L. MiLLv, Le Tellikr
(Arch. nat., BB * 90.)
Arrêté dl' Directoire exécutif du iO tuermidor an Yll.
Le Directoire exécutif, en conséquence des articles 360, 362 et 364 de la Constitution et de l'article 37 de la loi du 19 fructidor an V, arrête ce qui suit : La réunion qui s'est formée dans cette commune au temple de la Paix, rue du Bac, sera fermée sur-le-champ et les scellés seront apposés sur les papiers existant dans ce local. Le ministre de la police générale est chargé de l'exécution du présent arrêté.
Roger Ducos, Siéyès, Mouli.v, P. Barras, Gohier.
(Arch. nat., AF ui, 620.)
1. Léon ou le Château de Montenero, drame en trois actes et en prose, mêlé d'ariettes, paroles d'Hoffmann, musique de Dalayrac. Cf. Tourneux, n» 18,64.3.
Journaux.
Rédacteur du 28 thermidor : a Paris, le 27 thermidor an VII. La Société politique, séante rue du Bac, a été fermée hier en vertu d'un arrêté du Direcoirc exécutif. Parmi les patriotes que renfermait cette réunion s'étaient glissés des hommes qui voulaient en faire un instrument de contre-révolution. Déjà elle avait dépassé les limites constitutionnelles dans lesquelles elle devait se renfermer. De fougueux orateurs lui présentaient les plus grands excès comme des actes d'héroïsme. Elle délibérait encore, mais la puissance Ta arrêtée au moment même où elle allait agir. Cet acte est le signal donné aux républicains de se rallier autour de la Constitution, notre seule force, mais non le signal d'une nouvelle réaction. Le gouvernement est armé d'un glaive à plusieurs tranchants; il en frappera les colonnes dirigées par le royalisme, quelle que soit la livrée dont elles se décorent. Les patriotes énergiques, mais probes, n'abandonneront point leurs fonctions; ils continueront à réchauffer l'esprit public et à porter dans le cœur de leurs concitoyens cet amour ardent de la patrie dont ils brûlent eux-mêmes. L'émigré, l'étranger, l'ennemi de la Constitution et de la République seront arrêtés dans leurs projets criminels. La mesure que le Directoire exécutif a proposée hier, et qui a été adoptée par la représentation nationale, va déjouer plus d'une intrigue et faire connaître plus d'un coupable. Que les visites domiciliaires n'effraient point les bons citoyens ; ce remède extraordinaire ne sera employé qu'avec sagesse et modération : les méchants seuls doivent le redouter. » — • Journal du Soir des frères Chaignieau du 27 thermidor : « Dans la journée d'hier, le juge de paix de la division de la Halle-au-Blé, Fardel, s'est transporté au local des Jacobins de la rue du Bac, et, en vertu de l'arrêté du Directoire, pris la nuit précédente, il a apposé les scellés sur toutes les portes et sur tous les endroits qui étaient à l'usage des commissions de la Réunion. A quatre heures, un piquet de cavalerie en gardait les issues et n'en laissait approcher personne. . , » — Journal des Hommes libres du 2 fructidor : « Paris, 1^^ fructidor. Le procès des douze citoyens accusés de provocation au retour de la royauté et à l'assassinat des républicains a été jugé le 26 de ce mois. Le jugement renvoie les nommés Tolozé, Brugère, Bertrinot, Lesonne et Daugy devant le directeur du jury comme prévenus, les deux premiers d'avoir provoqué l'assassinat des républicains; les sept autres ont été renvoyés hors de
