteur quelconque ait eu l'audace de présenter au public
« actuelles, sans donner le signal de regorgement des patriotes dans les dépar- « temenls, arrête de ne point le quitter qu'elle n'y soit légalement contrainte...» — « Le bruit répandu que la Société du Manège devait se transporter à l'Oratoire a excité des réclamations de la part des marchands domiciUés aux environs de cet édifice. Us ont demandé qu'on les dispensât d'un pareil voisinage. » 1. Voir le Courrier des Spectacles du 8 thermidor an VII, p. 2.
une scène aussi dégoûtante... » — Clef du Cabinet du 12 thermidor: « Paris, 1i thermidor. L'épouvantable instrument qu'on a remarqué ces jours derniers sur le théâtre de l'Ambigu-Comique y paraît depuis quinze ans qu'on donne la pièce; on n'y a rien changé. C'est là sans doute que le fameux Guillotin a trouvé le modèle de sa sanglante machine. Mais si l'échafaud des Quatre Fils Aymon n'attrista personne quand il parut jadis pour la première fois, il n'est pas surprenant qu'il rappelle aujourd'hui des souvenirs déchirants et des pertes inconsolables... » — Clef du Cabinet du 16 thermidor: « Paris, le iS thermidor. ...Le citoyen Saugrain, rue du Théâtre- Français, n° 3, nous écrit que ce n'est pas le citoyen Guillotin qui inventa la sanglante machine, , et qu'il n'y a pas même coopéré. Cette machine fut, ditil, inventée par le citoyen Smith, facteur de pianos. On nomma des commissaires pour en examiner le mécanisme; ce fut le citoyen Louis, secrétaire des écoles de chirurgie, qui en fit le rapport, et le citoyen Smith obtint le brevet d'invention. . . «
MDCCLXXX 9 ET 10 THERMIDOR AN VII (27 et 28 JUILLET 1799).
Rapport du bureau central du 11 thermidor.
Extraits des rapports sur Vopinion publique du 10 thermidor. — 11 s'est formé hier, au Jardin national, des groupes tous animés d'esprit différent ; dans les uns on témoignait du regret du déplacement de la Réunion politique; dans les autres on en témoignait du contentement; les opinions en sens divers étaient assez prononcées. On dit que, sur les dix heures du soir, un citoyen qui, à la suite d'une discussion politique, avait crié : Vive la République! fut atteint de coups de bâton et de poignard et laissé pour mort. Il résulte de plusieurs rapports dont les détails ne prêtent point à l'analyse que l'exaspération augmente beaucoup contre les réunions politiques ; des colporteurs crient hautement des pamphlets contre les membres de la Réunion du Manège, ou contre la Société en général qui s'y trouve désignée sous le nom de Jacobins, et ces cris, approuvés ou condamnés par des passants, amènent des altercations. Quelques groupes s'étaient formés hier dans la cour du Manège, près la grille du jardin ; une fausse alarme lit que beaucoup de citoyens et notamment de femmes coururent avec précipitation vers les issues de la cour ; plusieurs tombèrent, mais on n'a pas appris qu'il y ail eu quelqu'un de blessé. Les esprits étaient fort échauffés dans ces groupes : d'un côté on trouvait mauvais la fermeture de la Réunion ; de l'autre, on disait que l'on avait bien fait, que ceux qui se réunissaient étaient des égorgeurs, etc. ; qu'ils tenaient les Conseils en bride, et que c'étaient eux qui avaient fait le
653 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [27 et 28 juillet 1799]
malheur de la France. On disait que, sur les cinq heures du soir, un particulier qui criait Vive le Roi! sur la place de la Maison-Commune fut atteint d'un coup de sabre par un citoyen de l'État- Major, mis de suite dans un fiacre et conduit au Bureau central ; rien ne constate un pareil fait. Celui dont on rend compte est avéré. — Un particulier fut volé, dans une des rues adjacentes à la porte Antoine, d'un paquet qu'il venait de poser sur une borne : sur ses cris, le voleur fut poursuivi, atteint et conduit au corps de garde ; là, il a maltraité tellement ceux qui voulaient le contenir, que l'on fut obligé de le lier; pendant cette opération et jusqu'au moment où il fut déposé chez le juge de paix de l'Indivisibilité, il n'a cessé de crier Vive le Roi! — Il s'est formé des groupes rue du Bac, auprès de la salle actuelle de la Réunion politique, mais ces groupes étaient tous ynimcs d'un bon esprit. Le calme régnait dans la Société.— L'esprit public, en général, est.dans une espèce de stupeur; c'est un malade qui désire, mais qui craint une crise. — Dans les arrondissements populeux en ouvriers, notamment le Xll", on s'occupe peu de questions politiques ; les cabarets, marchands de vin, limonadiers, tabagies, sont peu fréquentés ; les manufactures, grandes et petites, sont presque désertes; la maçonnerie surtout est sans occupation. Les ouvriers se plaignent
beaucoup.