‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 160 sur 254 · L. MiLLY, Le Tellikr · texte numérisé non relu

L. MiLLY, Le Tellikr

(Arch. nat., BB ' 90.)

Autre rapport du même jour.

Rapport analytique des journaux. — L'esprit du Messager des relations extérieures des 8, 9 et 11 de ce mois a exigé une attention particulière ; l'analyse suivante prouvera suffisamment que la réaction conduit la plume du rédacteur. Le 8, le Messager considère comme un tour de force que le citoyen Quinette, ministre de l'intérieur, ait pu dresser le programme du 9 thermidor sans y faire entrer les mots d'anarchie et de terreur. Les passages de l'Atni des Lois les plus amers sont copiés littéralement, et entre autres celui où il est dit que « les prisons se remplissent et que les septembriseurs s'organisent ». L'expression de régénéré ou régénération, lorsqu'elle se rencontre, est marquée en italiques. Enfin, il est bien à observer que c'est en quelque sorte pour l'anniversaire du 9 thermidor que ce journal compose son article intitulé Variétés d'une description de l'anarchie en en promettant la suite. Le 9, effectivement, cette suite est publiée ; mais ce qu'il y a de plus saillant encore, c'est un extrait d'un ouvrage, qui se publie à Hambourg, composé par Rivarol, «connu, dit le jour-

naliste, par sa haine contre la Révolution, et auquel les circonstances ne contribueront pas peu à donner la vogue » ; le passage cité par le Messager est un tableau du régime de la Terreur ; cette peinture est effroyable et telle que le plus fougueux royaliste aurait pu la concevoir ; que l'on en juge par ces seules images : un char s'avançant lugubrement sur des milliers de cadavres, chaque jour, est le char de la Révolution, un peuple aux yeux hagards, aux bras ensanglantés, est le peuple delà Révolution. Enfin, on citera cette métaphore suivante du Char de la Révolution ; pour donner une idée exacte de l'intention perfide dans laquelle ce journaliste produit des images aussi atroces : « Le bruit lugubre de sa marche (la marche du Char) couvre celui de la guerre, et le canon, qui tue au loin, paraît doux et brillant à des imaginations profondément épouvantées des coups imposants et sourds de la guillotine. Point de douleur éclatante, tout est glacé d'horreur; point de retour sur sa fortune et sur sa famille, tout est à la Révolution; il faut que le sang coule, que les villes tombent, que la nation diminue, etc. » Dans le même journal, article Hambourg, on veut faire croire que les derniers événements de la République tendent à altérer la confiance de la Prusse, et qu'il est important de la détromper sur les craintes que font naître les tentatives d'un parti. — Le même, aujourd'hui 11, extrait de la Gazelle de Leyih les nouvelles les plus alarmantes sur Ruonaparte et son armée. Cette nouvelle se trouve dans le Puhliciste, qui, au surplus, annonce sans mystère l'ouvrage de Rivarol. — Le Journal des Hommes libres annonçait hier comme constant que la commission des Inspecteurs de la salle des Anciens avait été constituée en comité des recherches par une délibération, au moins tacite, prise hier par ce Conseil, en comité secret. Si c'est ainsi, où en est la liberté? Où en est la Constitution? — Les diatribes de VAmi des Lois contre la Réunion politique sont constamment les mêmes ; il ne contient aujourd'hui aucun fait important qui mérite d'être relaté. — Le Sw^veillant s'élève avec force contre cette Réunion ; il regarde le Journal des Hommes libres comme son journal officiel ; il la voit en opposition ouverte avec les autorités, et pense que Courtois, dans son dernier discours', a rendu un service important à la République. — Les autres journaux ne nécessitent aucune observation.

CuAMPEiN, Le Tellier.

(Arch. nat., BB » 90.)

1. Voir Motion d'ordre faite par Courtois sur le parti de Vétranç/er réuni à la faction de quehjiies agitateurs (dans la séance des Anciens du 8 thermidor an VII) ; impr. nationale, an VII, in-8. Bibl. nat., Le 43/1709.

6bS DIRECTOIRE EXÉCUTIF [27 et 28 juillet 1799]

Rédacteur du 11 thermidor : « Fêle des 9 et 10 thennidor. La fête du 9 thermidor et celle de la Liberté ont été célébrées aujourd'hui au Champ-de- Mars. Les éléments ont, comme à l'ordinaire, secondé l'allégresse publique. Le ciel, qui avait été pluvieux toute la matinée, s'est rasséréné sur les trois heures de l'après-midi, et les citoyens ont pu jouir à leur aise du spectacle des exercices militaires qui ont embelli cette fête. La garnison de Paris a exécuté diverses évolutions et l'image d'un combat. Quoique le public ait déjà assisté à de semblables manœuvres à la fête du 14 juillet, sa jouissance n'a pas été moins vive aujourd'hui, toutes les évolutions ayant été exécutées sur un nouveau plan, avec un ensemble et une précision qui donnent toujours le piquant de la nouveauté à ce spectacle ravissant, vraiment digne d'un peuple guerrier. Tous les corps de troupes ont reçu également leur part des témoignages éclatants de la satisfaction publique. A l'aspect de ces braves militaires, faisant servir à l'amusement de leurs concitoyens ces armes terribles illustrées par tant de combats, chacun croyait voir son fils ou son ami se précipitant vers la frontière pour repousser les hordes du Nord. Les applaudissements qui s'élevaient de toutes parts étaient encore des cris d'encouragement et de reconnaissance. Les spectateurs s'identifiaient avec les guerriers; une seule âme semblait les animer tous ; c'était une fête de famille. Cet heureux accord de sentiments généreux est le précieux résultat des progrès de la restauration de l'esprit public. Ces progrès, de jour en jour plus sensibles, sont bien faits pour rassurer les républicains et désespérer la coalition qui comptait sur nos désunions. Que ces vils étrangers, envoyés parmi nous pour semer les haines et la discorde, apprennent à l'Angleterre l'effet inattendu de ses guinées prodiguées par ses ministres pour attiser dans la France les troubles et les dissensions ! Tout ce qu'elles ont produit a été d'ouvrir aux citoyens français les yeux sur leurs véritables intérêts et sur les pièges tendus à leur liberté : ils ont reconnu qu'unis ils sont invincibles, que la France ne peut pas plus exister sans la République qu'un despote sans esclave, qu'il n'y a de liberté et de sûreté que dans l'exécution religieuse de la Constitution de l'an III qu'ils ont juré de maintenir; qu'elle seule peut les garantir de toutes les invasions extérieures et de toutes les convulsions intestines. Avec quelle unanimité, avec quels transports les nombreux assistants ont-ils interrompu, par des cris de : Vice la République ! le président du Directoire dans son discours, lorsqu'il a donné l'assurance que l'exécrable régime de la terreur ne reviendra jamais! Avec quelle émotion, avec quel assentiment général les mêmes transports se sont renouvelés, lorsque le même magistrat a juré qu'il n'y aurait point de réaction!.. . Non, il n'y aura ni terreur ni réaction; trop longtemps nous fûmes dupes de l'infernale politique de l'Angleterre; trop longtemps elle est parvenue à nous pousser d'excès en excès, au point de cécité et de délire de sacrifier nous-mêmes à son implacable haine nos citoyens les plus instruits et les plus intrépides défenseurs de nos droits; ou, si la terreur renaît, ce sera hors nos frontières, pour les ennemis de la France, lorsque, n'ayant plus qu'une même pensée, qu'une même âme, nous aurons fait retomber sur la coalition le déluge de maux qu'elle nous préparait'. » — Moniteur du 11 ther-

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