‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 162 sur 254 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

[20 .iriLLET 1799] DIHECTOIHE EXÉCCTIK 65^

dor an II, la Société des Jacobins perdit son nom ot son existence, rue Honoré, et que le 9 thermidor an VII, la Société des Jacobins a repris son existence et

son nom, rue du Bac » — Journal de Paris du 10 thermidor. Ministère

de rinlérieur. « Le programme de la fête de la Liberté, fixée aux 9 et 10 thermidor, annonce que les circonstances ne permettent pas de donner à nos fêtes la pompe accoutumée »

MDCGLXXXI

Rapport du bureau central du 12 thermidor.

Exlrail des rapports sur Vesprit public. — D'un grand nombre de rapports, dont il n'est possible de donner que la substance, il résulte que le royalisme redouble d'audace et que l'esprit de réaction prend une nouvelle consistance. Si quelques personnes manifestent des craintes sur l'existence de la réunion séante aux Jacobins, un plus grand nombre s'efforce de déclamer contre les réunions patriotiques en général. Les dénominations dictées par la haine reprennent leur cours, et, sous les noms de Jacobins et d'anarchistes, qui se produisent encore dans les entretiens, on entend familièrement tous ceux qui prononcent avec une sorte d'énergie leur attachement à la République et leurs vœux pour la prompte punition des dilapidateurs. — Le calme a été constamment maintenu sur tous les points, le jour de la fête ; le soir il s'était formé quelques groupes au Jardin national, et les conversations y paraissaient surtout dirigées sur le provocateur arrêté dans la salle du Manège ; on était fort indigné contre les propos qu'il s'était permis; on observait que la Société avait toujours voulu le bien, mais que souvent elle avait été circonvenue par des hommes perfides dont les dehors ont toujours trompé les bons citoyens, et qu'on espérait qu'à l'avenir on ne serait plus dupe de ces exaspérés, que l'on soupçonne parfaitement endoctrinés. — Les ennemis des réunions politiques, parmi lesquels on remarque beaucoup de jeunes gens, prennent quelquefois, auprès des groupes et dans les allées du Jardin national, un air provocateur qui tient de l'insulte. — La plus grande tranquillité n'a cessé d'exister dans les faubourgs les plus peuplés. — Un jeune homme qui s'était introduit dans la salle de la Société se permit, le 10, d'y chanter le Réveil du peuple ; il fut sur-le-champ arrêté, conduit chez le commissaire de police et de là amené au Bureau central pour y être interrogé. Le lendemain au malin, on arracha de dessus le mur du coin de la rue des Lavandières un petit

6!i& DIRECTOIRE EXÉCUTIF [2U inu.F.T 1709]

placard écrit à la main, dans lequel on prévenait les paisii)los hal)itanls de Paris de craindre les attaques des Jacobins : « Attendez avec calme, cachez vos armes, tout est organisé pour une vigoureuse résistance ; oui, tout est prêt; le moment est venu où vous aurez des chefs dignes de vous. A bas les Jacobins !» — La séance de la Réunion politique, au local des ci-devant Jacobins, a été très nombreuse ces deux jours, et notamment le 10; les esprits y étaient dans des dispositions sages. A la fin de la séance, les sociétaires se sont retirés en chantant la Marseillaise, mais plusieurs observèrent qu'il ne fallait pas chanter, attendu que ce jour était un jour de deuil pour les vrais républicains. — Les royalistes cherchent à donner à l'esprit public la plus mauvaise direction ; on les entend partout répéter que les membres de la Réunion ne veulent que la Constitution de 93. — Deux bruits, accueillis avec avidité par cette classe et qu'elle accrédite, sont : d'une part, la défaite entière de Bonaparte, et d'une autre la reddition de Manloue. La première de ces nouvelles est surtout répandue par les colporteurs ; la masse du public en est affectée. — Dans l'un des groupes qui se sont formés hier au Jardin national, on a lu une lettre anonyme, adressée au citoyen Siéyès, Directeur, dans laquelle on retrace la conduite de l'ancien Directoire, en lui adressant de vifs reproches sur sa gestion et en invitant les Directeurs actuels à marcher sur d'autres traces que celles qu'ont suivies leurs prédécesseurs. Cette lecture a été approuvée par le plus grand nombre d'auditeurs. — Le rejet de la résolution sur l'emprunt a l'approbation du plus grand nombre * ; cependant quelques personnes entrevoient de grandes difficultés à fixer d'autres expédients que ceux déterminés par la résolution. — Des individus se sont encore permis, hier, de faire entendre au Jardin national, le cri de Vive le Roi! A bas la République! On faisait aussi courir le bruit que le gouvernement avait fait arrêter trente-deux Jacobins.

Spectacles. — Les théâtres ne donnent heu à aucune remarque importante; on observe seulement que, dans la nouvelle pièce donnée au théâtre de la Cilé, sous le titre de V Amant arbitre-, on a eu soin d'éviter les interpellations trop ordinaires de Monsieur, Madame; mais que celle de citoyen ne s'y trouve pas davantage.

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