cause >> — Ami des Lois du 27 thermidor : « Variétés. ... Le Directoire
prépare un message relatif aux réunions politiques, dont la tolérance, sans organisation, fait couler le sang dans les grandes communes de la République. Une de ces réunions est établie au faubourg Antoine, avec quelques desseins qui sont connus. — Il est question de changer le ministre de l'intérieur qui, plutôt par faiblesse que par convenance, a destitué les administrations les plus éclairées, les plus républicaines, pour mettre en place des brigands, des assassins et des voleurs comme dans le département du Pas-de-Calais, Ces fautes seront réparées par son successeur, qui agira par lui-même, et non sous
la férule du comité Vatar » — Publicisle du 28 thermidor : « Paris,
27 thermidor. . ..On parle de mille fusils trouvés à Montreuil près Paris. On
ne dit encore rien de leur destination ])résumce » — Messager des
relations extérieures du 28 thermidor : « Paris, 27 thermidor. La ferme-
ture des Jacobins occupe tout Paris. Cet arrêté, pris le matin, affiché et exécuté hier soir, n'a causé aucun trouble. Les figures allongées des frères qui se rendaient à la séance se collaient avec effroi sur raffiche ; de nombreux pelotons de cavalerie dispersaient, au grand trot, les-rassemblements qui fraternisaient, et des patrouilles faisaient de temps en lem|)s des arrestations. Les agents de la jjolice ont arrêté d'un seul coup douze des principaux chefs de la Réunion, entre lesquels on nomme Félix Le Peletier, Marchand, Chrétien, etc. Tout annonce qu'ils se préparaient au plus saint des devoirs. La police a surpris le contrôle de dix-huit compagnies composées des débris de l'armée révolutionnaire et de brigands accourus des départements. Dix-huit cents fusils devaient arriver de Montreuil. Enfin, l'audace des anarchistes, leurs dénonciations plus violentes, leurs tentatives pour séduire les soldats de lagarnison de Corfou et les artisans des faubourgs, et la destitution subite du révolutionnaire Marbot, ex-député, commandant à Paris, tout fait croire qu'il n'y avait pas un instant à perdre et qu'ils avaient un chef pour diriger la ré-.
volution » — Messager des relations extérieures du 29 thermidor :
^<~ Paris, 27 thermidor. ...Parmi les Jacobins arrêtés hier, rue du Bac, pour avoir voulu forcer la consigne et soustraire à la police les |)apiers du club, on cite un officier général de l'armée, qui se trouvait à Paris sans congé; mais on dément l'arrestation de Félix Le Peletier, Marchand, Chrétien, etc.. )> — u Plus de cent Jacobins rôdaient hier soir dans la rue Dominique, avec un mot d'ordre par lequel ils interrogeaient les passants qui leur paraissaient être des leurs. Ils avaient tous, et ce fait est constaté, des sabres nus sous leurs capotes; et, sans l'arrivée d'une patrouille, ils auraient assassiné un citoyen qui avait osé s'écrier, au niilieu de leurs groupes, qu'il détestait les terroristes et les brigands. . . »
MDCCXGV
Journaux.
Journal des Hommes libres du 29 thermidor : « Paris, 28 thermidor. Hier, on a distribué des cartouches à balle aux militaires de service. Aujourd'hui, à midi, le poste établi près le temple de la Victoire (Saint-Sulpice) a été relevé par la troupe de ligne. Juscju'à ce moment, le service y avait été fait par la garde nationale. » — Moniteur du 29 thermidor : « Paris, le 28 thermidor. Le jury relatif à l'emprunt de 100 millions est nommé dans le département de la Seine; il est composé de cinq membres, y compris les administrateurs. Quelques maisons ont déjà reçu leur cote à rem|)runt forcé; ce sont principalement des banquiers et des fournisseurs. Ils sont taxés, les uns à 50,000 francs, d'autres à 100,000 et même à 150,000 francs. L'administration centrale a fait afficher une proclamation par laquelle elle invite les citoyens à faire connaître au jury les hommes qui, par leur fortune, sont dans le cas d'être atteints par l'emprunt. » — « Quelques personnes trouvent mauvais
qu'on donne aujourd'hui le nom de Jacobins aux membres des réunions politiques. Mais c'est donc à eux qu'il faut s'en plaindre, car ce sont eux qui le prennent : « Frères et amis, s'écriait, au bruit des plus vifs a])plaudissemenls, Rover, ci-devant secrétaire général de la police, dans l'avant-dernière séance du club, on nous appelle Jacobins. Nous le sommes, nous l'avons été, et nous le serons toujours. » — Moniteur du !«•■ fructidor : « Paris, le 30 thermidor. ...Le ministre de la police a écrit, le 27, aux administrations centrales pour leur recommander une surveillance plus active que jamais. « A l'ap- « proche des agitations, quand nos ennemis préparent des discordes civiles, (( le crime, dit-il, rassemble ses légions et vomit dans nos grandes cités une « population qui leur est étrangère. Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux et « d'autres communes sont, depuis quelque temps, peuplées d'inconnus. Que « les lois modératrices et répressives de ces transmigrations sinistres soient a promptement exécutées. La législation des passeports et de police sur les « étrangers est suffisante à cet égard; ne négligez aucune de ses dispositions; « que chacun y soit assujetti sans aucune partialité. » — Clef du Cabinet du 28 thermidor : « Paris, 27 Ihermidor ... Le cri : .1 bas les Jacobins ! se fait entendre dans bien des communes. Que le gouvernement y prenne garde ! Dans une multitude de bouches, ce cri est l'arrêt de mort des républicains... »
Rapport du bureau central du 29 thermidor.
. . . Rapport analytique des journaux. — . . .La reddition de Mantoue ne paraît pas certaine aux journaux VAmi des Lois et le Surveillant. Ce dernier paraît convaincu d'une conspiration tramée pour renverser le Directoire. Il rapproche les indiscrétions de certains Jacobins, qui avaient prédit qu'il n'y aurait plus de Directoire, des deux balles qu'il dit avoir sifïlé au Champ-de-Mars autour des citoyens Siéyès et Barras, et « la lumière, ajoute-t-il, commence à éclairer cet horrible mystère ». « On ne dit pas, lit-on encore, que les habitués de la rue du Bac aient trouvé un autre repaire. » — Sous le titre : Nouvel étendard officiel de la réaction, Xq Journal des Hommes libres regarde le délogement perfide de la Société de la rue du Bac comme le signal évident et intentionnel du massacre des républicains, et regarde comme une suite de ce plan la reddition de Mantoue. — Il voit beaucoup d'audace contre-révolutionnaire dans le discours du 10 août; les raisons données dans le message du Directoire pour prouver la nécessité de fermer la Réunion lui paraissent frapper à faux. « Le Directoire, est-il dit, ose affirmer que la Réunion a violé la Constitution : il en a menti ;
683 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [15 août 1799]
aussi, dans rimpuissance de spécifier la plus petite violation, s'est-il borné, en honteux calomniateur, à vomir de vagues injures. » — Le journaliste se propose, dans le cas où le Directoire répondrait officiellement à ces objections, de nommer tous les masques de ceux qu'il accuse d'avoir voulu opérer la contre-révolution en essayant de (aire demander la Constitution de 93 par la Société. — On lit aujourd'hui, dans le même journal, un article signé le Démocrate, qui contient une suite d'inculpations au citoyen Siéyès, à raison de sa conduite politique depuis 1789; on y dit, entre autres, qu'en germinal an III, il proclama le signal de la guerre civile, farrêt de mort des démocrates ; qu'en l'an VU, il renversa le Directoire pour se mettre tout entier à sa place. On le considère, en un mot, comme un homme tortueux et rampant dans le sentier de la Révolution. — Enfin, au sentiment du journaliste, « le 30 prairial ne s'est point fait pour la liberté ; il a déplacé des gouvernants astucieux et traîtres, et en a conservé qui ont les mêmes qualités; Siéyès et Barras n'ont cessé de conspirer contre leur patrie, et [ils] dénoncent comme conspirateurs des amis de la patrie ».